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The Place, de Paolo Genovese : analyse du film et explication de la fin

4 out of 5 stars (4 / 5)
 
Un voyou.
Un flic véreux.
Une coquette. 
Une nonne.
Une femme qui veut retrouver le désir de son mari.
Un aveugle qui veut recouvrer la vue.
Un vieillard qui veut changer de vie.
Un homme qui veut sauver son fils du cancer.
Une vieille dame qui veut retrouver son cher mari d’avant Alzheimer.
 
Tous ces personnages ont un point commun : un homme dans un café.
 
Valerio Mastandrea dans The Place, de Paolo Genovese (2019)

Valerio Mastandrea dans The Place, de Paolo Genovese (2019)

 

Le café s’appelle sobrement The Place, et l’homme… n’a pas de nom.

Faites un voeu

 
Cet homme tient un grand registre où il note les pensées et les émotions de ceux qui viennent le voir. Tous ont une requête, un vœu qu’ils souhaitent voir exaucé. Tous vont voir cet étrange génie qui ne quitte pas sa place au café.
 
Les films choraux sont difficiles à réussir, et The Place est un film brillant.
 
The Place aurait pu être une pièce de théâtre (c’est en réalité une adaptation d’une courte série américaine de 2010 : The Booth at The End). Ces gens qui défilent ne se ressemblent pas, ou plutôt si, ils se ressemblent, et pas forcément de la meilleure manière.
 
La galerie de personnages de The Place, de Paolo Genovese (2019)

La galerie de personnages de The Place, de Paolo Genovese (2019)

 
Beaucoup de mes amis cinéphiles ont salué les films de Richard Linklater pour ce tour de force : maintenir l’intérêt du spectateur avec juste deux personnages qui discutent.
 
Julie Delpy (Céline) et Ethan Hawke (Jesse) dans Before Sunrise, réalisé par Richard Linklater (1995)

Julie Delpy et Ethan Hawke dans Before Sunrise, réalisé par Richard Linklater (1995)

 
Eh bien c’est un peu la même prouesse pour The Place.
 
Qui est cet homme qui les écoute ? Pourquoi viennent-ils tous le voir ? Qu’attendent-ils ? 
 
Ils attendent, chacun à leur façon, un miracle. Le résumé d’Allociné est pour une fois très réussi, il instaure le mystère pour pousser les spectateurs en salle. Toutefois, on devine assez vite, avec quelques indices, l’identité de cet homme.
 
C’est la nonne, sans surprise, qui devine le plus vite de qui il s’agit.
 

En analyse (Attention Spoilers à partir d’ici)

 
Comme dans le dernier film de Lars Von Trier, The House that Jack Built, l’homme mystérieux apparaît d’abord comme un psychanalyste ou un sociologue. A voir son sens de l’écoute, sa posture dans le fauteuil et sa manière de prendre des notes, on pense deviner son métier.
 
Oui mais voilà, ce personnage dont on ne sera pas le nom n’a pas vraiment de métier. Plutôt un sacerdoce terrible et à plein temps. Il est le témoin du meilleur et du pire des hommes.
 
La nonne lui demande, mi-inquiète, mi-intriguée :
 
– Comment savoir si vous n’êtes pas le diable ?
– C’est impossible, répond-il.
 
La nonne voit juste, même si l’homme du café se révèle bien plus complexe. Son registre évoque le grand livre de Saint-Pierre aux portes du paradis.
 
Par ailleurs, la serveuse qui lui sert le café, et qui tente, sans succès, de flirter avec lui, s’appelle… Angela.
 

Par-delà bien et mal

 
Davantage que Dieu ou le diable, l’homme du café se place entre les deux. Un ami à moi – d’ailleurs psychanalyste de son état – m’a un jour dit :
 
Le diable, c’est le Papon de Dieu.
 
Dans son esprit, le diable était donc un collabo de Dieu, qui lui répétait en détail ce dont il témoignait sur terre.
 
Chacun de ces personnages vient donc à l’homme au café avec un vœu. Mais ce voeu n’est pas exaucé immédiatement. Il a un prix et ce prix est souvent terrible : tuer une petite fille, poser une bombe dans un café, violer une femme.
 
Mais que ne feraient pas tous ces personnages pour voir leurs souhaits exaucés ?
 
L’homme au café est effectivement une figure diabolique, mais que le spectateur prend en pitié. En fait, il apparaît davantage comme un homme obligé de faire son job plutôt qu’un sale type qui se réjouit du malheur des autres.
 
En effet, si les croyants déclarent que les voies du Seigneur sont impénétrables, la volonté divine semble être notée dans ce grand registre, appelé agenda. Cet agenda décide de la mission à accomplir pour voir son rêve se réaliser. Par conséquent, c’est peut-être Dieu qui choisit les missions à accomplir afin de tester les hommes et femmes.
 

Le malheur des uns et le bonheur des autres

 
L’identité de l’inconnu du café plus ou moins établie, un autre noeud narratif intéressant se met en place. On découvre que les personnages établissent sans le savoir des rapports entre eux. Le plus clair est le lien entre celui qui doit tuer la petite fille et le tenancier de bar, qui doit la protéger.
 
On découvre donc que la mission donnée à l’un aura un impact direct sur la mission de l’autre. Ainsi, le devenir d’une petite fille, d’une nonne, d’une femme mariée, d’un aveugle, d’un voyou, d’un flic, ne dépendent pas de la volonté divine, mais bien de la volonté humaine, beaucoup plus difficile à prévoir.
 
C’est le libre arbitre de tous ces personnages qui va finalement décider du destin des autres.
 
The Place, bien entendu, est moral. Chaque fois, c’est l’amour qui sauve ses personnages, qu’il soit celui du couple, d’un enfant ou d’un père. L’inconnu du café est lui-même sauvé par la tendresse que lui voue la serveuse Angela. En effet, pour le soulager de son fardeau, cet ange littéral qui a veillé sur lui tout le long de l’histoire, accepte de prendre sa place.
 

Un air de Stephen King

 
Bien avant The Place, maints films et livres avertissent les humains sur leurs désirs : l’expression anglaise
 
Be Careful what you wish for, you might just get it
(Prends garde à tes désirs, ils pourraient bien devenir réalité)
 
trouve une illustration formidable dans The Place.
 
Au fond, le réalisateur reprend la même idée que dans un livre de Stephen King, intitulé Bazaar.
 
 
 
Le bazar en question était tenu par le diable en personne. Parce que le diable connaissait bien l’âme de ses clients, il proposait à chacun un objet qui suscitait leur intérêt. Par exemple, une veste qui donne la sensation à son propriétaire de retrouver sa jeunesse.
 
En l’échange de ces « cadeaux, » le vendeur demandait déjà quelque chose en échange. Des choses affreuses, bien sûr, que ses clients exécutaient pour l’amour de l’objet. Ed Harris, qui joue le flic intègre dans l’adaptation filmée, échappe au diable pour une raison simple : il n’a besoin de rien. Il n’a pas de désir, ou en tout cas aucun, de son point de vue, qui puisse être satisfait par un simple vendeur de babioles.
 
Max von Sydow incarne le diable en personne dans Bazaar, de Fraser C. Heston (1993)

Max von Sydow incarne le diable en personne dans Bazaar, de Fraser C. Heston (1993)

 

The Place : bienvenue dans La Cinquième dimension 

Dans The Place, l’impact des actions des personnages sur le destin des autres semble également inspiré d’un très bon épisode de La Cinquième dimension, intitulé « Button, Button ». Cet épisode magistral a donné lieu à une adaptation cinématographique en 2009.
 
 
Dans cette trame, un homme frappe à une porte. Une femme lui ouvre. L’homme lui propose, en échange d’une mallette contenant 1 million de dollars, d’appuyer sur le bouton rouge d’un boîtier. Ce faisant, elle allait tuer une personne inconnue et pouvoir jouir du million de dollars avec son mari et son enfant.
 
Cameron Diaz dans The Box de Richard Kelly (2009)

Cameron Diaz dans The Box, de Richard Kelly (2009)

 
La fin de l’épisode révèle que cet homme à la mallette attendait lui aussi d’être surpris par les couples qu’ils a rencontrés. En effet, il attendait, en vain bien sûr, que l’un des couples décline son offre. La fin de Button Button révélait surtout que la décision d’appuyer sur le bouton entraînait une réaction en chaîne terrible, machine destructrice actionnée par des couples avares.
 
Toutes ces inspirations ont probablement nourri le film The Place, qui propose pourtant un nouveau point de vue, neuf et fin, sur les choses humaines.
 
Courez voir ce bijou italien, qui ne joue, hélas, que dans quelques salles parisiennes.
 
Peut-être vous poserez-vous la question que je me suis moi-même posée à la sortie de la salle :
 
Et moi, aurais-je eu la lâcheté de demander quelque chose ?
 
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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