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Personal Shopper : analyse du film et explication de la fin (Spoilers)


0 out of 5 stars (0 / 5)

Après le merveilleux Sils Maria sorti en 2014, j’attendais beaucoup de ce nouveau Olivier Assayas. Car c’est une histoire de fantômes, de deuil, avec Kristen Stewart, qui s’illustre mieux, semble-t-il, dans les films d’auteur que dans les grosses productions. Bref, tous les ingrédients semblaient au rendez-vous pour me faire passer un beau moment en salle.

Personal Shopper : Un film qui frise le ridicule

Hélas, bien vite, on se rend compte que les acteurs jouent faux. En particulier, les acteurs français embauchés par Assayas dans les rôles (très) secondaires entourant son héroïne. Dès la première scène, Lara, fiancée du frère défunt, joue à côté, et marmonne dans sa barbe.
Quant aux autres scènes avec les acteurs français, ils ont des airs de téléfilm de France 2. Les acteurs peinent sur leur texte, pourtant sans profondeur. La photo, sans inventivité, ne sert en rien ce fantôme de scénario.
L’ensemble, et c’est un comble, n’est pas si bien filmé. Surtout, Kristen Stewart, magnifique dans Sils Maria, se retrouve ici mal dirigée, même si, à l’évidence, elle est devenue la muse du réalisateur. Pourtant, Stewart s’avère peu convaincante dans ce rôle de jeune fille dévastée par la mort de son frère jumeau. Dans la plupart des scènes, elle frise le ridicule.

Des scènes navrantes

Dans le film, Kristen Stewart est une personal shopper, c’est-à-dire un va-chercher, une assistante aux ordres de quelque célébrité insupportable. C’était le cas de Mia Wasikowska dans Maps to the Stars, où Cronenberg dépeignait avec brio les fantômes d’Hollywood. Mais dans Personal Shopper, les fantômes sont décevants, et c’est Paris que Assayas prétend mettre sur le bûcher, sans succès.
Pourtant, il y avait beaucoup à filmer sur ce Paris de solitude que ses habitants connaissent bien.

Kristen Stewart sur sa moto sillonnant Paris dans Personal Shopper, d'Olivier Assayas (2016)

Kristen Stewart sur sa moto sillonnant Paris dans Personal Shopper, d’Olivier Assayas (2016)


Il y avait tant à dire sur le deuil impossible. Il y avait, en somme, un chef-d’œuvre à réaliser sur les fantômes que nous nous créons.
Mais vous ne trouverez rien de tout cela dans le Personal Shopper. Puisque Assayas se contente de filmer sa muse faire du shopping, un peu à la façon de Carrie dans Sex and the City.

Kristen Stewart fait du shopping pour sa patronne dans Personal Shopper

Kristen Stewart fait du shopping pour sa patronne dans Personal Shopper

Kristen (alias Maureen) essaie de jolies robes, aime à se prendre pour une autre. Elle se traîne de magasin en magasin comme elle traîne son ennui. Mais la difficulté, c’est que le spectateur s’ennuie avec elle.
Médium, Maureen tente à tout prix d’entrer en contact avec son frère disparu. Les cinéastes sont fascinés depuis longtemps par la gémellité. Ici, ce n’est qu’une excuse à une télépathie douteuse.
Mention spéciale pour le passage avec Benjamin Biolay (toujours épouvantable) en Victor Hugo. En effet, cette scène de spiritisme est navrante.

Assayas fait l’unanimité contre lui

À part faire de la pub aux grands couturiers (ce n’est pas un hasard si Kristen Stewart en robe Chanel a servi de poster original au film) que fait le film d’Assayas ? En deux heures, il accomplit l’exploit de ne rien raconter. Le film est long, répétitif, risible. Peu crédible et mal joué, Personal Shopper m’a donné envie de démarrer une partie de Scrabble avec le voisin. Vingt minutes de film et un homme quitte la salle. Dix minutes après, c’est le tour d’une jeune fille. Aussi, je suis à deux doigts de sortir mon portable pour jouer à Candy Crush.

Bonjour, je m'appelle Marla, et je suis accro à Candy Crush

Les cinéphiles admiratifs de Sils Maria seront déçus, et les midinettes fans de Twilight demanderont à être remboursées. En fait, Assayas a réussi le prodige de faire l’unanimité contre lui.
Oh, vous entendrez bien quelques intellos pour vous trouver une métaphore dans ce fatras.

Mon ami frérot (Attention spoilers)

Attendez-vous, la majeure partie du film, à regarder Kristen Stewart envoyer des textos à un frère qui n’est plus, triste ami imaginaire.
Oui, parce que le film manque tant de suspense et d’enjeu que l’on ne croit pas un instant à un fantôme.
La scène du meurtre arrive trop tard pour réveiller les spectateurs, et de toute manière s’avère totalement vaine.
La seule explication plausible, c’est que Maureen est schizophrène. Car quand elle envoie des textos, son frère lui répond un peu trop vite pour être vrai. Vous vous souvenez de cette publicité, où l’on vous promettait de surfer sur internet aussi vite que vous pensez ? Eh bien c’est ce qui se passe pour Maureen. Comme ses pensées se bousculent, les textos s’enchaînent à la vitesse de sa réflexion, puisqu’elle se répond à elle-même.

Personal Shopper : un film bourré d’incohérences

Personal Shopper n’est même pas cohérent. En effet, on voit, lorsque Maureen est à table dans la maison de campagne, l’ombre de son frère en arrière-plan, déplacer un verre et le faire tomber. Si tout se produisait dans la tête de Maureen, elle ne tournerait pas le dos à la scène. Si le spectateur voit le frère de l’héroïne en arrière plan, et témoigne, y compris dans la dernière scène, d’un verre volant, alors Maureen n’est pas schizophrène.
Or, la série de textos « envoyés » par son frère après le témoignage au poste de police confirme la théorie de la schizophrénie. En effet, « il » lui demande furieusement « TU AS PARLÉ DE MES TEXTOS? » de peur qu’elle n’ait révélé sa folie à la police.
C’est exactement ce qui se produit dans Fight Club, quand Tyler Durden exige du narrateur de ne jamais dévoiler son existence.
Alors, Maureen est-elle folle ? Sans doute. Le dernier toc toc que l’on entend à la fin du film est la confirmation que tout se passe dans sa tête. Assayas tente de semer le doute, là aussi sans talent.

Personal Shopper : une immonde croûte

Bref, Personal Shopper est une immonde croûte qui se prend au sérieux. Mais elle est prétentieuse, surfaite, d’une vacuité totale. Le film est mal interprété, mal construit, sans enjeu, et vous ennuiera au point de vous pousser hors de la salle.
Assayas se casse la gueule après le grand film qu’il nous avait offert il y a deux ans, et qui avait mérité tous les honneurs.
Il n’y a plus qu’à attendre son prochain métrage, en espérant qu’il soit plus inspiré.

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Still Alice : se souvenir des belles choses


4 out of 5 stars (4 / 5)

 
Dans Still Alice, une grande linguiste atteinte d’Alzheimer tente de rester la même malgré la maladie. Que reste-t-il si l’on est sans mémoire ? Comme le montrait finement Zabou Breitman dans Se Souvenir des belles choses, la perte de mémoire commence d’abord par la parole. Alice vit donc le cauchemar de tout linguiste: perdre ses mots.

Les mots pour le dire

 
Quand on est défini que par son seul verbe et ses talents académiques, que reste-t-il si les mots manquent ?
 
Richard Glatzer, co-réalisateur du film, souffre de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) handicap qui l’empêche de parler. Il est donc en première ligne pour savoir ce que ressent quelqu’un qui a perdu ses mots. Il a communiqué sur un iPad avec le reste de l’équipe pour tourner le film.

 
Richard Glatzer et Wash Westmoreland, réalisateurs de Still Alice
Richard Glatzer et Wash Westmoreland, réalisateurs de Still Alice
 

Il y a un an paraissait un article concernant une Australienne qui, après un grave accident de la route, s’est mise à parler anglais avec l’accent français. Elle en était très malheureuse, et évoquait la sensation d’avoir perdu un morceau de son identité.
 
Le syndrome de l’accent étranger est fort rare: 62 cas dans le monde seulement ont été recensés.

 

C’est beaucoup moins qu’Alzheimer. Alice, comme beaucoup de malades, a peur de tout oublier. A l’instar du film de Zabou Breitman, on assiste à la descente aux enfers d’une femme atteinte d’Alzheimer beaucoup plus tôt que prévu. 


Isabelle Carré dans Se Souvenir des belles choses, de Zabou Breitman (2001)

 
La scène de la recette de cuisine est similaire dans les deux films. La difficulté de se souvenir des instructions sur enregistrement aussi. De petits mensonges en non-dits, de maladresses en stratagèmes ratés, Alice tente de cacher son handicap le plus longtemps possible.

Un rapport mère-fille conflictuel

 
« Still Alice » signifie à la fois « Rester Alice » et « Alice Immobile. » La réalisation est remarquable: sobre, sans pathos, elle insiste beaucoup sur la mise au point. La caméra joue sur les zones de flou et de non-flou en fonction de l’état d’esprit d’Alice, perdue ou sereine.
 
On croirait aisément que Still Alice parle d’Alzheimer, ou d’une femme qui en souffre. Le film va plus loin. Il met en son cœur une relation mère-fille d’une grande justesse. Comme dans de nombreux films sur la maladie, l’héroïne cherche à s’assurer que tout ira bien quand « elle ne sera plus là. »
 
Lydia, fille d’Alice, rêve de devenir actrice et refuse l’université. Pour une académique comme sa mère, c’est inconcevable. La relation mère-fille est donc conflictuelle.
 
Aborder Alzheimer au cinéma n’a rien d’aisé.

Alzheimer au cinéma

 
Robot and Frank parlait récemment de la maladie sur un ton plus léger. Un vieux grincheux se voyait offrir un robot domestique qui devenait son ami. La question de la mémoire était double: celle du vieil homme et celle du robot, que l’on peut effacer à sa guise.

 

Frank Langella jouait à la perfection cet homme un peu sec et finalement sentimental. Là réside l’intérêt des films sur la maladie: l’interprétation. Eddie Redmayne obtiendra peut-être l’oscar pour avoir incarné si bien Stephen Hawking dans Une Merveilleuse histoire du temps.

 

 

Dans Amour de Michael Haneke, Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ont tous deux été primés, en plus de la fameuse palme d’or qu’obtint le film à Cannes. L’oeuvre de Haneke, cependant, était déprimante, froide, et l’on peut dire, sans mauvais jeu de mots, clinique. 


Une histoire d’amour 

Still Alice sera peut-être récompensé d’un oscar, celui de la meilleure actrice pour Julianne Moore, toujours fine et vibrante dans ce rôle difficile. Elle avait déjà obtenu la palme d’or pour son rôle d’actrice névrosée dans Maps to the Stars, et elle a toutes ses chances cette année. Sans parler d’Alec Baldwin et Kristen Stewart pour leur second rôle.

C’est un plaisir de revoir Baldwin dans un autre rôle nuancé après l’excellent Blue Jasmine de Woody Allen.

Quant à Kristen Stewart en fille cadette, elle prouve une fois de plus qu’elle a sa place dans le cinéma d’auteur.

On voit naître dans Still Alice ce qui manque tant à Amour de Haneke: l’espoir.

Le dernier mot du film de Richard Glatzer et Wash Westmoreland est justement le même que pour le titre du film de 2012. Ce mot prend une dimension méta-filmique quand Lydia fait la lecture à sa mère à la fin de Still Alice :

– De quoi parle cette histoire, Maman ?

– D’amour.


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