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TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE: LABYRINTHE D’UNE PASSION

Par Sidonie Malaussène 
Paul
Dédalus, héros récurrent de l’œuvre d’Arnaud Desplechin, revient dans Trois Souvenirs de ma jeunesse en homme de la cinquantaine. Anthropologue, il quitte un travail au
Tadjikistan pour intégrer un poste parisien. Interrogé par la DGSE
suite à une histoire de double identité, il va revisiter sa
jeunesse à travers trois épisodes fondateurs. 

Une éducation sentimentale

Sa rencontre et sa
passion pour Esther sera le cœur de sa traversée des souvenirs, emplis de sensualité : une
éducation sentimentale des années 80.
 Esther (Lou Roy Lecollinet) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d'Arnaud Desplechin (2015)
 Esther (Lou Roy Lecollinet) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin (2015)
Ce qui nous est raconté dans Trois Souvenirs de ma jeunesse l’a été
mille fois au cinéma. Quoi de plus classique qu’un récit
d’initiation, la relecture de sa jeunesse par un homme mûr et son questionnement sur ce qui aura fondé son être ?
Mais
avec Despleschin, tout est pléthorique, signifiant, ambigu, à l’image des facettes de la personnalité.
Comme chez Rohmer, lespersonnages s’expriment rarement comme dans la vie ordinaire. La
dissection sans fin du vécu dans une parfaite expression ne
ressemble pas forcément à la vie, et pourtant… Les héros
sont charnellement présents, traversés d’émotions, l’écran
est comme saturé, nous sommes et nous-mêmes nous retrouvons déboussolés.
Le premier souvenir est une scène familiale
violente où Paul, l’aîné, protège sa fratrie d’une mère folle et terrifiante. Tout est dit de l’enfance brisée. 
Paul trouvera plus tard un substitut maternel dans son directeur de
thèse, dans une relation pudique mais extrêmement forte.
Le
deuxième souvenir relate l’engagement de Paul, qui a fourni argent et documents à des « refuzniks »
lors d’un voyage en URSS.  
Le
troisième souvenir, enfin, est le pivot et l’aventure. Le
film revisite, à travers le prisme de la passion amoureuse
adolescente, tout l’univers de Paul. Son milieu, ses amis, ses
études, ses allers-retours entre Paris et Roubaix, sa découverte de
l’anthropologie.
Paul (Quentin Dolmaire) et Esther (Lou Roy Lecollinet) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d'Arnaud Desplechin (2015)
Paul (Quentin Dolmaire) et Esther (Lou Roy Lecollinet) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin (2015)

Paul Dedalus, héros multiple

Comme
l’évoque son nom, Paul Dédalus est multiple. Trouver la
réalité linéaire du héros est impossible. Dans une
chronologie désordonnée, tout s’enchaîne vite : résumer est
difficile, se souvenir aussi. Le débit verbal du héros est
un objet de curiosité, de séduction. Son discours brillant,
caustique, original et très intellectuel est aussi un trompe-l’œil. 
Sa sœur l’appelle « bouche cousue, » tant il est secret. Il ment
parfois, surtout à lui-même, ou utilise le discours comme une force
conjuratoire. Battu, il claironne « je ne sens rien. » Paul a choisi l’intellect en guise de protection contre le monde. 
Paul adulte (Mathieu Amalric) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d'Arnaud Desplechin (2015)
Paul adulte (Mathieu Amalric) dans Trois Souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin (2015)
Le synopsis peut paraître austère, mais le film est bourré d’humour. Le discours, la fantaisie de certains
personnages évitent de basculer dans le pathos. A l’image de la
vie, le film bouillonne de douleurs et de rires, il balance gravité et dérision.
Le scénario très travaillé, littéraire, la belle distribution et la direction
d’acteurs font de Trois Souvenirs de ma jeunesse un grand récit. 
Les deux rôles principaux sont
exceptionnels. La jeune Esther passe habilement de Lolita à une amoureuse suppliante. Paul, jeune homme au discours mature, est rendu attachant par son
mystère et son originalité.
Trois Souvenirs de ma jeunesse vient de remporter à Cannes le prix SADC 2015 de la Quinzaine des réalisateurs, et certains s’étonnent de son absence de la sélection officielle.
Affiche de la Quinzaine des réalisateurs 2015
A
voir, tant pour le récit initiatique que pour son habile
narration. Un film dont le plus bel atout est le sentiment d’avoir
vécu auprès de Paul. Sans le saisir vraiment, on le suit avec plaisir dans son dédale d’amour.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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