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The Good Place : on ira tous au paradis ?

3 out of 5 stars (3 / 5)
 
The Good Place, la divine comédie de Netflix, est sympathique et hilarante. Surtout, elle fait réfléchir le spectateur sans qu’il s’en aperçoive trop.
 
Eleanor est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus banal : elle pense à elle, à ses potes, son petit monde et ne s’intéresse à rien d’autre qu’à son propre plaisir. Elle ressemble, en somme, à un tas de gens.
 
Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) dans The Good Place (2017-)

Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) dans The Good Place (2017-)

 
Son comportement égoïste ne l’empêche pas, croit-elle, d’arriver au paradis. C’est Michael, ange accueillant, qui lui annonce la bonne nouvelle. Il est le fier architecte de ce nouveau quartier du paradis.
 
Michael (Ted Danson) dans The Good Place

Michael (Ted Danson) dans The Good Place

 
Seulement, Eleanor apprend qu’il y’a erreur sur la personne, et qu’elle prend la place d’une autre Eleanor, bien plus méritante.
 
Tout d’abord, le spectateur se demande assez vite ce qu’il aurait fait à la place d’Eleanor Shelltrop : difficile de se dénoncer et ainsi de plonger en enfer.
 
Eleanor, bien sûr, joue le jeu, et se fera passer pour une femme bien gentille avant que la nature, on s’en doute, ne revienne au galop.
 

Trouble in paradise

 
Un peu comme dans les tragédies grecques (on commence fort, hein ?) Eleanor représente l’élément dysfonctionnel au paradis. Elle incarne le protagoniste tragique dont l’orgueil met à mal l’ordre établi. Dans une tragédie classique, il faudrait tuer Eleanor pour que tout revienne à la normale. Cependant, nous sommes dans une comédie. L’héroïne tragique censée  foutre la merde deviendra la figure d’intelligence qui aidera d’autres pauvres âmes à trouver la bonne voie et, lors des saisons 2 et 3, à dévoiler tout un système corrompu.
 
Oui, car Eleanor n’est pas la seule à être là par erreur. Dans ce paradis un peu particulier, elle rencontrera Chidi.
 
Chidi (William Jackson Harper) dans The Good Place)

Chidi Anagonye (William Jackson Harper) dans The Good Place

Chidi et la tyrannie du choix

 
Chidi est un grand professeur de philosophie à l’université qui a un seul défaut, mais au ressort comique inépuisable : il est velléitaire.
 
 
Il a du mal à prendre des décisions
 
 
Vous vous souvenez de Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally qui met 20 minutes à commander un sandwich ? Eh bien c’est un peu le cas de Chidi. Non pas, comme Sally dans le film, qu’il veuille une chose parfaitement à son goût, mais il est sans cesse pris dans des dilemmes cornéliens :
 
Comment choisir le lait du supermarché qui sera le plus éthique ? Comment choisir le produit qui n’aura pas été fabriqué par un enfant chinois ?
Comment acheter des chaussures en cuir quand on sait que les vaches…
 
Bref, vous avez compris le principe.
 
Chidi, par son savoir philosophique, possède pourtant l’une des clés pour accéder à la fameuse Good Place.
 

La vaniteuse et l’imbécile

 
Dans un tout autre style, on rencontre Tahani.
 
Tahani Al-Jamil (Jameela Jamil) dans The Good Place

Tahani Al-Jamil (Jameela Jamil) dans The Good Place

 
Dans toute série, il faut une peste. Une vaniteuses qui n’a d’yeux que pour l’apparence, les réceptions et l’opinion des autres. Ce sera le rôle de Tahani, femme de la haute société, elle aussi au ciel par erreur.
 
Et puis il y a Jason. Le genre de mec qui croit que Mussolini est une marque de pâtes.
 
Jason Mendoza (Manny Jacinto) dans The Good Place

Jason Mendoza (Manny Jacinto) dans The Good Place

 

Quatuor haut en couleurs

 
Au début, Eleanor est persuadée d’être la seule à avoir atterri au paradis par erreur. Devoir bien se conduire quand ce n’est pas dans sa nature constitue sa punition divine.
 
Mais quand elle s’allie à Chidi, elle se montre tout de même ouverte à la philosophie, même si elle continue de lui préférer les sœurs Kardashian.
 
Tahani semble être là uniquement pour la faire complexer : elle est plus belle, plus riche, mieux éduquée, plus populaire, et surtout – sa maison est plus grande.
 
En effet, quand vous arrivez au paradis, on vous donne la maison de vos rêves. Sauf que la maison offerte à Eleanor correspond au rêve de la « bonne » Eleanor dont elle usurpe la place.
 
En bref, les quatre personnages méritent l’enfer : Eleanor pour son égoïsme, Jason pour sa stupidité et ses crimes à la petite semaine, Tahani pour sa vanité et Chidi…
 
C’est moins évident pour Chidi. Son côté velléitaire est la raison de sa damnation, et c’est un peu fort de café. Cependant, son incapacité à prendre des décisions a fait son malheur et celui des gens autour de lui.
 
Michael l’architecte guidera les quatre personnages dans ce paradis immérité, accompagné de Janet, femme-robot à l’intelligence supérieure, sorte de Wikipedia ambulant.
 
Janet (D'Arcy Carden) dans The Good Place

Janet (D’Arcy Carden) dans The Good Place

 

The Good Place : une fin de saison 1 philosophique (Attention Spoilers à partir d’ici)

 
La fin de la saison 1 de The Good Place nous propose un twist sympathique, mais que vous avez peut-être repéré d’avance si vous vous intéressez à la littérature, à la philosophie, et aux séries classiques.
 
Lors du final, Eleanor, la plus futée du groupe, a une révélation : le quatuor qu’elle forme avec ses amis d’infortune incarne en réalité l’enfer pour eux tous. Son égoïsme rend le rôle de prof de philo plus difficile pour Chidi. Les hésitations constantes du philosophe lui tape sur les nerfs. Le manque d’éducation et de goût de ses acolytes agacent Tahani au plus haut point. Et Jason… est en quelque sorte torturé par sa propre bêtise.

 
jason the good place idiot gif
 

Eleanor découvre ainsi que chacun est censé représenter l’enfer de l’autre. Michael, officiellement présenté comme l’ange Gabriel, est en réalité un traître. Il s’agit d’un démon qui a construit un quartier de l’enfer réservé à ces quatre personnes. En faisant croire à ses victimes qu’elles étaient au paradis, il a en fait créé un lieu où chacun devenait le cauchemar des trois autres.
 

L’enfer, c’est les autres

 
Mais tout ça n’est pas nouveau. Michael Schur, showrunner de The Good Place, aime la philosophie, il nous le prouve avec le personnage de Chidi et ses cours instructifs. Apparemment, le scénariste a surtout lu Sartre.
 
En effet, à la fin de Huis clos, trois personnages, déjà, se rendaient compte à la fin de la pièce qu’ils étaient en enfer. Garcin, le lâche du groupe face à deux femmes, l’une méchante et l’autre vaniteuse, déclarait dans la dernière scène :
 
Tous ces regards qui me mangent … Ha, vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru … Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril .. Ah ! Quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l’enfer c’est les autres.
 
Michael Schur a repris ce principe à la lettre. Pour la petite histoire, le canapé sur lequel s’évanouit Tahani lors du mariage de Jason et Janet est la réplique d’un canapé empire utilisé justement pour la pièce de Sartre, où Estelle, la coquette du trio, se met à pleurer.
 
 
Côté séries, à la fin de la troisième saison de American Horror Story, le personnage de Jessica Lange se retrouve prisonnier d’une maison avec un homme amoureux d’elle mais qu’elle méprise. Parce que le couple se fait violence, chacun de ses membres devient l’enfer de l’autre. Dans un coin, le diable rit de leur malheur.

The Good Place et La Quatrième dimension

 
Toujours pour les sériephiles, les fans de La Quatrième dimension pouvaient également voir venir la chute de la première saison de The Good Place.
 
Il existe un épisode mémorable dans la série de Rod Serling, appelé « A Nice Place to Visit ». La « nice place » est aussi censée être le paradis pour un homme qui vient de décéder. Or, cet homme est un criminel, et le spectateur le sait dès le départ. Il arrive néanmoins dans une charmante maison, lui aussi guidé par un homme à l’apparence sympathique.
 
 
 
Tout y semble idéal : il gagne immanquablement au jeu, collectionne les femmes, nage dans la richesse. Néanmoins, il se rend vite compte que ces victoires perpétuelles  génèrent un ennui total. Pire, il ne peut sortir de cette maison où il ne se passera jamais rien d’inattendu. La chute de l’épisode, bien avant The Good Place, révèle que le criminel était bien là où il devait être : en enfer.  
 
En même temps, si on mettait tous les égoïstes en enfer, ça ferait du monde. Et c’est justement le nerf de la guerre dans la deuxième saison de The Good Place.
 
Protestantisme et humanisme dans The Good Place

Les saisons 2 et 3 de The Good Place, si elles sont moins intéressantes que la première (mais toujours drôles) ont le mérite de montrer un trait caractéristique de l’état d’esprit américain, le protestantisme. En effet, le protestantisme est la religion officielle du pays. Sa philosophie indique que le salut ou la damnation sot jouées d’avance, quelque soit votre comportement sur terre.

En clair, que vous soyez un meurtrier ou mère Theresa, le fait d’atterrir au paradis ou en enfer ne dépend pas de vous.

 

Déprimant, hein ?

On appelle ça le déterminisme. Dans The Good Place, découvrir que tout le monde finit en enfer quelque soit son attitude fera rire jaune le public américain. Mais The Good Place est une comédie légère, et reflète un optimisme certain concernant la nature humaine. En effet, tout le principe de la série est de démontrer que les humains ont la possibilité de s’améliorer : dans la saison 1 par leur alliance, dans la saison 2 en revenant sur terre pour bénéficier d’une seconde chance. 

Pauvre monde

Dans la saison 3 de The Good Place, les héros pensent d’abord que les démons ont truqué le système pour envoyer tout le monde en enfer. L’ironie de la religion apparaît alors grinçante.

Cependant, ce n’est pas un coup des démons. C’est la complexité du monde qui fait que chacun de nos choix entraîne des conséquences dramatiques. Même la juge en reste bouche bée.

 

 

En réalité, le monde est devenu si complexe que faire un choix éthique est devenu mission impossible. Choisir une pomme est ainsi montré comme une potentielle catastrophe. Belle manière pour Michael Schur de dénoncer dans The Good Place un monde devenu quasi absurde. La velléité de Chidi s’explique d’autant plus. 

Là encore, la série se montre indulgente envers les pauvres êtres que nous sommes, perdus dans un univers trop alambiqué.

L’après-vie, inspiration éternelle en fiction

 
En conclusion, le paradis et l’enfer n’ont pas fini d’inspirer les showrunners, écrivains et cinéastes.
  
Pour le petit clin d’œil, un excellent film récent, justement appelé The Place, révèle le même schéma de relations entre les humains face à un être surnaturel venu de l’enfer ou du ciel. Les personnages, par leur libre arbitre, décident eux aussi du bonheur ou du malheur d’autrui.
 
 
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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