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Mon Inconnue : ma vie sans moi

4 out of 5 stars (4 / 5)
 
Qui aurait cru qu’une rom-com française flirtant avec le fantastique me plairait autant ? Mon Inconnue est en effet l’un des meilleurs films que j’aie vus cette année.
 
 
Il se dégage une telle sincérité de l’ensemble, le couple est si touchant et le tout raconté avec tant de délicatesse qu’il serait un crime de ne pas voir Mon Inconnue en salle.
 
Raphaël et Olivia se rencontrent au lycée et tombent amoureux.
 
François Civil (Raphaël) et Olivia (Joséphine Japy) remarquables dans Mon Inconnue, d'Hugo Gélin (2019)

François Civil (Raphaël) et Olivia (Joséphine Japy) remarquables dans Mon Inconnue, d’Hugo Gélin (2019)

 
Raphaël écrit dans le même temps un roman de SF, Zoltan, super-héros sans peur et sans reproche. Olivia lui inspire un personnage féminin, Shadow, qui combattra avec lui les forces du mal.
 
Olivia, elle, et douée pour le piano. Très douée.
 

Un couple attachant

 
Hugo Gélin prend son temps pour nous présenter ses personnages, et l’on s’attache immédiatement à ce couple d’artistes.
 
Raphael et Olivia grandissent, deviennent adultes, s’installent, sont heureux. Pendant 10 ans.
 
Zoltan a du succès. Le premier roman devient une saga. Raphaël devient donc un auteur de best seller. Le lycéen modeste est devenu un homme imbu de sa personne. Olivia, elle, aurait pu être concertiste mais, selon ses dires, elle « s’est sacrifiée pour son homme. »
 
Elle est malheureuse en couple et Raphaël ne pense qu’à son succès. Dans le dernier opus de sa saga SF, Raphael tue Shadow, son personnage féminin.
 
Il se réveille le lendemain, sans Olivia. Elle a tout simplement disparu de sa vie. Il se rend compte qu’elle est devenue une grande pianiste et lui se retrouve dans une vie médiocre en prof de lettres frustré.
 
Bien sûr, il la cherche. Bien sûr, il y a des complications, dont un autre prétendant vilain pas beau, Marc.
 
 

De bons personnages secondaires

 
Les rôles secondaires de Mon Inconnue sont également très bien écrits. Félix, le meilleur ami de Raphael, charmant et un peu lourdaud, est parfaitement incarné par Benjamin Lavernhe.
 
Raphaël (François Civil) et Félix (Benjamin Lavergnhe) dans Mon Inconnue

Raphaël (François Civil) et Félix (Benjamin Lavergnhe) dans Mon Inconnue

 
 
La petite amie râleuse de Raphaël dans sa vie parallèle bénéficie également de scènes savoureuses. 
 
La grand-mère d’Olivia, jouée avec tendresse et malice par Edith Scob, est aussi un beau personnage.
 
Seul Marc l’impresario est un brin sommaire.
 

Si vous aimez Mon Inconnue

 
Qu’il est agréable de suivre et aimer ce couple dans ces deux vies possibles ! 
 
Mon Inconnue peut rappeler au spectateur une autre rom-com, Un Jour. Dans le film de Lone Scherfig, deux amis devenus amants intérimaires se croisent une fois par an seulement, au jour anniversaire de leur rencontre.
 

Tour à tour, l’un a du succès et l’autre non. La rencontre annuelle nous fait suivre l’évolution des personnages de manière fine et originale.
 
Mon Inconnue verse dans le fantastique et les mondes parallèles. C’est un hommage aux rêveurs éveillés. Il évoque, dans son traitement de la romance et de la mémoire, l’excellent film de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Dans le film de 2004, le personnage de Kate Winslet décidait d’effacer de sa mémoire son ex petit-ami incarné par Jim Carrey (extraordinaire dans ce rôle dramatique.) En effet, elle ne supportait pas d’être quittée par son compagnon et choisissait, via une opération chirurgicale, de l’effacer de sa vie.
 

Mon Inconnue : fraîcheur et mélancolie

 
J’ai cependant eu comme un arrière goût amer en fin de séance pour Mon Inconnue : les deux membres d’un couple ne peuvent-ils pas réussir l’un et l’autre ? Faut-il fatalement que l’un d’eux se sacrifie afin que l’autre atteigne les étoiles ? Sans doute. C’est peut-être le seul aspect réaliste du film.
 
L’impression qui demeure après le visionnage de Mon Inconnue, c’est cette fraîcheur trop rare dans les films français et les rom-coms en général. En effet, les rom-coms donnent souvent l’impression de connaître la fin dès le départ.
 
Bien que la métaphore littéraire de Mon Inconnue soit attendue, la fin du film a l’intelligence de déjouer les clichés genrés. Le côté plan-plan de la 3ème partie des romances habituelles n’a pas lieu ici.
 
Mon Inconnue, dans son élan, sa générosité, sa célébration de l’amour, vous enchantera j’espère comme il m’a enchantée.
 
Si c’est le cas, racontez-moi.
 
À lire aussi
 

Ready Player One : game over pour Spielberg ?

2 out of 5 stars (2 / 5)
Par Jean-Ludovic

A whole new world

Le roman d’Ernest Cline, Player One, paraît ainsi tombé du ciel quant à la récente trajectoire empruntée par Spielberg : 2045, une Terre régie par le réchauffement, la famine, les conflits armés, la surpopulation…et l’Oasis. Une société virtuelle parallèle, une source d’imaginaire inépuisable, créée par le magnat de l’informatique James Halliday (Mark Rylance), et accessible à tous dans ce qu’il reste des ruines de l’Occident.

Un monde aux promesses infinies où il est également possible de travailler et suivre ses études gratuitement, comme notre héros Wade Watts (Tye Sheridan).

Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l'Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018)
@page { margin: 2cm }
p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120% }Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l’Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018). Le regard et son objet au sein d’un même plan.

Une fois son casque VR revêtu, Wade devient Parzival et se joint avec des amis dont la mystérieuse Art3mis (Olivia Cooke) à une quête qui passionne le monde de la réalité véritable. Avant son décès, James Halliday a parsemé trois easter eggs à travers l’Oasis. Quiconque saura les trouver et en interpréter les indices pourra remonter à trois clés, qui lui donneront accès à un fabuleux trésor de guerre : l’immense fortune du Créateur, ainsi que les commandes de l’Oasis. Une quête qui suscite également l’obsession de la multinationale IOI et son PDG Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn).

Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Il souhaite rendre l’accès à l’Oasis payant et laisser d’autres entreprises remplir les écrans de pubs et autres placements de produits.

Deux obsessions chez Spielberg : l’Ailleurs et le Démiurge

Ready Player One est baigné des deux obsessions premières de Spielberg. L’acmé de la première est visible dès les premières secondes des Dents de la Mer : le bruit sourd et bouillonnant, et les deux notes menaçantes et répétées de la musique sont sur écran noir. Puis on voit l’eau, qui est noire. L’océan semble infini. Mais le monstre est là, en dessous, quelque part, dans un Ailleurs. Le mot est lâché : l’Ailleurs. Le regard, du héros ou du spectateur, vers cet ailleurs se ressent plus qu’il ne s’analyse. C’est celui de Roy Scheider, terrifié par l’eau, qui va devoir aller chercher ce requin invisible au coeur de l’océan.

Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)
Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)

Cet ailleurs initiatique, malveillant ou bienfaiteur, meurtrier ou guérisseur, avait une matière, une vérité, dans les premiers films du réalisateur. Mais à partir des évasions aériennes fantasmées de Christian Bale dans L’Empire du Soleil, puis les dinosaures de synthèse de la franchise Jurassic Park, ce même Ailleurs se retrouve falsifié, manipulé, fabriqué. Pour s’y enfermer jusqu’au déni, et ne plus en revenir. On est au coeur même de ce qui va être la force et surtout la limite de Ready Player One.

Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg.
Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg, symbole d’un Ailleurs devenu factice.

La seconde obsession de Spielberg, mais également de bien des romanciers, est la figure du démiurge, qui par sa présence exorcise les angoisses de l’Homme. Chez Spielberg, cette obsession-là est concentrée autour d’un merveilleux dialogue de Jurassic Park :

« – Avec ce parc, je voulais créer quelque chose qui ne soit pas une illusion. Quelque chose de réel. Quelque chose qu’ils puissent…voir et toucher.
– C’est toujours le cirque des puces. Ce n’est qu’une illusion ».

Spielberg n’a en effet jamais cessé de projeter ses angoisses au travers de sorciers fous : de John Hammond au récent BGG, en passant par Tom Cruise dans Minority Report.

Au lendemain du 11 septembre, l’ailleurs fantastique et guérisseur des premiers films de Spielberg a muté vers un désenchantement profond, et généré une défiance nouvelle quant à la puissance évocatrice de ses propres images, projetant « le mensonge 24 fois par seconde » (dixit Brian De Palma). Même le démiurge ne semble plus aussi éclatant. Cette mutation des deux obsessions du cinéaste a atteint un nouveau point culminant avec son Bon Gros Géant.

Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Pour se racheter de la mort d’un enfant, le Géant de Roald Dahl guidera la jeune orpheline Sophie à travers le même parcours initiatique que son prédécesseur, afin qu’elle puisse se construire une « vie ». Dans le but de la protéger, le Géant lui fabriquera un rêve, conservé dans un bocal, bien plus beau que sa vie morne. La petite fille se réveillera « enfermée » dans ce même bocal, où la famille royale lui servira de refuge virtuel d’une manière similaire à la Clara du Casse-Noisette de Tchaïkovski, qui demeure dans le Royaume des Jouets.

Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Quand l’ailleurs et l’image qu’il convoque n’ont plus vocation à n’être qu’une étape ou un miroir tendu au spectateur, ils deviennent une finalité, un refuge définitif. Peu importe si cela est vrai ou faux… dehors, il n’y a plus rien, nulle part où aller, comme dans la Terre de Ready Player One.

La place du spectateur

La promesse d’ouverture de Ready Player One est introduite avec brio par la découverte de l’Oasis via un long plan-séquence virtuel qui réintroduit le principe même de n’importe quel jeu vidéo, le déplacement libre du regard et d’un corps dans un espace prédéfini. Mais ce n’est qu’un trompe-l’oeil : Spielberg est avant tout un cinéaste. D’un geste fou, il va replacer notre regard dans la salle de cinéma :

La course de véhicules dans Ready Player One
La course de véhicules dans Ready Player One

Après une course qui restera dans les mémoires en tant que prouesse visuelle et en termes de découpage (George Miller et son Mad Max : Fury Road viennent probablement d’engendrer leur premier descendant après trois longues années), on voit qu’il est impossible de franchir le dernier piège de la course, et c’est là que le cinéaste intervient. Pour résoudre ce piège, Wade va devoir apprendre à réanalyser les images mises à sa disposition au musée consacré à James Halliday, les manipuler à la manière de John Anderton dans Minority Report.

John Anderton (Tom Cruise) dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)
John Anderton (Tom Cruise) réagençant les images du futur dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Pour avancer, il doit apprendre à redevenir un spectateur dans une salle de cinéma. À recentrer son regard, redéfinir son implication par rapport à un régime d’images. L’engagement cède la place à l’émerveillement. Nous aussi, public de Ready Player One, retrouvons notre place. Devant le spectacle, nous sommes avant tout spectateurs. Wade peut ainsi résoudre la première énigme, de nouveau dans une mise en scène de jeu vidéo, mais augmenté de son expérience de spectateur.

Les références construisent-elles ou détruisent-elles notre identité ?

L’intention de Ready Player One est claire, nette, ambitieuse. Elle ne peut cependant aboutir sans notre implication de spectateur, indispensable au succès de Wade. Les innombrables références aux figures pop-culturelles qui jalonnent le film, quasiment toutes issues de l’almanach personnel de James Halliday, c’est aussi à nous de les retrouver et s’en amuser, en tant que spectateur.

Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One
Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One (extrait du blog dog eared copy)

Leur profusion presque étouffante en dit long sur le rapport orwellien que les personnages de Ready Player One entretiennent avec l’imaginaire. Si leurs goûts et références sont d’abord et quasi-exclusivement axés sur ceux d’Halliday, en quoi les définissent-ils en tant qu’individus en dehors de l’Oasis ? Cette question est au coeur d’un autre Spielberg majeur : Attrape-moi si tu peux.

Avocat, médecin, 007, pilote : Frank trompe son monde pour survivre dans Attrape-moi si tu peux, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Frank Abagnale Jr apprend à se fondre dans plusieurs moules grâce à ses propres références de pop-culture (le pseudonyme du Flash, le costume et l’Aston Martin de Goldfinger…). Mais l’effet est pervers, Frank n’est jamais lui-même, il ne se construit pas à partir de sa pop-culture, il ne fait que fuir, d’une manière similaire au protagoniste d’Un Illustre Inconnu, autre film vertigineux sur la fuite de sa propre identité.

Là où Ready Player One se distingue, c’est dans l’utilisation triple de ses références : paraître quelqu’un d’autre (un avatar mieux dans son corps et dans sa peau, aussi factice soit-elle), recréer son imaginaire dans un espace personnel, et décrypter les indices. C’est dans ce dernier domaine que Nolan (oui, comme « No-Lan », littéralement l’absence de connexion) et son équipe se distinguent, maniant ces diverses références comme de la chair à canon destinée à la consommation rapide.

Les employés geeks de l'IOI dans Ready Player One
Les employés geeks de l’IOI dans Ready Player One

L’uniformisation référentielle et le culte de la personnalité selon James Halliday, ou le capitalisme culturel selon IOI : voici les uniques portes de sortie de nos avatars en 2045 selon un Spielberg devenu pessimiste. Le rapport aux images et aux références dans Ready Player One est vidé de tout rapport avec le quotidien, soit le regard opposé de l’ancien comparse de Spielberg, Joe Dante. Chez Dante, l’idée de consommer des images et l’innocence que les enfants entretenaient par rapport à celles-ci, donnaient aussi aux individus la possibilité de se construire (voir Panic on Florida Beach). On retrouve cette optique dans la scène « Kubrickienne » de Ready Player One.

Kubrick ou le contre-champ

Après avoir redéfini la place du spectateur avec la course, Spielberg va, non sans une certaine jubilation, brouiller à nouveau la frontière entre l’écran et la salle de cinéma : car nos héros ne vont pas voir Shining, le grand film d’horreur de Kubrick. Ils vont entrer « dans » Shining dans un dispositif similaire à La Rose pourpre du Caïreou plus récemment Last Action Hero.

Excusez ma tenue, je sors de la douche...
Excusez ma tenue, je sors de la douche…
La réjouissante nouveauté de Spielberg est de nous mettre à la place d’Aech qui n’a jamais vu le film. Même si on connaît ce grand classique du cinéma, nous fusionnons avec Aech qui aura le malheur de s’y perdre, retrouvant ainsi une forme d’émerveillement pure, mais aussi une dangereuse naïveté face à des images qu’il ne connaît pas. Et là, Ready Player One prend la direction opposée des films de McTiernan et Allen car le personnage réel ne connaît pas le film, désamorçant le risque de Déjà Vu).
Grande idée, doublée d’une dimension interactive galvanisante pour le cinéphile connaisseur. De même que pour la course, la prouesse visuelle reste sidérante et quasi inédite aujourd’hui, à un point où discerner la reproduction numérique des plans appartenant au film original semble impossible à l’œil nu.
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Le revers est que le dernier acte de Ready Player One en deviendra anticlimatique, la bataille finale semblant bien fade à côté. Cette prouesse que Brian De Palma n’avait pu qu’approcher dans Pulsions en 1980, la technologie n’étant pas assez avancée alors pour recréer totalement le Vertigo d’Alfred Hitchcock. En mettant en scène des personnages s’égarant dans l’image iconique jusqu’à s’y enfermer, voir y mourir (idée que l’on retrouve dans le récent USS Callister de l’anthologie Black Mirror), les approches respectives de De Palma et Spielberg semblent se rapprocher plus que jamais quant à l’idée d’un cinéma projetant toujours le mensonge 24 fois par seconde.
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Théoriquement passionnant, essentiellement de par ses prouesses techniques, son idée de départ et son cheminement à travers les trois clés, c’est dans la pratique et dans les interactions entre ses divers protagonistes que le projet Ready Player One va peu à peu basculer vers une profonde désillusion… Car après la place retrouvée du spectateur, le projet de Spielberg s’embarque vers une nouvelle perspective: celle de renouer un contact humain, physique, sentimental avec l’autre par le biais des images. Cette perspective est in fine l’une si ce n’est la plus importante de Ready Player One. Et c’est là que Spielberg et ses scénaristes sombrent…

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Le scénario de Ready Player One est l’archétype même du mythe du « voyage du héros » campbellien (dont Star Wars de George Lucas, vieux pote de Spielberg, est sans doute l’avatar le plus célèbre dans la pop culture, y compris dans le récent huitième volet). Le cœur émotionnel de Ready Player One se tient dans la romance que vivront Wade et Samantha. Face à cet enjeu émotionnel vital pour capter l’attention du spectateur, Ready Player One va littéralement s’effondrer sur lui-même, car cette romance, aussi évidente soit-elle sur le papier, n’existe pas à l’écran.

Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

Dans le bouquin d’Ernest Cline, l’histoire d’amour se révélait être exclusivement virtuelle tout au long du récit, jusqu’à ce que nos deux héros ne se découvrent l’un et l’autre hors de l’Oasis qu’à la toute dernière page, d’où une romance à la fois comme cœur et aboutissement du livre. L’idée rappelait à merveille la conclusion d’Avatar de James Cameron.

Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)
Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)

Spielberg fait intervenir cette rencontre au beau milieu du film, désamorçant illico toute tension amoureuse pour ce concentrer sur un spectacle primaire. Même l’éblouissante scène de danse en apesanteur est dénuée de souffle érotique, et la scène du toit est d’une pauvreté narrative et émotionnelle affligeante pour un film de Spielberg. Combats virtuels et « name dropping » mis à part, leur relation ne s’épanouit pas, et ne donne jamais l’impression d’être menacée. La sentencieuse maxime finale « Only the reality is real » annihile d’un claquement de doigts tout le passionnant projet de mise en scène initié par la quête des trois clés…

Le film échoue là où Avatar et La Fille de Ryan (de David Lean), deux films dont l’axe émotionnel est la recherche de l’isolement pour la communion d’un couple (une idée très wagnérienne, tendance Tristan und Isolde), réussissaient.

Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Ernest Cline, sans prétendre à une grande œuvre de littérature, nous faisait ressentir ce besoin du réel par une idée toute simple, que Spielberg ne s’est pas donné la peine de transposer: deux baisers. La premier, virtuel, dans l’Oasis, le second, réel, à la fin. Dans Ready Player One, l’absence d’intimité du couple, jamais seul de tout le film, condamne toute romance.  Il aura fallu deux heures vingt vidées de toute substance émotionnelle pour arriver enfin à ce dernier plan venant bien trop tard. Dans un registre identique, Scott Pilgrim d’Edgar Wright se montrait bien plus fin.

Une conclusion trompeuse

Une perspective secondaire de Ready Player One semble donner un bref répit au film, lorsque la clé finale demandera à notre héros de retrouver un rapport ludique quant aux images qu’il manipule, un amusement, une curiosité face au jeu, plutôt que d’y accomplir une performance. Malheureusement, Ready Player One dévoile le film sous un jour réellement détestable quand l’innocence des héros se mue en cynisme avec l’épisode du contrat.

James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Ce happy end forcé, traversé d’une sincérité factice, d’une romance détournée, d’une morale de comptoir et du terrible « Only the reality is real » achève de reléguer Ready Player One au niveau zéro de la réflexion face à l’image. Spielberg n’est pas Verhoeven et ne prétend jamais adopter une forme tendant vers la satire pure comme dans Starship Troopers.

Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

L’image, c’est ce que le spectateur en fait, dans sa double capacité d’émerveillement et de critique, qui lui permettra de comprendre au mieux ce qui l’entoure. Après son mélancolique BGG et la promesse d’un climax émotionnel dévastateur, Spielberg capitule, davantage préoccupé par la prouesse technique jamais vue que par ce qu’elle représente. Il est pourtant l’un des derniers grands anciens, avec Clint Eastwood, James Cameron et Ridley Scott, à pouvoir faire financer un blockbuster sur son seul nom. Au lieu de nous faire redescendre sur Terre par le biais de l’émotion pure, de l’image, comme il savait si bien le faire autrefois, il choisit la morale de proximité.

Scène de bataille dans Ready Player One
Scène de bataille dans Ready Player One

Ready Player One est un gâchis. Monstrueusement ambitieux sur le papier, promettant de redonner un sens à la salle de cinéma et au grand spectacle populaire dix ans après Avatar, cette fresque sur les mondes parallèles offrait au réalisateur l’opportunité de nous livrer son Lawrence d’Arabie du futur. Quelque chose de démesuré, romantique, épique, où le regard aurait retrouvé son axe.

Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One
Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One

Un autre film, plus discret, a récemment tenté d’ouvrir la même brèche : Tomorrowland, de Brad Bird. L’imaginaire s’y ouvrait vers le champs des possibles, la critique y était acerbe, allait au bout de sa démarche, redonnait fois en la Création, au génie de chacun et aux interactions entre les individus. L’image n’y était pas mauvaise par nature, c’est l’apprentissage du regard qui lui redonnait tout son sens. Là où Brad Bird semble être le dernier à croire encore au futur, Spielberg a baissé les bras.

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Black Mirror, « Metalhead » : analyse de l’épisode et explication de la fin


3 out of 5 stars (3 / 5)

« Metalhead » est l’épisode le plus singulier de Black Mirror, saison 4. L’épisode ne développe pas d’histoire autour des écrans et de la technologie, comme à l’habitude. Il s’agit d’un pur exercice de style : une course-poursuite entre Bella, femme solitaire (Maxine Peake), et un robot-chien tueur dans un paysage post-apocalyptique.


La chasse à l’homme au cinéma et dans les séries

L’idée de mettre en scène des chasses mortelles au cinéma remonte à 1932 avec Les Chasses du comte Zaroff, co-réalisé par Ernest B. Schoedsack (célèbre pour être le co-réalisateur du premier King Kong, où il retrouvera Fay Wray). Dans ce film, Zaroff, aristocrate habitant sur une île, a un passe-temps favori : la chasse. Mais il chasse les humains, car c’est l’animal le plus intelligent.

Les individus qui échouent sur son territoire se retrouvent à errer et se cacher dans l’île, proies à son jeu sadique, car c’est la mort assurée si Zaroff les retrouve.


Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)
Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Sur le même thème, l’épisode « Les Chasseurs » de la série Supernatural, ajoute une petite fille aussi sanguinaire que les chasseurs (dans Supernatural, si vous croisez un enfant, priez, ou sortez les pétoires et tirez dans le tas. On vous conseille la seconde solution).


Jensen Ackles et Alexia Fast dans l'épisode "Les Chasseurs" (1-15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)
Jensen Ackles et Alexia Fast dans l’épisode « Les Chasseurs » (1.15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)

L’épisode « Homecoming » de Buffy contre les vampires est une parodie du genre. Des monstres traquent les deux héroïnes piégées dans un labyrinthe. Dans ce cas, les monstres sont des crétins qui perdraient un duel face à une quiche.

La chasse à l’homme par une foule aveugle qui croit traquer un criminel donne souvent lieu à des scènes mémorables, notamment dans Furie de Fritz Lang (1936).


Black Mirror, Metahead : traque 2.0

On peut aussi imaginer un traqueur « programmé » pour chasser sa proie sans relâche, tel Terminator.

C’est cette option que va choisir le réalisateur de « Metalhead », David Slade. Il va compenser le manque d’humanité en misant sur le suspense et la terreur.

« Metalhead » n’est pas sans faire penser à un épisode de La Quatrième Dimension, série dont Black Mirror est une héritière directe.

On pense entre autres à l’épisode Les Envahisseurs (2.15) dont « Metalhead » reprend les codes, par sa concision, d’abord : avec 38 minutes, c’est l’épisode le plus court de Black Mirror. Son scénario est volontairement minimaliste, l’épisode est quasi muet, et il s’agit du premier épisode de la série en noir et blanc – idée du réalisateur.

Comme dans un thriller classique, on retrouve une quasi invulnérabilité des traqueurs (chiens-robots effrayants) l’épuisement progressif de la traquée, une mise en scène anxiogène et, comme dans tout bon épisode de Black Mirror, une chute.


Agnès Moorehead dans l'épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)
Agnès Moorehead dans l’épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)

Metalhead : un épisode viscéral

Black Mirror suit à la lettre la recommandation du scénariste Tom Fontana :

« Les spectateurs doivent recevoir l’histoire comme un coup de poing à l’estomac, et qu’elle remonte à leur conscience pour les habiter longtemps ». 

D’habitude, c’est par le propos, choquant et exact, du créateur Charlie Brooker, que Black Mirror hante nos esprits…  mais pas ici.


Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l'épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)
Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l’épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)

Brooker effleure le thème d’une après-guerre entre robots et humains, que ces derniers ont perdu. Mais ce n’est qu’un canevas. « Metalhead » porte davantage la marque de son réalisateur, David Slade.


David Slade, réalisateur de Metalhead
David Slade, réalisateur de « Metalhead »

Une belle réalisation

L’épisode de Black Mirror le plus proche de celui-là serait « Shut up and dance » (3.03) : ce qui importe, c’est moins le thème que le thriller, et la descente aux enfers du personnage.

Brooker sait enchaîner les rebondissements, d’où une tension constante.

Slade s’est distingué par quelques réussites dans le genre fantastique et horrifique, notamment l’excellent thriller vampirique 30 jours de nuit, plusieurs épisodes de la série American Gods ou la série Hannibal (on oubliera Twilight 3, où le réalisateur a dû lisser ses crocs). Il fait preuve de tout son talent dans « Metalhead ».

Les cadrages penchés, le noir et blanc, les gros plans répétés sur le visage de Bella ou sur le robot-chien, font penser à l’expressionnisme allemand des années 20. La mise en scène de Slade regorge de trouvailles, par ses plongées écrasantes sur l’héroïne. Les plans larges, souvent synonymes de liberté et d’espace, deviennent ici les délimitations d’une prison à ciel ouvert.


Bella tente de joindre son camp dans Metalhead
Bella tente de joindre son camp dans Metalhead

La violence sèche, relayée par un montage tranchant, renvoient au modèle du genre, Psychose.


Explication de la fin  de Metalhead (Attention Spoilers)

Black Mirror sait achever ces épisodes sur des plans-choc. « Metalhead », en quelques plans, exprime toute l’horreur de la défaite de Bella. Se heurtant au mur final, elle a le choix – attendre que les robots la tuent, ou se servir de l’ultime liberté qui lui reste. S’entailler le visage pour enlever les trois traqueurs que le robot lui a implantés semble difficile. Elle décide de se trancher la gorge pour échapper aux chiens.

Ces technologies miniatures implantées dans le corps sont légion dans Black Mirror, elles étaient présentes déjà cette saison dans Arkangel avec le traqueur dont se sert la mère pour tout savoir de sa fille.


Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l'anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l'épisode "Arkangel" (4.02) de la série Black Mirror
Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l’anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l’épisode « Arkangel » (4.02) de la série Black Mirror

Ces technologies reviendront dans « Black Museum », pour un usage encore plus déstabilisant.


Des symboles typiques de Black Mirror

Après le suicide de Bella vient la plongée finale sur la caisse de jouets, but de son expédition. Ses appels téléphoniques étaient destinés à son neveu mourant. Pour adoucir ses derniers jours, elle était partie chercher des jouets dans un entrepôt gardé par le robot.

Plan final de Metalhead
Plan final de « Metalhead »

On peut voir, dans ces ours en peluche blancs, une auto-référence à Black Mirror : le fameux épisode « White Bear », où un ours blanc, jouet d’une petite fille, devient le symbole de son martyre, et le nom du parc où la complice de son meurtre est châtiée.

La multitude des chiens tueurs qui envahissent les dernières images donnent une terrible vision d’une humanité en sursis, cachée derrière le barrage, mais qui, tôt ou tard, sera décimée par les créatures qu’elles ont créées. On rejoint le credo de la série : non pas dénoncer la technologie, mais ce que les humains en font.

Metalhead : un épisode éprouvant

« Metalhead » n’atteint pas les sommets émotionnels induits par les meilleures (ou les pires, selon le point de vue) dystopies proposées par Black Mirror, à cause de son postulat de départ : une course-poursuite minimaliste. Reste une implacable traque de l’homme par le robot qui prend aux tripes, grâce à la science du réalisateur et l’interprétation habitée de Maxine Peake, dans un quasi seule-en-scène.


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Pour d’autres analyses des épisodes de Black Mirror :

STAR WARS VIII, LES DERNIERS JEDI : LUKE SKYWALKER FAIT UN RETOUR EN FORCE

3 out of 5 stars (3 / 5)
Par Clément
Alors que le Premier Ordre étend son ombre dans toute la galaxie, La Résistance continue de lutter. Rassemblée dans le vaisseau de son amirale Leia Organa (Carrie Fisher), elle tente d’échapper au Général Hux (Domhnall Gleeson). Hux possède un traqueur qui permet de poursuivre la Résistance partout. Piloté par Leia et sa vice-amirale Holdo (Laura Dern), le vaisseau sera à court de carburant tôt ou tard, synonyme de destruction sous le feu du Suprême Leader Snoke (Andy Serkis).
L'Empereur Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Le Suprême Leader Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Sur une idée du bouillant commandant Poe (Oscar Isaac), Finn (John Boyega), une technicienne du nom de Rose (Kelly Marie Tran), et BB8, partent en mission pour désactiver le traqueur.
Pendant ce temps, Rey (Daisy Ridley) se heurte au refus de Luke Skywalker (Mark Hamill) de l’entraîner, ce dernier ne voulant plus entendre parler des Jedi. Mais le temps presse, et Kylo Ren (Adam Driver) tente d’attirer Rey en pensée vers le côté obscur…

Un Star Wars qui porte la trace de son réalisateur

Quand on travaille pour LucasFilm et Disney, votre marge de manœuvre est limitée. Mais à regarder la filmographie de Rian Johnson, on comprend le choix de la productrice Kathleen Kennedy.

Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi
Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi

Brick, le premier film de Rian Johnson, s’amusait à reprendre les codes des romans noirs des années 40 et 50. Sur ces bases anciennes, Johnson dynamisait son propos par une mise en scène habile et fastueuse. Dans Looper, il traitait simplement la boucle causale, sujet très rebattu du voyage temporel depuis La Jetée de Chris Marker et son faux remake L’armée des 12 singes (Terry Gilliam). Mais c’est grâce au lien entre le héros et son double vieilli, et une réalisation très riche, que le film marchait.

Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)
Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)

Dans Breaking Bad, il transformait un médiocre huis clos (La mouche, 3.10) en démonstration de virtuosité. Et avec le culte Ozymandias (5.13), il élevait à des hauteurs vertigineuses un script qui reprenait les codes de la tragédie antique, scènes-chocs en sus.

Extrait de l’épisode Ozymandias (5.13) de la série Breaking Bad, réalisé par Rian Johnson (2013)

Scénario sans complexités, codes rehaussés par une mise en scène virtuose, attachement aux personnages plus qu’à l’histoire… Rian Johnson était un réalisateur rêvé pour Star Wars 8, les derniers jedi. L’action chez lui s’appuie plus sur les personnages que le scénario.

Star Wars : l’impossible dépassement du mythe

Claude Levi-Strauss, dans La Structure des Mythes, avait démontré qu’il n’existe pas de « bonne » version de mythe, mais que toutes ses versions se valent. Peu importe les différences entre les versions, un mythe donne toujours naissance à des versions similaires dans le fond et la forme. Nous touchons là à la force et la limite de la saga de Lucas, condamnée à chaque trilogie à adopter le même schéma mythologique, car c’est ainsi qu’un mythe se créé et se conserve.

George Lucas, créateur de la saga Star Wars
La première trilogie est une version d’un mythe connu, le récit initiatique de héros imparfaits en quête de pureté. Lucas s’est nourri des lectures de Joseph Campbell et son fameux Héros aux mille visages. La prélogie, bien qu’imparfaite, avait l’idée de raconter un récit d’initiation perverti. Un padawan faible mais pur (l’innocent enfant Anakin) cheminait vers son accomplissement ténébreux (Dark Vador). Mais cela restait le même schéma.
Alors, pourquoi s’étonner que la troisième trilogie reprenne les mêmes codes que les deux suivantes ? Le principal changement réside dans le budget et les avancées technologiques. Ce sera sûrement le cas lors de la quatrième trilogie.
Star Wars X
Est-ce vraiment une bonne nouvelle ?

Un héritage écrasant

Le talent d’auteur de Johnson, pour respecter le mythe, est étouffé par les trilogies précédentes. Pour que le mythe Star Wars perdure, il doit rester fidèle à la même histoire. Si le VII confirmait les thèses de Levi-Strauss en étant une copie conforme du IV, Star Wars 8, les derniers jedi persiste en étant un condensé des histoires du V (l’entraînement padawan-maître sur une planète perdue), du VI (le duel à trois Rey-Kylo-Snoke reprend le duel Luke-Vador-Palpatine), mais aussi de la prélogie avec Kylo, qui suit la même progression qu’Anakin. Snoke et Palpatine sont semblables, la force non maîtrisée de Rey est celle de Luke dans le V…

Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Rogue One était parvenu à se dégager de cet héritage. Son statut de spin-off, et surtout de film de guerre, plus rude et sombre que la saga originale, en faisait une pleine réussite. Émulé par ce succès, Johnson décide donc de reprendre les codes du film de guerre… mais ce n’est pas ce qu’est la saga principale. La création de George Lucas est épique, mais ne s’inscrit pas dans la tonalité plus noire du film de guerre. Cette volonté de Johnson est battue en brèche par la mise en scène qui vient constamment nous rappeler la vraie identité de la saga, d’où un entre-deux frustrant. Pourtant, Poe le commandant rebelle et l’inflexible Hondo sont de bonnes figures guerrières.

La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Johnson n’a aucune chance d’échapper au prévisible, les trois quarts du film se devinent à l’avance. Jusqu’à un dernier acte, mis sur orbite par trois twists consécutifs (d’une manière très similaire à l’écriture de J.J.Abrams, période Alias), plus un quatrième plus loin. Là, nous voyons enfin la touche personnelle de Johnson dans le scénario. La com’ autour de l’humour du film, soi-disant le plus drôle de la saga, me paraît toutefois exagérée. Par contre, Williams retrouve des couleurs après sa BO assez atone dans le VII.


Le crépuscule d’une idole ?

Si Rey était notre guide dans le VII, Star Wars 8, les derniers jedi est l’heure de gloire de Luke Skywalker. Certes, on l’aime d’amour depuis le IV, mais Luke, héros pur, incarné par un acteur loin d’être marquant, n’était pas la figure la plus intéressante de la saga.

uke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

C’est donc avec une audace époustouflante que Johnson va révéler la part obscure de Luke. Son pêché d’orgueil, son désir de destruction du passé, se reflètent ironiquement dans le comportement de Kylo dans ce film. La confrontation finale est sans doute l’une des plus grandes scènes de la saga, pas en termes d’action mais d’émotion, où Mark Hamill nous sort le grand jeu. Ce zénith émotionnel n’est qu’un des morceaux de bravoure du film. Luke est bien l’atout maître de Star Wars 8, les derniers jedi.

Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un épisode plus centré sur les personnages

Rey est logiquement en retrait (Daisy Ridley n’est d’ailleurs pas aussi marquante que dans le VII). Adam Driver, comédien de cinéma d’auteur, avait des difficultés dans le VII à rentrer dans le costume trop grand de Kylo. L’écriture plus « character-driven » de Johnson lui permet de mieux exprimer les tourments intérieurs de Kylo. Star Wars 8, les derniers jedi développe plus le suspense concernant les actions de Kylo. Il ne réalise qu’au fur et à mesure son destin, en même temps que le spectateur, qui guette ses réactions. Quand Vador était un génie du mal, Kylo est porté par un nihilisme absolu et semble-t-il sans espoir.

Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Bien sûr, on ne peut oublier l’immortelle Leia, et la fabuleuse Carrie Fisher, qui nous a quittés fin 2016. Leia nous émeut et nous ravit toujours dans Star Wars 8, les derniers jedi. Elle manquera dans le IX. Le générique de fin lui rend hommage.

La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi

BB8 est fidèle au poste, donnant de sa personne comme jamais. Les mignons Porg sont bien partis pour être les successeurs des Ewoks, mais demeurent à la périphérie. Leurs apparitions, soigneusement calculées, provoquent rire et attendrissement. On les a comparés aux Totoros de Mon voisin Totoro de Miyazaki. Ils m’ont surtout rappellé le Chat Potté de Shrek dans leur manière d’ouvrir des grands yeux à faire fondre le coeur de n’importe qui.

Porg dans Star Wars 8
T’as de beaux yeux, tu sais ?
Côté fan service, quelques figures tutélaires apparaissent, sans parasiter le récit. Souvent avec humour.

Morceaux de bravoure

Si le Rian Johnson scénariste ne peut grand-chose, le réalisateur vient à la rescousse, mais pas de la manière attendue. Star Wars 8, les derniers jedi est sans doute le plus sobre des Star Wars côté action. Les combats sont peu présents, tout se joue sur le suspense des trois arcs principaux. Sa réalisation toute en fluidité, son montage tranquille, sont à rebours de la débauche visuelle parfois vaine du VII et de la prélogie, au risque d’être dans l’excès inverse.

Finn (John Boyega) et Captain Phasma (Gwendoline Christie) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Certains plans sont superbes, comme le travelling compensé du gouffre du côté obscur, venant du Vertigo d’Hitchcock, le travelling avant dans la scène du casino, qui rejoint ceux de Panic Room de Fincher, ou les reflets infinis de Rey dans la caverne de l’île. Rian Johnson est un redoutable technicien, aussi virtuose qu’Abrams, tout en renonçant à son emphase visuelle, parfois creuse.

Quand il faut faire des courses-poursuites un poil fêlées ou des missions-suicides, il fait le job. On retiendra certaines séquences-chocs qui sont comme autant de coups d’échecs : coup de desperado, sacrifice de déviation, gambit, voire un swindle en deux temps de Luke (qui a déclenché un immense éclat de rire dans la salle, suivi de deux salves d’applaudissements)… Sur l’échiquier galactique, chaque coup fait pencher la balance. Star Wars 8, les derniers jedi est autant un récit épique qu’un film à suspense, rejoignant les premiers essais de Johnson.

Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un huitième volet digne

Star Wars 8, les derniers jedi frappe de plein fouet les limites narratives de la saga. Mais en lui-même, ce blockbuster sobre et en tension constante, est une superbe réussite technique et émotionnelle. Certes loin de la première trilogie, il marque une amélioration évidente par rapport au Réveil de la Force.

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L’EXPÉRIENCE INTERDITE – FLATLINERS (2017) : JE SAUTE ET JE REVIENS

On ne compte plus les films américains qui nous mettent en scène un traumatisme à la con en introduction, pour expliquer les faits et gestes du héros ou de l’héroïne. L’Expérience interdite (Flatliners) n’échappe pas à la règle. Un topos dont on se passerait bien.

Courtney a perdu sa petite soeur dans un accident de voiture. Une fois étudiante en médecine, elle entraînera ses potes dans une « expérience interdite » histoire d’aller voir ce qui se passe après la mort.

Il s’agit d’être cliniquement mort pendant quelques minutes pour vérifier si l’on voit une lumière blanche, sa grand-mère disparue, une pizza au chèvre.
Et de revenir tout de suite après. Oui, parce qu’on va pas mourir pour de vrai, quand même. Pendant tout le film, j’ai gardé en tête la réplique culte de Didier Bourdon dans Les Trois frères. Alors qu’il menace de se jeter d’une falaise, il déclare, pour rassurer le petit garçon qui accompagne les trois compères: 

« Je saute et je reviens. »

Encéphalogramme plat

La bande à Courtney se retrouve donc baptisée « The flatliners », c’est à dire qu’ils font joujou avec l’encéphalogramme : ils attendent qu’il soit plat (« a flat line », en anglais) pendant les minutes décisives où leur pote fera mumuse dans l’au-delà.

Ça vous paraît mauvais ? Ça l’est.

Courtney, à l’évidence, cherche à revoir sa soeur dans cet instant unique pour trouver sa rédemption. Cette lourdeur psychologique plombe le personnage d’Ellen Page, actrice par ailleurs éminemment sympathique.

La version de 1990 de L’Expérience interdite – Flatliners me plaisait plus jeune parce que j’ai pris en affection cette bande d’acteurs dont chacun des membres est devenu célèbre.

Vous reconnaîtrez peut-être Oliver Platt, William Baldwin, Kevin Bacon, Kieffer Sutherland, et une certaine Julia Roberts, casting de L'Expérience interdite - Flatliners, de Joel Schumacher (1990)
Vous reconnaîtrez peut-être Oliver Platt, William Baldwin, Kevin Bacon, Kiefer Sutherland, et une certaine Julia Roberts, casting de L’Expérience interditeFlatliners, de Joel Schumacher (1990)

Pour la petite histoire, Kiefer Sutherland joue, dans la version 2017, un grand médecin qui forme la jeunesse. On peut de demander comment il a atterri dans cette galère, après son succès indéniable au cinéma et dans la série télévisée 24 Heures chrono.

Kieffer Sutherland remet du couvert dans Flatliners en 2017 (Niels Arden Oplev)
Kiefer Sutherland remet le couvert dans Flatliners en 2017 (Niels Arden Oplev)

On y perd par rapport à 1990

A propos d’acteurs, la version 2017 est mal jouée, on y perd par rapport à 1990. Même Ellen Page est mal dirigée.

Surtout, quand Julia Roberts et Kiefer Sutherland nous faisaient croire à une véritable fascination pour l’après-vie (nul besoin de traumatisme bateau), la bande de 2017 donne juste l’impression d’une troupe de gamins qui joue avec la mort et trouve ça fun.

La bande d'étudiants en médecine dans Flatliners en 2017
La bande d’étudiants en médecine dans Flatliners en 2017

On retrouve hélas chez Niels Arden Oplev (par ailleurs réalisateur d’un épisode de l’excellent Mister Robot et du pilote de Midnight, Texas) les clichés habituels : la gentille, l’arrogant, la sexy (Nina Dobrev, pas vraiment en progrès depuis Vampire Diaries) le bon élève, l’introvertie, et blabla.

L’introvertie a d’ailleurs des scrupules qui gâchent le rythme et même la morale du film. Dans la première version, tout le monde était d’accord, donc responsable.

Un remake déprimant

Dans ce remake (il est assez déprimant de faire un remake d’un film de Joel Schumacher, mais passons) les personnages sont trop sommaires pour qu’on s’y attache.

La réalisation ne sauve pas l’ensemble : les trucages sont proches de la série B.

L’expérience donne à Courtney des sortes de superpouvoirs de la mémoire, et du coup, tous veulent essayer.
Y en a même une qui saura résoudre un Rubik’s cube en 10 secondes. La classe.

Les deux versions de Flatliners jouent sur la culpabilité de chacun, mais la deuxième version frôle le ridicule : il suffit d’aller s’excuser, de prendre ses responsabilités, et tout va mieux. Les deux opus gardent aussi cette morale détestable et très américaine, celle de la loi du Talion – une vie pour une vie. 

Ras le bol.
La fin du film de 2017 atteint aussi le sommet du ridicule.

Espérons voir Ellen Page dans un meilleur film prochainement, et Niels Arden Oplev aux commandes d’un meilleur projet.

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