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Le Labyrinthe du silence : l’Allemagne et ses démons

3 out of 5 stars (3 / 5)

En 2015, cela fait 70 ans que Auschwitz a été libéré. De nombreux films sortent. Phoenix nous parlait d’une Allemande revenue chez elle après les camps. Vanessa Lapa nous a proposé un riche documentaire sur la face cachée de Himmler. Et l’an dernier, un petit garçon polonais fuyait des ennemis lui promettant la mort. Dans une salle de classe, une prof pas comme les autres et ses élèves faisaient jaillir le souvenir d’enfants disparus.
Oui, le cinéma a réussi, à plusieurs reprises, à accomplir le devoir de mémoire. De la même manière, Le Labyrinthe du silence révèle un pan de l’Histoire assez peu connu. En effet, on connaît tous les procès de Nuremberg. Mais ceux de Francfort ?
À Nuremberg étaient jugés les grands criminels de guerre, les principaux responsables du génocide, les chefs incontestés de la machine de mort. Mais qu’en était-il des autres ? Ceux qui ont collaboré au plus haut sans pourtant être inquiétés ? En réalité, il a fallu attendre 1963, pour qu’un procureur assoiffé de justice, Johann Radmann, veuille faire la lumière sur cette obscure période.

Le mur du silence

L’affiche française du Labyrinthe du silence est assez représentative du travail acharné de Radmann dans sa quête de vérité. En effet, on y voit que paperasse et austérité. Mais surtout, comme l’indique le titre, une omerta complète de la part de ses collègues, sa hiérarchie et, d’après la vision du réalisateur, du peuple allemand tout entier.
D’ailleurs, l’affiche allemande insiste sur la lourdeur administrative et la dimension kafkaïenne du parcours de Radmann.

Affiche allemande du Labyrinthe du silence

Affiche allemande du Labyrinthe du silence

Le Labyrinthe du silence aurait pu être le titre d’un autre film, où un novice affrontait aussi le silence de son époque, du côté de l’Eglise, cette fois.

Affiche de Amen, de Costa-Gavras (2002)

Affiche de Amen, de Costa-Gavras (2002)

Le point de vue de Costa-Gavras était clair. En effet, sur l’affiche, la croix chrétienne se changeait l’air de rien en croix gammée. Quant au titre, provocateur, il jouait sur les mots. Puisque dire « amen, » c’est aussi le sentiment que donnent les autorités allemandes dans le film de Giulio Ricciarelli.
Par ailleurs, on découvre une autre facette de la vie de Radmann, et son amour pour une femme.

Friederike Becht (Marlene Wondrak) et Alexander Fehling (Johann Radmann) dans Le Labyrinthe du silence

Friederike Becht (Marlene Wondrak) et Alexander Fehling (Johann Radmann) dans Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli (2014)

Mais ces moments de bonheur et d’intimité sont peut-être trop rares. Car on ne parvient pas vraiment à s’attacher au héros, trop droit, trop intègre. Par conséquent, il lui manque des défauts pour le rendre humain et sympathique.

Les Allemands: tous coupables ?

Le sujet est fort. Néanmoins, l’ensemble est trop manichéen. Puisque nous y voyons Radmann seul contre tous. Adonc, à plusieurs reprises, on présente les Allemands comme « tous criminels, » ou « tous coupables. » Alors qu’il faudrait plus de recul. Par exemple, précoser qu’il existait des résistants allemands sous le Troisème Reich, eux aussi torturés et tués si jamais ils se faisaient prendre.
Je pense notamment à Sophie Scholl, symbole de la Résistance, qui avait lancé dans son université des tracts anti-nazis. En conséquence, elle fut exécutée à 22 ans, en 1943.

Sophie Scholl, figure emblématique de la Résistance allemande sous le Troisième Reich

Sophie Scholl, figure emblématique de la Résistance allemande sous le Troisième Reich

Mais le film oublie aussi l’évidence : Hitler a été élu démocratiquement. Par conséquent, tous les Allemands n’ont pas voté pour Hitler.
En fait, Le Labyrinthe du silence, s’il est instructif, est trop académique, trop froid, trop sobre pour vraiment créer de l’empathie. De plus, la musique et les paroles en hébreu lors des témoignages des survivants est facile et tombe dans le pathos. A l’inverse, Spielberg avait ému le monde entier avec la scène finale de La Liste de Schindler, et la chanson Yerushalaim Shel Zahav (Jerusalem d’or)

Hélas, la réalisation de Giulio Ricciarelli reste trop sage pour donner à la quête de Johann Radmann une dimension universelle.

Un film démonstratif mais instructif

Malheureusement, les films pédagogiques ne font pas forcément du bon cinéma. Le Labyrinthe du silence est démonstratif et didactique. Ainsi, il va peut-être agacer le public allemand, que l’on écrase de culpabilité depuis 1945. Pourtant, ce public aimerait, sans que l’on excuse l’horreur nazie, avoir un regard cinématographique plus nuancé sur leur Histoire.
Cependant, Le Labyrinthe du silence reste instructif. Par exemple, il nous rappelle que le procès de Francfort est contemporain à celui de Eichmann à Jérusalem.

Adolf Eichmann pendant son procès à Jérusalem (1961)

Adolf Eichmann pendant son procès à Jérusalem (1961)

Vanessa Lapa, réalisatrice de Heinrich Himmler, The Decent One, me disait en interview qu’il y avait deux catégories de collaborateurs. En effet, il y a une différence entre Eichmann, efficace maillon de la chaîne nazie, simple exécutant, et les idéologues tels que Himmler, qui ont pensé l’extermination des Juifs.
Cependant, Le Labyrinthe du silence traite d’une troisième catégorie de collaborateurs. Il s’agit des sadiques. En effet, si beaucoup d’accusés des procès de Francfort se présentaient comme Eichmann, à savoir des employés administratifs obéissant aux ordres, Johann Radmann est obsédé par un nazi qu’il ne parvient pas à coincer : il s’agit de Josef Mengele, médecin tortionnaire.

Josef Mengele, médecin tortionnaire sous le Troisième Reich labyrinthe silence nazi

Josef Mengele, médecin tortionnaire sous le Troisième Reich

Parmi les accusés se trouvent aussi un professeur (hum) et un dentiste, qui n’est pas sans rappeler le chirurgien tortionnaire de Marathon Man.

Le dentiste de Marathon Man vous souhaite la bienvenue dans son cabinet nazi torture dustin hoffmann

Le dentiste de Marathon Man vous souhaite la bienvenue dans son cabinet

Une oeuvre nécessaire

Mais dans la dernière partie, avec la promesse faite à Fritz Bauer, rescapé des camps (très bon Gert Voss), l’émotion arrive enfin. Notamment grâce aux acteurs : Friederike Becht  dans le rôle de Marlene Wondrak a beaucoup  de charme. Quant à Alexander Fehling en Johann Radmann, il est convaincant, à défaut d’être attachant.
En conclusion, je dirai que Le Labyrinthe du silence est à voir. Car on apprend beaucoup sur les années 60 en Allemagne, finalement peu abordées au cinéma. Sauf peut-être dans La Vie des autres (2006), qui nous instruisait sur la Stasi, trop peu évoquée à l’écran en comparaison du régime hitlérien. Le Labyrinthe du silence propose de revenir sur le procès des exécutants restés jusque-là dans l’ombre de la machine nazie, qu’ils soient administrateurs ou tortionnaires.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

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