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Sale temps à l’hôtel El Royale : série noire pour nuit blanche

4 out of 5 stars (4 / 5)
Par Tim Bullock

Welcome to the hotel California

Nous sommes dans les années 70 et plusieurs clients arrivent à l’hôtel El Royale qui est à cheval entre la Californie et le Nevada. Jusque là, rien de bien étrange. Un des clients est un prêtre catholique. Plus curieux mais rien de plus. Que le réceptionniste soit absent très longtemps laissant un hall vaste et plutôt chouette est un premier signe d’étrangeté.

Jon Hamm, Jeff Bridges et Cynthia Erivo dans Sale temps à l'hôtel El Royale de Drew Goddard (2018)
Jon Hamm, Jeff Bridges et Cynthia Erivo dans Sale temps à l’hôtel El Royale de Drew Goddard (2018)

En réalité, l’hôtel El Royale est un lieu tranquille pour qui ne veut pas y être trouvé. Sept étrangers vont s’y croiser durant une nuit d’orage à la fin des années 1970. Un curieux endroit avec ses miroirs sans tain où l’on vous y espionne bien tranquillement ! Le contraste dans les décors entre ce hall, ces chambres banales (à quelques détails près : ce que trouve Jon Hamm dans la sienne constitue presque un gag tellement la scène prend son temps !) et ce couloir sinistre, uniformément gris, où une caméra prend un plaisir solitaire à filmer en douce des clients qui ne se doutent de rien ; tout cela est à la fois esthétiquement réussi et symboliquement fort.

Bas les masques !

En pleine lumière, comme sur une scène de théâtre, les clients mentent. La scène d’ouverture est à cet égard comme un résumé de la première partie du film. Mais dans l’obscurité, la vérité se révèle. Il est révélateur que l’essentiel de l’action, le plus fort du film, se déroule de nuit. La vérité, dit-on, est souvent nue. Amusant donc que ce soit un homme à demi-nu qui vient faire tomber les masques (une « métaphore » déjà utilisée dans le climax de The Square, la palme d’or controversée de 2017).

Billy Lee (Chris Hemsworth) dans Sale temps à l'hôtel El Royale
Billy Lee (Chris Hemsworth) dans Sale temps à l’hôtel El Royale

Ces révélations constituent la seconde partie du film, intense et incandescente. La violente monte progressivement et elle étreint le spectateur qui, comme les clients, se retrouve prisonnier de l’hôtel El Royale. On subodore que la devise de l’établissement commence par « Vous qui entrez… »

Jouons avec les codes

Sale temps à l’hôtel El Royale est doté d’un script implacable que l’on doit à son réalisateur Drew Goddard, scénariste depuis 15 ans formé aux écoles Joss Whedon (gage de qualité) et J.J.Abrams (gage d’efficacité). Dans La cabane dans les bois, sa première réalisation, Goddard (et son pote Whedon) revisitait les codes du cinéma d’horreur dans un style décalé assumant avec brio l’héritage de la pop culture. Sale temps à l’hôtel El Royale montre une continuité dans la démarche de son réalisateur : Goddard connaît par coeur les codes du film noir, se les approprie pour mieux les détourner ou les renforcer.

Il peut ainsi embarquer le spectateur dans un cauchemar éveillé bercé par une bande son géniale. Nourri à la pop culture, le réalisateur/scénariste rend hommage à la musique de l’époque. Il est symptomatique qu’un des personnages soit d’ailleurs une chanteuse. Le juke box, d’abord simple élément de décor, acquiert petit à petit une vraie personnalité. Il est le témoin privilégié – avec le bar, haut lieu d’épanchements –  de confessions plus ou moins voulues.

On ne s’étonne donc pas que Goddard a depuis signé pour écrire et réaliser X-Force, film sur la bande de super-héros les plus frappadingues de l’univers Marvel (on en a eu un aperçu dans Deadpool 2, son héros étant le fondateur de cette bande incontrôlable) : il aura l’opportunité d’y injecter sa science des codes du genre, de la pop culture, et du décalage.

Deadpool quand il apprend que Drew Goddard va faire son prochain film
Deadpool quand il apprend que Drew Goddard va faire son prochain film

Casting impeccable

L’autre force de Sale temps à l’hôtel El Royale réside dans un casting impeccable. Il y a notamment Jeff Bridges en prêtre alcolo, assez crédible avec ce masque et qui réussit à être à la fois doux, prévenant, fort, et pas seulement physiquement. A l’hôtel El Royale, il faut avoir l’esprit bien chevillé au corps sinon c’est la folie assurée ! La direction de Drew Goddard fait sortir le meilleur de ses acteurs.

Drew Goddard, scénariste et réalisateur de Sale temps à l'hôtel El Royale
Drew Goddard, scénariste et réalisateur de Sale temps à l’hôtel El Royale

Le personnage du manager, Janus fragile et brisé, est la représentation humaine de l’hôtel : lisse et propret en surface, sombre et voyeur sous la surface. Lewis Pullman rend parfaitement compte de cette dichotomie. Jon Hamm incarne un vendeur machiste. Ce rôle réussi bien que peu surprenant (Hamm a su jouer des machos mémorables, de Mad Men à Black Mirror) est logique étant donné la période. Le machisme et le racisme qu’il professe ouvertement renvoient à un temps pas si lointain.

Dakota Johnson en fugitive prompte à manier la carabine dispose de temps pour nous montrer toutes les nuances de son jeu (le film pourrait s’appeler Cinquante nuances de Johnson)  tantôt mystérieuse, tantôt protectrice, impitoyable, cynique mais aussi touchante. Sa dernière scène met la larme à l’œil.

Emily Summerspring (Dakota Johnson) dans Sale temps à l'hôtel El Royale
Emily Summerspring (Dakota Johnson) dans Sale temps à l’hôtel El Royale

Et il y a Chris Hemsworth – déjà premier rôle dans La Cabane dans les bois – Magnétique, son entrée en scène sous la pluie est un coup de poing. Avec sa chemise ouverte, sous une pluie battante, un sourire aux lèvres, c’est un chat avançant vers les souris. L’entrée faite, l’acteur ne baisse pas la garde et se montre vraiment génial, machiavélique mais aussi cruel et inquiet. Toute sa prestation sent le soufre !

Avec son final à la Tarantino, voilà un polar que l’on remercie à genoux.

Les 8 salopards : pas sortis de l’auberge


1 out of 5 stars (1 / 5)


Le voici, le Tarantino. Vous auriez dû me voir, surexcitée au générique comme une gosse à Disneyland. Le plaisir de l’attente, la récompense de la découverte.


Ça ressemble à du Tarantino, mais…

 

L’hiver fait rage dans le Wyoming. Un chasseur de primes, John Ruth, conduit une criminelle, Daisy Domergue, à l’échafaud.

Sur la route, ils rencontrent un ancien officier noir et un shérif. Surpris par une tempête de neige, tous se retrouvent dans une auberge isolée, celle de Minnie, nichée sur une colline. Un vieil homme y est assis, le général Smithers, ancien confédéré.

 

La première partie du film est emplie de dialogues caustiques propres à Tarantino, qui rappellent, en moins loufoque, Le Shérif est en prison de Mel Brooks.

 



Paysages majestueusement filmés, plans magnifiques, montage impeccable, BO extra: oui, Les 8 salopards ressemble à un Tarantino.


On s’ennuie vite devant Les 8 salopards

 

L’esthétique est proche de Django Unchained. Les répliques humoristiques amusent un temps, puis lassent, car une bonne partie d’entre elles tombent à plat. Juste une série d’acteurs charismatiques qui n’ont, semble-t-il, pas grand chose à se dire. L’exposition est fort longue, et Tarantino aurait pu la raccourcir aisément.

 

Une fois que les acteurs ont répété cent fois que le commandant Warren (Samuel L. Jackson) correspondait avec Lincoln, et que la prisonnière était conduite à la pendaison, on s’ennuie vite. Jennifer Jason Leigh se fait régulièrement taper sur la gueule, histoire de réveiller le public. Elle ressemble assez vite à une publicité sur les femmes battues.


Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)
Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)

Il est rare de voir des femmes se faire tabasser au cinéma. Le premier Sin City, en 2005, avait fait scandale pour cette raison. Or, si on y regarde de près, les femmes se défendent bien.



 
Loin de moi l’idée de blâmer Tarantino. Il est l’un des rares réalisateurs à montrer des personnages féminins forts, qui écrasent leurs ennemis avec brio (Jackie Brown et la mariée de Kill Bill pour n’en citer que deux.)

Casting de choix pour mauvais scénario

Jennifer Jason Leigh, très bonne actrice sous-estimée, est convaincante dans le rôle. Dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur du casting.

Tarantino s’entoure de ses vieux complices (Michael Madsen, Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Zoe Bell et Tim Roth) et s’offre un western.

Le général afro-américain incarné par Samuel L Jackson était pourtant prometteur, surtout lors de son face à face avec l’ancien soldat confédéré dans l’auberge.

 

Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino
Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino

Les 8 Salopards se déroule quelques années seulement après la Guerre de Sécession, qui s’est terminée en 1865. Or, il faudra attendre 1940 pour qu’un afro-américain soit promu général dans l’armée américaine: il s’agit de Benjamin O. Davis. Mais qu’importe. Tarantino n’est jamais meilleur que quand il réécrit l’Histoire. On se souvient du jubilatoire Inglorious Basterds, où les chefs nazis finissaient carbonisés dans un cinéma.

Tarantino n’a pas son pareil pour offrir, par le biais de la fiction, une revanche des opprimés sur les oppresseurs. Or, le récit du commandant Warren se résume à une anecdote sadique, qu’il raconte, en jubilant, au soldat confédéré. Le dialogue tourne court. Le film traîne en longueur. Tarantino essaie d’enchaîner des répliques et des scènes cultes, mais ne parvient qu’à une orgie de violence pour masquer l’absence de scénario.


Cluedo loupé

 

Une fois dans l’auberge, le western se change en Cluedo. On assiste à un classique Whodunnit (qui a tué ?) Le huis-clos à l’auberge évoque Les Dix petits nègres d’Agatha Christie.



Hôte absent, série de meurtres et suspicion généralisée, comme dans le roman de 1939. Mais le cluedo de Tarantino, lui aussi, tourne court. Même l’accent britannique de Tim Roth ne parvient pas à créer l’illusion.


Beaucoup de bruit pour rien

 

Le suspense commence donc au bout d’1h37 (à croire que c’est une habitude) on espère une deuxième partie formidable, un final grandiose, mais non. Rien ne vient. Les 8 salopards rappelle une tragédie shakespearienne sans le talent de l’auteur: la trame se termine faute de personnages encore en vie. Jets de sang partout, comme dans Titus Andronicus, Les 8 salopards apparaît comme une mauvaise pièce, un huis-clos sans intérêt. Un autre titre de Shakespeare vient à l’esprit: beaucoup de bruit pour rien.

 

Après la folie Star Wars, vous pouvez être sûrs qu’on va nous bassiner avec le dernier Tarantino. La promotion du film est rondement menée: on en bâtit toute une légende depuis des mois. À tant faire saliver les fans, cependant, le retour de bâton est probable. En même temps, je m’étonne de voir l’excellente note de 8.2/10 sur IMDb. Est-ce que les fans de Tarantino sont inconditionnels au point de ne pas voir que Les 8 Salopards n’est que l’ombre de sa gloire passée ?

 

C’est vrai que c’est cool d’aimer Tarantino, et il surfe sur cette réputation depuis Pulp Fiction, qui date tout de même de 95… Si le film est mauvais, a-t-on le droit de le dire sans passer pour un ringard ou un réac ?


Une parodie de western ratée

 

Le plus dur: le film dure 3 heures. C’est interminable. Inglorious Basterds dure 2h33 et passe en un éclair. Jackie Brown dure 2h30 et tient en haleine de bout en bout. Ce n’est pas le cas des 8 salopards. On attend mollement la résolution du « mystère. » On finit par se foutre de qui a fait le coup. Ce dernier Tarantino donne une furieuse envie d’aller prendre un café (enfin, peut-être pas un café… 🙂 )

 

Quand, à dix-huit ans, je regardais la trilogie du Parrain avec une copine, notre jeu était de deviner qui tirerait en premier. On peut faire la même chose devant ce western caricatural où les acteurs surjouent, et forcent l’accent américain jusqu’au ridicule. On se croirait, en somme, dans une parodie de western ratée. Tarantino aime les références, et on en témoigne à nouveau ici: Sergio Leone, comme d’hab, mais aussi The Thing de Carpenter pour le décor neigeux et la présence de Kurt Russell. Le réalisateur donne aussi dans l’auto-référence (Reservoir Dogs, déjà inspiré de The Thing) mais allez savoir pourquoi, cette fois, il semble juste se répéter. Dommage, il est habituellement doué pour jouer avec les codes des films de genre et nous proposer quelque chose de neuf et personnel (dans Boulevard de la mort, entre autres.)

 

Les 8 salopards donne l’impression d’une suite d’idioties magnifiquement filmées. Pour Noël, Tarantino nous offre un bel emballage. Le cadeau, hélas, est très décevant.


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