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Ben is Back, avec Julia Roberts : laisse pas traîner ton fils

3 out of 5 stars (3 / 5)

 

Cette semaine, j’ai été voir Ben is Back. Pourtant, l’ami avec qui j’y suis allée m’a lancé :

Viens, on va voir le film avec Julia Roberts !

Voilà le genre de phrase que je n’aime pas entendre. Il faut dire que j’ai du mal avec les rom-com. Je la trouve charmante, Julia, mais mis à part quelques films d’auteur comme Un Été à Osage County, je ne trouve généralement pas ses choix de films palpitants. Et quand je vois l’affiche de Ben is Back, je m’inquiète encore : les bonnes critiques mentionnées proviennent seulement de magazines féminins, et c’est généralement mauvais signe.

 

Ben is Back, C’est l’histoire d’une mère qui s’épuise à sauver son fils des griffes de la drogue. Ben revient pour Noël. Ça devrait être une bonne nouvelle, mais…

 

En effet, Ben sort tout juste de désinto. Un peu trop tôt. Tout comme au Noël précédent, et celui d’avant.


Un film plus fin qu’il n’y paraît 


La composition de Julia Roberts est naturellement ce qui porte le film, mais Ben is Back est également plus fin qu’il n’y paraît : le personnage de Ben, par exemple, est plutôt complexe. Il est incorrigible mais voudrait s’améliorer, il a de mauvaises fréquentations mais souhaite s’en détacher. Il se sent coupable, et sa mère avec lui, d’un lourd passé dont ils aimeraient s’amender tous les deux.


Julia Roberts et Lucas Hedges en tandem mère-fils dans Ben is Back, de Peter Hedges

Julia Roberts et Lucas Hedges en tandem mère-fils dans Ben is Back, de Peter Hedges


À part l’enjeu un peu faible de cette nuit de Noël – retrouver le chien enlevé par des malfrats – on s’attache aux personnages de Ben et de sa mère. La photo bleu-gris se prête bien au ton sobre du film.


Ben is Back aurait pu être meilleur


J’aurais aimé que Ben is Back verse davantage dans le film d’auteur ou le thriller nerveux. Il est une scène, dans la dernière partie du film, qui aurait pu être représentative du film : la mère attend son fils dans la nuit enneigée tandis qu’il parlemente avec un dealer. De l’échange entre les deux jeunes gens, on n’entendra rien. Le réalisateur choisit de faire un plan sur la porte fermée où l’on n’aperçoit que des ombres qui discutent. On adopte alors le point de vue de la mère et on s’inquiète avec elle du devenir du fils. Ben is Back aurait dû adopter ce point de vue du début à la fin : on aurait peut-être obtenu un grand film.

Mention spéciale pour la sœur de Ben qui voit clair dans le réveillon à venir : l’actrice, Kathryn Newton, n’a que peu de répliques mais un regard désapprobateur toujours à propos.


Un ton doux-amer


Le ton et la fin douce-amère du film le sauve du mélo conventionnel auquel on aurait pu s’attendre. Un peu comme dans Le Poison de Billy Wilder, l’addiction de Ben apparaît comme un cycle infernal dont on ne sort pas.



On murmure à la sortie de la salle que Julia obtiendra peut-être l’Oscar pour ce rôle. C’est possible. 

Adopter le point de vue de la mère sur ce sujet est assez original. Il ne s’agit pas, comme dans Requiem For a Dream, de montrer l’horreur de la toxicomanie, mais plutôt les conséquences des choix d’un jeune homme perdu qui tombe dans la drogue et le deal. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire le roman de Marie Cardinal, <em>Les Grands désordres</em>. Cette fois, c’est une fille de 18 ans qui est aux prises avec la drogue. Sa mère tente, elle aussi, de la sauver.


Si vous aimez Ben is Back, vous aimerez peut-être cet excellent livre de Marie Cardinal, Les Grands désordres

Si vous aimez Ben is Back, vous aimerez peut-être cet excellent livre de Marie Cardinal, Les Grands désordres


Vous pouvez aller voir Ben is Back, où Julia Roberts fait preuve de beaucoup de finesse et de sensibilité dans un rôle difficile. Lucas Hedges, fils du réalisateur Peter Hedges, est convaincant dans le rôle de Ben, même s’il n’a pas l’expérience, bien sûr, de sa partenaire de jeu.


Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !


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Money Monster : le thriller politique de Jodie Foster

4 out of 5 stars (4 / 5)
Money Monster est l’un des meilleurs films du moment. Voilà un mois et demi qu’il est sorti, et je veux écrire dessus depuis longtemps. Seulement voilà, il m’a fallu le voir… une deuxième fois.
Si vous avez aimé Mad City, de Costa-Gavras, sorti en 1997, avec John Travolta en homme désespéré qui prend un musée en otage, et Dustin Hoffmann en journaliste ambitieux, vous aimerez sûrement Money Monster, construit sur le même modèle.
Affiche du film Mad City de Cozst Gavras
Money Monster, c’est l’histoire d’un mec, Kyle, la vingtaine, qui pète un câble. Il a perdu toutes ses économies à cause d’un « couac » informatique qui aurait effacé toutes les données client d’une entreprise, IBIS, dirigée par un certain Walt Camby. Aux abois, le jeune homme prend en otage Lee Gates, présentateur-vedette d’une émission censée conseiller les téléspectateurs sur les investissements boursiers.
Jack O'Connell (Kyle Budwell) et Georges Clooney (Lee Gates) dans Money Monster de Jodie Foster
Jack O’Connell (Kyle Budwell) et Georges Clooney (Lee Gates) dans Money Monster de Jodie Foster
Pas besoin d’aller bien loin pour deviner que Lee Gates (toujours très pro George Clooney) représente le monde de l’argent: il porte le patronyme de l’homme le plus riche du monde. Walt Camby, grand patron, a le prénom du père de Mickey, et d’une des entreprises les plus immenses du globe.
Le type fauché face au mec riche, au cinéma, on connaît. Apparemment, Travolta est abonné à la prise d’otage, parce que dans White Man, renversement intéressant de la suprématie blanche, il joue un Blanc pauvre qui prend un riche Noir en otage.

Money Monster montre aussi un personnage sympathique mais à bout, prêt à tout, non pas pour l’argent, mais pour découvrir la vérité sur ce mini krach boursier qui a ruiné tant de petits épargnants.

Une vérité qui dérange

Car c’est bien la vérité qui dérange Lee Gates. Non pas qu’elle représente un danger pour lui, mais il est comme tous ses collègues: il ne la connaît pas. Personne ne semble savoir ce qui a créé ce couac informatique. La chargée de com fait son boulot, à savoir calmer le jeu et baratiner les foules. Mais Kyle Budwell ne se contentera pas de la langue de bois habituelle des médias. Il va exiger la vérité. Et pour aller au fond de l’histoire, accrochez-vous. Patty Fenn, productrice de l’émission, parle dans l’oreillette du présentateur pour l’aider à sauver sa peau. Et elle fera aussi, grâce à Kyle, une véritable enquête de journaliste. D’après une réflexion qu’elle fait au début du film, ça n’arrive pas souvent.
Julia Roberts (Patty Fenn) dans Money Monster, de Jodie Foster
Julia Roberts (Patty Fenn) dans Money Monster, de Jodie Foster

Un couac informatique ? Voilà qu’il faut trouver l’auteur de l’algorithme qui serait à l’origine de la catastrophe. L’aimable geek souhaite rester discret, affaire Snowden oblige.

Et ce patron, Walt Camby, où est-il ?

De nombreuses références à l’Amérique contemporaine

Je vous ai posé le décor, et je vais éviter les spoilers, car Money Monster est un excellent film à suspense. Disons que Jodie Foster, dans sa finesse, son intelligence, sa culture générale, et sa passion, semble-t-il, pour l’Histoire contemporaine américaine, fait à la fois référence à Madoff et aux subprimes qui ont ruiné l’Amérique (et le monde, par ricochet) aux hommes d’affaires qui reviennent tranquillement de Suisse, et, à mon sens, au scandale Iran-Contra qui entacha le mandat d’un certain Reagan.

Si vous aimez Le Capital, toujours de Costa-Gavras, où le réalisateur tente de démonter la machine financière, Lord of War, où Andrew Niccol vous invite à adopter le regard d’un trafiquant d’armes, les films The Company Men et Margin Call, qui décryptent les causes et conséquences de la crise des subprimes; si vous adorez les thrillers où le méchant n’est pas forcément celui qui tient le flingue, Money Monster peut vous plaire.

Côté séries, les fans de The Newsroom, où l’on montre les coulisses d’une salle de rédaction, seront servis, sans oublier les fans de The Wire: c’est Dominic West, génial McNulty dans la série de David Simon, qui campe le rôle de Walt Camby.

Dominic West joue Walt Camby dans Money Monster
Dominic West joue Walt Camby dans Money Monster
Money Monster est un excellent thriller politique. Il vous tiendra en haleine de bout en bout. Jodie Foster a compris, et mis en scène comme jamais, une Amérique en crise, et un monde de médias où seul le drame fait naître la vérité.

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UN ÉTÉ A OSAGE COUNTY: QUELQUE CHOSE DE TENNESSEE

4 out of 5 stars (4 / 5)
Tout commence par la disparition d’un poète, qui en cite un autre en introduction : « La vie est très longue » TS Eliot. Après avoir entendu maintes fois, au cinéma et ailleurs, que la vie était courte, la première phrase d' »Un été à Osage County » apparaît à la fois évidente et inattendue, comme le film lui-même, qui déjoue les clichés du drame familial par des dialogues à rebondissements.
Le poète disparaît et, avant sa fugue, cite une nouvelle fois l’un des poèmes les plus célèbres de TS Eliot « The Hollow Men », « Les hommes creux ». Les hommes creux, le poète les laisse derrière lui. La ronde autour du cactus (« prickly pear, prickly pear ») continuera sans lui.
C’est donc en littérature que l’on trouve les clés du film de John Wells, et de la pièce de Tracy Letts. Chaleur écrasante, comme chez Faulkner et Steinbeck, personnages à la fois détestables et touchants d’humanité, « Un été à Osage County » rappelle vivement, et c’est voulu, un certain été de Tennessee Williams, dans sa pièce intitulée « Soudain, l’été dernier« .
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Dans les deux cas, la matrone s’appelle Violet, a le verbe méchant et se retrouve seule dans sa grande demeure : celle de Williams à la Nouvelle-Orléans, et celle de Tracy Letts dans l’Oklahoma. Katherine Hepburn tenait le rôle dans l’adaptation de Joseph L. Mankievicz.
Meryl Streep joue ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière, en nous montrant le talent extraordinaire dont elle faisait preuve dans « Le Choix de Sophie« , et plus récemment dans « The Hours« .
La mort du père rapproche quatre femmes, Violet et ses filles. La mère, à moitié folle, souffre du cancer de la bouche. On peine à deviner si la maladie est la cause de sa langue de vipère, ou l’inverse.
Trois hommes se cachent derrière les jeunes femmes: mari effacé pour l’aînée (merveilleusement incarnée par Julia Roberts, loin des comédies romantiques) séducteur invétéré pour l’écervelée (Juliette Lewis, toujours splendide) et surtout, Charles pour Ivy (Julianne Nicholson) sœur sacrifiée à la cause maternelle.
Charles rappelle à la fois Lennie dans « Des Souris et des hommes« , et Catherine dans « Soudain, l’été dernier ». Simplet, méprisé de tous excepté sa compagne, il sauve par sa candeur les rancunes et le cynisme ambiants.
Les dialogues sont fins et spirituels, acides mais justes. L’atmosphère du dîner n’est pas sans rappeler celle de « American Beauty« .
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On retrouve d’ailleurs dans « Un été Osage County » Chris Cooper, qui incarnait le nazi frustré dans le film de Sam Mendes. Les tensions familiales, les trois soeurs et le sens de la lumière de John Wells évoquent les grands films de Bergman (« Cris et chuchotements« , « Sonate d’Automne« ) et leur reprise par Woody Allen dans « Intérieurs« . Les sombres révélations au dîner rappellent « Festen« , film danois où une famille se déchirait déjà autour du patriarche.
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La photographie soignée de John Wells évoque tour à tour Norman Rockwell (en version parodiée) et Edward Hopper, dans un hommage cru à l’Amérique profonde.
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« Un été à Osage County » nous offre une affiche spectaculaire : Julia Roberts, qui prouve qu’elle peut être une actrice de composition, et plusieurs acteurs de films indépendants (Abigail Breslin de « Little Miss Sunshine« , Benedict Cumberbatch qui jouait récemment Julian Assange dans « Le Cinquième pouvoir« ).
Les acteurs sont tous parfaits dans cette famille dysfonctionnante. Au sein de cette galerie de personnages brisés, c’est l’étrangère qui met tout le monde d’accord. Une domestique indienne – au sens de Native American – se retrouve en retrait du drame familial et en même temps en son cœur.
Tennessee Williams dénonçait l’impossibilité d’expier le péché de l’esclavage dans le Vieux Sud. C’est le massacre des Indiens qui tentera d’être expié dans « Osage County ».
Le film de John Wells, et c’est sa grande force, fait aussi preuve d’humour caustique par des jeux de mots savoureux. Un film magnifique sur l’Amérique et ses paradoxes, la beauté, le deuil et la rédemption.

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