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Keira Knightley dans Coeurs ennemis

Coeurs ennemis : Allemagne, année zéro

 

4 out of 5 stars (4 / 5)

 

Coeurs ennemis commence en novembre 1945. Helen Morgan (Keira Keightley) rejoint son mari, le colonel Lewis Morgan (Jason Clarke) à Hambourg. En effet, Morgan supervise les troupes britanniques d’occupation et tente d’assurer l’ordre et la reconstruction (le titre original est The Aftermath : les conséquences). Pour ce faire, le couple loge chez Lubert, un Allemand (Alexander Skarsgaard). Les troupes d’occupation ont réquisitionné sa demeure mais ont autorisé Lubert sa fille à rester. La cohabitation sera tendue et révélatrice.

 

Rachel Morgan (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis, réalisé par James Kent (2019)

Rachel Morgan (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis, réalisé par James Kent (2019)

D’emblée, le spectateur sait qu’il n’est pas là pour rire. Les tons de Coeurs ennemis sont souvent gris, gris cendre ou gris plomb. Le blanc est rare mais intervient à un moment important où il joue un rôle apaisant. Le chef opérateur Franz Lustig se montre bien plus inspiré que dans How I Live Now, à l’enchaînement de ruptures de ton brouillonnes. Les décors sont bien choisis. De la maison de maître au chalet intime en passant par des ruines d’une criante vérité.

 

Coeurs ennemis : un film métaphorique

James Kent avait déjà réalisé une excellente chronique de la première guerre mondiale dans Mémoires de Jeunesse. Coeurs ennemis reprend ce qui en avait fait le succès : c’est moins un film historique qu’un drame sur une toile de fond historique. C’est bien plus intéressant en soi. Avec une lenteur calculée, la mise en scène dévoile progressivement le côté métaphorique du film. Si les guerres sont identiques, chaque drame est particulier. Le pitch évoque celui de Suite Française d’Irène Nemirowsky, mais son traitement est différent. Les ruines de Hambourg symbolisent les vies ruinées des différents protagonistes. Puisque chacun a son lot de gravats et s’efforce malgré tout de vivre avec tant qu’il le peut.

 

Rachel (Keira Knightley), Freda (Fiora Thiemann) et Stefan (Aleksander Skarsgard) dans Coeurs ennemis

Rachel (Keira Knightley), Freda (Fiora Thiemann) et Stefan (Aleksander Skarsgard) dans Coeurs ennemis

 

Cette métaphore permet aussi de tenir à distance l’écueil sentimental qui pouvait menacer le film. Car il eut été facile de ne voir dans Cœurs ennemis qu’un énième triangle amoureux rendu juste plus scandaleux par son contexte historique. 

 

Des acteurs parfaits

Pourtant, le jeu des acteurs permet d’empêcher cette chute inappropriée dans le mélo. Keira Knightley est toute en subtilité, faisant évoluer son personnage de bourgeoise anglaise engoncée et raide comme la Mort en une femme vivante. Elle ose le nu et la scène est comme un poème.

 

Lubert (Aleksander Skarsgard) et Rachel (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis

Lubert (Aleksander Skarsgard) et Rachel (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis

Dans le rôle du colonel, Jason Clarke est tout aussi impeccable. L’acteur – qui, ironie du cinéma, a joué le nazi Reynald Heydrich dans HHhH – campe ici un militaire anglais qui s’efforce d’oublier dans un travail incessant et quasiment vain la ruine de sa vie privée. Il y a presque du Kafka à le voir s’efforcer de maintenir un ordre public plus virtuel qu’autre chose. Faire semblant et donner à voir, les maximes de la vie sociale anglaise transportée sur le continent. Ainsi, Coeurs ennemis réussit à transcrire ce triomphe du paraître. Par ailleurs, les soirées que donnent les Britanniques ont un côté absurde tant elles sont déconnectées de la « vraie vie » (comme souvent chez les expatriés).

 

Lewis (Jason Clarke) dans Coeurs ennemis

Lewis (Jason Clarke) dans Coeurs ennemis

Le talent de Keira Knightley et Jason Clarke est justement de nous faire ressentir le déphasage de leurs personnages. Le mal-être les ronge. Enfin, Alexander Skarsgaard joue l’Allemand qui devient étranger dans son propre pays et jusque dans sa propre maison. Lui aussi a une vie ruinée. Sa vie lui échappe, son pays n’est plus le sien, sa fille devient une étrangère, et il doit même aller quasiment jusqu’à justifier sa propre existence. Tous ces états d’âme sont admirablement filmés par James Kent.

 

James Kent, réalisateur de Coeurs ennemis

James Kent, réalisateur de Coeurs ennemis

 

Coeurs ennemis : l’espoir d’une renaissance

Néanmoins, il y a une note positive dans ce drame. Car, de même qu’une ville se reconstruit, les êtres se reconstruisent aussi. Il est donc possible de pousser plus loin la métaphore : ce n’est pas qu’une ville et des vies en ruines que nous présente Coeurs ennemis mais une ville et des vies qui se reconstruisent. Rien ne sera jamais simple ; en urbanisme comme en amour, s’il n’y a pas de ciment, il n’est pas possible d’édifier quelque chose qui tienne.

 

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New York Melody : les étoiles perdues de John Carney


3 out of 5 stars (3 / 5)

Il faut courir voir New York Melody, bijou de musique et de légèreté. D’accord, le titre donne le sentiment d’une comédie romantique vue cent fois, et Keira Knightley n’arrange pas nos affaires.

Une histoire de titre

Traduction sans en être une de « Begin Again », le titre « français » prend les spectateurs pour des imbéciles, trop nuls en anglais pour comprendre le titre original qui, il faut l’admettre, est d’une difficulté insurmontable. Le titre original n’est pas assez vendeur, sans doute, alors on nous sert une traduction « transparente, » facile à prononcer et à retenir, qui trahit le propos du film, et l’intention du réalisateur.

John Carney, réalisateur de New York Melody

John Carney, réalisateur de New York Melody


Pris au premier degré, le titre « Begin Again » nous vend effectivement une comédie romantique. « Recommencer. » Repartir de zéro, pour un paumé alcoolique, producteur fatigué incompris de sa fille et méprisé de sa femme. Repartir de zéro également, pour une jeune fille à l’âme d’artiste refusant les compromis – et la compromission – qu’exige l’industrie du disque. Elle vient d’ailleurs de perdre son compagnon qui, lui, s’est laissé prendre au piège.

Mais « Begin Again, » si on le prend comme une suite à peine voilée de « Once, » premier succès du réalisateur John Carney, apparaît comme sa confession musicale.
« Once, » comme le titre l’indique, était une expérience unique. Le titre « Begin Again » donne l’impression (trompeuse) qu’il faudrait tourner « Once » une seconde fois, avec des moyens hollywoodiens pour donner au film la dimension qu’il mérite.

New York Melody: « Once »…  Again ?

Vous n’avez pas vu Once? Pas très étonnant, vu qu’il s’agit d’un film irlandais sorti en 2007, tourné entre potes avec deux caméras au poing pour 180.000 euros (une bagatelle pour un long-métrage.) « Once » contait aussi l’histoire de deux paumés qui se rencontraient musicalement, et créaient un album ensemble avant de reprendre leur route.


La différence entre Once et New York Melody? Plusieurs millions d’euros. on ne connaît pas le budget exact de New York Melody, mais  Orgueil et Préjugés, toujours avec Keira Knightley, avait coûté 22 millions et, pour vous donner un ordre d’idée, le tout dernier Harry Potter a coûté 150. Autant dire que le budget de Once aurait tout juste couvert les pauses café.
Alors, voilà ma crainte avant de voir New York Melody (le titre ne devient pas meilleur à force de l’écrire) : s’agit-il d’un remake new-yorkais de Once ?
Once se déroulait à Dublin, avec des acteurs du coin au bon accent irlandais, l’argot de la capitale et les paysages de la région.
Dans le film, Glen Hansard joue de sa guitare trouée sur Grafton Street.


C’est Dublin en instantané, ses musiciens grandioses qui ne percent pas, et jouent pour quelques sous à l’heure où Irlande, pourtant, est surnommée le « Tigre Celtique, » en ces années de faste économique que le monde lui enviait. En 2008, cependant, la crise replongeait les Irlandais dans la misère, les musiciens comme les autres.

Conte de fées pour une bande de potes

Puis il est arrivé un conte de fées à cette bande de copains sans argent: le film a eu son petit succès en Irlande, et la chanson du film, « Falling Slowly, » a décroché l’oscar, justement en 2008. La petite ballade remportait la statuette face au géant de Disney, Alan Menken, qui avait si souvent raflé la mise. Il était pourtant nominé trois fois cette année-là pour la BO de « Il Était une fois. »
Voici l’extrait du film où le spectateur a le sentiment d’assister à la genèse de « Falling Slowly »:


Les duos musicaux ont la cote au cinéma. L’an dernier, Alabama Monroe faisait pleurer d’émotion avec sa bande originale et sa trame bouleversantes :


New York Melody: les clichés évités ?

 
On remercie John Carney d’avoir tourné les clips de Dan et Gretta dans des rues de New York que les touristes ne voient jamais, loin de l’Empire State Building et autres statues bleues.
Oui, mais voilà. John Carney, qui a vécu toute sa vie à Dublin, est aussi new-yorkais que Louis de Funès. S’il évite soigneusement les clichés du point de vue des lieux de tournage, il tombe en plein dedans quand il raille l’industrie musicale, peuplée seulement, dans son film, d’hypocrites, d’arrogants, et d’hommes d’affaires carnassiers.
Le pire stéréotype est celui du gros producteur de rap, « hugger » compulsif (il aime faire des câlins à l’américaine) qui improvise du mauvais rap et se prélasse dans son jacuzzi.

Une musique qui transcende l’ensemble

 
Les faiblesses du film et son aspect inégal sont largement compensés par une bande originale formidable. John Carney croit dur comme fer aux rencontres-éclair transcendées par la musique, et qui ont le don de transformer les existences.
Gretta s’aperçoit que son homme la trompe en écoutant les paroles d’une chanson qui, elle le sait, s’adressent à une autre. L’album qu’elle composera l’aidera à faire son deuil, achevé en beauté par la chanson finale.
« Lost Stars, » chanson principale du film, permet à Dave, son ancien amant devenu rock star, (le chanteur Adam Levine) de demander pardon. Il n’est pas sans rappeler, par ce geste, un certain Tommy Gnosis dans Hedwig and the Angry Inch, l’épatante odyssée musicale de John Cameron Mitchell, sortie en 2001 :


John Carney aurait dû faire une comédie musicale. Les scènes non-musicales, dans New York Melody, tournent court.

Une belle affiche

Au début du film, la musique jaillit tout de suite, et l’on découvre, dans une surprise délicieuse, que Keira Knightley chante fort bien.


Son look garçon manqué (qui lui avait servi dans le rôle d’Elizabeth pour Orgueil et Préjugés) lui permet d’incarner de manière crédible cette artiste nature.
Mark Ruffalo joue avec justesse le beauf paumé sauvé par le talent d’une jeune chanteuse. Sa vie sentimentale, assez complexe, rappelle Boyhood, sorti récemment: elle est montrée avec le même désir de réalisme et de sincérité. On retrouve avec joie Catherine Keener, toujours remarquable, dans le rôle de son épouse.
Le passage d’échange de morceaux préférés évoque la légèreté des films de Woody Allen, les bœufs entre musiciens sont d’un enthousiasme communicatif. Les textes des chansons, plus fins qu’il n’y paraît, servent de dialogues aux personnages.


Mark Ruffalo et Keira Knightley dans New York Melody

Mark Ruffalo et Keira Knightley dans New York Melody


La confession de John Carney

Est-ce que Once était-il meilleur que New York Melody ? Aucune importance. On fait sans doute un film plus crédible sur les artistes fauchés quand on l’est soi-même. Ici, on a de jolis pauvres façon Hollywood.John Carney a-t-il éprouvé la même peur que les fans de Once ? Que l’original perde son âme dans une pâle copie ? Les paroles de « Lost Stars » sont à ce titre éclairantes.John Carney, en parlant d’étoiles perdues, confesse peut-être sa crainte de perdre son âme en passant la porte de Hollywood. Mais il a été prudent: ses distributeurs sont une mini-major (the Weinstein Company) et la maison de disques appartient à Adam Levine, chanteur et acteur du film.

La fin de New York Melody est d’ailleurs un beau pied-de-nez à l’industrie du disque.


Un joli film sur l’amour perdu puis retrouvé

John Carney a réussi la prouesse de rassembler une belle pléiade d’acteurs, et va connaître un succès fou avec une BO qui bénéficie des meilleurs arrangements. Elle contraste en cela avec celle de Once, où les protagonistes enregistraient leur démo dans un quartier vétuste de Dublin pour 2000 euros.
L’argent hollywoodien permet de faire un succès plus instantané, plus efficace, et l’on se jette effectivement sur l’album en sortant de la salle. Puis on flotte, heureux d’avoir vu un joli film, où la musique raconte l’amour perdu puis retrouvé.

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