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Si Beale Street pouvait parler : présumé coupable

3 out of 5 stars (3 / 5)

Il a 22 ans, elle en a 19. Tish (KiKi Layne) et Fonny (Stephan James) sont jeunes, beaux, ils s’aiment dans le New York des années 70, ils attendent un enfant, et… ils sont noirs dans une Amérique raciste. Accusé de viol par une femme portoricaine qui ne sait pas distinguer un visage noir d’un autre, Fonny est injustement emprisonné. Tish et sa mère Sharon (Regina King) se battent pour prouver son innocence. Pendant leur lutte, Tish se remémore des moments-clés de sa relation avec Fonny.

Ce début d’année est riche en films sur la condition des Afro-Américains. Green Book dilue un propos politique dérangeant dans un feel-good movie pourtant réussi dans sa forme. Dans un style opposé, The Hate U Give raconte la naissance de l’engagement politique chez une adolescente noire témoin de l’injustice raciale. Si Beale Street pouvait parler bouillonne d’une colère sourde, plus proche du second film que du premier.

Si Beale Street pouvait parler : la patte de James Baldwin

Si Beale Street pouvait parler est adapté du roman éponyme de James Baldwin. Aux côtés de ses amis Medgar Evers, Martin Luther King et Malcolm X, Baldwin fit partie des figures importantes de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Poète et écrivain, il ne fut pas un « leader » comme ses trois amis. Mais son œuvre demeure une référence dans la population noire.

 

Le grand poète James Baldwin, auteur de Si Beale Street pouvait parler

Le grand poète James Baldwin, auteur de Si Beale Street pouvait parler

 

Dans Je ne suis pas votre nègre, splendide documentaire sur Baldwin, le réalisateur Raoul Peck laissait à la fois parler l’intense poésie des mots de l’auteur, et son discours à mi-chemin entre la non-violence de King et la radicalité de Malcolm X. Si Beale Street pouvait parler contient ces deux facettes de Baldwin.

Si Beale Street pouvait parler : la colère derrière la fiction

Le film s’en prend à la ségrégation. Les policiers prêts à arrêter n’importe quel Noir à la moindre esclandre, l’injustice d’un procès non équitable, le mépris au travail. Tish est vendeuse dans une boutique de parfum et affronte à longueur de journée les regards de travers et les contacts grossiers.

Une scène de Si Beale Street pouvait parler se dégage, très dérangeante. Daniel, ami de Fonny, laisse exploser une haine viscérale contre les Blancs qui font de sa vie et des siens un enfer. L’auteur avait déclaré avoir parfois « envie de tuer des Blancs ». Une telle réaction est tristement logique si l’on connaît la vie de Baldwin. On se souvient comment ses amis leaders politiques furent tous assassinés. Si Beale Street pouvait parler est avant tout un roman d’amour, mais se veut aussi pamphlet politique.

 

Tish (KiKi Layne) et Fonny (Stephan James) dans Si Beale Street pouvait parler, de Barry Jenkins (2019)

Tish (KiKi Layne) et Fonny (Stephan James) dans Si Beale Street pouvait parler, de Barry Jenkins (2019)

 

Ni Baldwin ni le réalisateur Barry Jenkins ne radicalisent leur propos. Il existe bien des Blancs sympathiques dans Si Beale Street pouvait parler : un avocat dévoué mais impuissant, un propriétaire qui loue son appartement « aux gens qui s’aiment, quelle que soit leur couleur ». Cette séquence est l’une des plus belles (et drôles) du film. Le fléau de l’époque, nous dit Jenkins, c’est que les positions de pouvoir étaient occupées par des Blancs racistes. Puisque les Blancs alliés des Noirs pouvaient rarement peser dans la balance.

Douleur d’un passé révolu

La construction non-linéaire de Si Beale Street pouvait parler m’a rappelé celle du Vieux Fusil de Robert Enrico. Dans le film de 1975, la croisade vengeresse d’un homme était entrecoupée de flashbacks montrant son bonheur passé avec son épouse, perdu à jamais. Jenkins recourt à la même structure. Il filme son couple avec tendresse.

Sur un thème similaire, Loving de Mike Nichols échouait à nous emporter dans son histoire d’amour contrariée.

Ruth Negga et Joel Edgerton dans Loving, de Jeff Nichols (2016)

Ruth Negga et Joel Edgerton dans Loving, de Jeff Nichols (2016)

 

Grâce à la prose si belle de Baldwin en voix off, Jenkins nous fait entrer dans la tête de son héroïne. Il garantit ainsi l’émotion du spectateur. La rencontre, la première nuit ensemble (où la mise en scène est d’une délicatesse inouïe), la recherche d’un logement résonnent comme autant d’instantanés d’émotion.

Si Moonlight pouvait parler…

Barry Jenkins ne sort pas de sa zone de confort : Si Beale Street pouvait parler multiplie les ressemblances avec Moonlight, qui lui a valu l’Oscar à tel point qu’il récupère les mêmes qualités… et les mêmes défauts.

 

Chiron adulte (Alex R. Hibbert) dans Moonlight, de Barry Jenkins (2016)

Chiron ado (Alex R. Hibbert) dans Moonlight, de Barry Jenkins (2016)

 

Comme Moonlight, Si Beale Street pouvait parler est une chronique. Lorsque Jenkins filme un repas de famille qui vire au pugilat, les personnages et leurs réactions se voient disséqués avec précision. L’entourage du Chiron de Moonlight était aussi très bien décrit. Dans les deux cas, Jenkins n’a aucune complaisance pour sa communauté, qui peut se montrer moralisatrice, lointaine et inapte à l’action.

La solitude de Tish rejoint celle de Chiron. Les amours de Chiron et de Tish, d’abord radieuses, virent à la mélancolie.

Si Beale Street pouvait parler est aussi un témoignage sur la solidarité entre oppressés. On le voyait également dans la relation de mentor entre Chiron et le trafiquant. Le courage de Tish reflète la prise de confiance progressive de Chiron.

Si Beale Street pouvait parler : un film trop long

Toujours comme dans Moonlight, Si Beale Street pouvait parler a bien 30 minutes de trop. Les scènes durent trop longtemps pour leur bien (Jenkins se regarde souvent filmer). Jenkins accumule les scènes du quotidien dans une volonté réaliste mais tombe dans l’anodin. On se croirait parfois chez Linklater. Le sujet principal, la lutte judiciaire au quotidien de Tish et Sharon, est étouffée par les flashbacks interminables. 

 

Smiley qui s'ennuie

 

Moonlight ne tenait pas vraiment de discours politique. Jenkins n’était intéressé que par l’éducation sentimentale de son héros. Si Beale Street pouvait parler a bien un discours politique. Cependant, à force de le laisser en arrière-plan, à ne raconter que l’histoire de deux ou trois personnages, le discours perd de sa force. Il ne marque pas autant qu’il le voudrait. On est loin de la virulence de Detroit.

Si Beale Street pouvait parler, enfin, s’éparpille trop. En voulant parler de plusieurs thèmes (sexisme, inégalités sociales, bigoterie, viol…) le film ne fait que les effleurer.

 

Un beau film sur un couple

Si Beale Street pouvait parler est longuet et se perd souvent dans l’anecdotique. Il est toutefois difficile de résister à ce sublime couple mis à mal par l’intolérance de son époque. Comme pour Moonlight, cette chronique sentimentale vous émouvra sans doute.

 

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Green Book : Noir n’est pas mon métier

2 out of 5 stars (2 / 5)

Je me souviens d’une interview de Juliette Greco dans une émission d’Ardisson. Elle racontait avoir été dans un restaurant chic avec un Noir dans les années 60. Le serveur parisien avait déclaré que le restaurant « n’acceptait pas les Nègres. » Juliette Greco, sans un mot, avait pris la main du serveur pour cracher dedans. Il venait de refuser l’entrée à un certain… Miles Davis.

Green Book raconte le quotidien d’un autre musicien afro-américain, Don Shirley (Mahershala Ali), pendant sa tournée dans le Vieux Sud. Pour cela, il engage un chauffeur, Tony Lip (Viggo Mortensen), qui deviendra aussi son garde du corps.

Je suis emmerdée. Green Book m’avait été très bien vendu par les copains blogueurs et les cinéphiles en tout genre. Le film, en soi, avait tout pour me plaire. Don Shirley force l’admiration, bien sûr : c’est un pianiste noir à la formation classique, éduqué… et gay. Tout en lui cristallisait les haines et les frustrations de l’époque. 

Alors imaginez s’il sillonne les routes du Vieux Sud avec un Italien des quartiers en guise de chauffeur… Ça donne le film Green Book, basé sur une histoire vraie. Le titre réfère à un guide odieux du voyageur noir, compilant les adresses où il sera « bienvenu. »

Un air d’Intouchables

Petite frappe de Little Italy, Tony, qui a un talent de baratineur, est un voleur à la petite semaine.

La scène de l’entretien d’embauche du chauffeur qui deviendra le garde du corps du musicien ressemble, à s’y méprendre, à la scène d’Intouchables, où le riche Blanc rencontre le jeune Noir des quartiers. Ici, les couleurs de peau sont inversées, mais les barrières sociales demeurent. 

Je vais être franche, je n’ai pas aimé Intouchables. Pour moi, le film était empli de clichés écoeurants (un Noir pauvre ça sait danser et c’est musclé mais ça ne connaît rien à l’art, mais ça s’y intéresse quand même pour faire du fric). Je n’en ferai pas la critique ici, mais le film m’avait mise en colère.

La dénonciation d’un monde en noir et blanc

Green Book est plus fin que le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano, naturellement. La situation complexe de Don dans les années 60 est très bien exprimée dans le climax du film, lorsque le musicien se confie à son chauffeur : il sera toujours trop noir pour les uns, trop blanc pour les autres. Trop riche et éduqué pour les uns, pas assez pour les autres.

Après deux mandats de Barack Obama, ce film sur Don Shirley nous présente l’un des premiers hommes que les racistes de tout bord qualifient de « Bounty » ou d' »Oreo » : noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur.

Lors de cette scène, j’avais envie de serrer le personnage dans mes bras en lui déclarant mon admiration.

Les scènes où Don est mal accueilli pour cause de couleur de peau sont également nuancées. Le passage où Don doit faire des kilomètres pour aller aux toilettes rappelle celui des Figures de l’ombre, où une scientifique de talent traversait tout un campus pour se soulager, juste parce qu’elle avait la peau noire.

De l’humour et des dialogues réussis

Ajoutez à cela des répliques très drôles de Tony et son verbe argotique, et sa philosophie disons très… personnelle. La célèbre phrase de Kennedy :

Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.

devient, dans la bouche de Tony :

Ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour votre pays, mais ce que vous pouvez faire pour vous-même.

Tony et son verbe haut sont effectivement rafraichissants.

Surtout, le film démontre que ce verbe argotique devient l’objet du mépris de Don lui-même. S’il est victime de racisme, il n’est pas en reste pour ce qui est de la discrimination sociale.

Green Book : un film qui manque de révolte

Alors, qu’est-ce qui ne va pas ?

Comme dans Intouchables cité plus haut, j’ai la sensation que Green Book dit au spectateur « Vous êtes du bon côté, vous avez raison de penser ce que vous pensez, ne changez rien. » Il y a quelque chose de profondément consensuel dans le film de Farrelly. Pourtant, le réalisateur a les meilleures intentions.

A force de nuances, le film oublie la violence de l’époque. Est-ce parce que d’autres films engagés sortis récemment m’ont davantage convaincue ?

En fait, je pense que Green Book sort trop tard. Il accuse d’un retard terrible dans le ton et le propos. La nuance à l’extrême et le ton gentillet, c’était bon pour Devine qui vient dîner, justement sorti dans les années 60. On trouve dans Green Book une photographie surannée qui donnerait presque l’impression de la nostalgie d’une époque. La forme, en bref, s’oppose au fond. 

La scène, par exemple, où des travailleurs de champs de coton fixent, en statue, le musicien friqué, a provoqué chez moi un malaise certain. Green Book est trop explicatif, trop appuyé, et cela fait oublier les moments plus fins du métrage.

Dr Sheldon et son chauffeur

Je sais que je vais me faire basher pour ça, mais Green Book me rappelle, dans ses bonnes intentions qui empêchent au film d’être abouti, un autre film sur un chauffeur. 

La photo de Green Book,me rappelle en effet celle de Miss Daisy et son chauffeur, film gentillet voire moralisateur de 1989.

2019, c’est trop tard pour les films « qui vont dans le bon sens. » Il faut des films qui réveillent, surtout sous l’administration Trump et les fascismes qui montent en Europe. Peter Farrelly, avec son feel good movie, ne fait qu’enfoncer les portes ouvertes, sans jamais bousculer le spectateur (trop risqué, sans doute, s’il vise l’Oscar.)

Même la réaction positive de la femme de Tony Lip à la fin du film est convenue. Bien sûr qu’elle se doute que Don Shirley a joué le Cyrano pour les lettres d’amour envoyées par Tony.

Quid de la promotion de Green Book ?

En tant que communicante, une autre chose m’a gênée concernant Green Book : l’affiche du film.

 

L'affiche de Green Book

L’affiche de Green Book

 

Vous me direz, « Viggo Mortensen est le chauffeur, normal qu’il soit au premier plan. Et puis, avec son rôle d’Aragorn dans Le Seigneur des anneaux, il va attirer plus de spectateurs en salles que Mahershala Ali, connu seulement pour Moonlight et quelques séries. » Certes. Mais l’affiche, elle aussi, a été conçue pour ne froisser personne. C’est le Blanc qui est au premier plan et prend la majeure partie de l’espace. Malgré toutes les avancées sociales acquises en 2019 et tous les films réalisés sur le sujet, l’acteur noir est encore considéré comme « clivant. » Les producteurs se disent encore qu’il attirera moins de public, ou pire, qu’il fera passer le film pour un film d’auteur engagé réservé à quelques intellos de gauche (dans mon genre, oui oui). Un acteur noir trop mis en valeur, pour les producteurs, ça reste « trop segmentant. »

Moi-même pour cet article, je n’ai trouvé qu’une seule photo promotionnelle où Mahershala Ali apparaissait au premier plan. N’est-ce pas un comble lorsque c’est lui, le héros du film ?

Qu’en est-il de Mahershala Ali lui-même, et des autres acteurs et actrices noir.e.s ? Ne sont-ils pas confinés aux rôles que Hollywood veut bien leur donner ? Et nous ne montrons pas l’exemple en France. Le livre Noire n’est pas mon métier est éclairant à ce sujet.

A quand un Noir dans le rôle de Macbeth ou Hamlet au cinéma ? J’attends encore.

 

Rien de neuf sous le soleil hollywoodien

Là non plus, Green Book ne prend pas de risque. Rien de neuf sous le soleil du cinéma hollywoodien. Les bonnes intentions affichées (c’est le cas de le dire) cachent mal la difficulté du réalisateur de tenir un vrai discours sur ce sujet essentiel.

 

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Zootopie, analyse du film : tous à poil !


4 out of 5 stars (4 / 5)

Judy est une lapine qui ne rêve que d’une chose: devenir flic. Oui mais voilà, flic, c’est pas un truc de lapine. C’est un truc d’ours, ou de tigre, ou de lion. Cultiver des carottes, ça, c’est un truc de lapine.
Relisez ce premier paragraphe en remplaçant « lapine » par « fille. » Vous y êtes.
Quand elle arrive major de sa promotion, Judy est envoyée à la grande ville, Zootopie. Dans la police, milieu de prédateurs, on la placardise d’emblée en ce que mon père appelle une pervenche, une aubergine, bref, en dresseuse de PVs.

Disney détourne (enfin) les clichés


Disney reste Disney bien sûr, et la morale est martelée dès le départ, à grand renfort de Shakira: il faut croire en ses rêves. Depuis La Reine des neiges, cependant, il semble que Disney ait fait des progrès sur l’image de la femme. Judy est courageuse, et devra montrer sa valeur dix fois plus que ses homologues masculins pour se faire accepter au sein de la police. Le film n’hésite pas à pointer l’aspect ultra-administratif du métier et son inefficacité, un peu à la manière des 12 Travaux d’Astérix.
Dans Zootopie, Disney joue pour la première fois avec succès la carte du détournement de clichés. Le compère de Judy Hopps (« to hop » se dit pour les sauts de lapin en anglais) dans cette aventure, s’appelle Nick Wilde (« Wild » signifie « sauvage. ») Les renards, c’est bien connu, sont des escrocs, surtout dans les dessins animés ou films d’animation. C’est le cas chez Wes Anderson.

Fantastic Mr Fox dans le film de Wes Anderson (2010)
Fantastic Mr Fox dans le film de Wes Anderson (2010)

Côté français, les nostalgiques se souviennent peut-être de Moi Renart, série télévisée (si vous jouez la vidéo, vous aurez la chanson dans la tête pendant 24 heures.)


Or, les renards ne sont pas forcément des escrocs. Zootopie est un merveilleux pamphlet contre les préjugés. Par exemple: vous aimez les ours polaires de Coca ?


Eh bien dans Zootopie, les ours sont des gorilles, je veux dire des gros bras qui protègent le parrain de la mafia.

Ours polaire mafieux dans Zootopie
Ours polaire mafieux dans Zootopie

On témoigne donc d’un renversement savoureux entre proies et prédateurs, tout en surprises et en drôlerie. Références cinéphiles, gags en série, Zootopie est une vraie réussite.Zootopie s’adresse aux petits, mais surtout aux grands, comme la plupart des succès animés depuis Shrek (2001.) On sent dans ce dernier opus l’influence bénéfique de Pixar. John Lasseter est d’ailleurs le producteur du film. Zootopie, comme son titre l’indique, c’est l’utopie des animaux: tous vivent en harmonie. Les souris n’ont plus rien à craindre des chats, ni les gazelles des lions.La première utopie des animaux remonte à 1945.



Au début de la fable d’Orwell, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Une fois débarrassés du fermier, les animaux s’unissent. Chacun travaille selon sa force, selon sa faim. C’est l’utopie communiste en marche. Puis les cochons prennent le pouvoir. Orwell, communiste anti-stalinien, visait le dictateur. Les animaux qui s’habillent dans La Ferme aux animaux, c’est pas bon signe. Il s’agit d’animaux corrompus, qui imitent les Hommes quand ils en étaient enfin libérés.Or, à Zootopie, les habits sont le symbole de la civilisation.


Zootopie : une allégorie politique (ATTENTION SPOILERS)

Même si les animaux semblent égaux dans Zootopie, c’est tout de même le lion qui tient les rennes (rênes, pardon.)

Le lion-maire dans Zootopie
Le lion-maire dans Zootopie

À croire que rien n’a changé depuis 1994.



La aussi, Disney démontre que les clichés ont la vie dure. Le lion est le roi de la jungle et de la savane ? Il reste le maître même quand il porte des fringues. Sauf qu’il est élu par le peuple.Le peuple, parlons-en. À Zootopie, la population compte 90% de proies pour 10% de prédateurs. Des choses étranges se produisent et pour une raison inexpliquée, certains prédateurs reviennent à l’état sauvage. L’occasion de « stigmatiser » les prédateurs comme on le ferait d’une minorité dans notre propre civilisation. Dans une scène hilarante où la paranoïa est à son comble à Zootopie, une proie crie à une panthère « Retourne dans ta forêt » ce à quoi elle réplique « je viens de la Savane ! » Le film plaira donc à un public progressiste qui y verra une allégorie politique à son goût.Oui, mais voilà, ce que l’on retient d’un film, c’est sa fin. L’adjointe au maire, gentil mouton femelle, s’avère être la vraie méchante. Sa tirade finale, qui clame que 90% de la population – les proies – devrait s’unir contre les prédateurs, peut être lu comme un discours communiste qu’il faudrait combattre. Le lion est corrompu ? Attention, les moutons sont pires.

Disney s’inscrit aussi dans l’air du temps, une idéologie dominante qui dit en résumé: « le capitalisme est corrompu, mais c’est encore le moins pire des systèmes. »


Un discours nuancé


En même temps, Zootopie nous prouve que ces bêtes en costard ne sont jamais que des prédateurs déguisés. La sauvagerie n’est pas bien loin.


"La capacité de sentir la peur..." Je n'avais jamais vu ça dans un CV avant
« La capacité à sentir la peur… » Je n’avais jamais vu ça dans un CV avant

Bref, le discours nuancé de Disney permet de plaire à tout le monde. Il faut du génie pour proposer plusieurs niveaux de lecture et que tous s’y retrouvent.

Zootopie est un film hilarant, profondément sympathique. Disney nous tend enfin un miroir critique de notre société, en dénonçant les préjugés de tout poil.

En cadeau bonus, les affiches de Zootopie parodiques !


 

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Chocolat : le triomphe d’Omar Sy ?

3 out of 5 stars (3 / 5)
 
 
On a lu beaucoup de choses sur Chocolat, et j’ai voulu attendre une semaine pour parler d’un film que j’ai trouvé touchant, bien vu, et bien interprété.
 

Omar Sy, éternel clown ?

 
Omar Sy a démarré avec Omar et Fred dans le SAV (service après vente) des émissions. Des sketches sympathiques, courts, où il on le voyait souvent rire à ses propres blagues.
 
 
 
 
Il m’a semblé, dans Intouchables, qu’il tenait le même type de rôle: l’amuseur, le bouffon qui faisait rire le riche paraplégique. Pour avoir revu le film récemment, je le trouve toujours émaillé de clichés gênants. Le jeune incarné par Omar Sy vient des quartiers, c’est un cliché ambulant: au début du film, c’est un paresseux qui attend ses allocations. Une fois chez le millionnaire, il ne s’intéresse qu’à la luxueuse salle de bains et à la voiture. Il méprise l’opéra et la musique classique en général. Il méprise aussi l’art contemporain, jusqu’au jour où il peut en tirer de l’argent. Son employeur dit de lui « il est costaud, il a deux bras, deux jambes, un cerveau qui fonctionne. » Il sait danser sur du funk, aussi.
 
Dans Intouchables se succèdent les clichés, et le succès populaire, s’il faisait plaisir pour le cinéma français, me mettait quelque peu mal à l’aise: le public se reconnaissait dans ces stéréotypes et les acclamait, en applaudissant en fin de projection. Ils y ont vu une belle amitié entre deux abîmés de l’existence ? Fort bien. Mais moi et ma tête d’intello, on y a vu que les clichés coloniaux avaient la vie dure. Le Noir, dans Intouchables, rit toujours à ses propres blagues, il est ignare mais sympathique.
 
Marre.
 
On me trouvera sans doute trop sévère avec ce film qui a ému les foules. Chose nouvelle cependant dans la trame d’Intouchables : l’employé n’est pas soumis au maître comme les gentils esclaves d’Autant en emporte le vent.
 
C’est cette veine-là qui m’a plu dans Chocolat.
 

Le rire comme arme subversive

 
On a reproché au film de n’être pas assez politique. Mais si. Il est politique sans arrêt. Seulement, plutôt que de choisir le ton de l’indignation et du pamphlet, Roschdy Zem a élu le rire comme arme subversive, et ça marche. On comprend suffisamment les clichés coloniaux dans Chocolat: le nom même du protagoniste (c’est la Colonisation, rappelons-le qui a importé le chocolat en France) son rôle de sauvage dans le premier cirque où il travaille, la caricature de Felix Potin du clown en singe. Pas besoin de marteler l’époque pour qu’elle soit omniprésente.
 
Omar Sy a trouvé dans ce rôle une place intéressante. Il n’est jamais plus drôle et subversif que lorsqu’il se moque des Blancs. Dans l’une des scènes il imite le blanc bourgeois, son accent, ses manières, pour convaincre Footit de rejoindre une nouvelle troupe.
 
Les Noirs qui se moquent des Blancs, c’est finalement assez rare. se moquer d’eux-mêmes, oui. D’un dictateur africain, sans doute. C’est ce qu’a fait Eric Blanc, au nom ironique. Mais avant cela, il avait osé, pendant la 13ème nuit des Césars, se moquer d’Henri Chapier, alors grand manitou de la télévision et du cinéma (à 30 secondes sur cette vidéo.)
 
 
 
Je n’aime pas non plus les clichés sur les homosexuels. Mais a-t-on reproché à Fernandel de se moquer d’eux ? Il y avait quelque chose de plus dans le sketch d’Eric Blanc: de l’insolence. Il s’attaquait au pourvoir en place et ça lui a d’ailleurs coûté sa carrière à l’époque. Le texte de son sketch était très drôle, dommage qu’il s’en repente aujourd’hui. Il avoue à demi-mots, en fin d’interview, qu’il pratique l’auto-censure. Ardisson le félicite pourtant de son talent pour imiter les Blancs. Il dit de lui qu’il est un « Bounty, » et Eric Blanc, étonnamment, le prend bien. Or, « Bounty, » et « Oreo » de l’autre côté de l’Atlantique, désignent ces Noirs que l’on pense blancs à l’intérieur. Obama, entre autres, a été victime de l’insulte.

Je n’aime pas le terme « Bounty. » Je pense que c’est justement ce type d’insulte qui empêche l’égalité entre Noirs et Blancs. Est-ce que Raphaël Padilla (vrai nom de Chocolat) était un Bounty de vouloir jouer Shakespeare ? De donner, pour la première fois, un visage noir à Othello ? Omar Sy joue très bien ce clown qui, comme Molière, a du mal avec la tragédie. Raphaël Padilla en Othello n’est ni plus mauvais, ni meilleur qu’un autre. Il émeut cependant la salle, mais au moment du salut, il redevient Chocolat, clown noir qui a osé s’atteler à un classique, et se fait huer par des bourgeois en costard.

Le vrai triomphe d’Omar Sy

Le triomphe d’Omar Sy aura lieu quand on ne fera plus la différence entre un acteur noir et un blanc. Quand un Noir jouera Hamlet ou le Médecin malgré lui sans qu’on s’en étonne, sans que l’on demande au metteur en scène s’il y a derrière son choix une conviction politique.

Je veux voir une Lady Macbeth noire sans entendre à la fin du spectacle « Une Lady Macbeth noire, c’est original. » Je veux entendre « Elle était douée pour le rôle » ou « Elle était mauvaise. » Quand on verra à la Comédie Française un Noir dans le premier rôle plutôt qu’un rôle secondaire. Quand le Noir ne sera plus le rigolo de service, ou l’intello à lunettes (vous verrez dans Chocolat une figure de Malcolm X, qui est un autre cliché du Noir au cinéma.) Je veux voir un Noir en héros ailleurs que dans un film social. Je veux que ma voisine ne dise plus de sa fille parce qu’elle rit aux éclats devant Omar Sy « Elle adore les Noirs » mais « Elle aime Omar Sy » ou « Omar Sy la fait rire. » Cette petite fille, qui a cinq ans aujourd’hui, verra peut-être un jour un Roméo noir au théâtre sans s’en étonner.

C’est le « peut-être » qui me tue.

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