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UNE SECONDE MÈRE: TELLE MÈRE, QUELLE FILLE ?

Par Caroline et Marla
Depuis de
longues années, Val travaille en tant que femme de ménage et garde
d’enfant dans une famille aisée des beaux quartiers de Sao Paulo.
Timide, dévouée, toujours à sa place.
Tout le
contraire, en somme, de sa fille Jessica, qui débarque soudainement
dans la ville Brésilienne. Val n’a pas vu Jessica depuis dix ans,
contrainte de l’abandonner pour s’occuper des autres.

Magnifique portrait de femme

Mais sa
fille n’a pas l’intention de se laisser faire. Belle, ardente et
ambitieuse, elle ne conçoit pas l’idée de se faire traiter comme
inférieure chez les employeurs de sa mère. Son tempérament rebelle
va venir perturber le calme et la sérénité régnant chez ses
patrons…
Ah,
qu’il est beau de parler des
mères au cinéma… Douce, souriante et lumineuse, Regina Casé,
l’actrice principale, est ici sublimée dans ce magnifique portrait
de femme qu’est Une seconde mère.

Régina Casé (Val) dans Une Seconde mère, de Anna Muylaert (2015)
Régina Casé (Val) dans Une Seconde mère, de Anna Muylaert (2015)
La
figure maternelle est un thème récurrent chez plusieurs cinéastes
contemporains. On pourrait citer le superbe Mommy
de Xavier Dolan, qui offrait à la mère son plus bel hommage, ou
encore Tout sur ma mère d’Almodovar.

Les mères d’un(e) autre en littérature et au cinéma

Mais
on parle assez peu de ces femmes qui élèvent, en toute discrétion,
les enfants des autres.
Toni
Morrison, dans The Bluest Eye, parlait de ces nounous noires qui
s’occupaient davantage des enfants des maîtres que de leurs propres
enfants. En adoptant le regarde d’une petite fille, Claudia, elle
dénonçait cette injustice d’une nounou indulgente avec les enfants
blancs, qui devenait, une fois à la maison, une mère sévère pour
ses enfants noirs.
Le
plus bel exemple de nounou dévouée aux riches, c’est sans conteste
la nounou de Scarlett O’Hara (appelée Mammy, déformation de « Mommy ») dans Autant en emporte le vent.
Devenue un archétype de la nounou noire, elle élevait Scarlett
comme une seconde mère, et pour cause, sa mère véritable est
décédée.
Scarlett et Mammy dans Autant en emporte le vent, de Victor Flemming (1939)
Scarlett et Mammy dans Autant en emporte le vent, de Victor Flemming (1939)
Il n’y eut guère que La Couleur Pourpre pour dénoncer le paradoxe d’une nounou dévouée aux Blancs qui ne voyait jamais ses propres enfants. Dans le film de Spielberg, c’est Oprah Winfrey (méconnaissable) qui incarnait Sofia, rebelle devenue victime une fois domestique des Blancs. Dans une scène bouleversante, elle revoit à peine ses enfants le jour de Noël.
Sofia (Oprah Winfrey) dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg (1985)
Sofia (Oprah Winfrey) dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg (1985)

Une critique subtile des inégalités de classes


Une Seconde mère dénonce par ailleurs la condescendance des patrons envers leur employée. On retrouve un peu ce ton dans Mon Amie Victoria, où une jeune femme noire avait enfanté, sans le dire à personne, la fille d’un homme blanc.
Dans
Une seconde mère, la
complexité des relations mère-fille est mise en avant. Dans le
passé, Val a dû se résoudre à abandonner sa fille Jessica,
pourtant même le temps qui passe n’est parvenu à altérer son
amour, presque sa férocité maternelle.
L’œuvre
émet également une critique subtile, jamais amère, des inégalité
de classes avec, comme toile de fond, un Brésil en plein essor. Jessica est très représentative de la jeune génération brésilienne: elle a une personnalité affirmée et surtout, poursuit des études universitaires et échappera, on l’imagine, au destin de sa mère.
Anna Muylaert nous prouve, après le touchant Au Premier regard de Daniel Ribeiro, que le nouveau cinéma brésilien se porte à merveille.

Une mère pour tous

Dans
ce long-métrage réalisé par une femme, Anna Muylaert, Val est une mère pour tous, une confidente,
dépassant le statut de simple employée. Dans le film, on la voit devenir libre, s’affranchir de toute contrainte.
Une
seconde mère
séduit par sa
fraîcheur et sa sensibilité. Ébloui par sa douceur et son
optimisme, on ne peut que s’émerveiller devant tant d’espoir et de
maîtrise. Ce film est
une œuvre à la fois drôle et mélancolique, vernie de lumière. La
définition même d’une mère, en somme.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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