Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait

YOUTH: LES VESTIGES DU JOUR

Sorrentino semble fasciné
par la vieillesse depuis La Grande Bellezza. La grande beauté,
le cinéaste la trouve partout : dans les corps décharnés
de ses figurants, dans une maison de retraite trop calme, dans les
grands espaces. Toujours doué pour les plans larges, il nous offre
des scènes sublimes dans Youth, hommage à la vieillesse plus
qu’à la jeunesse, qui nous fait voyager d’un personnage à l’autre,
du rire à la mélancolie. 
La scène où Michael Caine fantasme en
croisant Miss Univers est un beau morceau de cinéma, au décor
sublime. Celle où Paul Dano se déguise pour son prochain rôle est d’un humour détonnant.
Pour les deux-tiers du
film, Youth est contemplatif sans être ennuyeux. Les dialogues fins,
qui dénotent d’un sarcastic à l’anglaise, ornent cette
balade bucolique au cœur des vieux jours.
Il est difficile de
parler des vieux avec noblesse, et Sorrentino y parvient. Après
quelques autres.

Être vieux au cinéma

Bon, être vieux au
cinéma, c’est pas top. À trente-cinq ans à peine, on propose à
des actrices de jouer les mamans. J’ai retrouvé, mi-amusée,
mi-horrifiée, la Joey de mon adolescence en mère d’adolescent, et Audrey Tautou, éternelle Amélie de 22 ans, en mère d’un petit garçon chez Gondry.
Pour bien vieillir au
cinéma, mieux vaut, peut-être, se créer des rôles sur-mesure.
C’est ce que fait le grand Clint depuis plusieurs années .
Eastwood souhaite
incarner un vieux grincheux qui veut encore jouer les cowboys ?
Et un Grand Torino qui roule, un ! Il veut interpréter un
entraîneur de boxe secrètement sentimental ? Allons-y pour
Million Dollar Baby.
C’est dans les vieilles
marmites qu’on fait les meilleures soupes. Sont-ce les vieux
cinéastes qui parlent le mieux des vieux ?
Pas sûr. Nigel Cole avait la quarantaine quand il a réalisé Calendar Girls. Il nous disait dans son long-métrage, « une femme
d’âge mûr, c’est beau, comme un tournesol dans le Yorkshire, ou
comme Celia Imrie qui se marre devant ses muffins. »
James Ivory adaptait avec brio, en 1993, le roman de Ishiguro sur le crépuscule de l’existence: 

Comme dans un roman victorien, le majordome et la femme de chambre ne savent pas se dire qu’ils s’aiment. Le parallèle (à la fois attendu et réussi) de Ishiguro entre le crépuscule du jour et celui de l’existence, est assez bien rendu dans l’adaptation de Ivory.
Les vieux chez Ivory n’ont pas la sagesse de dire les choses avant qu’il ne soit trop tard. Chez Sorrentino, la sagesse ne jaillit pas où on l’attend. Ce sont les plus jeunes, justement, qui énoncent les remarques les plus justes.

Rentré bredouille de Cannes

Michael Caine et Harvey
Keitel forment un duo malicieux, Paul Dano, « petit jeune » du casting, a déjà prouvé sa valeur dans de nombreux films
indépendants, Little Miss Sunshine et Elle S’appelle Ruby, pour n’en citer
que deux.
On découvre dans Youth plusieurs surprises et de la drôlerie dans un contexte qui, a
priori, ne s’y prête pas. Des acteurs extraordinaires se mettent au
service de cette chronique du temps qui passe.
Sorrentino aurait pu obtenir le prix de la mise en scène à Cannes. Chaque
plan est pensé, travaillé, parfois avec trop de maniérisme, mais
pour un résultat superbe.

Une fin qui gâche l’ensemble

Oui mais voilà. Quand Sorrentino évite, pendant une heure trente, le larmoyant et les longueurs, il plonge en plein dedans en dernière partie: lourdeurs, redondances, scènes attendues et happy end improbable, toutes les bonnes idées de la première partie semblent se noyer dans la seconde: le refus savoureux à la famille royale, la malice et la légèreté de l’ensemble, tout est gâché une fin qui s’éternise. Comme tant d’autres films adressés aux intellectuels, Youth paraît agoniser en même temps que ses personnages.

Et tant de plans auraient été splendides en guise de sortie ! Le moine tibétain en lévitation, par exemple, était tout trouvé. Pourquoi vouloir impérativement une fin fermée pour ses personnages ? Laisser les choses en suspens aurait donné du charme à l’ensemble.

Pour ce Sorrentino, le maniérisme l’a emporté. Le dialogue où le compositeur évoque sa défunte épouse est attendu, n’apporte rien au récit, le spectateur le devine sans avoir à l’entendre. À trop vouloir rendre hommage au cinéma et aux femmes dans la dernière scène de Harvey Keitl, le réalisateur tombe dans la complaisance, et c’est fort dommage. 

Des bâillements se font entendre dans la salle là où l’on se surprenait à passer un bon moment, les spectateurs se tortillent sur leur chaise, mais veulent savoir, tout de même, ce qu’il advient de ces personnages qui les amusés et émus.

La Grande Bellezza était déjà trop long, sans doute. Mais allez savoir pourquoi, on s’habituait aux plans-séquences et l’on découvrait avec plaisir ce cinéaste prometteur.

Youth reste un joli spectacle, mais peut-être faut-il quitter la salle avant que le film ne se gâche, comme certains artistes ont l’élégance de quitter la scène avant que le talent ne décline.

Sorrentino fera d’autres beaux films, s’il ne tombe pas à nouveau dans ce défaut de vouloir tout dire. Dans les films d’auteur, le réalisateur est souvent considéré comme maître chez lui, et il est vrai que, bien souvent, il ne peut faire confiance qu’à lui-même. Mais il est dommage de ne pas faire confiance à son complice invisible: le spectateur.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire:

        
Avatar
Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

Avatar

AnonymePublié le 10:46 - Sep 16, 2015

Si je peux me permettre, Youth n'a strictement rien eu à Cannes… Le prix de la mise en scène est revenu à The Assassin si je ne dis pas de bêtises !
Sinon, sans dire que le film est mauvais (heureusement qu'il a ses qualités), j'avoue ne pas avoir spécialement accroché à ce nouveau Sorrentino et Dieu sait à quel point je vénère ses précédents longs-métrages. Pour une fois j'ai trouvé Sorrentino superficiel dans le traitement de son sujet, du coup je ne vois pas trop où ça veut en venir concrètement, je l'ai trouvé long, les scènes s'enchaînent pour moi assez mal, j'ai pas forcément aimé les personnages etc…

    Avatar

    MarlaPublié le 9:24 - Sep 19, 2015

    Salut Tina,

    Tu as raison, le film n'a rien gagné ! J'ai vérifié… Merci !

    Je comprends ta réaction face au film. C'est certainement pas son meilleur…

    Bises !

    Marla

Laisser un commentaire

shares
Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial