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poupée russe

Poupée russe : analyse de la série et explication de la fin (spoilers)

4 out of 5 stars (4 / 5)
 
C’est pas parce que Nadia, l’héroïne de Poupée Russe, est juive, qu’elle a 36 ans, une mère impossible, et des cheveux qu’il faut couper depuis 1913, qu’on est forcément la même personne.
 
Mais je vous avoue que j’ai des doutes.
 
 
 

Happy birthdead

 
Nadia fête son anniversaire. Elle meurt le soir même. Comme une certaine lycéenne pouf dans un mauvais film d’horreur. Sauf que la nouvelle série Netflix est bien meilleure. C’est pas dur, bien sûr, mais elle est bien meilleure.
 
J’ai regardé Poupée Russe d’une traite et je crois que, comme une nouvelle à chute, il faut la regarder ainsi.
 
D’accord, d’accord, Poupée Russe est une énième histoire de Scrooge. Vous savez, ce vieux gars radin qui devient généreux après la visite de trois fantômes la nuit de Noël ? 
 
 
Eh bien le noël de Nadia, c’est son anniversaire. J’ai 36 ans, je sais ce que ça fait. Bon, je ne suis pas aussi ravagée. Nadia rappelle ce personnage de Bette Davis dans The Rose, vous vous souvenez, cette chanteuse qui a plein de kilomètres au compteur et donne l’impression qu’elle a tout essayé côté drogues et alcool ?
 
Voilà.
 

Dead Like Her

 
Alors, vous connaissez la chanson de la boucle temporelle, pas vrai ? C’est comme dans Un Jour sans fin, où Bill Murray revit tous les jours la même journée (de merde) jusqu’à ce qu’il devienne un type bien.
 
Même principe pour Nadia, la cynique (hilarante) de Poupée Russe. Elle n’aime pas les anniversaires. Elle n’aime pas les gens, non plus. Elle aime son chat, Oatmeal. C’est à peu près tout.
 
Chacune de ses morts est inattendue et hilarante, a l’instar de séries comme Six Feet Under ou Dead Like Me.
 
A ce propos, il existe quelqu’un qui est dead like her. Je veux dire quelqu’un qui meurt plusieurs fois et revient sans cesse au même point de départ. Ce type s’appelle Alan.
 
 
Tous les deux se « réveillent » chaque fois dans une salle de bains. Nadia dans la salle de bains de son amie Maxine, le soir de la fête. Alan dans sa propre salle de bains, un jour de rupture amoureuse.
 
Les deux pensent n’avoir besoin de personne. L’une est auto-destructrice, l’autre est control freak (comme Bree van der Kamp, Alan a un besoin compulsif de tout contrôler). L’une se fout de ses amants, l’autre est obsédé par sa petite amie, et refuse d’accepter leur rupture.
 

Allô maman bobo

 
Nadia n’est pas tout à fait seule au monde. Elle a des amies (qu’elle néglige) et une tante psychanalyste aimante, Ruthie.
 
En cherchant le pourquoi de sa boucle temporelle, Nadia revient sur ses origines. Elle s’intéresse au judaïsme (autant qu’une athée new-yorkaise, autant dire par longtemps) puis repense à sa relation conflictuelle avec sa mère (ce qui est un pléonasme pour une fille juive, voire pour une fille tout court, j’attends vos commentaires).
 
Sa mère était disons un peu perdue et ne parvenait pas à s’occuper d’elle. Quand elle était très jeune, Nadia a donc été confiée à sa tante Ruthie.
 

Le traumatisme d’enfance de Nadia

 
Nadia culpabilise tout le long de la série au sujet de la mort de sa mère. Elle confie à sa tante que sa mère se serait laissé mourir en moins d’un an de ne pas avoir obtenu sa garde. Dans un flashback, tout se passe comme si Nadia, petite fille, avait littéralement laissé mourir sa mère. En effet, cette femme, dans un accès de colère, casse les miroirs et les cadres des photos autour d’elle. Cette scène suggère qu’elle s’est peut-être suicidée avec un bout de verre. Nadia l’aurait regardé mourir sans intervenir. La phrase de la petite Nadia à la Nadia de 36 ans est révélatrice :
 
Tu dois la laisser mourir pour que nous soyons libres.
 
Cette réplique fonctionne au sens propre comme au figuré. Nadia petite fille s’est libérée de sa mère en la laissant derrière elle. Nadia adulte doit faire de même, en se laissant sa culpabilité derrière elle.
 
Jusqu’à la fin de Poupée Russe, Nadia avait littéralement quelque chose de coincé dans la gorge : un bout de verre qui finit par sortir.

 
Nadia recrache un bout de verre dans Poupée Russe

Nadia recrache un bout de verre dans Poupée Russe


Elle va mieux et peut alors commencer une nouvelle vie.
 
Alan, lui, décide de ne plus tout contrôler, et d’écouter, pour la première fois, ce que lui dit Beatrice, sa petite amie.
 
Les deux personnages réalisent qu’ils ont besoin des autres pour vivre. Surtout, ils ont besoin l’un de l’autre.
 

Que se passe-t-il au dernier épisode de Poupée Russe ?

 
Pendant la moitié de la série, Nadia et Alan ont tenté de comprendre ensemble le pourquoi de leur prison temporelle. Ce « purgatoire » comme l’appelle Alan, les aide à devenir de meilleures personnes : ils font la paix avec eux-mêmes puis avec les autres.
 
Lors du dernier épisode, Nadia et Alan revivent la même soirée, mais cette fois, quand ils essaient de se retrouver pour faire équipe, il y a un hic. Ils semblent être chacun dans une réalité différente.
 
Dans l’une des réalités, Nadia ne reconnaît pas Alan alors que lui se souvient de leur entraide.
Dans une autre, c’est Alan qui ne se souvient pas de Nadia alors qu’elle se rappelle leur route commune.
 
Alan et Nadia sont revenus à ce fameux premier soir, où chacun avait refusé d’apporter son aide à l’autre. Néanmoins, cette fois, l’expérience va changer leur attitude. Alan sauve donc Nadia de son accident de voiture, et Nadia sauve Alan du suicide.
 

Poupée russe : analyse du titre 

Pourquoi un tel titre ? Démarrons simple. L’héroïne s’appelle Nadia Volvokov, autant dire qu’elle est pas bretonne. Si l’on considère Nadia comme une grand poupée (l’opposé de Barbie, hein ?) la version d’elle-même petite fille serait la plus petite poupée en elle, celle à qui, justement, on arrive en dernier. La série nous prouve que l’on n’est jamais que la somme de nos expériences passées. Nadia a creusé longtemps sa mémoire pour revenir à l’enfance, et nous avons découvert les couches successives du personnage : son cynisme, son humour… et son amour des autres, bien caché sous tout le reste. 

À mesure que l’on découvre les poupées de la plus grande à la plus petite, le motif devient plus simple, jusqu’à la plus petite, où l’on arrive à l’essentiel.

Une poupée russe est composée de plusieurs poupées : chaque fois qu’on en découvre une, elle n’est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. 

Poupées russes traditionnelles

Poupées russes traditionnelles

 

C’est ce qui se produit pour Nadia.

 

La poupée russe, c'est Nadia elle-même

La poupée russe, c’est Nadia elle-même

Poupée russe : dépression et des potes

À bien y regarder, Poupée Russe peut être lu comme une métaphore filée de la dépression nerveuse. Après tout, Nadia a des tendances auto-destructrices et Alan a eu un geste suicidaire. La boucle temporelle est une très belle illustration de la dépression : en effet, une personne dépressive ressasse les mêmes pensées en boucle, agit et réfléchit dans un schéma négatif dont elle ne peut sortir.
 
Au-delà de notre besoin d’évoluer, Poupée Russe nous enseigne qu’il faut s’ouvrir aux autres. Dans le dernier épisode, Alan remarque enfin une jeune femme qui habite pourtant son quartier depuis un moment.
Nadia l’ex-misanthrope serre un invité de la fête dans ses bras. 
 
L’épisode précédent, où les miroirs disparaissaient, semblait nous dire :
 
Cessez de vous regarder vous-même et regardez un peu autour de vous.
 
Poupée Russe, c’est le début d’une belle amitié entre deux anciens dépressifs qui se rencontrent et se font du bien.
 
 
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The Good Place : on ira tous au paradis ?

3 out of 5 stars (3 / 5)
 
The Good Place, la divine comédie de Netflix, est sympathique et hilarante. Surtout, elle fait réfléchir le spectateur sans qu’il s’en aperçoive trop.
 
Eleanor est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus banal : elle pense à elle, à ses potes, son petit monde et ne s’intéresse à rien d’autre qu’à son propre plaisir. Elle ressemble, en somme, à un tas de gens.
 
Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) dans The Good Place (2017-)

Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) dans The Good Place (2017-)

 
Son comportement égoïste ne l’empêche pas, croit-elle, d’arriver au paradis. C’est Michael, ange accueillant, qui lui annonce la bonne nouvelle. Il est le fier architecte de ce nouveau quartier du paradis.
 
Michael (Ted Danson) dans The Good Place

Michael (Ted Danson) dans The Good Place

 
Seulement, Eleanor apprend qu’il y’a erreur sur la personne, et qu’elle prend la place d’une autre Eleanor, bien plus méritante.
 
Tout d’abord, le spectateur se demande assez vite ce qu’il aurait fait à la place d’Eleanor Shelltrop : difficile de se dénoncer et ainsi de plonger en enfer.
 
Eleanor, bien sûr, joue le jeu, et se fera passer pour une femme bien gentille avant que la nature, on s’en doute, ne revienne au galop.
 

Trouble in paradise

 
Un peu comme dans les tragédies grecques (on commence fort, hein ?) Eleanor représente l’élément dysfonctionnel au paradis. Elle incarne le protagoniste tragique dont l’orgueil met à mal l’ordre établi. Dans une tragédie classique, il faudrait tuer Eleanor pour que tout revienne à la normale. Cependant, nous sommes dans une comédie. L’héroïne tragique censée  foutre la merde deviendra la figure d’intelligence qui aidera d’autres pauvres âmes à trouver la bonne voie et, lors des saisons 2 et 3, à dévoiler tout un système corrompu.
 
Oui, car Eleanor n’est pas la seule à être là par erreur. Dans ce paradis un peu particulier, elle rencontrera Chidi.
 
Chidi (William Jackson Harper) dans The Good Place)

Chidi Anagonye (William Jackson Harper) dans The Good Place

Chidi et la tyrannie du choix

 
Chidi est un grand professeur de philosophie à l’université qui a un seul défaut, mais au ressort comique inépuisable : il est velléitaire.
 
 
Il a du mal à prendre des décisions
 
 
Vous vous souvenez de Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally qui met 20 minutes à commander un sandwich ? Eh bien c’est un peu le cas de Chidi. Non pas, comme Sally dans le film, qu’il veuille une chose parfaitement à son goût, mais il est sans cesse pris dans des dilemmes cornéliens :
 
Comment choisir le lait du supermarché qui sera le plus éthique ? Comment choisir le produit qui n’aura pas été fabriqué par un enfant chinois ?
Comment acheter des chaussures en cuir quand on sait que les vaches…
 
Bref, vous avez compris le principe.
 
Chidi, par son savoir philosophique, possède pourtant l’une des clés pour accéder à la fameuse Good Place.
 

La vaniteuse et l’imbécile

 
Dans un tout autre style, on rencontre Tahani.
 
Tahani Al-Jamil (Jameela Jamil) dans The Good Place

Tahani Al-Jamil (Jameela Jamil) dans The Good Place

 
Dans toute série, il faut une peste. Une vaniteuses qui n’a d’yeux que pour l’apparence, les réceptions et l’opinion des autres. Ce sera le rôle de Tahani, femme de la haute société, elle aussi au ciel par erreur.
 
Et puis il y a Jason. Le genre de mec qui croit que Mussolini est une marque de pâtes.
 
Jason Mendoza (Manny Jacinto) dans The Good Place

Jason Mendoza (Manny Jacinto) dans The Good Place

 

Quatuor haut en couleurs

 
Au début, Eleanor est persuadée d’être la seule à avoir atterri au paradis par erreur. Devoir bien se conduire quand ce n’est pas dans sa nature constitue sa punition divine.
 
Mais quand elle s’allie à Chidi, elle se montre tout de même ouverte à la philosophie, même si elle continue de lui préférer les sœurs Kardashian.
 
Tahani semble être là uniquement pour la faire complexer : elle est plus belle, plus riche, mieux éduquée, plus populaire, et surtout – sa maison est plus grande.
 
En effet, quand vous arrivez au paradis, on vous donne la maison de vos rêves. Sauf que la maison offerte à Eleanor correspond au rêve de la « bonne » Eleanor dont elle usurpe la place.
 
En bref, les quatre personnages méritent l’enfer : Eleanor pour son égoïsme, Jason pour sa stupidité et ses crimes à la petite semaine, Tahani pour sa vanité et Chidi…
 
C’est moins évident pour Chidi. Son côté velléitaire est la raison de sa damnation, et c’est un peu fort de café. Cependant, son incapacité à prendre des décisions a fait son malheur et celui des gens autour de lui.
 
Michael l’architecte guidera les quatre personnages dans ce paradis immérité, accompagné de Janet, femme-robot à l’intelligence supérieure, sorte de Wikipedia ambulant.
 
Janet (D'Arcy Carden) dans The Good Place

Janet (D’Arcy Carden) dans The Good Place

 

The Good Place : une fin de saison 1 philosophique (Attention Spoilers à partir d’ici)

 
La fin de la saison 1 de The Good Place nous propose un twist sympathique, mais que vous avez peut-être repéré d’avance si vous vous intéressez à la littérature, à la philosophie, et aux séries classiques.
 
Lors du final, Eleanor, la plus futée du groupe, a une révélation : le quatuor qu’elle forme avec ses amis d’infortune incarne en réalité l’enfer pour eux tous. Son égoïsme rend le rôle de prof de philo plus difficile pour Chidi. Les hésitations constantes du philosophe lui tape sur les nerfs. Le manque d’éducation et de goût de ses acolytes agacent Tahani au plus haut point. Et Jason… est en quelque sorte torturé par sa propre bêtise.

 
jason the good place idiot gif
 

Eleanor découvre ainsi que chacun est censé représenter l’enfer de l’autre. Michael, officiellement présenté comme l’ange Gabriel, est en réalité un traître. Il s’agit d’un démon qui a construit un quartier de l’enfer réservé à ces quatre personnes. En faisant croire à ses victimes qu’elles étaient au paradis, il a en fait créé un lieu où chacun devenait le cauchemar des trois autres.
 

L’enfer, c’est les autres

 
Mais tout ça n’est pas nouveau. Michael Schur, showrunner de The Good Place, aime la philosophie, il nous le prouve avec le personnage de Chidi et ses cours instructifs. Apparemment, le scénariste a surtout lu Sartre.
 
En effet, à la fin de Huis clos, trois personnages, déjà, se rendaient compte à la fin de la pièce qu’ils étaient en enfer. Garcin, le lâche du groupe face à deux femmes, l’une méchante et l’autre vaniteuse, déclarait dans la dernière scène :
 
Tous ces regards qui me mangent … Ha, vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru … Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril .. Ah ! Quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l’enfer c’est les autres.
 
Michael Schur a repris ce principe à la lettre. Pour la petite histoire, le canapé sur lequel s’évanouit Tahani lors du mariage de Jason et Janet est la réplique d’un canapé empire utilisé justement pour la pièce de Sartre, où Estelle, la coquette du trio, se met à pleurer.
 
 
Côté séries, à la fin de la troisième saison de American Horror Story, le personnage de Jessica Lange se retrouve prisonnier d’une maison avec un homme amoureux d’elle mais qu’elle méprise. Parce que le couple se fait violence, chacun de ses membres devient l’enfer de l’autre. Dans un coin, le diable rit de leur malheur.

The Good Place et La Quatrième dimension

 
Toujours pour les sériephiles, les fans de La Quatrième dimension pouvaient également voir venir la chute de la première saison de The Good Place.
 
Il existe un épisode mémorable dans la série de Rod Serling, appelé « A Nice Place to Visit ». La « nice place » est aussi censée être le paradis pour un homme qui vient de décéder. Or, cet homme est un criminel, et le spectateur le sait dès le départ. Il arrive néanmoins dans une charmante maison, lui aussi guidé par un homme à l’apparence sympathique.
 
 
 
Tout y semble idéal : il gagne immanquablement au jeu, collectionne les femmes, nage dans la richesse. Néanmoins, il se rend vite compte que ces victoires perpétuelles  génèrent un ennui total. Pire, il ne peut sortir de cette maison où il ne se passera jamais rien d’inattendu. La chute de l’épisode, bien avant The Good Place, révèle que le criminel était bien là où il devait être : en enfer.  
 
En même temps, si on mettait tous les égoïstes en enfer, ça ferait du monde. Et c’est justement le nerf de la guerre dans la deuxième saison de The Good Place.
 
Protestantisme et humanisme dans The Good Place

Les saisons 2 et 3 de The Good Place, si elles sont moins intéressantes que la première (mais toujours drôles) ont le mérite de montrer un trait caractéristique de l’état d’esprit américain, le protestantisme. En effet, le protestantisme est la religion officielle du pays. Sa philosophie indique que le salut ou la damnation sot jouées d’avance, quelque soit votre comportement sur terre.

En clair, que vous soyez un meurtrier ou mère Theresa, le fait d’atterrir au paradis ou en enfer ne dépend pas de vous.

 

Déprimant, hein ?

On appelle ça le déterminisme. Dans The Good Place, découvrir que tout le monde finit en enfer quelque soit son attitude fera rire jaune le public américain. Mais The Good Place est une comédie légère, et reflète un optimisme certain concernant la nature humaine. En effet, tout le principe de la série est de démontrer que les humains ont la possibilité de s’améliorer : dans la saison 1 par leur alliance, dans la saison 2 en revenant sur terre pour bénéficier d’une seconde chance. 

Pauvre monde

Dans la saison 3 de The Good Place, les héros pensent d’abord que les démons ont truqué le système pour envoyer tout le monde en enfer. L’ironie de la religion apparaît alors grinçante.

Cependant, ce n’est pas un coup des démons. C’est la complexité du monde qui fait que chacun de nos choix entraîne des conséquences dramatiques. Même la juge en reste bouche bée.

 

 

En réalité, le monde est devenu si complexe que faire un choix éthique est devenu mission impossible. Choisir une pomme est ainsi montré comme une potentielle catastrophe. Belle manière pour Michael Schur de dénoncer dans The Good Place un monde devenu quasi absurde. La velléité de Chidi s’explique d’autant plus. 

Là encore, la série se montre indulgente envers les pauvres êtres que nous sommes, perdus dans un univers trop alambiqué.

L’après-vie, inspiration éternelle en fiction

 
En conclusion, le paradis et l’enfer n’ont pas fini d’inspirer les showrunners, écrivains et cinéastes.
  
Pour le petit clin d’œil, un excellent film récent, justement appelé The Place, révèle le même schéma de relations entre les humains face à un être surnaturel venu de l’enfer ou du ciel. Les personnages, par leur libre arbitre, décident eux aussi du bonheur ou du malheur d’autrui.
 
 
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Glass, de M. Night Shyamalan : analyse du film et explication de la fin (Spoilers)

3 out of 5 stars (3 / 5)

Itinéraire d’une fan con

 

Je suis allée voir Glass de M. Night Shyamalan alors que je n’avais pas aimé Split, un peu comme ceux qui ont détesté Jar Jar Binks dans La Menace fantôme mais sont quand même allés voir les Star Wars suivants.

 

jar jar binks c'est le mal meme

 

Voyez-vous, je suis une fan con. De ces fans qui continuent d’aller voir les films d’un réalisateur qui les a déçus pendant longtemps. En ce qui concerne Woody Allen, par exemple, je me trompe depuis longtemps. Cela fait des années que je n’aime plus les films qu’il propose.

Et puis il y a M. Night Shyamalan. Sixième Sens et Incassable m’avaient exaltée. Le Village m’avait convaincue, mais sans être la claque des deux films précédents. The Visit, sorti en 2015, m’a presque convaincue de lâcher l’affaire.

Mais je suis une fan con. Je connais très bien Incassable et, toujours comme les fans de Star Wars : je veux savoir la suite.


Glass : une bonne surprise

J’ai bien fait de laisser une nouvelle chance à Shyamalan : on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Le pitch est simple pour qui connaît la trame des deux premiers films : on retrouve les trois héros – dont deux méchants – dans ce troisième volet.

 

Elijah Price (Samuel L. Jackson) Kevin Wendell Crumb (James McAvoy) et David Dunn (Bruce Willis)

Elijah Price (Samuel L. Jackson), Kevin Wendell Crumb (James McAvoy) et David Dunn (Bruce Willis) dans Glass (2019) de M.Night Shyamalan

 

David Dunn (Bruce Willis), protagoniste d’Incassable, vit maintenant seul avec son fils Joseph. Elijah (Samuel L. Jackson) – alias Mister Glass – est resté là où on l’a laissé à la fin du premier film : à l’hôpital psychiatrique, dans la section réservée aux criminels. Quant à Kevin, le schizophrène mi-homme mi-bête de Split, il s’amuse toujours à séquestrer et à tuer les jeunes filles. David Dunn, super-héros du côté du bien, se lance à sa poursuite et participe à son arrestation.


Je ne suis pas un héros ?

Hélas, les temps sont durs pour les super-héros. De la même manière que les super-héros dans Les Indestructibles 2 deviennent personae non gratae, la « raison » a pris le pas sur l’imaginaire dans Glass. Les trois héros se retrouvent donc enfermés dans le même hôpital psychiatrique. Ils sont confiés aux bons soins d’une psy (Sarah Paulson). Elle s’est spécialisée sur un trouble peu commun : les gens qui se prennent pour des super-héros.

Et voilà qu’avec de la finesse (oui oui), Shyamalan nous montre comment les trois personnages vont douter d’eux-mêmes face à cette psy un peu particulière. Quand le traumatisme d’enfance est généralement montré avec lourdeur dans les films du genre, il prend ici une dimension nouvelle. C’est la blessure qui aurait généré, chez les trois personnages, un trouble de la personnalité. Le spectateur lui-même se met à douter de la vraisemblance des super-héros, dans une fiction qui, jusque-là, avait tout fait pour qu’il y croie dur comme fer.


Incassable : la scène oubliée

Et voilà que l’on découvre en images le fameux accident de David dans son enfance, quand il a failli se noyer dans une piscine. Quant à Kevin, c’est sa mère infernale que l’on découvre lors d’un flash-back. Il y a également une « fausse » découverte concernant le personnage d’Elijah. En effet, la scène de fête foraine que nous voyons dans Glass reprend une scène tournée pour Incassable, mais coupée au montage (à 6:35 dans cette vidéo).

 

 

C’était une scène magnifique, que Shyamalan était navré de ne pas avoir pu garder. Il expliquait, dans les bonus DVD, à quel point il était frustrant – mais fréquent – de tourner une scène splendide qui en dit un peu plus sur la psychologie d’un personnage, de se donner un mal fou avec des centaines de figurants… Et que ce soit justement cette scène que l’on coupe.


Glass : la grande évasion (Attention Spoilers à partir d’ici)

Avant d’être un homme de verre, Elijah était un petit garçon de verre, d’où le surnom qu’on lui donnait dans l’enfance, moquerie terrible : Mister Glass. Il en fera un nom de super méchant.

Elijah, David et Kevin ne sont pas seuls : ils sont épaulés chacun par un proche. Le fils de David, devenu grand, aide son père. Casey secourt Kevin. En effet, il a finalement épargné la jeune fille. La mère d’Elijah, continue de le surveiller.

Elijah décide d’organiser une évasion de l’hôpital psychiatrique pour David, Kevin et lui-même.

Il incitera David à user de sa force surhumaine et Kevin à faire ressortir les personnalités qui l’arrangent, tout cela au nez et à la barbe de la psy et du personnel de l’hôpital.


Main basse sur l’imaginaire

Elijah échappe, au cœur du film, à une opération qui s’apparente à une lobotomie, qui lui ferait oublier sa conviction d’être différent des autres, et peut-être supérieur. Ce n’est pas nouveau, en fiction, que le pouvoir en place – ici représenté par les psy – veuille imposer aux individus une ablation de l’imagination. Le premier à y avoir pensé était Eugène Zamiatine dans Nous Autres. Il s’agit d’une dystopie où le bonheur pose problème. Afin que tous les habitants de l’État unique voient les choses de façon uniforme, le gouvernement organise une opération générale des citoyens afin que l’imaginaire soit supprimé.

 

 

Si vous avez vu la suite du Magicien d’Oz de Disney dans les années 80, Dorothy échappait de justesse aux électrochocs. De méchants médecins voulaient ainsi lui faire oublier le pays d’Oz.

 

Incassable, Split et Glass : une « histoire des origines » (Origins story)

Dans Glass, Elijah échappe à l’opération. Il promet à ses comparses une bataille sur le plus haut immeuble de la ville, où tous à la fois révéleraient leurs pouvoirs devant la population.

La dernière partie du film peut paraître anti-climatique. On ne verra pas de super bataille comme on aurait pu l’attendre dans un blockbuster habituel (budget oblige, peut-être : Shyamalan a financé lui-même son film.)

Elijah, qui avait tout prévu (c’est la moindre des choses pour un cerveau du mal) parle de manière assez énigmatique d’une « histoire des origines  » (Origins Story). Nous avons donc suivi David, Kevin et Elijah dans le seul but de raconter une autre histoire plus importante : celle de nouveaux héros.

Dans un clin d’œil méta, Elijah dit :

Les trois héros sont réunis.

Le plan suivant montre Joseph, le fils de David, Casey et la mère d’Elijah. 

Joseph (Spencer Treat Clark) Casey (Anya Taylor-Joy) et la mère d'Elijah, Mrs Price (Charlayne Woodard) dans Glass de M. Night Shyamalan

Joseph (Spencer Treat Clark), Casey (Anya Taylor-Joy) et la mère d’Elijah, Mrs Price (Charlayne Woodard) dans Glass de M. Night Shyamalan

 

Le dernier plan du film montrera à nouveau ces personnages se tenant la main après avoir perdu leurs proches. On aurait donc vu avec les trois films seulement le point de départ de ces héros insoupçonnés. Shyamalan va-t-il proposer une deuxième trilogie, où Joseph, Casey et la mère d’Elijah se découvriraient des pouvoirs surnaturels ? C’est ce que semble suggérer la fin de Glass.


Mister Glass, auteur de BD

Dans ce délire méta, Mister Glass se pose en auteur de BD : c’est lui qui a créé les deux super-héros que nous connaissons. Il a repéré David parce qu’il avait survécu miraculeusement à un accident de train qui avait coûté la vie à tous les autres passagers. La fin de Glass révèle qu’il a également « créé » Kevin. En effet, Kevin, petit garçon, perdait son père dans ce même accident.

Par sa cruauté meurtrière, Glass cherchait en réalité des super-héros à combattre ou avec qui s’allier : si lui est le méchant intelligent, il lui faut un gentil à provoquer en duel. Il faut également, comme dans les BD traditionnels, un méchant tout court, qui ne soit pas le cerveau de l’affaire mais un homme de main redoutable : ce sera le rôle de Kevin. 


Qui sont les vrais méchants de Glass ?

Il existe une méchante dans Glass que je n’ai pas vraiment évoquée. Il s’agit de la psy.

 

Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson) est la psychiatre des super-héros dans Glass

Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson) est la psychiatre des super-héros dans Glass

Quand Ellie Staple touche la main de David avant son décès, elle révèle qu’elle s’est alliée à des hommes influents pour étouffer l’affaire des super-héros, en faisant croire au monde entier qu’ils n’existaient pas.

Mister Glass est en quelque sorte réhabilité dans cette fin : il cherchait à prouver que les super-héros étaient parmi nous – ils le sont. D’un point de vue plus métaphysique, Elijah a également trouvé sa place, qu’il cherchait dès Incassable.

Le voilà enfin, le méchant nuancé qu’on attendait ! Elijah Price est un cinglé qui a tué des dizaines de personnes, oui, mais il combattait dans le même temps des méchants plus discrets, qui tentaient d’effacer les super-héros des esprits.

L’ultime twist est que le « méchant » Glass a gagné : l’hôpital était truffé de caméras, qui ont tout enregistré des exploits des trois héros. Or, Glass a transféré ces vidéos sur un site privé. Il a envoyé les fichiers à sa mère. Il suffisait alors à Joseph d’envoyer ces vidéos sur le web. Le monde entier est ainsi mis au courant que les super-héros sont réels.


Avec Glass, Shyamalan revient en grande forme 

Dans ce film aux antipodes des clichés habituels, Shyamalan revient en grande forme, et ça fait plaisir. Même si je trouve toujours que Split s’intègre mal à cette trilogie, ce troisième volet me redonne espoir. On pourrait le voir comme une métaphore réussie de la crise de la cinquantaine : qui suis-je au juste ? Qu’ai-je accompli véritablement dans mon existence ?

Allez voir Glass, n’hésitez pas à regarder les deux autres volets, avant et / ou après le film en salle.

Espérons que la suite suggérée ne donne pas naissance, justement, à des blockbusters malvenus. Des films où Joseph serait un super-héros sympa, Casey la jolie fille à ses côtés, pleine de compassion, et la mère d’Elijah en nouvelle méchante (ou gentille) caricaturale.

Je compte sur Shyamalan pour ne pas trahir son idée d’origine.

 

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The Circle : Analyse du film et explication de la fin (Spoilers)

 
 
3 out of 5 stars (3 / 5)


Bienvenue chez Google

En 2010, à Dublin, j’ai eu un entretien d’embauche un peu particulier. Pour la première fois, je me suis rendue au siège de Google. À part les quelques fauteuils et tapis aux couleurs de l’entreprise, tout était blanc, fonctionnel, moderne.

Tout était propre, les cabines des open space étaient huppées avec leur curieux papier peint, étrange dans le contexte du travail. Nous avons attendu en silence dans la salle d’attente. Entre les candidats au poste, pas même de conversation d’usage, creuse et polie. On se savait concurrents, et le chômage faisait rage à Dublin après la crise de 2008.

Une DRH est venue me voir. Cela fait sept ans et pourtant je me souviens parfaitement d’elle : petite, toute fine et nerveuse. Elle m’a emmenée dans ce que je ne peux qualifier que de placard. Elle a croisé plusieurs collègues de l’entreprise sans les saluer, tous étaient pressés, sous tension.

Vis ma vie… privée

Elle m’a posé quelques questions d’usage en entretien d’embauche, puis m’a demandé ce qui pouvait être amélioré chez Google. En bonne lectrice d’Orwell, je m’étais intéressée de près à cette problématique : Google Street venait d’être créé, et la question se posait des gens qui passaient sous les caméras, et que l’on pouvait reconnaître, sachant instantanément où ils setrouvaient, à quelle heure, et éventuellement… avec qui.

 
 
 
 
Je lui expliquais ainsi comment Google, plutôt que de filmer les rues en temps réel, pouvait tout simplement photographier ces endroits un moment où personne n’y passait, pour éviter de porter atteinte à la vie privée de tous. Car c’est bien le seul problème que je vois chez Google : le service est optimal, j’y passe moi-même plus de temps que je n’ose l’ admettre. Mais les questions de vie privée me taraudent depuis ma lecture de 1984.

Google, entreprise effrayante

Je sais que c’est cette réponse un peu trop franche qui m’a valu de ne pas être retenue pour le poste. La vie privée chez Google, c’est comme le végétarisme chez McDo : mieux vaut éviter le sujet.

En redescendant, on me fit lire un écran où il était indiqué :

« Ce que tu as vu et entendu chez Google aujourd’hui est confidentiel. Merci de ne pas les répéter, sinon ce ne serait plus confidentiel. 😉 »

L’ironie me sautait aux yeux : la confidentialité refusée aux utilisateurs Google était pourtant bienvenue pour l’entreprise elle-même.

C’est le smiley, surtout, qui a marqué ma mémoire. À force de vouloir être sympathique, Google m’a paru effrayant. J’avais travaillé dans une banque quand j’étais étudiante, et j’avais trouvé ça triste : ces hommes et ces costume gris, assortis aux murs. En cette heure chez Google j’ai eu une soudaine tendresse pour la banque où j’avais bossé. Oui, c’était un lieu sérieux, avec des gens qui parlaient chiffres. Mais au moins, la banque était une banque, et ne faisait pas semblant d’être autre chose.

Google m’a donné la sensation de faire semblant d’être autre chose que ce qu’il était : une grosse entreprise, un monstre des nouvelles technologies. En sortant, j’ai observé ses employés ; tous étaient beaux, souriants, et donnaient l’impression de faire partie d’un club exclusif, où seuls entraient les gens les plus cool .

Un peu comme les clubs de la fac d’Harvard que Mark Zuckerberg rêve d’intégrer dans The Social Network.

 

Apparemment, je n’étais pas assez cool pour Google. Je ne répondais pas aux questions de cette manière nonchalante qui était visiblement attendue. Pour moi, Google était une chose sérieuse. Terrifiante, peut-être.

De la DRH au bord du burnout restée dans son placard, aux employés lisses dans leurs bureaux aux parois transparentes, tout me semblait étrange, et le malaise perdure encore aujourd’hui tandis que j’écris.

The Circle, entreprise de rêve ?

The Circle, c’est l’histoire de Mae, 24 ans, qui commence à travailler dans l’entreprise de ses rêves, mélange de Google et Facebook.

La scène la plus effrayante du film met en scène des collègues qui lui demandent pourquoi on la voit si peu lors des week-ends et des soirées organisés par l’entreprise.

Le droit à la déconnexion 

N’est-on pas censé, le week-end et en soirée, être chez soi, ou entouré d’amis qui ne sont pas des collègues ? Dans le Cercle, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est abolie. Tes amis sont tes collègues et vice versa. Les salariés ont l’air de ne jamais quitter leur lieu de travail.

Au Cercle, la participation à ces activités extra professionnelles ne sont pas obligatoires. Elles sont juste fortement encouragées. Le manque de participation est vite considéré comme un désengagement du travail.

Surtout, dans la même scène, l’un des collègues révèle comme on va chercher des croissants qu’il sait que le père de Mae souffre de sclérose en plaques. C’est là que la dystopie se dévoile doucement : the Circle centralise toutes les informations de ses utilisateurs. L’entreprise sait littéralement tout de vous, de vos goûts en musique à la marque de votre maillot de bain, en passant par vos allergies et autres informations de santé, y compris sur vos proches.

L’entreprise lit vos mails, scanne vos photos, sait où vous avez dîné pour la dernière fois au restaurant. Dans le roman, Mae est mal à l’aise quant à la visibilité de tout son être en ligne, mais n’a même pas le vocabulaire pour le dire : dans le futur immédiat de Dave Eggers, la notion même de vie privée a disparu.

Mais qu’importe ? Tout est si merveilleux au cercle : l’excitation, la jeunesse omniprésente, la fête, les invités. Google est assez proche de Disneyland dans ce rapport entre les salariés et l’entreprise : une fois arrivé au pays des rêves, pourquoi le quitter ?

Le bouquin de Dave Eggers prône ainsi le droit à la déconnexion.

Le logo sur la couverture du roman évoque les circuits d’ordinateur et les connexions entre les gens, sur le fameux Facebook. Le logo du film, lui, rappelle celui de Uber, et insiste donc sur la géolocalisation.

Le logo de The Circle est celui de Uber, inversé
Le logo de The Circle est celui de Uber, inversé

À tant rester dans l’entreprise, Mae finit par s’y noyer, au grand dam de Mercer, son ami ébéniste.

Ellar Coltrane joue Mercer dans The Circle, de James Ponsoldt (2017)
Ellar Coltrane joue Mercer dans The Circle, de James Ponsoldt (2017)
 

Le choix de Ellar Coltrane dans le rôle de Mercer est judicieux : dans Boyhood, déjà, son personnage se montrait très méfiant envers les nouvelles technologies. Dommage que son rôle dans The Circle soit simplifié à l’extrême. Le personnage d’Annie, également plus fouillé dans le roman, permet à l’auteur de faire un beau plaidoyer contre le burnout et l’invasion de la vie privée.


Et vous, qui vous regarde ? (Attention Spoilers à partir d’ici)

Et puis il y a Ty (John Boyega) qui ne tient pas le même discours que les autres employés du Cercle. Il finit par révéler à Mae qu’il est l’un des fondateurs de l’entreprise, mais que son invention, TruYou, n’avait pas pour but de collecter les infos des utilisateurs à des fins lucratives.

John Boyega et Emma Watson dans The Circle
John Boyega et Emma Watson dans The Circle

Qu’à cela ne tienne, Mae adore sa boite. Au point d’adopter sa philosophie à l’extrême. Quand le patron charismatique (Tom Hanks) mélange de Steve Jobs et Mark Zuckerberg, présente un nouveau système de mini-caméras utra-perfectionnées, elle est à la fois emballée et suspicieuse. Ces caméras peuvent être installées n’importe où, à la pirate, et filmer tout ce qui se passe. D’une innocente information sur la météo pour le surf, on arrive au visionnage de maints individus dans le monde, à leur insu, naturellement.

Le slogan du patron s’avère clair : « Savoir, c’est bien. Tout savoir, c’est mieux. »

Une nuit, Mae manque de se noyer lors d’une balade en kayak. C’est l’une de ces petites caméras planquées là qui permettront son repérage, puis son secours. Dans le livre, il s’agit juste d’une escapade où Mae pique un kayak pour une heure d’aventure. Même cette heure lui est volée, seul instant de liberté totale et de secret pour le personnage.

Mae devient l’égérie de The Circle, et les patrons de la boîte en font un exemple pour promouvoir leur système de caméras. Une caméra lui a sauvé la vie, et l’aurait empêchée, dit-elle, de piquer le kayak en question.

« Les secrets sont des mensonges, » déclare-t-elle à la foule.

Les personnages de dystopies classiques sont opposés à la transparence totale. Winston, dans 1984, est soulagé que son cerveau soit opaque, et qu’on ne puisse y placer de télécran (caméra de Big Brother).

 
 

Le premier héros de dystopie, D-503 dans Nous Autres de Zamiatine, vit dans une cité de verre où chacun voit ce que font tous les autres à tout moment.

La transparence façon Black Mirror

Mae est une héroïne différente. Je dirai, pour simplifier, qu’elle est moderne. Elle pense que la transparence est une bonne chose. Elle clame avec fierté, comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, n’avoir rien à cacher. Elle le pense au point de devenir « entièrement transparente » et porter elle-même une mini-caméra, qui suivra ses moindres faits et gestes. Elle se retrouve comme Jim Carrey dans Le Truman Show : tout le monde la regarde. Sauf que Mae est consentante. Elle et ravie d’être suivie par des millions de fans en ligne, d’être likée, adulée.

Cette étape du film rappelle l’excellent premier épisode de la saison 3 de Black Mirror, « Nosedive, » où la popularité en ligne décide de la classe sociale des individus.

 

Le slogan de The Social Network revient également en mémoire.

D’avoir tant d’amis virtuels, Mae en oublie ses amis véritables, à savoir Annie et Mercer. Cette transparence totale est lourde à porter pour ses parents qui ont, eux, le sens de la vie privée. Dans le roman, elle les surprend carrément en plein acte sexuel. Ils coupent les ponts pour de bon.

Mae devient la coqueluche de The Circle et, semble-t-il, du monde entier. Grisée par le succès et une nouvelle forme de pouvoir, elle veut faire de ces mini-caméras des outils de surveillance totale, quand elles étaient censées, au départ, être au service du partage d’expériences humaines.

Commence alors une traque façon Cops, émission de télé américaine où l’on poursuit en temps réel des criminels qui se font arrêter par la police. Le film aurait dû rester, peut-être, sur ce rythme de traque qui le rendait palpitant.

Cette partie évoque aussi l’épisode de Black Mirror, « White Bear, » où une femme est traquée par des centaines d’écrans.

Bien-sûr, Mae ne s’arrête pas là. Elle est prise à son propre jeu. Puisque tout le monde connaît sa vie privée, le public exige qu’elle retrouve, grâce aux caméras, son ex, Mercer.

Le drame final de The Circle

Et là, c’est le drame. Mercer fuit en voiture. Poursuivi par un drone, il a un accident mortel.

Après trois jours de deuil (hum) Mae retourne au turbin, persuadée, non pas de la nocivité du Cercle, mais de la nécessité d’aller plus loin dans la transparence.

Elle s’allie à Ty, qui lui, veut dénoncer les agissements du Cercle, notamment les magouilles des deux autres fondateurs, calqués sur les créateurs pseudo-sympathiques de Google, Larry Page et Serguei Brin.

Tom Hanks et Tom Oswalt incarnent les fondateurs de The Circle
Tom Hanks et Tom Oswalt incarnent les fondateurs de The Circle

Mae invite ainsi, en public et en direct, devant le monde entier, les fondateurs de The Circle à la transparence totale. Elle envoie à tous les employés de la boîte les e-mails secrets des deux compères. Le spectateur pense, à ce moment, que Mae s’est rebellée contre l’entreprise, écœurée qu’elle doit être par la mort de Mercer. Or, le twist final révèle qu’il n’en est rien. On voit Mae partir paisiblement sur son kayak, suivie par des drones qu’elle salue avec le sourire.

La caméra recule, et l’on s’aperçoit, dans un plan qui rappelle la série Black Mirror (encore elle) que chacun est surveillé. Les caméras sont partout.

Mae a trahi Ty. Sa dénonciation des deux fondateurs ne visait pas à détruire The Circle, mais au contraire accompagner l’entreprise vers la prochaine étape : la transparence totale, pour tous.

Différences entre le film et le livre

Dans le livre de Dave Eggars, Mae ne dénonce en rien ses patrons. Elle leur livre Ty, au contraire. Voyant Annie dans le coma sur un lit d’hôpital, elle veut carrément que les pensées de tous soient lisibles.

La grande originalité du bouquin – et, dans une moindre mesure, du film – est que l’on s’attache à une héroïne (en plus incarnée par la charmante Emma Watson, dont le capital sympathie est énorme) qui s’avère être du « mauvais côté » où en tout cas du côté effrayant de la morale. On a en réalité suivi une jeune fille si accro aux réseaux sociaux et à la vie privée des autres qu’elle tombe dans une forme de fanatisme, où elle impose à tous la transparence totale. Le rêve des patrons de la boîte, puis de Mae, est de parvenir à refermer le cercle, ce qui est une définition du totalitarisme. : tout savoir sur tout le monde, à tout moment.

Le film, donc, contient deux twists, et c’est pour ça qu’il est difficile à interpréter : la dénonciation des patrons et l’épilogue se contredisent, et l’on peut ressortir de la salle un peu perplexe quant au discours du film. Un twist final juste après le climax, c’est maladroit : il perd en force.

James Ponsoldt, réalisateur à qui l’on doit le sirupeux The Spectacular Now, a de plus édulcoré le livre (on s’en serait douté) et n’a pas été jusqu’au vœu de Mae de lire dans les pensées de ses concitoyens. The Circle aurait mérité d’être plus sombre. Dommage, notamment, d’avoir supprimé la métaphore du requin transparent.

Le film reste intéressant à voir. Pour une fois que l’on roule, sans le savoir, pour « la méchante » de l’histoire…

Pamphlet pour le droit à la solitude, aux rapports humains véritables et à la vie privée, The Circle dit aux jeunes, avec talent, qu’il est bon d’avoir des choses à cacher.

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Black Mirror, « Metalhead » : analyse de l’épisode et explication de la fin


3 out of 5 stars (3 / 5)

« Metalhead » est l’épisode le plus singulier de Black Mirror, saison 4. L’épisode ne développe pas d’histoire autour des écrans et de la technologie, comme à l’habitude. Il s’agit d’un pur exercice de style : une course-poursuite entre Bella, femme solitaire (Maxine Peake), et un robot-chien tueur dans un paysage post-apocalyptique.


La chasse à l’homme au cinéma et dans les séries

L’idée de mettre en scène des chasses mortelles au cinéma remonte à 1932 avec Les Chasses du comte Zaroff, co-réalisé par Ernest B. Schoedsack (célèbre pour être le co-réalisateur du premier King Kong, où il retrouvera Fay Wray). Dans ce film, Zaroff, aristocrate habitant sur une île, a un passe-temps favori : la chasse. Mais il chasse les humains, car c’est l’animal le plus intelligent.

Les individus qui échouent sur son territoire se retrouvent à errer et se cacher dans l’île, proies à son jeu sadique, car c’est la mort assurée si Zaroff les retrouve.


Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)
Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Sur le même thème, l’épisode « Les Chasseurs » de la série Supernatural, ajoute une petite fille aussi sanguinaire que les chasseurs (dans Supernatural, si vous croisez un enfant, priez, ou sortez les pétoires et tirez dans le tas. On vous conseille la seconde solution).


Jensen Ackles et Alexia Fast dans l'épisode "Les Chasseurs" (1-15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)
Jensen Ackles et Alexia Fast dans l’épisode « Les Chasseurs » (1.15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)

L’épisode « Homecoming » de Buffy contre les vampires est une parodie du genre. Des monstres traquent les deux héroïnes piégées dans un labyrinthe. Dans ce cas, les monstres sont des crétins qui perdraient un duel face à une quiche.

La chasse à l’homme par une foule aveugle qui croit traquer un criminel donne souvent lieu à des scènes mémorables, notamment dans Furie de Fritz Lang (1936).


Black Mirror, Metahead : traque 2.0

On peut aussi imaginer un traqueur « programmé » pour chasser sa proie sans relâche, tel Terminator.

C’est cette option que va choisir le réalisateur de « Metalhead », David Slade. Il va compenser le manque d’humanité en misant sur le suspense et la terreur.

« Metalhead » n’est pas sans faire penser à un épisode de La Quatrième Dimension, série dont Black Mirror est une héritière directe.

On pense entre autres à l’épisode Les Envahisseurs (2.15) dont « Metalhead » reprend les codes, par sa concision, d’abord : avec 38 minutes, c’est l’épisode le plus court de Black Mirror. Son scénario est volontairement minimaliste, l’épisode est quasi muet, et il s’agit du premier épisode de la série en noir et blanc – idée du réalisateur.

Comme dans un thriller classique, on retrouve une quasi invulnérabilité des traqueurs (chiens-robots effrayants) l’épuisement progressif de la traquée, une mise en scène anxiogène et, comme dans tout bon épisode de Black Mirror, une chute.


Agnès Moorehead dans l'épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)
Agnès Moorehead dans l’épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)

Metalhead : un épisode viscéral

Black Mirror suit à la lettre la recommandation du scénariste Tom Fontana :

« Les spectateurs doivent recevoir l’histoire comme un coup de poing à l’estomac, et qu’elle remonte à leur conscience pour les habiter longtemps ». 

D’habitude, c’est par le propos, choquant et exact, du créateur Charlie Brooker, que Black Mirror hante nos esprits…  mais pas ici.


Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l'épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)
Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l’épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)

Brooker effleure le thème d’une après-guerre entre robots et humains, que ces derniers ont perdu. Mais ce n’est qu’un canevas. « Metalhead » porte davantage la marque de son réalisateur, David Slade.


David Slade, réalisateur de Metalhead
David Slade, réalisateur de « Metalhead »

Une belle réalisation

L’épisode de Black Mirror le plus proche de celui-là serait « Shut up and dance » (3.03) : ce qui importe, c’est moins le thème que le thriller, et la descente aux enfers du personnage.

Brooker sait enchaîner les rebondissements, d’où une tension constante.

Slade s’est distingué par quelques réussites dans le genre fantastique et horrifique, notamment l’excellent thriller vampirique 30 jours de nuit, plusieurs épisodes de la série American Gods ou la série Hannibal (on oubliera Twilight 3, où le réalisateur a dû lisser ses crocs). Il fait preuve de tout son talent dans « Metalhead ».

Les cadrages penchés, le noir et blanc, les gros plans répétés sur le visage de Bella ou sur le robot-chien, font penser à l’expressionnisme allemand des années 20. La mise en scène de Slade regorge de trouvailles, par ses plongées écrasantes sur l’héroïne. Les plans larges, souvent synonymes de liberté et d’espace, deviennent ici les délimitations d’une prison à ciel ouvert.


Bella tente de joindre son camp dans Metalhead
Bella tente de joindre son camp dans Metalhead

La violence sèche, relayée par un montage tranchant, renvoient au modèle du genre, Psychose.


Explication de la fin  de Metalhead (Attention Spoilers)

Black Mirror sait achever ces épisodes sur des plans-choc. « Metalhead », en quelques plans, exprime toute l’horreur de la défaite de Bella. Se heurtant au mur final, elle a le choix – attendre que les robots la tuent, ou se servir de l’ultime liberté qui lui reste. S’entailler le visage pour enlever les trois traqueurs que le robot lui a implantés semble difficile. Elle décide de se trancher la gorge pour échapper aux chiens.

Ces technologies miniatures implantées dans le corps sont légion dans Black Mirror, elles étaient présentes déjà cette saison dans Arkangel avec le traqueur dont se sert la mère pour tout savoir de sa fille.


Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l'anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l'épisode "Arkangel" (4.02) de la série Black Mirror
Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l’anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l’épisode « Arkangel » (4.02) de la série Black Mirror

Ces technologies reviendront dans « Black Museum », pour un usage encore plus déstabilisant.


Des symboles typiques de Black Mirror

Après le suicide de Bella vient la plongée finale sur la caisse de jouets, but de son expédition. Ses appels téléphoniques étaient destinés à son neveu mourant. Pour adoucir ses derniers jours, elle était partie chercher des jouets dans un entrepôt gardé par le robot.

Plan final de Metalhead
Plan final de « Metalhead »

On peut voir, dans ces ours en peluche blancs, une auto-référence à Black Mirror : le fameux épisode « White Bear », où un ours blanc, jouet d’une petite fille, devient le symbole de son martyre, et le nom du parc où la complice de son meurtre est châtiée.

La multitude des chiens tueurs qui envahissent les dernières images donnent une terrible vision d’une humanité en sursis, cachée derrière le barrage, mais qui, tôt ou tard, sera décimée par les créatures qu’elles ont créées. On rejoint le credo de la série : non pas dénoncer la technologie, mais ce que les humains en font.

Metalhead : un épisode éprouvant

« Metalhead » n’atteint pas les sommets émotionnels induits par les meilleures (ou les pires, selon le point de vue) dystopies proposées par Black Mirror, à cause de son postulat de départ : une course-poursuite minimaliste. Reste une implacable traque de l’homme par le robot qui prend aux tripes, grâce à la science du réalisateur et l’interprétation habitée de Maxine Peake, dans un quasi seule-en-scène.


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Pour d’autres analyses des épisodes de Black Mirror :

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