Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archive de l’étiquette

Black Mirror, « Arkangel » : Big Mother te regarde

4 out of 5 stars (4 / 5)

A la fin du film Juno, Vanessa Loring (interprétée par Jennifer Garner) tient son nouveau-né dans les bras.


Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)
Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)

Elle croise le regard de la mère de Juno (Allison Janney) et lui demande :

– How do I look ? – Like a young mom. Scared shitless.

– De quoi j’ai l’air ? – D’une jeune maman. La trouille au ventre.

Je ne suis pas encore maman, mais quand ce sera le cas, je suis à peu près certaine que j’aurai la boule au ventre en permanence :

Où est ma fille ? Pourquoi mon fils rentre tard ? Lui est-il arrivé quelque chose en sortant de l’école ? Tant de sadiques courent les rues. Tant de pervers enlèvent les petits.

Comment être mère sans devenir folle?


Bonjour l’angoisse

On rencontre Marie le jour où elle donne naissance à Sara. Dès les premières secondes, elle angoisse. Sara ne pleure pas. On ne la lui donne pas tout de suite dans les bras.L’instant d’après, tout va bien : les médecins ont réussi à la faire pleurer un peu, et elle se retrouve, comme il se doit, dans les bras de sa mère.

Quelques années plus tard, Sara est une belle gamine. Elle joue dans un parc et disparaît, oh, l’espace d’une seconde…

Cela suffit à ce que Marie prenne une décision drastique : se fier à Arkangel (Archange) nouveau système de surveillance des enfants.


Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)
Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)

Arkangel, c’est une puce que l’on insère dans le cerveau des mômes, qui permet d’observer leurs moindres faits et gestes.N’est-il pas séduisant de savoir où se trouve son gosse à toute heure du jour et de la nuit ? N’est-il pas rassurant d’avoir une machine qui vous notifie en cas de danger pour votre enfant ?

Arkangel promet tout cela.


Traquer les enfants au cinéma

L’idée d’un traqueur pour les enfants n’est pas nouvelle. Black Mirror, c’est de la dystopie. Dans Hunger Games, déjà, les participants au jeu de la mort avaient tous un traqueur placé dans le bras. C’est le cas de Katniss.


Le tracker (mouchard) dans Hunger Games
Le tracker (mouchard) dans Hunger Games

À la fin du deuxième volume, Johanna, une alliée, ira le chercher en lui mutilant le bras pour qu’elle ne soit plus suivie à la trace par le Capitole.

Dans The Circle, sorti récemment, Mae reste interloquée quand l’une de ses collègues lui dit sans sourciller qu’elle a inséré une puce dans le corps de son enfant. S’il y a enlèvement, dans 99,9 % des cas, l’enfant est retrouvé.Faut-il traquer nos enfants pour être bien sûr.e de ne jamais perdre leur trace ? N’est-il pas plus sain de ne pas tout savoir de sa progéniture ? Pour la chance, qui reste infime, que mon enfant soit enlevé.e, je lui ôterais son intimité, ses secrets. Je le/la priverais même de ses expériences, qu’il ou elle pensera uniques, mais seront en fait partagées.

Des humains démunis face à la machine

Dans « Arkangel », la mère, pleine de bonnes intentions, se croit ange gardien et devient démone.Un journaliste a un jour demandé à Charlie Brooker pourquoi il était si sévère envers la race humaine. Il a répondu qu’au contraire il était indulgent : il nous montre, à chaque épisode de Black Mirror, comment les humains sont démunis face a la machine.

Tous les parents veulent protéger leurs gosses du monde qui les entoure. Et chaque fois, semble-t-il, qu’une machine tente de le rendre service, c’est un échec. Il suffit de voir l’inefficacité du contrôle parental sur Internet, et de son fameux filtre.

Marie veut tellement protéger Sarah qu’elle décide d’imposer un filtre au regard de sa fille : elle ne peut plus voir d’images angoissantes, ni entendre de mots choquants.



La machine, en un mot, la rend autiste aux souffrances du monde. Elle se retrouve, pour son malheur, avec une vision déformée de la réalité.

Les images en question sont brouillées, comme dans l’épisode « White Christmas », où les criminels devenaient de vagues silhouettes pour les citoyens ordinaires.En regardant cette saison 4, j’ai fait promettre à mon compagnon de ne jamais céder aux sirènes du monde orwellien : ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’il faut s’en servir.

Arkangel, technologie faussement rassurante

Le portable est déjà là pour me rassurer. « Et si jamais mon père tombe malade ? » Je saurai à la minute qu’il faut agir. A cause de l’urgence possible, on se prive d’une infinité de moments de quiétude.

Je n’ai eu de portable que très tard, quand j’ai vu que ma propre mère se servait du sien pour vérifier que j’étais bien à la maison, en appelant sur le fixe pour entendre ma voix.

Pour se rassurer jusqu’à l’extrême, il y a Arkangel : la technologie du GPS existe déjà, celle de la reconnaissance faciale est déjà en route en Russie, pourquoi ne pas créer une nouvelle invention qui compile ces différents moyens et nous fasse entrer dans une nouvelle ère de surveillance ?

Charlie Brooker fait preuve de beaucoup d’intelligence dans Black Mirror : il parle toujours de l’humain, et assez peu, finalement, de la technique. En effet, « Arkangel » est un épisode non pas sur la machine, mais sur la mère. L’épisode pose des questions éthiques fascinantes. Parce qu’elle sait tout, la mère prive la fille de ses choix d’existence.

Pour la petite histoire, Marie est le nom de la mère du Christ, et Sarah celui de la mère d’Isaac. Deux figures fortes de la maternité dans la Bible, en somme.

Un scénario surprenant

Le scénario de « Arkangel » a le talent de déjouer les attentes du spectateur : il ne s’agit pas de rester dans la sphère de l’enfance, mais d’expliquer les conséquences de l’usage de la machine au moment où la petite fille atteint l’âge de femme.


Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans Arkangel
Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans « Arkangel »

Jodie Foster, qui a le génie des thrillers, propose avec sa caméra des moments à la Hitchcock, comme la montée des escaliers à la fin du film.

Rosemarie DeWitt joue très bien cette mère inquiète. Les fans de séries reconnaîtront celle qui incarnait la soeur de Toni Colette dans United States of Tara.


Et si… ?

Si la fin de « Arkangel » – comme tous les épisodes, semble-t-il, de Black Mirror cette saison – est moins plombante que d’habitude, elle reste complexe et soulève bien des questions : qu’aurais-je fait à la place de la mère ? Que ressentirais-je à la place de la fille ?

Si cette technologie vient au jour, me laisserai-je tenter, ou pire, cette puce sera-t-elle implantée dans la tête des enfants comme une nouvelle norme ?

Comme à chaque fin d’épisode de Black Mirror, je n’ai pas de réponse, seulement des questions, et même des inquiétudes. Pas de ces angoisses qui passent le lendemain, après un épisode d’une série comique. Une voix sourde, qui se demande, à chaque minute, si le réel rattrapera un jour la fiction.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire :

Money Monster : le thriller politique de Jodie Foster

4 out of 5 stars (4 / 5)
Money Monster est l’un des meilleurs films du moment. Voilà un mois et demi qu’il est sorti, et je veux écrire dessus depuis longtemps. Seulement voilà, il m’a fallu le voir… une deuxième fois.
Si vous avez aimé Mad City, de Costa-Gavras, sorti en 1997, avec John Travolta en homme désespéré qui prend un musée en otage, et Dustin Hoffmann en journaliste ambitieux, vous aimerez sûrement Money Monster, construit sur le même modèle.
Affiche du film Mad City de Cozst Gavras
Money Monster, c’est l’histoire d’un mec, Kyle, la vingtaine, qui pète un câble. Il a perdu toutes ses économies à cause d’un « couac » informatique qui aurait effacé toutes les données client d’une entreprise, IBIS, dirigée par un certain Walt Camby. Aux abois, le jeune homme prend en otage Lee Gates, présentateur-vedette d’une émission censée conseiller les téléspectateurs sur les investissements boursiers.
Jack O'Connell (Kyle Budwell) et Georges Clooney (Lee Gates) dans Money Monster de Jodie Foster
Jack O’Connell (Kyle Budwell) et Georges Clooney (Lee Gates) dans Money Monster de Jodie Foster
Pas besoin d’aller bien loin pour deviner que Lee Gates (toujours très pro George Clooney) représente le monde de l’argent: il porte le patronyme de l’homme le plus riche du monde. Walt Camby, grand patron, a le prénom du père de Mickey, et d’une des entreprises les plus immenses du globe.
Le type fauché face au mec riche, au cinéma, on connaît. Apparemment, Travolta est abonné à la prise d’otage, parce que dans White Man, renversement intéressant de la suprématie blanche, il joue un Blanc pauvre qui prend un riche Noir en otage.

Money Monster montre aussi un personnage sympathique mais à bout, prêt à tout, non pas pour l’argent, mais pour découvrir la vérité sur ce mini krach boursier qui a ruiné tant de petits épargnants.

Une vérité qui dérange

Car c’est bien la vérité qui dérange Lee Gates. Non pas qu’elle représente un danger pour lui, mais il est comme tous ses collègues: il ne la connaît pas. Personne ne semble savoir ce qui a créé ce couac informatique. La chargée de com fait son boulot, à savoir calmer le jeu et baratiner les foules. Mais Kyle Budwell ne se contentera pas de la langue de bois habituelle des médias. Il va exiger la vérité. Et pour aller au fond de l’histoire, accrochez-vous. Patty Fenn, productrice de l’émission, parle dans l’oreillette du présentateur pour l’aider à sauver sa peau. Et elle fera aussi, grâce à Kyle, une véritable enquête de journaliste. D’après une réflexion qu’elle fait au début du film, ça n’arrive pas souvent.
Julia Roberts (Patty Fenn) dans Money Monster, de Jodie Foster
Julia Roberts (Patty Fenn) dans Money Monster, de Jodie Foster

Un couac informatique ? Voilà qu’il faut trouver l’auteur de l’algorithme qui serait à l’origine de la catastrophe. L’aimable geek souhaite rester discret, affaire Snowden oblige.

Et ce patron, Walt Camby, où est-il ?

De nombreuses références à l’Amérique contemporaine

Je vous ai posé le décor, et je vais éviter les spoilers, car Money Monster est un excellent film à suspense. Disons que Jodie Foster, dans sa finesse, son intelligence, sa culture générale, et sa passion, semble-t-il, pour l’Histoire contemporaine américaine, fait à la fois référence à Madoff et aux subprimes qui ont ruiné l’Amérique (et le monde, par ricochet) aux hommes d’affaires qui reviennent tranquillement de Suisse, et, à mon sens, au scandale Iran-Contra qui entacha le mandat d’un certain Reagan.

Si vous aimez Le Capital, toujours de Costa-Gavras, où le réalisateur tente de démonter la machine financière, Lord of War, où Andrew Niccol vous invite à adopter le regard d’un trafiquant d’armes, les films The Company Men et Margin Call, qui décryptent les causes et conséquences de la crise des subprimes; si vous adorez les thrillers où le méchant n’est pas forcément celui qui tient le flingue, Money Monster peut vous plaire.

Côté séries, les fans de The Newsroom, où l’on montre les coulisses d’une salle de rédaction, seront servis, sans oublier les fans de The Wire: c’est Dominic West, génial McNulty dans la série de David Simon, qui campe le rôle de Walt Camby.

Dominic West joue Walt Camby dans Money Monster
Dominic West joue Walt Camby dans Money Monster
Money Monster est un excellent thriller politique. Il vous tiendra en haleine de bout en bout. Jodie Foster a compris, et mis en scène comme jamais, une Amérique en crise, et un monde de médias où seul le drame fait naître la vérité.

Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial