Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archive de l’étiquette

The Twilight Zone 2019 – The Comedian : analyse de l’épisode et explication de la fin (Spoilers)

3 out of 5 stars (3 / 5)
 
The Comedian est le premier épisode de La Quatrième dimension version 2019 proposée par Jordan Peele. Et il s’agit d’un pilote réussi. Enfin un épisode de série qui évoque le métier le plus casse-gueule au monde : comique de stand-up. Le vide est si facile à obtenir, les gens de talent ont tant de mal à percer, que le métier de comique est encore plus hasardeux que celui de comédien. 
 

The Comedian : une vie de chien

 
Samir essaie de faire rire sans y parvenir. Il lui arrive la pire des choses sur scène : le bide intégral. De ces moments dans les salles de théâtre où l’on entend un vague spectateur tousser, quelques verres tinter, rien de plus.
 
Kumail Nanjiani (Samir) dans l'épisode The Comedian, pilote de La Quatrième dimension (Jordan Peele, 2019)

Kumail Nanjiani (Samir) dans l’épisode The Comedian, pilote de The Twilight Zone (Jordan Peele, 2019)

 
Il faut dire que Samir tente de faire rire avec le deuxième amendement américain, celui sur les armes. A priori, ça n’a rien de drôle, et il n’arrive pas, à l’instar de Bill Maher a la télévision ou Janeane Garofalo sur scène, à proposer des analyses politiques au vitriol qui fassent rire le public.
 

Faites un voeu

 
 
Après son bide sur scène, moment désagréable s’il en est, Samir rencontre Tracy Morgan, comique réputé qui lui donne des conseils. Pour la petite histoire, Tracy Morgan, ancien du Saturday Night Live, joue ici son propre rôle, version diabolique.
 
Tracy Morgan dans The Comedian quatrième dimension twilight zone

Tracy Morgan dans The Comedian

 
Jordan Peele reprend ici un trope typique de La Quatrième dimension
 
Be careful what you wish for
 
Attention aux souhaits que tu formules, ils pourraient devenir réalité.
 
Comme dans Man in the Bottle, épisode de la série originale de La Quatrième dimension (1960) où un mauvais génie exauce les souhaits d’un couple pour leur malheur, Tracy Morgan aide Samir à devenir drôle. Avec des conséquences dramatiques.
 
le mauvais génie de The Man in the Bottle (La Quatrième dimension de Rod Serling, 1960)

Le mauvais génie de The Man in the Bottle (La Quatrième dimension de Rod Serling, 1960)

 
 
Samir trinque donc avec Tracy Morgan, et c’est son public qui trinquera ensuite. Et puis son entourage.
 

La rançon du succès (Attention Spoilers)

 
Le secret du succès, lui dit Tracy Morgan, est de parler de soi. Ou en tout cas de choses personnelles.
 
Après un énième flop suite à son sketch sur le deuxième amendement, Samir décide de parler de son chien. La salle est hilare, c’est son premier succès.
 
Une fois chez lui, il se rend compte sur son chien a disparu. Pire, sa compagne ne se rappelle même pas avoir eu un chien.
 
Le lendemain soir, Samir colle des affiches pour retrouver son chien perdu en compagnie de son neveu, charmant garçon espiègle de 12 ans.
 
C’est son neveu qui l’inspire sur scène le second soir. La salle rit aux éclats. Quel soulagement.
 
Cependant, le lendemain, c’est son neveu qui a disparu, effacé lui aussi de la réalité.
 
 

Clin d’oeil à Orwell ?

 
Oui, car parler des êtres sur scène, ce n’est pas seulement les tuer, mais bien les effacer de la carte, comme s’ils n’étaient jamais nés.
 
The Comedian, reprend à son compte la vaporisation d’Orwell dans 1984. Dans le roman, le gouvernement se débarrassait des gêneurs en affirmant qu’ils n’avaient jamais existé. Ainsi, des articles étaient falsifiés et des photos tronquées pour faire entièrement disparaître la réalité d’une personne.
 
C’est ce qui se produit avec les sketches de Samir dans The Twilight Zone. 
 

Avec mon death note à la main, j’ai peur de rien

 
Beaucoup de fans de mangas reconnaîtront également la logique de l’excellente série Death Note. Dans cette fiction, un jeune homme trouve par hasard un carnet de la mort – death note – où il suffit d’écrire le nom d’une personne et de penser à son visage pour qu’elle décède dans les 40 secondes.
 
death note
 
Samir, comme Raito dans Death Note, se fait ainsi justicier pour le pire. Par vengeance, il parle sur scène des idiots qu’il a croisés à l’adolescence, de spectateurs difficiles ou d’inconnus peu aimables.
 
Fatalement, l’étau se resserre, et Samir à de plus en plus de mal à trouver des sujets de sketch.
 

Coucou Black Mirror !

 
Un peu à la manière de Black Mirror, il finit par s’attaquer à son public et leur lance 
 
You need fresh Blood.
 
Il vous faut du sang frais.
 
Et voilà que c’est le public du comedy club qui se retrouve sur le banc des accusés. Encore une fois, c’est la difficulté du métier de comique que Jordan Peele met en lumière. Pour faire rire, il faut du neuf. On ne rit pas à une blague que l’on a déjà entendue.
 

Mourir sur scène 

 
L’étau se resserre tant pour Samir qu’il arrive à court d’idées. Quand sa compagne brandit le carnet où il a noté tous les noms prononcés sur scène – véritable death note – elle est la seule à l’avoir percé à jour. Elle ne rit pas à son sketch, qui n’est plus qu’une série de noms.
 
La tentation est grande de parler de sa compagne et ainsi s’en débarrasser. Tout comme Samir s’est débarrassé de son mentor, transformant ainsi sa partenaire avocate en employée de Fast food.
 
C’est aussi bien pratique de faire disparaître une autre comique, sa concurrente, Didi Scott.
 
didi et samir twilight zone the comedian quatrième dimension

DiDi Scott (Diarra Kilpatrick) et Samir dans The Comedian

 
Jordan Peele nous révèle ainsi comment une existence peut changer du tout au tout pourvu que l’on ne fasse pas la bonne rencontre. Il offre aussi une réflexion sur ce qu’un homme est prêt à faire afin de devenir célèbre et le rester. Vaut-il mieux, en somme, être populaire en perdant ceux que l’on aime, ou rester un comique raté mais au moins profiter de la vie avec les êtres aimés ?
 
Hélas, Jordan Peele ne peut s’empêcher de donner une morale à son épisode. Samir, sur scène, plutôt que de sacrifier sa compagne sur l’autel du rire, se sacrifie lui-même. Son mea culpa fait rire toute la salle, y compris sa partenaire. Lui-même disparaît de la scène à la fin du spectacle, effaçant sa propre existence.
 
On retrouve sa compagne et son neveu à la fin de l’épisode, qui vivent très bien sans lui et viennent admirer Didi Scott.
 

Salut Kubrick !

 
En guise de coda, Jordan Peele filme un mur du comedy club où l’on aperçoit le visage de Samir parmi des dizaines d’autres, peut-être toutes les victimes de ce pouvoir diabolique.
 
Le mur maudit de La Quatrième dimension

Le mur maudit de The Comedian

 
Ce plan n’est pas sans rappeler Shining de Kubrick, où l’on aperçoit sur une photo ancienne le protagoniste, comme prisonnier du temps à la fin du film.
 
La photo glaçante de Shining de Stanley Kubrick (1981)

La photo glaçante de Shining de Stanley Kubrick (1980)

 

Un pilote prometteur

 
Dans la dernière scène de The Comedian, c’est sa concurrente, sur la route du succès, qui trinque avec Tracy Morgan. On devine alors que tout va recommencer, dans un final typique de La Quatrième dimension.
 
The Comedian propose une réflexion sur l’artiste qui, si elle ne vaut pas l’excellent Mother d’Aronofsky, a au moins le mérite d’être bien menée. Ce pilote de The Twilight Zone cuvée 2019 rafraîchit le thème de l’égoïste qui s’amende, en rendant hommage à ceux qui tentent de faire rire avec plus ou moins de succès.
 
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
 
À lire aussi
 

Us, de Jordan Peele : analyse du film et explication de la fin (Spoilers)

3 out of 5 stars (3 / 5)
 
C’est l’histoire d’une petite fille qui se perd dans une fête foraine. Jordan Peele, en bon fan de La Quatrième Dimension, connaît l’aspect effrayant de la fête foraine.
 
Adélaïde se perd donc dans ce que l’on appelle un palais des glaces.
 
 
 
 
L’occasion pour Jordan Peele d’introduire à sa manière le thème du miroir, et donc du double.
 

À travers le miroir

 
Dans une scène très bien filmée (c’est un tour de force que de filmer des dizaines de miroir sans que l’on voit jamais la caméra se refléter dans l’Inde) Adélaïde se voit en plusieurs exemplaires jusqu’à tomber sur une autre petite fille qui est son portrait parfait. Cette petite fille n’est pas un reflet.
 
Jordan Peele coupe à ce moment.
 
Adélaïde retrouve ensuite ses parents, traumatisée. Ses proches s’inquiètent. Elle ne parvient pas à verbaliser son étrange expérience dans le palais des glaces.
 
Une fois adulte, Adélaïde est devenu une jolie femme. Elle a épousé un homme et a eu deux enfants, une fille et un garçon.
 
Elle confie à son homme qu’elle est encore traumatisée par son expérience d’enfant. Elle n’est pas très à l’aise avec leur lieu de vacances qui lui rappelle de mauvais souvenirs. 
 
Dès les premières images, Jordan qu’il joue sur les références à l’horreur. Adélaïde, dans la première scène, porte un t-shirt thriller de Michael Jackson. Son fils, des années plus tard, portera un T-shirt Les Dents de la mer. Sur une plage, cela ne manquera pas de rappeler aux cinéphiles la présence sous-jacente d’un danger.
 
 
 
Voilà les vacances ordinaires d’une famille américaine de la classe moyenne.
 

Tu es mon autre (Attention Spoilers)

 
Le soir venu, la famille d’Adélaïde est réunie dans la maison. Jusqu’à ce que le père remarque à la fenêtre des membres d’une autre famille se tenant la main, immobiles.
 
 
Cette famille est le double de la famille Wilson. Il s’agit du jumeau maléfique de chacun d’entre eux.
 
S’ensuit un survival movie inspiré du Funny Games de Haneke, déjà une inspiration de Get Out de Jordan Peele.
 
La famille maléfique va ainsi envahir la maison des « gentils. » Chacun des membres de la famille Wilson va devoir fuir son double avant de lui faire face.
 
Surtout, la mère de famille va devoir affronter son démon au sens littéral.
 
 
Elle retrouve en effet à l’âge adulte le double qu’elle avait croisé petite fille. Il faudra qu’Adelaide comprenne ce que veut son double –nommé Red – pour saisir la vérité sur son passé.
 

God blesse America

 
Quand Adélaïde demande à Red qui elle est, elle répond, en parlant de sa famille :
 
Nous sommes américains.
 
 
Le titre US peut donc être pris au sens de United States. Red tiens alors un discours sur l’enfance défavorisée qu’elle a vécue dans les égouts de la ville. Pourquoi Adélaïde aurait-il eu une vie privilégiée, tandis qu’ elle, son double, s’est vu imposer une vie atroce et souterraine ?
 
Cette famille de doubles maléfiques vient donc clamer son droit à une vie normale, et va tout faire pour remplacer les Wilson dans leur jolie maison.
 
Le film continue avec la course poursuite attendue : les doubles maléfiques poursuivent les gentils. Les gentils trouvent des astuces pour tuer leurs jumeaux malfaisants. 
 
Mais d’autres double maléfiques sont apparemment sortis des égouts. Peu à peu, la ville est envahie de monstres de forme humaine habillés en rouge, tous des doubles maléfiques des gens ordinaires.
 
La famille d’Adélaïde combat courageusement tous les doubles qu’elle croise.
 

Us : explication de la fin

 
À la fin, on croit la famille tirée d’affaire, mais on se trompe. Adélaïde, au volant de sa voiture, commence à avoir des flash-back.
 
On se rend compte que ce n’est pas Adélaide que l’on voit. En effet, celle que l’on a suivie comme « la gentille » depuis son retour de la fête foraine dans l’enfance n’est pas celle qu’on croit. En réalité, Adélaïde, dans le palais des glaces, s’est faite remplacer par son double, Red.
 
 
Adélaïde a été emmenée de force dans les égouts, et Red a pris sa place auprès de ses parents aimants.
 
C’est donc Red que nous voyons au volant de la voiture dans la dernière scène de Us. Le « nous » apparaît alors comme trompeur. Le spectateur croit dur comme fer jusqu’à la dernière scène que le pronom désigne la gentille famille, quand il réfère en fait à la famille d’usurpateurs.
 

Us : la satire sociale de Jordan Peele

 
J’ai dit « Usurpateurs » ? Pas si sûr. Cette fin à la Shyamalan permet à Jordan Peele de nous proposer une satire sociale.
 
Si l’on considère que le peuple des égouts représente les pauvres d’Amérique, Et que la famille d’Adélaïde représente la classe moyenne, Us nous présente le renversement réussi du système. L’une des dernières images montrant tous les doubles maléfiques habillés de rouge formant une chaîne humaine symbolise la victoire de la classe ouvrière sur les privilégiés.
 
Jordan Peele nous propose donc avec Us une satire politique sous forme de film d’horreur. Après Get Out, il n’oublie pas le propos politique, même s’il est moins bien explicité dans ce dernier opus.
 

Le twist final de Us : un happy end ?

 
Lors des derniers plans, on croit à un happy end. Eh bien, tout dépend de quel côté on se place. Tout le long du film, Adélaïde, devenue monstrueuse de par son enfance dans les égouts, tentait juste, en menaçant Red, de récupérer sa place légitime. Quand elle meurt, cela veut simplement dire que son double maléfique a gagné.
 
Le fils de Red dans le dernier plan est le premier à saisir la vérité : sa mère appartient au côté obscur et, du même coup, lui aussi. Voilà pourquoi il remet son masque de manière menaçante.
 
Avec Us, Jordan Peele évite soigneusement le film de série B grâce à des plans impressionnants, toujours sur la thématique du miroir. Le jumeau maléfique a beau être un cliché du cinéma d’horreur, Peele parvient à le réinventer et nous offrir quelque chose de neuf. Son film d’horreur maté de politique nous fait réfléchir, via la thématique du double, sur la légitimité de la classe moyenne et la possibilité d’une révolution.
 
 
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
 
À lire aussi 
 

Weird City : le futur a de l’avenir

1 out of 5 stars (1 / 5)
 
 
C’est l’histoire d’un type qui a été traumatisé par Black Mirror, et qui a décidé d’en faire une comédie.
 
Vous savez quoi ? C’est raté.
 

Peele électrique

 
Jordan Peele s’est fait connaître grâce à son film d’horreur et satire politique Get Out. Depuis, il a créé une bizarrerie appelée Weird City. Quand je dis dans mon titre que le futur a de l’avenir, je pense à toutes ces dystopies qui ont poussé comme des champignons au cinéma, à la télévision et sur Netflix. Le pessimisme est apparemment vendeur. On ne compte plus le nombre de futurs alternatifs cauchemardesques que la fiction nous a proposés ces dernières années. 
 
Jordan Peele aurait tort de ne pas surfer sur la vague. Manque de bol, quand on connaît bien les dystopies et surtout Black Mirror, Weird City apparaît dans ses six épisodes comme une pâle copie de ses aînés. 
 
Prenez le premier épisode par exemple. Non, vraiment, prenez-le. Je n’en peux plus.
 
 
Si vous avez vu l’excellent épisode de Black Mirror « Hang the DJ », le pilote de Weird City va vous sembler étrangement familier.

 

Weird City : un pilote aux airs de déjà vu

 
Et si on inventait une machine qui nous permettait de trouver l’âme sœur ? Cette question se pose également dans la future série d’Arte Osmosis. Cette question, apparemment, est dans l’air du temps. 
 
Seulement voilà, Weird City n’apporte rien de neuf à cette idée qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Comme pour « Hang The DJ », « The One » est un épisode en happy end. La seule petite originalité de l’épisode, c’est qu’il s’agit d’un couple homosexuel.
 
L’ordinateur de La Nuit des temps de Barjavel dans les années 60 trouvait déjà l’âme sœur de ses utilisateurs.
 
 
 
 
 
Le vendeur blond de l’appli dans « The One » et son enthousiasme effrayant rappelle l’esthétique de Mr Nobody, où un présentateur télé se réjouit de la mort prochaine de l’homme le plus vieux du monde. Il ressemble aux autres présentateurs hystériques de dystopie, notamment la nana survoltée de Battle royale.
 
 

Weird City aimerait imiter l’ironie publicitaire de Six Feet Under, mais là encore, c’est raté.
 
 

 
Quant aux « therapy vendor machines », sortes de psy en libre service, ils sont directement inspirés de THX 1138, premier film de George Lucas, sorti en 1971.
 

 
Dans ce pilote de Weird City, quel ennui ! On s’attache vaguement au couple mais sans y croire réellement. On attend paresseusement la fin de l’épisode en espérant que le deuxième nous offre une trame plus intéressante.
 

Famille, je vous hais 

 
Que nenni. Et pourtant, dieu sait que je suis fan de Michael Cera depuis Juno. Dans l’épisode « A Family » qui devrait nous proposer une réflexion intéressante sur la solitude dans notre société hyper connectée, on découvre Michael Cera en nerd solitaire.
 
Pour se faire des amis à tout prix, il s’inscrit dans une salle de sport où personne ne veut de lui.
 
 
Et c’est à peu près tout. L’épisode vire très vite au burlesque, ou plutôt au grotesque.
 

Une série forte en emojis

 
Moi, en bonne fan de dystopie, j’ai voulu aller plus loin. L’épisode 3, « Go to College », hélas, est tout simplement consternant.
 
Vous saviez qu’on pouvait faire un bébé en envoyant un emoji par texto ? Cet épisode palpitant de Weird City vous dira comment.
 
 
Trêve de bla-bla. Ne pas baiser, en dystopie, on connaît bien. Dans 1984, Orwell nous dit carrément que le sexe est l’ennemi du pouvoir en place.
 
 
Dans la fac futuriste de « Go to College », l’héroïne tombe sur des machines récalcitrantes qui ne comprennent rien à ce qu’elle demande. Ce passage peut être rapproché de « Rm9sbG93ZXJz », l’épisode muet de X-Files, où Mulder et Scully se retrouvent aux prises avec des machines en pleine révolte.
 
 

 
Le quatrième épisode de Weird City présente justement une maison un peu trop intelligente pour ses habitantes (admirez la fluidité de la transition.)
 

 

Smart House, une maison qui vous veut du mal

Dans Smart House, donc, un gentil couple de lesbiennes se retrouve victime d’une maison connectée qui se vexe facilement. 
 
Tout le long de l’épisode, j’ai pensé à un épisode amusant – l’un des rares, justement, à être humoristique – dans la série légendaire La Quatrième dimension. Dans cet épisode, un homme était poursuivi par ses appareils ménagers. Il s’agissait d’une variante sympathique de La Révolte des robots d’Isaac Asimov.
 

Mais Smart House ne va pas plus loin que son idée de départ.

 

Adopte un pauvre

Jordan Peele ne se contente pas de nous parler machines. Une dystopie parle avant tout des hommes et des femmes qui, bien souvent, se révèlent impuissants dans une société qui les dépasse… Ah non, ça c’est Brooker qui en parle dans Black Mirror.
 
Dans ce cas, est-ce que Jordan Peele nous parle société ? À peine.
 
Souvent, en dystopie, le fossé riches-pauvres est flagrant. C’est le cas dans Hunger Games, où les riches du Capitole mangent plus qu’il n’en faut, tandis que les pauvres meurent de faim dans les districts. Idem dans Weird City. Riches et pauvres sont séparés par une frontière appelée « The Line. » Au-dessus de la ligne vivent les riches, et en-dessous, les pauvres.
 
Dans l’épisode 5 de Weird City, une bande de zigotos décide d’adopter un pauvre. Parce que c’est bien, d’adopter un pauvre.
 
Peele pourrait en faire quelque chose d’instructif ? Pas du tout. Pourquoi se prendre la tête quand toutes les dystopies sont si regardées ? À quoi bon faire le moindre effort pour écrire un scénario intelligent, ou qui tienne seulement la route ?
 
Je me contente du pitch de cet épisode car la fin s’avère sans conséquences. Contrairement à la fin des épisodes de Black Mirror, marquantes au point de traumatiser le spectateur, la fin des épisodes de Weird City est vite vue et vite oubliée.
 

 

On peut éviter Weird City

 
Le dernier épisode ne fait pas exception. Même si la réflexion méta fait sourire dans les premières minutes, ces deux personnages, encore une fois, n’ont rien de mémorable. Malgré les références appuyées à d’autres séries bien meilleures comme La Quatrième dimension ou Hôpital St Elsewhere, Jordan Peele n’arrive pas à la cheville de ses modèles. Et ce n’est pas la première fois.
 
Bref, vous pouvez largement éviter cette mauvaise série qui se contente de surfer sur la mode des dystopies en ne proposant rien d’original. 
 
Le pire, c’est que Jordan Peele s’occupe du reboot de La Quatrième dimension. Et maintenant j’ai peur.
 
 
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
 
À lire aussi
 
 

Get Out : analyse du film et explication de la fin (Spoilers)


1 out of 5 stars (1 / 5)

En fac d’anglais, j’ai vite appris qu’être né homme, noir et pauvre aux Etats-Unis, c’était la merde. Une personne sur sept condamnée à la peine de mort est innocente. Beaucoup d’entre elles sont noires. Préjugés tenaces de l’Amérique blanche, pauvreté, avocat commis d’office, tout le système judiciaire américain défavorise l’homme noir.

Alors que faire ? Du cinéma. Un film engagé qui prouve que le Blanc n’accepte le Noir que s’il est docile, et correspond aux clichés habituels : l’Oncle Tom, la domestique soumise, l’homme discret habillé à la mode coloniale.


L'un des personnages de Get Out, habillé à la mode coloniale
L’un des personnages de Get Out, habillé à la mode coloniale

Jordan Peele a tenu le pari : il a réalisé une allégorie sous forme de film d’horreur pour dénoncer les clichés des Blancs privilégiés sur les Afro-Américains, clichés qui sont aussi ceux d’Hollywood.

Soyons francs : à part le biopic (Ray Charles, Mandela…) et le récent Moonlight, quand est-ce qu’un Noir a eu un rôle nuancé au cinéma ? Un rôle où son personnage est complexe, profond, avec ses contradictions ?


Get Out devrait montrer l’exemple

Le gros défaut de Get Out est que Jordan Peele ne montre pas l’exemple : Chris, son héros, est un mec cool, souriant et diplomate. Il manque de failles, de vérité. Ce n’est pas un personnage complexe. Quant à son meilleur ami, c’est le Noir rigolo, vaguement trouillard et obèse que l’on voit partout ailleurs.

Lil Rel Howery est Rod Williams, meilleur ami de Chris dans Get Out
Lil Rel Howery est Rod Williams, meilleur ami de Chris dans Get Out

Jordan Peele prétend jouer avec les clichés, mais il plonge dedans tête baissée. Le frère lourd de Rose, fiancée de Chris, est aussi un stéréotype ambulant.

Au début du film, le racisme ordinaire est démontré de manière trop appuyée et moralisatrice, notamment lors du contrôle au faciès par le flic suspicieux.


Coucou Black Mirror !

C’est d’autant plus dommage que l’acteur principal, Daniel Kaluuya, a joué dans l’extraordinaire épisode de Black Mirror, « 15 millions de mérites. » Là, par contre, son personnage était complexe, engagé, non pas pour la cause des Noirs, mais contre le mensonge du monde du spectacle et notre rapport absurde aux nouvelles technologies.


Bing se révolte dans "15 Millions de mérites", deuxième épisode de Black Mirror, de Charlie Brooker
Bing se révolte dans « 15 Millions de mérites », deuxième épisode de Black Mirror, de Charlie Brooker

À propos de Black Mirror, l’affiche américaine de Get Out est très proche, dans son esthétique et sa symbolique, du générique de la série de Charlie Brooker.



Jordan Peele nous tend, comme Brooker, un sombre miroir de notre société.

Dans Black Mirror aussi, Daniel Kaluuya était dans un couple mixte.


Bing et Abigail dans 15 Millions de mérites
Daniel Kaluuya (Bing) et Jessica Brown Findlay (Abigail) dans 15 Millions de mérites

Les couples mixtes au cinéma

Quand on voit un couple mixte au cinéma, difficile de ne pas penser à Devine qui vient dîner (1967). Cette comédie de mœurs avait lancé la carrière de Sidney Poitier, la même année que Dans la chaleur de la nuit, qui lui avait valu l’Oscar.

Le film était démonstratif, mais avait-on le choix en 1967 ? Pile 50 ans plus tard, peut-on encore faire un film démonstratif sur la question ?

Get Out dépasse le thème du couple mixte en l’élargissant aux rapports entre Blancs et Noirs, et la domination toujours actuelle des familles bourgeoises que l’on pourrait appeler « bien-pensantes. »

J’avais envie de défendre Get Out. J’avais envie de crier au génie, surtout quand j’ai vu  – avec plaisir – le phénomène qu’il générait aux Etats-Unis, et sa note épatante sur Rotten Tomatoes et IMDB.


Get Out : un film (mal) référencé ?

Il était courageux de parler d’un thème sociétal sous forme de film d’horreur émaillé de farce. Mais est-ce efficace ?

Le générique semble intéressant dans sa B.O., et en même temps, Shining ou Funny Games (surtout la version de 2007) le dépassent de beaucoup côté scène angoissante en voiture.

Jordan Peele connaît ses classiques. Il aime Fenêtre sur cour d’Hitchcock et Blow Up d’Antonioni, mais il intègre cette référence avec une maladresse étonnante.



Peele aime aussi les petites musiques à la Hitchcock quand une femme effrayante apparaît à la fenêtre.


Betty Gabriel (Georgina) domestique à la fenêtre dans Get Out
Betty Gabriel (Georgina) domestique à la fenêtre dans Get Out

Et quand cette même femme traverse les couloirs de la maison telle un fantôme, il pense à Jack Clayton ou, plus récemment, à Shyamalan. Hélas, ces références semblent mal digérées. Les jump scares sont clichés.


Vous prendrez bien une tasse de thé ? (Attention Spoilers à partir d’ici)

L’ambiance est particulière dans cette maison bourgeoise, et l’impression de cauchemar est assez bien rendue. Comme toujours, Catherine Keener brille dans un second rôle.


catherine keener et sa tasse de thé dans get out
Catherine Keener et sa tasse de thé dans Get Out

Ça ne vous dit rien, une femme flippante avec sa tasse de thé ?

La tasse de thé effrayante s’est déjà vue dans Ça de Stephen King, où une vieille dame apparemment inoffensive invitait Beverly à prendre le thé.

Plus récemment, une autre dame charmante nous faisait flipper en remuant sa cuillère dans une tasse de thé.

Ce qui vient surtout à l’esprit en regardant Get Out, c’est une nouvelle de Roald Dahl intitulée « The Landlady. »


 

Dans la nouvelle, une gentille propriétaire invite un jeune homme à prendre le thé, et lui parle de son fils. La vieille dame collectionne les animaux empaillés, mais pas seulement. La fin du texte révèle que la propriétaire a empoisonné le thé du jeune homme afin de l’ajouter à… sa collection.


Un discours à la Malcolm X ?

C’est le même principe pour la famille de Rose Armitage (le nom est proche d’Ermitage, habitation de l’ermite, lieu isolé). La famille blanche collectionne les hommes et les femmes plutôt que les objets. Ils collectionnent ce que Malcolm X aurait appelé les House Negroes, ces esclaves dociles qui aiment un peu trop leurs maîtres.



Comment font-ils pour que ces nouveaux esclaves soient consentants ? La mère Armitage les hypnotise grâce au bruit de sa cuillère dans la tasse de thé. C’est pas un gag. Certains trouveront la scène bien filmée, peut-être, et auront peur en salle. Les autres, hélas, poufferont de rire.

Les Armitage veulent ajouter à leur galerie de personnages un nouveau Noir acceptable pour eux : l’artiste.


Daniel Kaluuya et Allison Williams dans Get Out, de Jordan Peele (2017)
Daniel Kaluuya (Chris Washington) et Allison Williams (Rose Armitage) dans Get Out, de Jordan Peele (2017)

Même le personnage de Chris est trop sommaire pour qu’on s’y attache vraiment, alors qu’il est doux et intelligent. On aura évité, heureusement, le cliché du Noir musicien. Le fait que Chris soit photographe est une bonne idée, puisque Get Out est un film sur le regard, le point de vue.


Une certaine idée du Vieux Sud

Or, l’homme au regard aiguisé se retrouvera sans regard, hypnotisé par la mère, qui tient toute la ville sous hypnose grâce à sa tasse de thé (on ne rit pas). Elle rappelle en cela une certaine Maryann Forrester dans True Blood.


Maryann Forrester met la ville de Bontemps sous hypnose dans True Blood
Maryann Forrester met la ville de Bontemps sous hypnose dans True Blood

Si True Blood s’attaque aux paradoxes du Vieux Sud avec efficacité, Get Out se contente de personnages sommaires, du prénom de la domestique Georgina – en référence à la Géorgie – et d’un jeu de mots sur Mississippi en fin de film (il s’agit d’une manière de compter lentement : « One Mississippi, two Mississippi… »)

Tennessee Williams parle souvent de l’impossibilité d’expier le crime de l’esclavage. Jordan Peele se place à son opposé complet : non seulement la famille Armitage n’essaye pas d’expier le péché de l’esclavage, mais elle s’en délecte, et continue d’asseoir sa puissance sur la domination des Noirs.


Vaut-il mieux être Noir ?

Le film détourne au moins le cliché de l’aveugle clairvoyant, mais de manière ridicule, encore : un chasseur de talent aveugle repère la finesse des photos du héros. Sa volonté de voler le cerveau de Chris est une métaphore de ce que les Blancs volent aux Noirs : leur matière grise, après avoir pillé leurs ressources naturelles. Ainsi, le chasseur de talents vole l’identité de Chris, corps et âme, via une greffe de cerveau. Le sort de Chris ressemblerait alors à celui de John  Malkovitch dans le film de Spike Jonze : des vieux, rêvant d’une seconde jeunesse, veulent piloter son corps et son esprit, en faire, comme ils l’appellent, « un vaisseau. »


La fenêtre à travers laquelle Chris est censé devenir le spectateur de sa propre existence rappelle d’ailleurs cette fenêtre du film de 1999, et surtout celle du générique de La Quatrième dimension.

La jalousie de l’homme blanc envers l’homme noir est ainsi dénoncée : il serait plus « cool » d’être noir. Ce serait à la mode, selon l’aveugle. Là aussi, je demeure perplexe. Pour l’œil de Chris, fort bien. Mais pourquoi la grand-mère a-t-elle voulu devenir la domestique des Armitage ? Surtout, si c’était si grandiose d’être noir, pourquoi les parents Armitage et leur fille ne le sont-ils pas déjà ? Il serait d’ailleurs plus aisé pour Rose de ramener des jeunes gens noirs à la maison si elle l’était elle-même.

Quoi qu’on en dise, il demeure plus avantageux d’être blanc, et surtout riche, dans l’Amérique d’aujourd’hui. La seule explication qui serait viable, mais n’est pas exploitée dans le film, c’est l’idée que la famille Armitage ait réduit en esclavage les grands-parents. Voler des corps noirs, cyniquement, ne serait qu’une question d’habitude. On obtiendrait, surtout, une réflexion sur le jeunisme en plus du racisme.


Une fin prévisible

Peele tient tout de même un discours passionnant et choisit la forme difficile du film d’horreur. Hélas, si l’on est fan de films d’épouvante, on devine bien vite la fin. Le fait que Rose est la rabatteuse des ses parents ne surprendra pas les habitués des films à chute, ni des épisodes de La Quatrième dimension. On pense notamment à « The Lateness of the Hour, » où une famille bourgeoise collectionne les robots. Leur fille se plaint de ne jamais sortir de chez elle. Dans un twist typique de la série, on se rend compte qu’elle est robot elle-même.

La fille robot dans "The Lateness of the Hour", épisode de La Quatrième dimension (1960)
La fille robot dans « The Lateness of the Hour », épisode de La Quatrième dimension (1960)

Redevenir jeune en changeant de corps est aussi l’obsession d’un vieux couple dans un autre épisode de La Quatrième dimension, « The Trade-Ins » (1962).

Les héros de l'épisode "The Trade-Ins" de La Quatrième dimension rêvent de changer de corps pour redevenir jeunes.
Les héros de l’épisode « The Trade-Ins » de La Quatrième dimension rêvent de changer de corps pour redevenir jeunes.

Get Out, utopie effrayante

Toujours côté séries, le parfait petit monde des Armitage est filmé comme l’utopie effrayante du Prisonnier, autre succès des années 60 : gros plans sur les visages au sourire douteux, malaise omniprésent, couleurs acidulées.

Les habitants de la ville faussement utopique du Prisonnier
les habitants de la ville faussement utopique du Prisonnier

La vidéo de propagande que Chris regarde à la fin de Get Out est carrément pompée sur celles du Prisonnier.

Surtout, dans cette atmosphère qui se veut terrifiante, Peele ajoute des moments comiques qui gâchent l’ensemble. On tombe dans la farce quand Rose écoute la BO de Dirty Dancing sur son iPhone, et Peele use d’un comic relief dans la dernière scène, quand il faudrait un silence tragique.

À la fin du film, surtout, Chris ne devient pas un « field Negro », révolté selon Malcolm X. Il se contente de s’enfuir (d’où le titre, « Get Out ») sans réveiller de leur hypnose ses frères et sœurs opprimés.


Bon pour le discours, raté sur la forme

Jordan Peele, dans Get Out, a choisi un parti pris esthétique courageux pour dénoncer le rapport entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis : celui du film d’horreur. Le discours qu’il tient sur les Noirs clichés, les seuls acceptables par les Blancs, est très bien vu. Mais parce qu’il ne présente pas lui-même de personnages noirs complexes, il échoue dans sa démonstration. S’il est cinéphile et sériephile, ses références tombent à plat et s’avèrent grossières. Le comique gâche aussi la terreur provoquée par la famille Armitage qui, hélas, ressemble à tant d’autres.

Pour une meilleure étude du sujet, il vaut mieux regarder l’excellent documentaire diffusé par Arte récemment.


Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !

À lire aussi



Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial