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The Lobster : l’odyssée d’homard


4 out of 5 stars (4 / 5)

On achève bien les célibataires

 
Le premier épisode de Sex and the City que j’aie vu était « They shoot single people, don’t they ? » qui se traduit par « On achève bien les célibataires. »
 
Énième variante du titre du roman de Horace Mc Coy, On Achève bien les chevaux adapté au cinéma par Sydney Pollack en 1969.

On achève bien les chevaux

Dans le livre, sorti en 1935, soit près de 50 ans avant Le Prix du danger d’Yves Boisset, l’auteur décrit un concours de danse. Le but du jeu: danser le plus longtemps possible, jusqu’à l’épuisement, voire la mort. Le dernier couple encore debout gagne 1500 dollars (équivalent de 22 000 euros aujourd’hui.)
 
La bande-annonce du film est très bien vue. Montage terrifiant d’hommes devenus chevaux, dans une course contre la mort.

 

Le roman de Mc Coy et le film de Sydney Pollack préfigurent la télé-réalité, de ces émissions où les candidats prennent des risques inconsidérés pour de l’argent.
 
L’épisode de Sex and the City pointait, comme souvent dans la série, l’impératif d’être en couple. Carrie se retrouvait victime d’une couverture de magazine tournant en ridicule sa revendication de célibataire libérée.

 

Dans la dystopie de Yorgos Lanthimos, les célibataires sont carrément arrêtés par les forces de l’ordre, et envoyés dans une sorte de Club Med miteux où l’on forme des couples à tout prix. 45 jours pour trouver l’âme sœur, sous peine d’être changé en animal. David a choisi le homard.

Le cauchemar du homard

 
Numéro de chambre de David: 101. Quand une fan d’Orwell entend « Room 101 » dans un film, elle sait que le héros va vivre un cauchemar.

 

Yorgos Lanthimos dénonce, par l’absurde, la pression qui pèse sur les individus pour se mettre en couple.

L’esthétique évoque Lars von Trier, et le goût pour l’absurde un certain Quentin Dupieux (en plus sombre)

Malaise dans la salle obscure. On rit, peut-être moins franchement que devant Réalité de Dupieux. On rit jaune, que l’on soit célibataire ou en couple.
 
Lanthimos met en lumière le mensonge du couple : les hommes et femmes de l’hôtel se trouvent coûte que coûte un point commun. Cependant, plutôt qu’un amour du cinéma ou de la lecture, c’est le handicap qui prévaut. Ainsi se mettent en couple deux personnes qui saignent du nez, deux myopes, deux personnes dénuées d’émotions.
 
Pas de panique. Il existe presque toujours, dans une dystopie, une alternative à la dictature en place. Chez Zamiatine dans Nous Autres, un rebelle peut vivre parmi les Méphi, en pleine nature. Chez Huxley, les récalcitrants sont envoyés sur une île, loin du Meilleur des mondes. Point d’alternative chez Orwell, le plus pessimiste de tous.

The Lobster : un film nuancé

 
The Lobster refuse d’être binaire. L’utopie n’est pas, comme on aurait pu l’attendre, du côté des solitaires en forêt. L’alternative n’est guère mieux que la dictature officielle. Même violence contre le couple, l’amour véritable, la liberté d’être ensemble. Le ridicule n’épargne pas les solitaires, que l’on voit danser, en solo, au milieu des arbres.
 
On ne respire pas, dans The Lobster, même les sublimes paysages irlandais ne nous y aident pas.
 
Les acteurs sont tous remarquables dans ce tableau noir: Colin Farrell est meilleur ici que dans les bluettes romantiques, Rachel Weisz est comme à son habitude remarquable, Léa Seydoux tient un rôle inattendu et c’est une joie de revoir Ariane Labed.

Une fin trop pessimiste ?

 
Dans les deux mondes, l’amour est l’ennemi numéro un. Orwell disait que le sexe était une force à faire voler la dictature en éclats. Rien n’a changé en 2015. L’amour effraie toujours les sociétés: il a la force de les faire vaciller.
 
La fin d’On Achève bien les chevaux était effrayante et difficile à interpréter. Celle de The Lobster l’est aussi. Les dystopies commencent mal et finissent encore plus mal, c’est la règle. Mais après plusieurs années de recherches sur la dystopie en littérature et au cinéma, Yorgos Lanthimos m’apparaît plus pessimiste encore que les auteurs que j’ai dévorés.
 
La fin de The Lobster peut sembler désespérément romantique ou profondément déprimante.
 
Yorgos Lanthimos a le mérite de tenir le même discours tout du long. Son parti pris est courageux. Absurde jusqu’au bout, terrible jusqu’au bout, The Lobster vous hantera longtemps.
 

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

 

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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AnonymePublié le 11:26 - Nov 9, 2015

J'ai trouvé ce film un peu trop long, je n'aime toujours pas Léa Seydoux et la musique m'a un peu saoulée, ceci dit, j'ai bien aimé The Lobster et je comprends son prix cannois. Ca m'a envoûtée, j'ai par moments ri mais par sa cruauté, quelque chose m'a touchée (notamment sa fin). Je crois qu'il caricature finalement à peine notre société qui fausse les relations entre les gens et donne une image douteuse de l'amour. Ce qui finalement bien foutu dans ce rôle, c'est le fait de refuser ce système binaire sans aucune nuance et en même temps il y a cette construction en deux parties qui fonctionne véritablement bien, c'est-à-dire le fait qu'on ne peut pas forcer les gens à s'aimer et ni empêcher les gens de s'aimer. Sinon, à part Seydoux (quoi, je ne l'ai pas déjà dit ?), j'ai aimé tout le reste du casting 🙂

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UnknownPublié le 11:58 - Mar 30, 2016

Film intéressant, merci pour la critique.
Colin Farrell et non Colin Firth sinon.

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