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DEADPOOL 2 : VIVRE POUR SURVIVRE

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2 réalisé par David Leitch (2018)
Par Clément

L’Enfant sauvage

La tragédie s’abat sur Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), super-héros indestructible et totalement cramé du bulbe. Enrôlé comme stagiaire chez les X-Men pour surmonter son chagrin, Deadpool est amené à gérer une négociation avec Russell, alias Firefist (Julian Dennison), un jeune enfant mutant victime de mauvais traitements de la part du directeur sadique de son orphelinat (Eddie Marsan). Russell est en effet en train de péter un câble. Deadpool fait dégénérer la négociation et il est fait prisonnier avec Russell dans une prison de haute sécurité où on leur met des colliers pour annihiler leurs pouvoirs.

Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)

C’est alors que Cable (Josh Brolin), autre super-héros pas content, revient du futur, il est là pour tuer John Connor, euh pardon Russell, qui va virer psycho dans le futur. Libéré, Deadpool recrute la X-Force, une galerie de super-héros désœuvrés pour affronter à la fois Russell et Cable, dont fait partie Domino (Zazie Beetz) qui a le superpouvoir de bénéficier de coups de chance totalement improbables. Deadpool espère par ce travail oublier son chagrin.


Vous avez dit méta ?

Dans une oeuvre littéraire ou audiovisuelle, la question du méta-récit se pose souvent. L’oeuvre qui s’inscrit dans un ou plusieurs genres peut avoir l’ambition de questionner les codes de ces genres. Ainsi, le lecteur/spectateur est confronté à une réflexion sur son statut, celui des auteur.e.s, sur l’oeuvre qu’il est en train de consommer. C’est le méta-récit.

On peut par exemple casser le quatrième mur, c’est-à-dire s’adresser directement (en paroles ou en actes) au public en suspendant temporairement la fiction ; ou de manière plus virtuose, en intégrant le lecteur à la fiction. Au cinéma, le quatrième mur brisé se retrouve dès le cinéma muet, notamment avec le fameux plan final du Vol du grand rapide où un bandit pointe son révolver face à la caméra face au spectateur, et tire, comme pour sortir le spectateur de sa position de voyeur (effet repris dans l’ultime plan du finale de la saison 3 de Breaking Bad).

Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)
Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)

Mais bien d’hommes et de femmes de lettres réfléchissent à d’autres moyens plus sophistiqués. Ainsi, l’idée d’un personnage qui sait qu’il est un personnage, qui vit ses aventures en ne perdant jamais qu’il navigue dans des péripéties et les codes éprouvés d’un genre, qui en interroge la pertinence, est une arme redoutable entre les mains de scénaristes habiles. Dan Harmon, sans doute l’un des meilleurs maîtres du méta-récit contemporain, a livré deux exemples récents avec le Abed de Community, et le Rick de Rick et Morty.

Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)
Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)



Deadpool : acteur et critique à la fois

Dans le Marvel Cinematic Universe, cette place est dévolue à Deadpool. Créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, c’est le super-héros le plus givré de l’histoire des comics américains (à égalité avec le trop méconnu The Tick). Deadpool a un cerveau perpétuellement en roue libre, ce qui le rend instable, dangereux, sanglant (le gore juteux est toujours de la partie), et amateur d’humour noir, scato, débile, burlesque. Surtout, il sait qu’il est un personnage, qui vit dans un univers créé de toutes pièces. Aussi, les aventures de Deadpool sont en même temps des aventures de super-héros, et leur propre parodie.

Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.
Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.

Deadpool 2 est présenté par son héros comme un film familial. Effectivement, on trouve un enfant à sauver, un héros très attaché à son couple avec Vanessa (Morena Baccarin, toujours somptueuse), une exaltation des valeurs de la famille, celle que forment les amis, l’alliance entre deux ennemis face à un mal plus grand, une morale rassurante… oui, le film coche les cases du film familial, mais c’est mieux pour les ventiler façon puzzle. Les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick l’ont bien compris et s’en donnent à cœur joie. A cette échelle, les peu moralistes Gardiens de la Galaxie sont les seuls chez Marvel à revendiquer ce côté sale gosse.

Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie
Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie

J’avais été un peu déçu par le premier Deadpool, car le côté déjanté du personnage me semblait être plaqué maladroitement sur un scénario banal : le genre super-héroïque se voyait à peine égratigné, tandis que les personnages étaient tous autant de fantômes derrière le héros. Mais qu’en est-il donc de Deadpool 2 ?


Ça commençait mal

Le premier acte de Deadpool 2 m’a laissé sur ma faim, car j’y voyais tous les défauts du premier film. Passons sur la relative édulcoration du héros par rapport aux comics (disparition de sa schizophrénie, hétéronormativité d’un personnage pansexuel…), plus ou moins indispensable à Hollywood. On retrouve une certaine paresse des scénaristes sur l’originalité du sujet (Deadpool 1 : Deadpool veut se venger et tuer tout le monde ; Deadpool 2 : Cable et Russell veulent se venger et tuer tout le monde), action sacrifiée uniquement pour filmer notre héros sous toutes les coutures, choix narratifs discutables (Vanessa exclue de l’action).

Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2

On trouve en effet chez les films Deadpool une tendance à s’auto-congratuler, et se reposer sur sa couronne de lauriers « je suis anticonformiste, bitch ! » Même le quatrième mur cher à Deadpool, si drôle soit-il, demeure un ornement, il n’a pas l’impertinence d’un Dan Harmon, ou d’un Kurt Vonnegut. Ces défauts sont accentués dans Deadpool 2 car le premier film avait au moins l’excuse de présenter un super-héros qui n’est pas le plus connu du grand public, et de se plier à l’exercice fastidieux de l’Origins Story. Les X-Men reviennent faire de la figuration sinistre (le couple lesbien Negasonic-Yukio se contente de faire acte de présence).

Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2
Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2

Une fois que l’on a dit ça, il est temps de passer à la plus grande réussite de Deadpool 2 : un humour dynamitant les codes du genre en profondeur.


Un humour enfin transgressif

A partir du 2e acte, Deadpool 2 bascule soudain : les codes et le ton de chaque scène à venir (baston, émotion, suspense…) vont être balayés par un humour tornade, typique d’un méta-récit ironique. Si on a souvent critiqué le MCU pour son recours à un humour gentillet venant désamorcer l’intérêt de leurs films (Thor Ragnarok a pris cher), l’humour permanent de Deadpool 2 est au contraire bien inséré dans la trame. Chaque péripétie se voit réarrangée pour le meilleur et pour le fun. La recette de Deadpool 2 est simple : chaque scène va aller d’un point A à un point B pré-identifiés d’avance, sauf que le chemin qui y va, est lui totalement délirant !

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2

Comme exemples : le sacrifice normalement progressif d’une équipe partant au combat est expédié en une scène alignant les morts stupides à la Dead Like Me, la réunion des héros au début du 3e acte voit sa solennité joyeusement sabotée par un gag débile qui s’étire juste comme il faut, le super-pouvoir de Domino permet aux auteurs d’enchaîner les raccourcis scénaristiques et autres coïncidences énormes sans être taxé de paresse. La chance de Domino rivalise sans peine avec le Générateur d’Improbabilités de H2G2, le Guide du Voyageur Galactique (Domino à bord du Cœur en Or ferait basculer la Voie Lactée dans une autre dimension).

Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2
Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2

Même la grande baston finale est mitraillée par une chorégraphie aussi haletante que rigolote. Toutes ces transgressions servent de méta-récit au genre super-héroïque, plus grand que la vie, mais à l’esprit souvent binaire et grandiloquent. La tornade d’humour s’amuse, mais sérieusement, des conventions du genre.



Plus drôle que le premier

Le plus extraordinaire tient en le prodigieux crescendo d’humour de Deadpool 2. Plus le film avance, plus les gags s’accélèrent, dans une mécanique impeccable. Les auteurs n’oublient pas de monter les enjeux à la même vitesse, faisant du 2e et 3e acte de Deadpool 2 une formidable comédie d’action qui casse tous les codes du film d’action. La scène du camion, filmée magistralement par un David Leitch qui renouvelle les exploits visuels d’Atomic Blonde (dont la réalisation était le seul point fort de ce film sans âme), est le clou du film par son adrénaline pure, et ses 15 gags à la minute. Le film est bien plus fou que le premier opus.

Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu'à lui dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu’à lui dans Deadpool 2

Le film trouve une double apothéose finale, qui achève de subordonner la narration à l’humour. La mort d’un personnage voit son l’émotion passée à la presse hydraulique. Surtout, les ultimes scènes post-génériques se payent une audace à la Dallas avec une audace narrative du même calibre, avant un ultime plan qui entre directement dans le top 5 des scènes d’autodérision les plus réussies du cinéma (je ne pouvais plus respirer tant j’avais les côtes serrées).

Le petit budget du premier Deadpool avait pénalisé le film, Tim Miller ne pouvait cacher malgré ses efforts une certaine indigence (surtout dans les décors tristes de la scène finale). Grâce à un budget gonflé et la maîtrise d’un réalisateur plus rompu à l’exercice, Deadpool 2 masque une production moins fastueuse que celle des autres super-héros. On a du grand spectacle comme on aime.

Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d'opinion dans Deadpool 2
Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d’opinion dans Deadpool 2

Ryan Reynolds survolté

L’atout maître du premier film, Deadpool lui-même, est employé comme il se doit : c’est à dire non-stop. Deadpool est comme le monstre de Frankenstein de la pop culture : référencé en permanence, mais pervertissant sans cesse ces clins d’oeil à seule fin de les désacraliser. Deadpool ne crache pas sur la pop culture, mais sa conscience méta fait qu’il a le recul pour s’en moquer, surtout de la « concurrence » – cela est net dès la toute première image du film. Il multiplie les massacres gores sur des chansons décalées – on n’écoute plus 9 to 5 de Dolly Parton de la même façon – se paye la tête des scénaristes eux-mêmes, et s’amuse plusieurs fois avec le quatrième mur, prétexte à des commentaires ironiques sur l’action en cours (la vanne sur DC est irrésistible).

Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le "Protéger" est optionnel
Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le « Protéger » est optionnel

Deadpool n’est jamais aussi enthousiasmant que lorsqu’il donne libre cours à son humour cramé et vert. Le one-man-show du premier film continue, avec en prime une plus grande attention accordée aux seconds rôles, notamment la tonique Domino (et son actrice irrésistible) et le minéral Cable (le monolithique Josh Brolin apporte un humour pince-sans-rire en contrepoint au loufoque de Deadpool).

Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2
Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2

Reynolds se démultiplie, que ce soit en participant directement à l’écriture (il est crédité comme scénariste à part entière dans ce deuxième volet, ce qui n’était pas le cas du premier), ou par la promotion tapageuse et permanente de « son » film qu’il porte à bout de bras – les promo sur les réseaux sociaux ont été épiques. On sent que l’acteur a trouvé le rôle de sa vie, ce rôle qu’il n’a pas cessé de pousser au cinéma depuis des années, un rôle si régalant à faire. Deadpool est certes souvent sous son masque, mais Reynolds maîtrise à un tel point les modulations de sa voix, et ses expressions corporelles, toujours en surtension, que l’acteur n’en accomplit pas moins une fantastique partition.

Ryan Reynolds, interprète de Deadpool
Ryan Reynolds, interprète de Deadpool

Mais il serait injuste de cantonner Deadpool au rigolard de service, car Deadpool 2 nous offre une nouvelle facette de sa personnalité, plus sombre, plus proche des comics. Son instinct de mort, ses pulsions d’autodestruction, sont bien présentes, ce qui rend les scènes avec Vanessa émouvantes. Ces scènes, où Reynolds joue sans masque ni maquillage, humanisent un personnage plus déchiré qu’il y croirait.


Tout n’est que farce

S’il charrie encore quelques défauts du premier film, avec un récit très conventionnel sur le fond, en dissonance avec un héros aussi méta, Deadpool 2 se rattrape totalement sur la forme. L’humour ne cesse d’enfler jusqu’à la fin, faisant déraper dans le burlesque chaque scène qui tente de se prendre au sérieux.

David Leitch, réalisateur de Deadpool 2
David Leitch, réalisateur de Deadpool 2

L’imprévisibilité de chaque scène rend le film constamment surprenant et hilarant, malgré un premier acte moins fou. Encore meilleur que le premier, Deadpool 2 est un cocktail de fun et d’action trépidante à recommander chaudement, tout en étant une critique maligne des films familiaux et super-héroïques.

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LES GARDIENS DE LA GALAXIE 2 : EN GROOT POUR L’AVENTURE !

Par Clément

Je suis partagé sur l’univers Marvel. Le Marvel Cinematic Universe (ou MCU), aussi divertissant soit-il, souffre de plusieurs défauts. Dans l’écurie dirigée actuellement par Kevin Feige, peu de super-héros ont la profondeur et la complexité de leurs collègues de DC. Ils sont souvent ultra-positifs, lisses voire mécanisés (sauf peut-être Iron Man). 

Les histoires privilégient trop souvent les déflagrations, effets spéciaux et grosses bastons à l’intrigue et aux personnages. Certes, je ne m’attends pas à du Bergman, mais blockbuster ou pas, j’aime découvrir des personnages intéressants. Ou alors, on fait du gros nanar, voie tout à fait acceptable dès lors que c’est assumé.

Après plusieurs échecs (Batman vs. Superman, Suicide Squad même s’il a été défendu sur ce blog) DC a perdu du terrain sur Marvel qui impose sa suprématie. Sa recette ? Ne pas viser plus haut que son ambition, d’où des films pas mauvais, mais loin d’être enthousiasmants. Deux exceptions toutefois : Deadpool, chantre du trash sous acides, et Les Gardiens de la Galaxie. Pourquoi avons-nous aimé le premier film ? Pour sa bande d’antihéros irascibles et canailles, plus intéressées par les gros billets que par le bien de l’humanité, pour leur humour transgressif dans un MCU habituellement adepte de blagues gentillettes.

Star Lord et sa bande bad ass dans Les Gardiens de la galaxie 2
Star Lord et sa bande bad ass dans Les Gardiens de la galaxie 2

On retrouve dans Les Gardiens de la galaxie 2 le leader souvent dépassé Peter Quill/Star-Lord (Chris Pratt), la vanneuse Gamora (Zoé Saldana), le bourrin Drax le Destructeur (David Bautista), le mignon mais bêta Groot (Vin Diesel), et le colérique Rocket (Bradley Cooper et Sean Gunn, frère du réalisateur). Ils vont devoir affronter une menace qui pourrait bien détruire l’univers. 

Autour d’eux, on retrouve la sœur de Gamora, Nebula (Karen Gillan), et Yondu, le chef d’un clan de Ravageurs (Michael Rooker).


Scénario, première leçon

La farandole de factions autour d’un objet de pouvoir, une pierre d’infinité, constituait une amusante chasse au trésor dans le premier film. L’enjeu était connu d’emblée, d’où une immersion rapide dans l’histoire. James Gunn commet pourtant une erreur fatale dans le deuxième film : l’enjeu n’arrive que dans le dernier acte du récit.

Dans les deux premiers tiers du film, notre fine équipe se fait simplement poursuivre dans toute la galaxie (Krees et Souverains en première ligne). Or les gardiens sont des héros, pas des individus qui cherchent à se réfugier dans une galaxie lointaine, très lointaine… 

On a déjà un contresens. Joint au gros mélodrame familial de Star-Lord, le film tire vers l’Origins Story, recette que Marvel utilise d’un film à l’autre, jusqu’à saturation. Le plus grave est que cela n’a rien à faire dans un volume 2, surtout après que le premier film a évité cette convention. Surtout, le conflit père-fils vire à la caricature (Kurt Russell cabotine, mais le rôle ne s’y prête pas).

Bref, ce n’est pas son scénario, d’ailleurs pompé sur Star Trek sans limites (on retrouve la poursuite dans un champ d’astéroïdes et des héros inconscients d’un piège à sauver) qui va sauver le film. Alors quoi donc ?


Les Gardiens de la galaxie 2 : plus drôle que le premier ?

Ah, ces films Hollywoodiens des années 30 où les héros se disputent sans arrêt ! C’est cet esprit qui irrigue ces Gardiens méchamment puérils. Star-Lord et Gamora se chamaillent comme les couples de l’âge d’or, leur mix de romance contrariée et de comédie s’inspire de ce genre de films. 

Katherine Hepburn et Cary Grant aux prises avec un léopard dans L'Impossible Monsieur Bébé, réalisé par Howard Hawks
Katherine Hepburn et Cary Grant aux prises avec un léopard dans L’Impossible Monsieur Bébé, réalisé par Howard Hawks (1938)

Comparé au premier film, les lancers de vannes s’enchaînent à un rythme fulgurant. Le festival est permanent. Alors que Rocket dominait le match dans le volume 1, il est talonné par ses partenaires : Drax obtient sa ceinture noire de muflerie en tirant des missiles sur l’adorable Mantis (Pom Klementieff).

  Mantis (Pom Klementieff) dans Les Gardiens de la galaxie
Mantis (Pom Klementieff) dans Les Gardiens de la galaxie 2

Mantis participe à l’entrain général et se paie la tête de Quill en lisant dans ses pensées. Rocket reste Rocket, bien sûr, et c’est lui qui envoie les tirs de barrage les plus massifs. Tous ces coups de gueule entre amis compensent l’affadissement des personnages, plus positifs, plus moraux, alors qu’on aimait justement les anti-héros du premier film.

En plus des mots, Gunn sait doser ses running gags : la confusion quant à l’espèce de Rocket (raton, chien, hamster ?) nous vaut des mimiques exaspérées de l’intéressé, les happenings dansés de Groot et Quill, le nom ridicule d’un méchant… 

Le plus drôle reste certainement la bêtise de Bébé Groot, comprenant les ordres de travers. 

Sur ce point, il rappelle le Schtroumpf Bêta. Chaque fois que le Grand Schtroumpf l’envoie chercher un objet, il se pointe avec un autre. 

Ça, c'est le Schtroumpf Bêta.
Ça, c’est le Schtroumpf Bêta

Groot parvient largement à égaler son niveau, pour le plus grand plaisir des zygomatiques. Le film n’hésite pas non plus à casser le quatrième mur : grâce à Stan Lee qui nous parle quasi directement, mais aussi Gamora et Quill qui ne s’avouent pas leur relation.

On notera un regret : une accumulation d’ « americanismes » vers la fin, où toute la panoplie y passe : grands discours lyriques, sacrifice déchirant, sursauts héroïques des personnages, traumas d’enfance, situations pompeuses… Cependant, c’est parfois désamorcé par un subtil second degré.

On note aussi une emphase visuelle lors de la bataille finale. Bon, pour avoir soupé du Michael Bay, je confirme que c’est largement supportable.


Attention les yeux !

La mise en scène de James Gunn suit le modèle du « toujours plus ». Ami lecteur, si tu vois des blockbusters, c’est bien pour des scènes d’action qui vont te scotcher au fauteuil. Sache que tu seras largement servi avec Les Gardiens de la galaxie 2

En plus d’idées ingénieuses (comme ces soldats pilotant à distance des drones de guerre façon jeux d’arcade) le réalisateur sort l’artillerie lourde : collection complète d’armes, dont la fameuse flèche magique de Yondu, combats rapprochés avec mandales par paquets de 500, flingues expulsant 600 balles ou rayons par minute, le tout dans un arc-en-ciel de couleurs qui fait de l’écran une toile impressionniste permanente. 

La guerre des étoiles de James Gunn

Oui, James Gunn se prend pour George Lucas, il veut nous faire sa guerre des étoiles. C’est en effet très riche, flamboyant. Le montage a beau être serré, il reste parfaitement lisible. On note aussi de beaux décors entièrement numérisés, comme une planète paradisiaque où le temps semble suspendu.

La BO années 80, déjà atout du premier film, contribue à l’ambiance de fête.

James Gunn a déjà signé pour écrire et réaliser le troisième volet. On lui souhaite autant de réussite que pour celui-ci. S’il pouvait écrire un scénario avec un enjeu et mettait en veilleuse les clichés des blockbusters américains, on serait comblés.


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Les Gardiens de la galaxie 2 a divisé la rédaction de Marla’s Movies. Voici la critique négative du film :

LES GARDIENS DE LA GALAXIE 2 : JE SUIS TON PÈRE (MAIS PAS TROP)

1 out of 5 stars (1 / 5)

Excitée comme une gosse, je suis allée voir Les Gardiens de galaxie 2 le jour de sa sortie.

Un scénario tombé dans l’hyper-espace

J’aimerais bien vous parler de l’excuse du film, de son alibi scénaristique, mais il n’existe pas. Le scénario a dû tomber dans l’hyper-espace. C’est une joie, bien sûr, de retrouver ces personnages loufoques.

Mais comme plaisir, il n’y a que cela. Certains films manquent d’enjeu, et d’autres n’en ont pas du tout.

Dans le premier volet des Gardiens de la galaxie, la quête était simple : retrouver un Orbe précieux, qui faisait de vous le maître du monde.

Chris Pratt fasciné par l'Orbe dans Les Gardiens de la galaxie n°1, sorti en 2014
Chris Pratt fasciné par l’Orbe dans Les Gardiens de la galaxie n°1, sorti en 2014

Chris Pratt a l’habitude d’être le maître du monde : dans Jurassic World, il sauve le monde des méchants dinos qui veulent nous bouffer tout crus. Dans Passengers,  il est littéralement seul maître à bord. Chez James Gunn II, il est carrément élevé au rang de Dieu.

Mais là, point d’orbe à aller chercher. La bande de Star-Lord ne cherche rien, d’ailleurs. Ce qui faisait le sel du premier épisode, à savoir l’humour ravageur, tombe à plat ici : répliques fades, attendues, insistance lourde, on rit davantage de fatigue que d’enthousiasme.

Les effets spéciaux sont impressionnants, comme toujours, mais ce n’est pas suffisant. Le charme du tour de manège du premier opus n’agit plus.

On pense une nouvelle fois à Captain EO, mais on ressent une envie folle de revoir le court-métrage avec Jackson, plutôt que de subir  cette mascarade.

Marre. De ses films sans scénario qui ressemblent à des joujoux trop chers. Navrée pour ceux qui payent 11,50 € afin de voir ce feu d’artifice futile.

Joli spectacle ? Rien n’est moins sûr. Tant de couleurs et si peu de choses à dire, c’est déprimant. Ajoutez à cela la consternation de voir Kurt Russell dans cette galère.

Kurt Russell est le papa de Chris Pratt dans Les Gardiens de la galaxie 2. Quelle chance.
Kurt Russell est le papa de Chris Pratt dans Les Gardiens de la galaxie 2. Quelle chance.

Habituellement, sa participation aux films est bienvenue. Je me souviens de son rôle formidable chez Tarantino, dans Le Boulevard de la mort.

Tarantino l’avait choisi en référence à son succès dans les films de genre des années 80. James Gunn le fait jouer dans Les Gardiens pour la même raison.

Eder, notre spécialiste des blockbusters sur Marla’s Movies, parle souvent de l’échec d’un film à cause d’un antagoniste décevant. C’est le cas dans Les Gardiens de galaxie 2. Kurt Russell, malgré tout son charisme, ne parvient pas à sauver ce naufrage intergalactique.

Gâchis d’argent et de talents

On a la sensation, devant Les Gardiens de la galaxie 2, d’un immense gâchis d’argent et de talent. Chris Pratt était si drôle dans le premier épisode, et dans la série Parks and Recreations, qui l’a lancé comme héros ordinaire hilarant.

Chris Pratt joue Andy Dwyer dans Parks and Recreation
Chris Pratt joue Andy Dwyer dans Parks and Recreation

Le côté potache n’étonne plus, quand il faisait la force du premier épisode, véritable vent de fraîcheur dans la galaxie Marvel. Même la BO apparaît ici assez fade, décalée, mais dans le mauvais sens du terme.

Les acteurs s’amusent sans doute entre eux, mais le spectateur, pas forcément. Vous aurez toujours les inconditionnels pour écrire des critiques dithyrambiques sur ce film trop long de 2h20. Il tiendrait en fait dans sa bande-annonce de deux minutes trente. Même le synopsis d’Allociné ne parvient pas à donner l’illusion d’une intrigue :

Musicalement accompagné de la « Awesome Mixtape n°2 » (la musique qu’écoute Star-Lord dans le film), Les Gardiens de la galaxie 2 poursuit les aventures de l’équipe alors qu’elle traverse les confins du cosmos. Les gardiens doivent combattre pour rester unis alors qu’ils découvrent les mystères de la filiation de Peter Quill. Les vieux ennemis vont devenir de nouveaux alliés et des personnages bien connus des fans de comics vont venir aider nos héros et continuer à étendre l’univers Marvel.

En Groot pour l’aventure ?

Baby Groot, si mignon à la fin du premier épisode, apparaît ici pour ce qu’il est : un objet de merchandising qui fera la joie de Marvel, et donc de Disney. Quelle tristesse. J’attendais tant de cette nouvelle aventure. Tout est raté dans les Gardiens de la galaxie 2. La recherche du père, qui a fait le succès de Star Wars, est complètement vaine. On avait aussi vite fait de regarder l’excellent Toy Story 2, où Woody se rendait compte que son père n’était autre que son pire ennemi.

Dans Les Gardiens de la galaxie aussi, Star-Lord rattrape le temps perdu avec Papa en jouant à la ba-balle.

Quant aux références qui faisaient le succès du premier volet, elles sont quasiment absentes dans le deuxième, à part le retour de Howard le canard. Je préfère ne pas parler de la présence de Stallone au casting.

Même les clins d’œil du générique de fin peinent à susciter l’attention.

Quel dommage de faire un premier épisode si réussi, et de tomber dans le travers d’un deuxième opus qui ne raconte rien.

Ras le bol. Je me tape un épisode de Parks and Rec ce soir.

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Les Gardiens de la galaxie 2 a divisé la rédaction 
de Marla’s Movies. 
 
Voici la critique positive du film :

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