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Black Mirror, « Metalhead » : analyse de l’épisode et explication de la fin


3 out of 5 stars (3 / 5)

« Metalhead » est l’épisode le plus singulier de Black Mirror, saison 4. L’épisode ne développe pas d’histoire autour des écrans et de la technologie, comme à l’habitude. Il s’agit d’un pur exercice de style : une course-poursuite entre Bella, femme solitaire (Maxine Peake), et un robot-chien tueur dans un paysage post-apocalyptique.


La chasse à l’homme au cinéma et dans les séries

L’idée de mettre en scène des chasses mortelles au cinéma remonte à 1932 avec Les Chasses du comte Zaroff, co-réalisé par Ernest B. Schoedsack (célèbre pour être le co-réalisateur du premier King Kong, où il retrouvera Fay Wray). Dans ce film, Zaroff, aristocrate habitant sur une île, a un passe-temps favori : la chasse. Mais il chasse les humains, car c’est l’animal le plus intelligent.

Les individus qui échouent sur son territoire se retrouvent à errer et se cacher dans l’île, proies à son jeu sadique, car c’est la mort assurée si Zaroff les retrouve.


Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)
Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Sur le même thème, l’épisode « Les Chasseurs » de la série Supernatural, ajoute une petite fille aussi sanguinaire que les chasseurs (dans Supernatural, si vous croisez un enfant, priez, ou sortez les pétoires et tirez dans le tas. On vous conseille la seconde solution).


Jensen Ackles et Alexia Fast dans l'épisode "Les Chasseurs" (1-15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)
Jensen Ackles et Alexia Fast dans l’épisode « Les Chasseurs » (1.15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)

L’épisode « Homecoming » de Buffy contre les vampires est une parodie du genre. Des monstres traquent les deux héroïnes piégées dans un labyrinthe. Dans ce cas, les monstres sont des crétins qui perdraient un duel face à une quiche.

La chasse à l’homme par une foule aveugle qui croit traquer un criminel donne souvent lieu à des scènes mémorables, notamment dans Furie de Fritz Lang (1936).


Black Mirror, Metahead : traque 2.0

On peut aussi imaginer un traqueur « programmé » pour chasser sa proie sans relâche, tel Terminator.

C’est cette option que va choisir le réalisateur de « Metalhead », David Slade. Il va compenser le manque d’humanité en misant sur le suspense et la terreur.

« Metalhead » n’est pas sans faire penser à un épisode de La Quatrième Dimension, série dont Black Mirror est une héritière directe.

On pense entre autres à l’épisode Les Envahisseurs (2.15) dont « Metalhead » reprend les codes, par sa concision, d’abord : avec 38 minutes, c’est l’épisode le plus court de Black Mirror. Son scénario est volontairement minimaliste, l’épisode est quasi muet, et il s’agit du premier épisode de la série en noir et blanc – idée du réalisateur.

Comme dans un thriller classique, on retrouve une quasi invulnérabilité des traqueurs (chiens-robots effrayants) l’épuisement progressif de la traquée, une mise en scène anxiogène et, comme dans tout bon épisode de Black Mirror, une chute.


Agnès Moorehead dans l'épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)
Agnès Moorehead dans l’épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)

Metalhead : un épisode viscéral

Black Mirror suit à la lettre la recommandation du scénariste Tom Fontana :

« Les spectateurs doivent recevoir l’histoire comme un coup de poing à l’estomac, et qu’elle remonte à leur conscience pour les habiter longtemps ». 

D’habitude, c’est par le propos, choquant et exact, du créateur Charlie Brooker, que Black Mirror hante nos esprits…  mais pas ici.


Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l'épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)
Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l’épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)

Brooker effleure le thème d’une après-guerre entre robots et humains, que ces derniers ont perdu. Mais ce n’est qu’un canevas. « Metalhead » porte davantage la marque de son réalisateur, David Slade.


David Slade, réalisateur de Metalhead
David Slade, réalisateur de « Metalhead »

Une belle réalisation

L’épisode de Black Mirror le plus proche de celui-là serait « Shut up and dance » (3.03) : ce qui importe, c’est moins le thème que le thriller, et la descente aux enfers du personnage.

Brooker sait enchaîner les rebondissements, d’où une tension constante.

Slade s’est distingué par quelques réussites dans le genre fantastique et horrifique, notamment l’excellent thriller vampirique 30 jours de nuit, plusieurs épisodes de la série American Gods ou la série Hannibal (on oubliera Twilight 3, où le réalisateur a dû lisser ses crocs). Il fait preuve de tout son talent dans « Metalhead ».

Les cadrages penchés, le noir et blanc, les gros plans répétés sur le visage de Bella ou sur le robot-chien, font penser à l’expressionnisme allemand des années 20. La mise en scène de Slade regorge de trouvailles, par ses plongées écrasantes sur l’héroïne. Les plans larges, souvent synonymes de liberté et d’espace, deviennent ici les délimitations d’une prison à ciel ouvert.


Bella tente de joindre son camp dans Metalhead
Bella tente de joindre son camp dans Metalhead

La violence sèche, relayée par un montage tranchant, renvoient au modèle du genre, Psychose.


Explication de la fin  de Metalhead (Attention Spoilers)

Black Mirror sait achever ces épisodes sur des plans-choc. « Metalhead », en quelques plans, exprime toute l’horreur de la défaite de Bella. Se heurtant au mur final, elle a le choix – attendre que les robots la tuent, ou se servir de l’ultime liberté qui lui reste. S’entailler le visage pour enlever les trois traqueurs que le robot lui a implantés semble difficile. Elle décide de se trancher la gorge pour échapper aux chiens.

Ces technologies miniatures implantées dans le corps sont légion dans Black Mirror, elles étaient présentes déjà cette saison dans Arkangel avec le traqueur dont se sert la mère pour tout savoir de sa fille.


Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l'anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l'épisode "Arkangel" (4.02) de la série Black Mirror
Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l’anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l’épisode « Arkangel » (4.02) de la série Black Mirror

Ces technologies reviendront dans « Black Museum », pour un usage encore plus déstabilisant.


Des symboles typiques de Black Mirror

Après le suicide de Bella vient la plongée finale sur la caisse de jouets, but de son expédition. Ses appels téléphoniques étaient destinés à son neveu mourant. Pour adoucir ses derniers jours, elle était partie chercher des jouets dans un entrepôt gardé par le robot.

Plan final de Metalhead
Plan final de « Metalhead »

On peut voir, dans ces ours en peluche blancs, une auto-référence à Black Mirror : le fameux épisode « White Bear », où un ours blanc, jouet d’une petite fille, devient le symbole de son martyre, et le nom du parc où la complice de son meurtre est châtiée.

La multitude des chiens tueurs qui envahissent les dernières images donnent une terrible vision d’une humanité en sursis, cachée derrière le barrage, mais qui, tôt ou tard, sera décimée par les créatures qu’elles ont créées. On rejoint le credo de la série : non pas dénoncer la technologie, mais ce que les humains en font.

Metalhead : un épisode éprouvant

« Metalhead » n’atteint pas les sommets émotionnels induits par les meilleures (ou les pires, selon le point de vue) dystopies proposées par Black Mirror, à cause de son postulat de départ : une course-poursuite minimaliste. Reste une implacable traque de l’homme par le robot qui prend aux tripes, grâce à la science du réalisateur et l’interprétation habitée de Maxine Peake, dans un quasi seule-en-scène.


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Pour d’autres analyses des épisodes de Black Mirror :

STAR WARS VIII, LES DERNIERS JEDI : LUKE SKYWALKER FAIT UN RETOUR EN FORCE

3 out of 5 stars (3 / 5)
Par Clément
Alors que le Premier Ordre étend son ombre dans toute la galaxie, La Résistance continue de lutter. Rassemblée dans le vaisseau de son amirale Leia Organa (Carrie Fisher), elle tente d’échapper au Général Hux (Domhnall Gleeson). Hux possède un traqueur qui permet de poursuivre la Résistance partout. Piloté par Leia et sa vice-amirale Holdo (Laura Dern), le vaisseau sera à court de carburant tôt ou tard, synonyme de destruction sous le feu du Suprême Leader Snoke (Andy Serkis).
L'Empereur Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Le Suprême Leader Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Sur une idée du bouillant commandant Poe (Oscar Isaac), Finn (John Boyega), une technicienne du nom de Rose (Kelly Marie Tran), et BB8, partent en mission pour désactiver le traqueur.
Pendant ce temps, Rey (Daisy Ridley) se heurte au refus de Luke Skywalker (Mark Hamill) de l’entraîner, ce dernier ne voulant plus entendre parler des Jedi. Mais le temps presse, et Kylo Ren (Adam Driver) tente d’attirer Rey en pensée vers le côté obscur…

Un Star Wars qui porte la trace de son réalisateur

Quand on travaille pour LucasFilm et Disney, votre marge de manœuvre est limitée. Mais à regarder la filmographie de Rian Johnson, on comprend le choix de la productrice Kathleen Kennedy.

Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi
Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi

Brick, le premier film de Rian Johnson, s’amusait à reprendre les codes des romans noirs des années 40 et 50. Sur ces bases anciennes, Johnson dynamisait son propos par une mise en scène habile et fastueuse. Dans Looper, il traitait simplement la boucle causale, sujet très rebattu du voyage temporel depuis La Jetée de Chris Marker et son faux remake L’armée des 12 singes (Terry Gilliam). Mais c’est grâce au lien entre le héros et son double vieilli, et une réalisation très riche, que le film marchait.

Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)
Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)

Dans Breaking Bad, il transformait un médiocre huis clos (La mouche, 3.10) en démonstration de virtuosité. Et avec le culte Ozymandias (5.13), il élevait à des hauteurs vertigineuses un script qui reprenait les codes de la tragédie antique, scènes-chocs en sus.

Extrait de l’épisode Ozymandias (5.13) de la série Breaking Bad, réalisé par Rian Johnson (2013)

Scénario sans complexités, codes rehaussés par une mise en scène virtuose, attachement aux personnages plus qu’à l’histoire… Rian Johnson était un réalisateur rêvé pour Star Wars 8, les derniers jedi. L’action chez lui s’appuie plus sur les personnages que le scénario.

Star Wars : l’impossible dépassement du mythe

Claude Levi-Strauss, dans La Structure des Mythes, avait démontré qu’il n’existe pas de « bonne » version de mythe, mais que toutes ses versions se valent. Peu importe les différences entre les versions, un mythe donne toujours naissance à des versions similaires dans le fond et la forme. Nous touchons là à la force et la limite de la saga de Lucas, condamnée à chaque trilogie à adopter le même schéma mythologique, car c’est ainsi qu’un mythe se créé et se conserve.

George Lucas, créateur de la saga Star Wars
La première trilogie est une version d’un mythe connu, le récit initiatique de héros imparfaits en quête de pureté. Lucas s’est nourri des lectures de Joseph Campbell et son fameux Héros aux mille visages. La prélogie, bien qu’imparfaite, avait l’idée de raconter un récit d’initiation perverti. Un padawan faible mais pur (l’innocent enfant Anakin) cheminait vers son accomplissement ténébreux (Dark Vador). Mais cela restait le même schéma.
Alors, pourquoi s’étonner que la troisième trilogie reprenne les mêmes codes que les deux suivantes ? Le principal changement réside dans le budget et les avancées technologiques. Ce sera sûrement le cas lors de la quatrième trilogie.
Star Wars X
Est-ce vraiment une bonne nouvelle ?

Un héritage écrasant

Le talent d’auteur de Johnson, pour respecter le mythe, est étouffé par les trilogies précédentes. Pour que le mythe Star Wars perdure, il doit rester fidèle à la même histoire. Si le VII confirmait les thèses de Levi-Strauss en étant une copie conforme du IV, Star Wars 8, les derniers jedi persiste en étant un condensé des histoires du V (l’entraînement padawan-maître sur une planète perdue), du VI (le duel à trois Rey-Kylo-Snoke reprend le duel Luke-Vador-Palpatine), mais aussi de la prélogie avec Kylo, qui suit la même progression qu’Anakin. Snoke et Palpatine sont semblables, la force non maîtrisée de Rey est celle de Luke dans le V…

Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Rogue One était parvenu à se dégager de cet héritage. Son statut de spin-off, et surtout de film de guerre, plus rude et sombre que la saga originale, en faisait une pleine réussite. Émulé par ce succès, Johnson décide donc de reprendre les codes du film de guerre… mais ce n’est pas ce qu’est la saga principale. La création de George Lucas est épique, mais ne s’inscrit pas dans la tonalité plus noire du film de guerre. Cette volonté de Johnson est battue en brèche par la mise en scène qui vient constamment nous rappeler la vraie identité de la saga, d’où un entre-deux frustrant. Pourtant, Poe le commandant rebelle et l’inflexible Hondo sont de bonnes figures guerrières.

La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Johnson n’a aucune chance d’échapper au prévisible, les trois quarts du film se devinent à l’avance. Jusqu’à un dernier acte, mis sur orbite par trois twists consécutifs (d’une manière très similaire à l’écriture de J.J.Abrams, période Alias), plus un quatrième plus loin. Là, nous voyons enfin la touche personnelle de Johnson dans le scénario. La com’ autour de l’humour du film, soi-disant le plus drôle de la saga, me paraît toutefois exagérée. Par contre, Williams retrouve des couleurs après sa BO assez atone dans le VII.


Le crépuscule d’une idole ?

Si Rey était notre guide dans le VII, Star Wars 8, les derniers jedi est l’heure de gloire de Luke Skywalker. Certes, on l’aime d’amour depuis le IV, mais Luke, héros pur, incarné par un acteur loin d’être marquant, n’était pas la figure la plus intéressante de la saga.

uke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

C’est donc avec une audace époustouflante que Johnson va révéler la part obscure de Luke. Son pêché d’orgueil, son désir de destruction du passé, se reflètent ironiquement dans le comportement de Kylo dans ce film. La confrontation finale est sans doute l’une des plus grandes scènes de la saga, pas en termes d’action mais d’émotion, où Mark Hamill nous sort le grand jeu. Ce zénith émotionnel n’est qu’un des morceaux de bravoure du film. Luke est bien l’atout maître de Star Wars 8, les derniers jedi.

Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un épisode plus centré sur les personnages

Rey est logiquement en retrait (Daisy Ridley n’est d’ailleurs pas aussi marquante que dans le VII). Adam Driver, comédien de cinéma d’auteur, avait des difficultés dans le VII à rentrer dans le costume trop grand de Kylo. L’écriture plus « character-driven » de Johnson lui permet de mieux exprimer les tourments intérieurs de Kylo. Star Wars 8, les derniers jedi développe plus le suspense concernant les actions de Kylo. Il ne réalise qu’au fur et à mesure son destin, en même temps que le spectateur, qui guette ses réactions. Quand Vador était un génie du mal, Kylo est porté par un nihilisme absolu et semble-t-il sans espoir.

Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Bien sûr, on ne peut oublier l’immortelle Leia, et la fabuleuse Carrie Fisher, qui nous a quittés fin 2016. Leia nous émeut et nous ravit toujours dans Star Wars 8, les derniers jedi. Elle manquera dans le IX. Le générique de fin lui rend hommage.

La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi

BB8 est fidèle au poste, donnant de sa personne comme jamais. Les mignons Porg sont bien partis pour être les successeurs des Ewoks, mais demeurent à la périphérie. Leurs apparitions, soigneusement calculées, provoquent rire et attendrissement. On les a comparés aux Totoros de Mon voisin Totoro de Miyazaki. Ils m’ont surtout rappellé le Chat Potté de Shrek dans leur manière d’ouvrir des grands yeux à faire fondre le coeur de n’importe qui.

Porg dans Star Wars 8
T’as de beaux yeux, tu sais ?
Côté fan service, quelques figures tutélaires apparaissent, sans parasiter le récit. Souvent avec humour.

Morceaux de bravoure

Si le Rian Johnson scénariste ne peut grand-chose, le réalisateur vient à la rescousse, mais pas de la manière attendue. Star Wars 8, les derniers jedi est sans doute le plus sobre des Star Wars côté action. Les combats sont peu présents, tout se joue sur le suspense des trois arcs principaux. Sa réalisation toute en fluidité, son montage tranquille, sont à rebours de la débauche visuelle parfois vaine du VII et de la prélogie, au risque d’être dans l’excès inverse.

Finn (John Boyega) et Captain Phasma (Gwendoline Christie) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Certains plans sont superbes, comme le travelling compensé du gouffre du côté obscur, venant du Vertigo d’Hitchcock, le travelling avant dans la scène du casino, qui rejoint ceux de Panic Room de Fincher, ou les reflets infinis de Rey dans la caverne de l’île. Rian Johnson est un redoutable technicien, aussi virtuose qu’Abrams, tout en renonçant à son emphase visuelle, parfois creuse.

Quand il faut faire des courses-poursuites un poil fêlées ou des missions-suicides, il fait le job. On retiendra certaines séquences-chocs qui sont comme autant de coups d’échecs : coup de desperado, sacrifice de déviation, gambit, voire un swindle en deux temps de Luke (qui a déclenché un immense éclat de rire dans la salle, suivi de deux salves d’applaudissements)… Sur l’échiquier galactique, chaque coup fait pencher la balance. Star Wars 8, les derniers jedi est autant un récit épique qu’un film à suspense, rejoignant les premiers essais de Johnson.

Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un huitième volet digne

Star Wars 8, les derniers jedi frappe de plein fouet les limites narratives de la saga. Mais en lui-même, ce blockbuster sobre et en tension constante, est une superbe réussite technique et émotionnelle. Certes loin de la première trilogie, il marque une amélioration évidente par rapport au Réveil de la Force.

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L’EXPÉRIENCE INTERDITE – FLATLINERS (2017) : JE SAUTE ET JE REVIENS

On ne compte plus les films américains qui nous mettent en scène un traumatisme à la con en introduction, pour expliquer les faits et gestes du héros ou de l’héroïne. L’Expérience interdite (Flatliners) n’échappe pas à la règle. Un topos dont on se passerait bien.

Courtney a perdu sa petite soeur dans un accident de voiture. Une fois étudiante en médecine, elle entraînera ses potes dans une « expérience interdite » histoire d’aller voir ce qui se passe après la mort.

Il s’agit d’être cliniquement mort pendant quelques minutes pour vérifier si l’on voit une lumière blanche, sa grand-mère disparue, une pizza au chèvre.
Et de revenir tout de suite après. Oui, parce qu’on va pas mourir pour de vrai, quand même. Pendant tout le film, j’ai gardé en tête la réplique culte de Didier Bourdon dans Les Trois frères. Alors qu’il menace de se jeter d’une falaise, il déclare, pour rassurer le petit garçon qui accompagne les trois compères: 

« Je saute et je reviens. »

Encéphalogramme plat

La bande à Courtney se retrouve donc baptisée « The flatliners », c’est à dire qu’ils font joujou avec l’encéphalogramme : ils attendent qu’il soit plat (« a flat line », en anglais) pendant les minutes décisives où leur pote fera mumuse dans l’au-delà.

Ça vous paraît mauvais ? Ça l’est.

Courtney, à l’évidence, cherche à revoir sa soeur dans cet instant unique pour trouver sa rédemption. Cette lourdeur psychologique plombe le personnage d’Ellen Page, actrice par ailleurs éminemment sympathique.

La version de 1990 de L’Expérience interdite – Flatliners me plaisait plus jeune parce que j’ai pris en affection cette bande d’acteurs dont chacun des membres est devenu célèbre.

Vous reconnaîtrez peut-être Oliver Platt, William Baldwin, Kevin Bacon, Kieffer Sutherland, et une certaine Julia Roberts, casting de L'Expérience interdite - Flatliners, de Joel Schumacher (1990)
Vous reconnaîtrez peut-être Oliver Platt, William Baldwin, Kevin Bacon, Kiefer Sutherland, et une certaine Julia Roberts, casting de L’Expérience interditeFlatliners, de Joel Schumacher (1990)

Pour la petite histoire, Kiefer Sutherland joue, dans la version 2017, un grand médecin qui forme la jeunesse. On peut de demander comment il a atterri dans cette galère, après son succès indéniable au cinéma et dans la série télévisée 24 Heures chrono.

Kieffer Sutherland remet du couvert dans Flatliners en 2017 (Niels Arden Oplev)
Kiefer Sutherland remet le couvert dans Flatliners en 2017 (Niels Arden Oplev)

On y perd par rapport à 1990

A propos d’acteurs, la version 2017 est mal jouée, on y perd par rapport à 1990. Même Ellen Page est mal dirigée.

Surtout, quand Julia Roberts et Kiefer Sutherland nous faisaient croire à une véritable fascination pour l’après-vie (nul besoin de traumatisme bateau), la bande de 2017 donne juste l’impression d’une troupe de gamins qui joue avec la mort et trouve ça fun.

La bande d'étudiants en médecine dans Flatliners en 2017
La bande d’étudiants en médecine dans Flatliners en 2017

On retrouve hélas chez Niels Arden Oplev (par ailleurs réalisateur d’un épisode de l’excellent Mister Robot et du pilote de Midnight, Texas) les clichés habituels : la gentille, l’arrogant, la sexy (Nina Dobrev, pas vraiment en progrès depuis Vampire Diaries) le bon élève, l’introvertie, et blabla.

L’introvertie a d’ailleurs des scrupules qui gâchent le rythme et même la morale du film. Dans la première version, tout le monde était d’accord, donc responsable.

Un remake déprimant

Dans ce remake (il est assez déprimant de faire un remake d’un film de Joel Schumacher, mais passons) les personnages sont trop sommaires pour qu’on s’y attache.

La réalisation ne sauve pas l’ensemble : les trucages sont proches de la série B.

L’expérience donne à Courtney des sortes de superpouvoirs de la mémoire, et du coup, tous veulent essayer.
Y en a même une qui saura résoudre un Rubik’s cube en 10 secondes. La classe.

Les deux versions de Flatliners jouent sur la culpabilité de chacun, mais la deuxième version frôle le ridicule : il suffit d’aller s’excuser, de prendre ses responsabilités, et tout va mieux. Les deux opus gardent aussi cette morale détestable et très américaine, celle de la loi du Talion – une vie pour une vie. 

Ras le bol.
La fin du film de 2017 atteint aussi le sommet du ridicule.

Espérons voir Ellen Page dans un meilleur film prochainement, et Niels Arden Oplev aux commandes d’un meilleur projet.

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BLADE RUNNER 2049 : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)

4 out of 5 stars (4 / 5)

Face à mes étudiants, j’ai un jour posé la question :

« Qu’est-ce qui me différencie d’un robot ? »

– Les lunettes ! A lancé un jeune.

Les autres ont réfléchi longuement. Il faut dire qu’on bossait sur « Le robot qui rêvait » la nouvelle d’Asimov.

Puisque la plupart des jeunes à qui vous donnez un texte à lire ne le lisent pas, il faut souvent se contenter du titre en guise d’introduction. Et quel titre !

Un titre qui dit que les robots rêvent, c’est la promesse que les robots sont un peu des hommes.

Wall-E dans le film Pixar éponyme réalisé par Andrew Stanton (2008)
Wall-E dans le film Pixar éponyme réalisé par Andrew Stanton (2008)

Que faut-il pour rêver ?

Une conscience. À la fin de la nouvelle Asimov, le robot est considéré comme une menace. À trop rêver, on finit par se rebeller, car on a pris conscience de sa condition.

Des robots et des hommes

C’est ce qui se passe pour les réplicants qui se rebellent dans Blade Runner numéro 1.

Les réplicants Pris (Daryl Hannah) et Roy Batty (Rutger Hauer) dans Blade Runner, réalisé par Ridley Scott (1982)
Les réplicants Pris (Daryl Hannah) et Roy Batty (Rutger Hauer) dans Blade Runner, réalisé par Ridley Scott (1982)
Un peu trop humains, un peu trop intelligents, Il deviennent une menace pour la race humaine.
Mais Asimov est plus complexe. La frontière entre l’homme et le robot n’a jamais été claire. Dans la nouvelle « Le Robot qui rêvait », les deux femmes qui interrogent Elvex semblent déshumanisées. C’est le robot qui apparaît le plus humain des trois.

Dans Blade Runner de Ridley Scott, il s’agit de traquer les réplicants qui ont mal tourné. C’est là que le personnage de Harrison Ford, alias Rick Deckard, entre en scène. C’est un blade runner, sorte de super-flic dont la mission est d’arrêter les réplicants rebelles.

Le "Blade Runner" Rick Deckard (Harrison Ford) dans Blade Runner
Le « Blade Runner » Rick Deckard (Harrison Ford) dans Blade Runner

À la fin du film de 1982, il tombait amoureux d’une replicante. On se demandait même s’il n’était pas réplicant lui-même.

35 ans après, Denis Villeneuve emmène Blade Runner à l’étape suivante. Pour éviter la rébellion des robots, ils sont conditionnés. Une machine leur répète des phrases en boucle pour s’assurer qu’ils restent bien machines eux-mêmes.

Ce conditionnement est directement inspiré de Huxley : dans Le Meilleur des mondes, les citoyens étaient conditionnés au bonheur à coup de cassettes audio qui leur répétaient en boucle des phrases conformistes pour qu’il les gardent en tête toute leur vie.

Le K Ryan Gosling

Ryan Gosling joue K dans Blade Runner 2049 : l’un de ces robots nouvelle génération, qui ne se rebelleront pas, conditionnés comme il faut. C’est un robot si parfait, en fait, qu’il est à son tour désigné pour traquer les réplicants rebelles qui courent toujours les rues de Los Angeles.

K (Ryan Gosling) dans Blade Runner 2049 réalisé par Denis Villeneuve (2017)
K (Ryan Gosling) dans Blade Runner 2049 réalisé par Denis Villeneuve (2017)

Le personnage de Robin Wright dit à K : « Vous avez pas d’âme, et vous n’en avez pas besoin. » Pas d’âme, peut-être, mais une conscience. Quand sa mission consiste à tuer un enfant qui serait né d’une androïde, il hésite.

Cet enfant caché représente un espoir pour les robots rebelles, qui y voient la possibilité d’affirmer leur « humanité ».

K traque donc l’enfant avec des scrupules. Il souffre aussi de solitude. Il possède donc à domicile une compagne-domestique, Joi.

Joi (Ana de Armas) dans Blade Runner 2049
Joi (Ana de Armas) dans Blade Runner 2049
Dans cette suite de Denis Villeneuve, les robots eux-mêmes ont des robots…
Déjà dans Soleil Vert, en 73, les femmes étaient réduites au rang de mobilier. Cette fois, elles sont de tendres animaux de compagnie, belles et aimantes. Comme dans Minority Report, où le personnage de Tom Cruise discute avec l’hologramme de son fils décédé, K n’aime que des ombres.

Il souffre donc de sa condition d’androïde et se pose des questions d’éthique, même s’il ne sait ne sait pas les formuler.

Les meilleurs films qui mettent en scène des robots parlent en réalité des êtres humains. À travers la quête de K, on revient aux classiques du cinéma et même de la littérature : la recherche des origines. K pourrait bien avoir un destin à la Moïse, et libérer ses frères robots. C’est là aussi une obsession d’Asimov.

La recherche des origines était déjà l’objet d’Intelligence Artificielle de Spielberg (2001) où un enfant robot rêvait d’être un petit garçon véritable.

Spielberg est obsédé par deux mythes : Peter Pan (on l’a vu dans Hook en 90) et Pinocchio. L’enfant robot dans A. I. Intelligence Artificielle recherche la fée bleue qui exaucera son souhait.

David (Haley Joel Osment) face à la fée bleue (voix : Meryl Streep) dans A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg (2001)
David (Haley Joel Osment) face à la fée bleue (voix : Meryl Streep) dans A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg (2001)

K, dans Blade Runner 2049, se rêve aussi de chair et d’os.

Souvenirs, souvenirs (Attention Spoilers à partir d’ici)

Quel est l’autre chose qui sépare l’homme du robot ? Le souvenir. Comme tous les androïdes de la fiction de Villeneuve, K a des souvenirs. Mais il s’agit de souvenirs factices implantés dans son système, pour lui donner un peu d’humanité, mais pas trop.

Il est cependant un souvenir qui est plus vivace que les autres : K est petit garçon, harcelé par des garnements, qui, semble-t-il, souhaitent lui voler un petit cheval de bois, où est inscrit une date – probablement sa date de naissance.

Date de naissance ? Et si c’était lui, le robot né ? Non pas une machine, mais un enfant désiré, né par miracle d’une femme-robot ? Un vieil arbre où cette date est inscrite éveille sa curiosité. Le voilà parti sur les traces de sa propre histoire.

Il va alors à la rencontre du Dr Ana Stelling, qui crée les souvenirs des androïdes. Elle lui révèle que son souvenir s’est réellement produit. Elle paraît elle-même bouleversée.

Premier twist du film : K serait l’enfant né d’une androïde. Lui qui s’est toujours cru robot, serait-il un homme ?

Pour en avoir le cœur net, il lui faut faire face à Rick Deckard, héros du premier film. Quand K débarque dans le grand appartement de Rick, ce dernier se croit en état d’arrestation.

Rick Deckard (Harrison Ford) dans Blade Runner 2049
Rick Deckard (Harrison Ford) dans Blade Runner 2049

Il s’était enfui illégalement avec une réplicante, Rachel, 30 ans auparavant.

Villeneuve a l’intelligence de laisser planer le doute quant à la véritable identité de Deckard : homme ou androïde, on ne le saura sans doute jamais. Je penche cependant pour l’homme véritable, puisqu’il a eu un enfant avec Rachel, androïde dont il était amoureux.

On s’attend donc à des retrouvailles du type « Je suis ton père », ce qui serait savoureux pour l’un des acteurs d’origine de la saga Star Wars. Il n’en sera rien. Le scénario est plus fin.

Le docteur Ana Stelling s’avère être l’enfant prodige, celui né de Rick et Rachel.

Le Dr. Ana Stelline (Carla Juri) de Blade Runner 2049
Le Dr. Ana Stelline (Carla Juri) de Blade Runner 2049

C’est pourquoi elle est bouleversée en voyant défiler le souvenir de K. Il s’agit de son propre souvenir, implanté dans le système de l’androïde. Un artiste met forcément un peu de lui-même dans ses oeuvres : les souvenirs des androïdes n’échappent pas à la règle.

Rick Deckard, pour éviter à sa fille Ana d’être traitée comme un cobaye ou un monstre de foire, fait en sorte d’effacer toute trace d’elle et la laisser s’enfuir. Il créé donc deux identités différentes, une fille et un garçon, pour que la fille puisse disparaître. K se méprend au coeur du film : il croit que la fille (sa soeur) est morte et qu’il est le petit garçon disparu.

C’est Rick qui a brouillé les pistes, comme il l’explique à K à la fin.

Un film truffé de références

Les souvenirs, ça marche aussi pour les fans de Blade Runner. Je parle beaucoup d’Asimov dans cette chronique, mais Villeneuve fait aussi des clins d’oeil à Philip K. Dick, auteur du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? qui a inspiré le Blade Runner de 82. On voit en effet un origami en forme de mouton sur un bureau au début du film.

On retrouve dans Blade Runner 2049 la pub Coca présente dans le premier volet, en plus d’une pub Sony, distributeur du film (pourquoi s’emmerder ?) et d’une autre pour Atari, référence du jeu vidéo depuis les années 70.

Ceci est une console de jeu vidéo Atari. On ne rit pas.
Ceci est une console de jeu vidéo Atari. On ne rit pas.

Les amateurs de la scène de sexe à trois (K, Joi et Mariette, la prostituée) se rappelleront d’une scène similaire dans Her (2014) où le héros se tapait son OS à la voix de Scarlett Johansson grâce à une femme en chair et en os.

Joi (Ana de Armas) et Mariette (Mackenzie Davis) dans Blade Runner 2049
Joi (Ana de Armas) et Mariette (Mackenzie Davis) dans Blade Runner 2049

 

Un beau moment de cinéma

Denis Villeneuve nous propose une suite passionnante de Blade Runner, en poussant un  peu plus loin la réflexion sur la frontière entre l’homme et la machine. Le sourire de Ryan Gosling à la toute fin, quand Rick lui demande pourquoi il a fait tout ça pour lui (« Que suis-je pour toi ? ») est un très beau moment de cinéma.

Si l’on a la triste confirmation que K n’est en fait qu’un androïde, j’ai eu une envie folle de lui faire un câlin, et de lui dire :


« Oui, tu es spécial. Et je t’aime. »

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ALIEN COVENANT : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)

Par Jean-Ludovic

Alien et moi

Il est de ces légendes qui vous marquent, de ces histoires de fantômes, qu’on a déjà entendues des dizaines de fois avant de s’endormir…

Bien avant que je ne voie Alien de mon côté, l’idée que je me faisais de la scène de « l’accouchement » de John Hurt, relevait déjà du mythe. Il provenait des temps anciens, ceux des Dents de la mer, Massacre à la tronçonneuse, The Thing, L’Exorciste… cette époque de pellicule, de grains et de poussière, où l’on pouvait encore, pour quelques francs, mettre sa santé mentale en jeu à l’entrée d’une salle obscure.

Public terrifié

Si bien que la première fois, je n’ai pas eu le courage de la regarder, cette fameuse scène. Je me suis caché le visage. Je n’ai fait que l’entendre. C’était pire. Dès lors, Alien, pour moi, c’était d’abord un cri, les yeux fermés. Un cri rauque, surgi des enfers. Un cri de souffrance, de cauchemar. Un truc qui vous perce les tympans.

Le talentueux Mister Ridley

« Je voulais, au départ, réaliser Massacre à la tronçonneuse dans l’espace. Alien m’a permis de parfaire mon éducation en matière de science-fiction, qui n’était pas mon domaine de prédilection. Rétrospectivement, c’est probablement le film dont je suis le plus fier. » déclarait Ridley Scott en 1985, lors de la promotion de Legend.


D’une idée de huis-clos spatial signée Dan O’Bannon et Ronald Shusett à un storyboard intégral du réalisateur, en passant par les réécritures de Walter Hill et David Giler, les concepts arts de Ron Cobb, Chris Foss et Moebius, l’univers biomécanique de H.R Giger, jusqu’au travail métallique et minéral sur le son de Jim Shields et la symphonie ravelienne, sourde et atonale de Jerry Goldsmith… le prodige d’Alien, avant d’être orchestré par Sir Ridley Scott, résultait d’une réunion exceptionnelle d’artistes et de techniciens, ayant joui d’une liberté créatrice hors-norme au sein d’un système de studios.
Affiche de Alien : le huitième passager, réalisé par Ridley Scott (1979)
Affiche de Alien : le huitième passager, réalisé par Ridley Scott (1979)
Même si sa mise en chantier par la FOX résultait du carton de Star Wars, Alien est encore un film des années 70, et l’aboutissement d’une réinvention totale de l’écran fantastique au crépuscule de cette décennie bouillonnante, passée par Dark Star, THX 1138 et Rencontres du 3e type.

Si le film a tant détonné dans le paysage cinématographique de son temps, c’est aussi par son arrivée dans un contexte hors-normes, 10 ans après l’alunissage. Et 2001. juste avant que l’Homme ne marche sur la Lune, avait déjà fertilisé ce sol vierge d’où naîtra Alien : science et fiction ne relèvent désormais plus de l’oxymore. Les deux termes fusionnent de façon nouvelle, grâce au ton plus adulte insufflé par Kubrick et son aspiration philosophique.

Stanley Kubrick sur le tournage de 2001, L'Odyssée de l'espace (1968)
Stanley Kubrick sur le tournage de 2001, L’Odyssée de l’espace (1968)


L’héritage d’Alien

Avant Alien Covenant, James Cameron et Jean-Pierre Jeunet avaient eux aussi apporté leur pierre à l’édifice. La suite s’est avérée plus ou moins enrichissante jusqu’au récent Prometheus, en gardant toutefois en mémoire le passionnément christique et carcéral Alien³ de David Fincher. On n’oubliera pas non plus le récent et excellent palimpseste d’Alien qu’est Life : Origine inconnue.

Un autre film prolongeait la noirceur originelle de Ridley Scott quant à nos perspectives de colonisation de l’Espace : l’injustement oublié Outland (1981) de Peter Hyams (également réalisateur de 2010, la suite de 2001), véritable extension de l’univers d’Alien, où le maître Jerry Goldsmith reprenait son poste de compositeur.

Image du film Outland : Loin de la Terre de Peter Hyams (1981)
Image du film Outland : Loin de la Terre de Peter Hyams (1981)

Comme cela sera le cas d’Alien Covenant, nous avons dans ces deux œuvres, au XXIIe siècle, un capitalisme sauvage toujours de rigueur. Il envoie ouvriers, routiers, médecins, mineurs, femmes, enfants, à l’autre bout de l’univers, vers un futur usé, entre quatre murs, un monde technophobe, anxiogène, crasseux, pour retrouver des matières que notre Terre n’a plus à offrir.

Vers Alien Covenant

Car s’il y a bien une dimension fondamentale dans Alien souvent ignorée, c’est son approche politico-sociale, initiée par Walter Hill et David Giler et leur idée de « routiers de l’espace » exploités par une vaste entreprise (minerai, armement, recherche) sans scrupules.

L'équipage du Nostromo dans Alien
L’équipage du Nostromo dans Alien
Ces travailleurs de l’espace, encadrés par des machines, n’étaient pas en quête d’aventures chevaleresques interstellaires comme pouvaient l’être les héros de Star Wars. L’Homme colonisateur semblait avoir retrouvé sa grandeur, loin de la Terre, comme l’espérait l’équipage de Tau Zéro, classique de la SF signé Poul Anderson au début de la décennie qui couronnerait George Lucas.

La Terre, ancien monde devenu trop compact, isolé, n’est plus qu’un souvenir. Son insuffisance nous poussant à aller à la découverte d’un nouveau monde. Nous avons ici l’un des thèmes d’Alien Covenant.

Planet 4, lieu de l'action d'Alien : Covenant
Planet 4, lieu de l’action d’Alien : Covenant


1492 : nouvelle lecture

Avant de pencher vers Covenant, Ridley Scott souhaitait intituler son nouveau segment Alien : Paradise Lost, comme le poème épique de John Milton (1667) qui raconte la chute d’Adam et Ève.

Le Paradis Perdu de John Milton (1667)

L’idée d’un Éden souillé par l’Homme était un concept déjà présent dans Prometheus et le surnaturel Legend, où la tentation de la Princesse Lili (toucher la Licorne du doigt) précipite son univers dans le chaos.


C’est tout aussi manifeste dans 1492 : Christophe Colomb, autre film de Ridley Scott, où les colonisateurs sèment mort et destruction dans ce que Christophe Colomb nommait justement à son arrivée « le paradis terrestre. » Dans un final d’une ironie non-dissimulée, la Reine Isabelle d’Espagne (campée par une certaine Sigourney Weaver) lancera à Colomb : 

– Le Nouveau Monde est un désastre.

– Et l’ancien Monde, un accomplissement ?


C’est dans cette perspective de mission colonisatrice vouée à l’échec que se met en place Alien : Covenant.


Le Covenant, vaisseau du film Alien : Covenant
Le Covenant, vaisseau du film Alien : Covenant

Le nouvel équipage est composé de colons à la recherche d’une nouvelle Terre. Dans une dimension plus picturale qu’horrifique, Ridley Scott va peu à peu se détacher de son matériau de base.
Les membres du Covenant, entourés par le lieutenant Daniels (Katherine Waterston, à gauche) et l'Androïde Walter (Michael Fassbender, à droite) dans Alien : Covenant
Les membres du Covenant, entourés par le lieutenant Daniels (Katherine Waterston, à gauche) et l’Androïde Walter (Michael Fassbender, à droite) dans Alien : Covenant

Tableaux d’une exposition

La dilatation progressive des couleurs, au sein de diverses architectures (vaisseau, forêt, temple), joue un rôle central dans Alien Covenant.

Le plan d’ouverture sur l’œil bleu de l’androïde David (par ailleurs seul gros plan du film) contemplant une immense salle circulaire, d’une blancheur à la fois crépusculaire et artificielle, presque vierge, tranche violemment avec la première image de Blade Runner, en même temps qu’elle se présente comme son double négatif.

L’œil de David sur un monde blanc, vierge: Plan d'ouverture d'Alien Covenant

Plan d'ouverture de Blade Runner : l’œil d'un androïde sur un monde noir, en proie au chaos

En haut, plan d’ouverture d’Alien Covenant : l’œil de David sur un monde blanc. En bas, plan d’ouverture de Blade Runner : l’œil d’un androïde sur un monde noir, en proie au chaos.
De même que l’interprétation, par David au piano, du motif du Walhalla (demeure des Dieux) issu du Rheingold de Richard Wagner, n’est pas là par hasard : le prélude de l’opéra du compositeur décrivait le commencement de l’univers, représenté par un arbre, le Frêne du Monde, qui comprenait les quatre éléments nécessaires à sa construction.

Le spectateur fait connaissance avec les couloirs du vaisseau Covenant : autrefois espace mental cauchemardesque au temps du Nostromo, il est devenu un lieu aussi aseptisé et sans vie que les corps qu’il transporte.

Les champs de blés de la nouvelle planète d'Alien Covenant
Les champs de blés de la nouvelle planète d’Alien Covenant

Un nouveau monstre : Alien dédoublé ?

La naissance du nouveau monstre, alternatif à l’Alien, le « néomorphe », de couleur blanche (opposée au noir de son modèle) vient rappeler au spectateur qu’il se trouve bel et bien dans un slasher, dans la digne lignée de la franchise. S’il se distingue de l’Alien, c’est qu’il est issu directement de cette « nature inviolée », quand Alien résultera d’une expérience génétique.

Par son absence de visage (sa façade est lisse), il rappelle l’Ange noir de Legend, toujours de Ridley Scott. Le design du monstre permet au réalisateur de dialoguer, à nouveau (après l’œil de Blade Runner) avec l’un de ses propres films, et d’instaurer le thème du double.

L'Ange maléfique, miroir de la princesse Lili. Lui aussi, sans visage. Extrait de Legend réalisé par Ridley Scott (1985)
L’Ange maléfique, miroir de la princesse Lili. Lui aussi, sans visage. Extrait de Legend réalisé par Ridley Scott (1985)

Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Attention, Spoilers à partir d’ici)

L’intervention de David, androïde rescapé de la mission Prometheus, qui sauve l’équipage décimé, déplace le centre de gravité d’Alien Covenant vers lui, dans une lente et perverse révolution. Il devient dès lors indispensable d’avoir vu Prometheus pour saisir toute l’ampleur d’Alien Covenant, tant cette entrée dans le temple va concentrer tous les éléments picturaux, symboliques et idéologiques que Ridley Scott a lentement et patiemment mis en place depuis le début de son diptyque.

David n’est plus seulement doué de savoir, le serviteur parfait, l’assistant et la marionnette de Weyland, bien qu’il s’interrogeât sur son but propre. Désormais, il cherche, expérimente au sein d’un temple devenu sa chapelle et son laboratoire, dans sa volonté de se rapprocher du statut de son « père », celui de « Créateur ».

Apparition de David dans Alien : Covenant
Apparition de David dans Alien : Covenant

Son costume gris (toujours le même, avec un aigle en guise d’insigne), sa blondeur, ainsi que sa raideur disciplinée, trahissent toujours le nazisme latent de son géniteur Peter Weyland, qui se considérait de race supérieure. Il voulait en effet d’écraser le faible, et survivre éternellement à l’Autre dans sa quête d’une vie éternelle dans Prometheus.
Une fois supprimé le Peuple des Ingénieurs dès son arrivée sur la planète, il se rattache symboliquement à la mégalomanie et à l’eugénisme des élites marginales.

La palette de couleurs d'Alien : Covenant, concentrée en un seul plan à l'intérieur du temple
La palette de couleurs d’Alien : Covenant, concentrée en un seul plan à l’intérieur du temple

Body Double

David va renforcer son statut divin, se hissant, dans l’œuvre de Ridley Scott, bien au-delà des Répliquants Roy Batty (Rutger Hauer) et Pris (Darryl Hannah) de Blade Runner, ou de l’Androïde Ash (Ian Holm) du premier Alien.

Michael Fassbender joue à la fois David et Walter dans Prometheus (2012) et Alien : Covenant
Michael Fassbender joue à la fois David et Walter dans Prometheus (2012) et Alien : Covenant

Avant que Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) ne se sacrifie pour lui en tant que cobaye, les deux êtres, l’un humain, l’autre artificiel, ont semble-t-il vécu une histoire d’amour fusionnelle, qui n’est pas sans rappeler celle entre Rick Deckard (Harrison Ford) et la répliquante Rachel (Sean Young), également dans Blade Runner.

Désormais seul, isolé du monde, David est indépendant, éternel, tout-puissant. Un être absolu… mais pas unique. Le voilà face à la version de ce qu’il était autrefois : Walter.

Il doit constater que Walter, son double, est lui aussi capable de créer, d’avoir une vision artistique, de la développer ; il devient dès lors une menace.

Dans Blade Runner, Rachel (Sean Young) explore elle aussi ses propres dons/souvenirs programmés face à un instrument.
« J’ai rêvé de musique… Je ne savais pas si je savais jouer ». Dans Blade Runner, Rachel (Sean Young) explore elle aussi ses propres dons/souvenirs programmés face à un instrument.

La thématique du double, chère à Scott, est ici vue sous son angle le plus sombre. Point de duel viscéral, clinique, presque freudien, entre une femme et l’Alien, projection mentale et castratrice enfantée dans la douleur comme dans la tétralogie originale, ni de recherche de fusion comme dans Legend. Conscient de sa supériorité, intellectuelle, sociale, culturelle, « créatrice », David va réduire Walter à néant.

David n’est plus une machine, il ne saigne plus de ce liquide blanc propre aux androïdes. Il n’est pas un humain car il est immortel. Il est au-dessus de cet écosystème qui l’entoure, et le modèle selon ses envies.

Et Alien dans tout ça ?

Dans sa mégalomanie créatrice, David donne naissance à l’Alien de Giger, de nombreux croquis du défunt artiste Suisse sont d’ailleurs visibles dans le laboratoire de l’Androïde.

Le Necronomicon IV de H.R Giger, furtivement aperçu sur la table de travail de David dans Alien : Covenant
Le Necronomicon IV de H.R Giger, furtivement aperçu sur la table de travail de David dans Alien : Covenant

Mais l’Alien n’est plus ce prince de l’ombre, du hors-champ, cette créature biomécanique, imprévisible et terrifiante, ni une machine au service de David que l’on peut sacrifier : pour la première fois depuis l’opus de David Fincher, il est illustré en caméra subjective, accompagné d’un filtre vert, numérique, proche de celui d’un jeu vidéo.

Le monstre, tel que l’a créé et pensé Giger, se retrouve réduit à néant, au statut de gadget. L’organique a disparu, au profit de la création numérique.

L’Alien est la marionnette de David, tout comme les derniers passagers du Covenant, devenus ses cobayes. David peut alors s’asseoir dans le fauteuil du Créateur, au son, à nouveau, de l’Entrée des Dieux dans le Valhalla de Richard Wagner.

Un simple slasher de luxe ?

Il paraît aujourd’hui évident que l’on ne retrouvera jamais la spontanéité magique du Ridley Scott des débuts. Il ne nous en reste que des images subliminales, des souvenirs.

Prometheus, il y a 5 ans, m’avait mis dans une colère noire. Porté par un montage nauséeux, il montrait tout (complaisance insupportable de la scène de la « césarienne » de Noomi Rapace), expliquait tout, ne suggérait rien, accumulait aux mêmes instants trop d’enjeux en terme de suspense, de questionnements inutiles quant au hors-champ prodigieux généré par Alien.

Pourtant, les quelques éléments neufs du film (David, le facisme de Weyland, les Ingénieurs au visage humain) mettaient déjà en place le futur terrain de jeu d’Alien Covenant.

Au-delà d’un questionnement sur les origines qui, semble-t-il, ne l’a jamais réellement intéressé, Ridley Scott a plus que jamais abandonné la terreur primitive de son chef-d’oeuvre de 1979. 

Vidé de sa substance, que reste-t-il, pour le réalisateur, à raconter sur son film matriciel ? Beaucoup plus qu’on ne croit.

Le Crépuscule des Dieux

Rarement un équipage d’hommes et de femmes, au cinéma, n’aura été traité avec un tel dédain : rattaché à des dialogues aussi insipides, un esprit de groupe aussi incohérent, une désincarnation si totale dans sa confiance aveugle en la machine, qu’elle ne vaut même pas la peine d’être commentée. La fameuse scène de la douche résume à la perfection la démarche de Ridley Scott en ce sens, lui-même enfant du peuple, devenu membre de l’Élite Artistique.

Ridley Scott dans les décors d'Alien : Covenant
Ridley Scott dans les décors d’Alien : Covenant


Un diamant noir de la Science-Fiction

Invoquant telle une Bible son autre œuvre matricielle, Blade Runner, avec laquelle Alien Covenant dialogue en permanence, Ridley Scott, plus pessimiste que jamais, retrouve son encre, ses pastels, ses crayons, son aquarelle, l’inspiration visuelle qui semblait l’avoir quitté depuis Legend.

Même s’il n’est plus le même, le temps d’un film, j’ai retrouvé Ridley Scott.

Son Alien Covenant, au titre trompeur, est l’un des plus beaux et plus noirs films de science-fiction qu’il m’eut été donné de voir en salle.

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