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La Favorite : les adieux à la reine 

2 out of 5 stars (2 / 5)
 
Devant La Favorite, je me suis rappelé qu’une discussion que j’avais eu avec des amis autour d’un brunch un dimanche.
 
Je venais de voir Les Adieux à la reine, et nous discutions justement de cinéma. L’un des convives m’a demandé :
 
  • Alors, comment c’était Les Adieux à la reine ?
  • Les costumes étaient fantastiques.
  • Mais l’histoire… ?
  • Les costumes étaient fantastiques.

 

Les beaux costumes du film Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (2011)

Les beaux costumes du film Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (2011)

 

La Favorite : une belle réalisation, mais…

 
J’attendais beaucoup de La Favorite,  du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, qui m’avait épatée avec The Lobster.
 
On m’avait vendu, avec La Favorite, un film fascinant sur le pouvoir, la jalousie et les rapports d’argent. Olivia Colman s’annonçait dans un rôle somptueux.
 
Olivia Colman mérite son Oscar pour sa prestation dans La Favorite, de Yorgos Lanthimos (2019)

Olivia Colman mérite son Oscar pour sa prestation dans La Favorite, de Yorgos Lanthimos (2019)

 
Dans les premières minutes de La Favorite, je suis charmée par la réalisation, les costumes magnifiques, les décors fabuleux. Yorgos Lanthimos soigne ses plans, et abuse notamment des contre-plongées, qui n’apportent rien à ses personnages ni à l’intrigue. 
 
Il a bien bossé ses classiques, Yorgos. Il s’inspire entre autres de Peter Greenaway et son Meurtre dans un jardin anglais, pour les costumes et le clair-obscur.
 
Plan tiré du film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais

Plan tiré du film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais

 

Un scénario trop faible

 
Hélas, une fois que l’on a compris la trame de La Favorite, qui tient dans sa bande-annonce, on ne peut plus qu’admirer le décor et les costumes. 
 
En effet, au delà de la rivalité des deux favorites pour s’emparer du coeur de la reine – et donc de son influence – le scénario tourne court.
 
Olivia Colman offre une composition formidable en reine ridicule. Cette reine à la fois tyrannique et puérile n’est pas sans rappeler la reine de cœur (qui n’en a d’ailleurs pas) dans Alice au pays des merveilles.
 
La reine de coeurs ridicule dans Alice au pays des merveilles, des studios Disney (1951)

La reine de coeurs ridicule dans Alice au pays des merveilles, des studios Disney (1951)

 
Même Emma Stone, qui, quand elle est bien dirigée, peut donner une excellente prestation, s’avère assez décevante. Quant à Rachel Weisz, elle est loin de son rôle complexe et touchant dans The Lobster.
 
La métaphore facile de la chasse et des coups de fusil à mettre en parallèle avec la rivalité les deux jeunes femmes n’apporte rien, même si, là aussi, elle est très bien mise en scène. En effet, les séries nous ont habitués à des méchants fascinants. Or les deux rivales au cœur de La Favorite ne sont pas assez intéressantes et n’ont rien de jubilatoire.
 
 
Rachel Weisz dans La Favorite

Rachel Weisz dans La Favorite

 
 
Couronné de prix, La Favorite ne méritait peut-être pas tant d’honneurs. Même la fin n’émeut pas comme elle le devrait.
 

De grands sujets peu exploités

 
L’enjeu politique et malheureusement effacé par une simple bataille entre deux poules pour l’amour de la fermière.
 
Les sujets qui aurait pu susciter l’intérêt – notamment la condition de la femme dans la Cour – ne sont pas approfondis. Je pense aussi à la question de la mortalité infantile qui incitait les femmes à ne pas s’attacher trop à leur progéniture. La collection de lapins de la reine est en cela très révélatrice, mais ne sera pas exploitée plus avant.
 
Vous pouvez voir La Favorite pour sa mise en scène brillante et la composition impeccable d’Olivia Colman.
 
Hélas, avec ce scénario qui tient dans sa bande-annonce, La Favorite ne parvient pas à bénéficier de tout son potentiel de départ.
 
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
 
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The Lobster : l’odyssée d’homard


4 out of 5 stars (4 / 5)

On achève bien les célibataires

 
Le premier épisode de Sex and the City que j’aie vu était « They shoot single people, don’t they ? » qui se traduit par « On achève bien les célibataires. »
 
Énième variante du titre du roman de Horace Mc Coy, On Achève bien les chevaux adapté au cinéma par Sydney Pollack en 1969.

On achève bien les chevaux

Dans le livre, sorti en 1935, soit près de 50 ans avant Le Prix du danger d’Yves Boisset, l’auteur décrit un concours de danse. Le but du jeu: danser le plus longtemps possible, jusqu’à l’épuisement, voire la mort. Le dernier couple encore debout gagne 1500 dollars (équivalent de 22 000 euros aujourd’hui.)
 
La bande-annonce du film est très bien vue. Montage terrifiant d’hommes devenus chevaux, dans une course contre la mort.

 

Le roman de Mc Coy et le film de Sydney Pollack préfigurent la télé-réalité, de ces émissions où les candidats prennent des risques inconsidérés pour de l’argent.
 
L’épisode de Sex and the City pointait, comme souvent dans la série, l’impératif d’être en couple. Carrie se retrouvait victime d’une couverture de magazine tournant en ridicule sa revendication de célibataire libérée.

 

Dans la dystopie de Yorgos Lanthimos, les célibataires sont carrément arrêtés par les forces de l’ordre, et envoyés dans une sorte de Club Med miteux où l’on forme des couples à tout prix. 45 jours pour trouver l’âme sœur, sous peine d’être changé en animal. David a choisi le homard.

Le cauchemar du homard

 
Numéro de chambre de David: 101. Quand une fan d’Orwell entend « Room 101 » dans un film, elle sait que le héros va vivre un cauchemar.

 

Yorgos Lanthimos dénonce, par l’absurde, la pression qui pèse sur les individus pour se mettre en couple.

L’esthétique évoque Lars von Trier, et le goût pour l’absurde un certain Quentin Dupieux (en plus sombre)

Malaise dans la salle obscure. On rit, peut-être moins franchement que devant Réalité de Dupieux. On rit jaune, que l’on soit célibataire ou en couple.
 
Lanthimos met en lumière le mensonge du couple : les hommes et femmes de l’hôtel se trouvent coûte que coûte un point commun. Cependant, plutôt qu’un amour du cinéma ou de la lecture, c’est le handicap qui prévaut. Ainsi se mettent en couple deux personnes qui saignent du nez, deux myopes, deux personnes dénuées d’émotions.
 
Pas de panique. Il existe presque toujours, dans une dystopie, une alternative à la dictature en place. Chez Zamiatine dans Nous Autres, un rebelle peut vivre parmi les Méphi, en pleine nature. Chez Huxley, les récalcitrants sont envoyés sur une île, loin du Meilleur des mondes. Point d’alternative chez Orwell, le plus pessimiste de tous.

The Lobster : un film nuancé

 
The Lobster refuse d’être binaire. L’utopie n’est pas, comme on aurait pu l’attendre, du côté des solitaires en forêt. L’alternative n’est guère mieux que la dictature officielle. Même violence contre le couple, l’amour véritable, la liberté d’être ensemble. Le ridicule n’épargne pas les solitaires, que l’on voit danser, en solo, au milieu des arbres.
 
On ne respire pas, dans The Lobster, même les sublimes paysages irlandais ne nous y aident pas.
 
Les acteurs sont tous remarquables dans ce tableau noir: Colin Farrell est meilleur ici que dans les bluettes romantiques, Rachel Weisz est comme à son habitude remarquable, Léa Seydoux tient un rôle inattendu et c’est une joie de revoir Ariane Labed.

Une fin trop pessimiste ?

 
Dans les deux mondes, l’amour est l’ennemi numéro un. Orwell disait que le sexe était une force à faire voler la dictature en éclats. Rien n’a changé en 2015. L’amour effraie toujours les sociétés: il a la force de les faire vaciller.
 
La fin d’On Achève bien les chevaux était effrayante et difficile à interpréter. Celle de The Lobster l’est aussi. Les dystopies commencent mal et finissent encore plus mal, c’est la règle. Mais après plusieurs années de recherches sur la dystopie en littérature et au cinéma, Yorgos Lanthimos m’apparaît plus pessimiste encore que les auteurs que j’ai dévorés.
 
La fin de The Lobster peut sembler désespérément romantique ou profondément déprimante.
 
Yorgos Lanthimos a le mérite de tenir le même discours tout du long. Son parti pris est courageux. Absurde jusqu’au bout, terrible jusqu’au bout, The Lobster vous hantera longtemps.
 

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

 

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