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Mother! de Darren Aronofsky : analyse du film et explication de la fin (Spoilers)

4 out of 5 stars (4 / 5)

Imaginez un film qui commence comme un Bergman, continue comme Du Polanski et se termine façon Quatrième Dimension. Voilà ce qui vous attend avec Mother! d’Aronofsky.

Un couple – un auteur (Javier Bardem) et sa jeune épouse (Jennifer Lawrence) – retape une vieille baraque, lieu de vie poussiéreux que la femme, surtout, tente de faire renaître.

Jennifer Lawrence, dans ce film, a des airs de Liv Ullmann, muse de Bergman à la grande époque.


Jennifer Lawrence dans Mother! de Darren Aronofsky (2017)
Jennifer Lawrence dans Mother! de Darren Aronofsky (2017)

Liv Ullmann dans Scènes de la vie conjugale, de Bergman (1973)
Liv Ullmann dans Scènes de la vie conjugale, de Bergman (1973)

Aronofsky multiplie les fausses pistes (Attention Spoilers à partir d’ici)

Mother! commence comme Scènes de la vie conjugale : le couple, qui ne va pas si bien, accueille chez lui un autre couple qui fait tout vaciller.

Un homme perdu (Ed Harris) qui se dit fan de l’auteur squatte la fameuse maison pour la nuit. Il est bientôt rejoint par sa femme (Michelle Pfeiffer) qui prendra vite ses aises.


Michelle Pfeiffer dans Mother!

Michelle Pfeiffer dans Mother!


Puis ce sera le tour de leurs deux fils. Une dispute terrible opposera les deux frères, et l’aîné (toujours splendide Domhnall Gleeson) tuera son cadet. Le meurtre laissera une tache indélébile sur le tapis blanc de la chambre. On adopte le point de vue du personnage de Jennifer Lawrence.

Aronofsky multiplie les fausses pistes. On croit d’abord à une drôle de famille que le mari, avec raison, aurait cachée à son épouse. Il peut s’agir d’un drame familial qui éclaterait dans cette maison trop vieille pour être sans secret.

Il n’en est rien.


Un délire métafilmique

Il n’y a qu’un seul indice révélant la volonté du réalisateur. C’est Michelle Pfeiffer qui le souffle à l’héroïne : « la maison n’est qu’un décor. » Tout de suite, dans ma tête littéraire, jaillit le mot « mise en abîme ». Si un cinéaste dit que la maison n’est qu’un décor, il faut le prendre au mot.

Le mari écrivain, qui n’a pas de nom, est un égoïste. Il a à tout prix besoin de la reconnaissance et de l’amour des autres, d’où son accueil du fan et de toute sa famille. Il aime ses admirateurs plus que sa compagne, qui semble pourtant être son admiratrice numéro un.

Une autre scène-clé révèle qu’il ne veut pas d’enfant, contrairement à son épouse. Si Platon dit que l’homme est éternel par les livres qu’il écrit et les enfants qu’il fait, le héros de Mother!, lui, a choisi de se contenter de ses écrits.

Jennifer Lawrence face à Javier Bardem dans Mother!
Jennifer Lawrence face à Javier Bardem dans Mother!

Mais le drame de ce couple « ‘d’invités » qui perd un fils lui redonne l’inspiration, tant pour écrire un livre que pour faire un bébé.

Jennifer est aux anges. Elle est enceinte.


Jennifer’s Baby

Cette grande maison qui s’emplit puis se vide rappelle le roman d’horreur The Fifth Child, de Doris Lessing.



Dans le roman de 1988, on pouvait déjà établir un parallèle entre la trame et celle de Rosemary’s Baby, célèbre roman d’Ira Levin brillamment adapté par Polanski. Difficile de ne pas penser à cette adaptation en regardant Mother! L’affiche même en est directement inspirée.

À regarder ces posters, on pense également au récent Enemy, de Denis Villeneuve, où tout se passe dans la tête du protagoniste.



Dans Mother!, on croit d’abord que tout se déroule dans la tête de l’héroïne, d’autant que le réalisateur prend soin de la montrer régulièrement avaler une curieuse mixture dorée. La folie semble la guetter.

Des bouts de moi

Quand le personnage de Javier Bardem retrouve enfin le goût d’écrire, il rédige un chef-d’œuvre poétique, et les fans affluent devant sa porte. Il ne sait pas les retenir. De parfaits inconnus envahissent alors sa maison, rappelant encore une fois le film de Polanski, et les voisins sans gêne de Rosemary. Les admirateurs du poète veulent à tout prix emporter un morceau de lui, et pillent sa demeure.
Plusieurs artistes ont insisté sur cette dimension pesante des fans qui  cherchent à leur arracher quelque chose. Goldman leur rendait pourtant hommage dans Des bouts de moi. Britney Spears (oui, je cite Britney Spears dans un papier intello sur Aronofsky) a quant à elle dénoncé l’obsession des paparazzi de voler un morceau de sa personne.



Faites comme chez vous

Pour le mari dans Mother!, ce succès est bienvenu,  quand tout à coup survient le drame : l’un de ses trophées – un prix littéraire, est-on en droit de penser – tombe au sol et se brise en mille morceaux. La colère du mari est incommensurable. La femme en est effrayée. Elle l’est encore davantage dans la dernière partie du film, lorsque les fans envahissent – et détruisent en partie – la maison qu’elle a mis tant de cœur à rénover. Ils lui répètent à l’envi qu’elle n’est pas chez elle, et n’ont d’yeux que pour l’artiste.

Une autre (mauvaise) chanson vient à l’esprit, Y a trop de gens qui t’aiment, interprétée par d’Hélène Ségara. L’épouse est totalement éclipsée au profit de son mari célèbre. Elle est de temps en temps saluée comme « l’inspiration », encore.

Aronofsky dénonce l’égoïsme des artistes mégalo, mais d’une manière plutôt originale.
Dans Rosemary’s Baby, l’homme ne pense également qu’à sa carrière, au point de trahir sa femme et laisser le diable lui faire un enfant. Dans Mother! le diable est le mari lui-même. Il fait un enfant à son épouse, oui, mais c’est pour mieux le donner en offrande à ses fans, qui ont toujours faim de lui. La scène de dévoration du bébé est bien sûr déconseillée aux âmes sensibles.

Explication de la fin de Mother!

Le mari, au-delà de l’enfant de sa femme, va lui voler son cœur à la toute fin du film. Ce cœur va devenir au sens littéral le dernier de ses trophées. Il est amusant de remarquer qu’en anglais, « trophy wife » (femme-trophée) se dit une très belle femme que l’on montre aux autres par vanité. Jennifer Lawrence incarne à merveille cette épouse-potiche qui aimerait être davantage.

Ce que le mari collectionne et que l’on ne doit pas approcher, ce ne sont pas des prix littéraires, mais les cœurs des femmes qui l’ont aimé et qu’il a tuées. Ces femmes peuvent être véritables ou fictives. Je penche pour la deuxième solution, puisqu’il s’agit d’un auteur. Sa maison, son décor, disparaît et réapparaît à la fin du film pour accueillir une nouvelle « conquête », héroïne d’une énième trame.

L’écrivain, dévoreur d’amour, a créé de toutes pièces plusieurs femmes pour se faire aimer d’elles. Il leur vole ensuite leur cœur, comme un cannibale mange ses victimes pour leur prendre leur force. Comme le dit l’héroïne dès la bande-annonce, « Ce n’est jamais assez. »

On plaint le personnage de Jennifer Lawrence, dont le cœur n’était autre qu’un diamant brut.

Les femmes fictionelles au cinéma

Aronofsky a pu s’inspirer d’un très bon épisode de La Quatrième dimension, où un auteur crée une femme à sa convenance, avec une facilité déconcertante.



La fin de l’épisode est extraordinaire, et Rod Serling lui-même suggère qu’il est un être de fiction créé par son propre personnage.

Vous avez du mal à suivre ? Normal, on est en pleine mise en abîme, c’est-à-dire l’œuvre dans l’œuvre, le bouquin dans le bouquin, le film dans le film, la fiction dans la fiction.

Si vous voulez comprendre le concept sans vous prendre la tête, regardez le charmant film Elle s’appelle Ruby, où un auteur invente aussi la fille idéale en l’écrivant. Une fois les mots sur le papier, la fille en question prend vie et devient sa compagne.



Le film est une réflexion intéressante sur le pouvoir de l’auteur, et la bonne idée – ou non – d’avoir une partenaire qui réponde à chacun de ses désirs…

La délicieuse Delphine dans Les Demoiselles de Rochefort disait du marin qui avait peint son visage sans l’avoir jamais vu :

« Comme ce type doit m’aimer puisqu’il m’a inventée. »

On ne peut pas dire que l’écrivain de Mother! aime ses créations. Il veut être aimé d’elles par contre, à la folie. Il ne finira jamais sa collection de trophées inquiétants cachés à l’étage.


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2 out of 5 stars (2 / 5)

Le geai-moqueur est de retour, pour le plus grand plaisir des fans. Même logique que pour la saga Potter, le dernier roman est adapté en deux épisodes à l’écran. On peut bien sûr critiquer cette démarche purement commerciale, qui vise à faire deux fois plus d’argent avec un seul roman. Il n’empêche que l’économie habituelle de l’adaptation filmique (résumer en moins de deux heures un gros roman) ne permet pas de tout raconter. Parfois, prendre son temps a du bon.

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L’épisode 7.1 de Harry Potter a été très critiqué. Pourtant, il avait le mérite de montrer la drôle de guerre des sorciers, calquée sur la Drôle de guerre, aux premiers temps de la Seconde Guerre Mondiale. On voyait dans ce volet l’attente – ou plutôt l’attentisme – et la crainte diffuse d’une période floue. Il ne se passe rien ? Justement, tout est là. C’est le calme avant la tempête, qui prépare l’opus final, empli d’action.
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Ensuite, la figure de dictateur (merveilleux Donald Sutherland) sur écran géant, évoque celle du ministre de la magie. L’esthétique raillait la toute-puissance soviétique.
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De Big Brother au président Snow

Hunger Games reprend tous les codes de la dystopie (société futuriste cauchemardesque) à commencer par ce fameux dictateur sur grand écran.
Le plus célèbre est celui d’Orwell, Big Brother.
Précurseure à Hunger Games : la figure de Big Brother dans l'adaptation de 1984 de Michael Radford, justement sortie en 1984

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Big Brother, « grand frère, » c’est le surnom ironique donné au dictateur qui, plutôt que de veiller sur son peuple, l’assassine. Il est d’ailleurs étonnant qu’une émission de télévision ait choisi ce nom terrifiant en guise de titre.
Les caméras partout, Orwell connaissait bien. Il a vu avant les autres le Londres surveillé à l’extrême qui existe aujourd’hui. Chez nous, l’émission Big Brother a été adaptée en Loft Story, et plus récemment Secret Story.
Suzanne Collins, en écrivant The Hunger Games, attaquait justement ce type d’émissions dites de « télé-réalité. » Elle a ainsi créé un jeu télévisé monstrueux où des adolescents s’entre-tuent pour le plaisir du Capitole.
Avant The Hunger Games, un auteur de BD dénonçait le gouvernement Thatcher grâce à un  personnage au masque de Guy Fawkes.
V (Hugo Weaving) sur grand écran dans V pour Vendetta, réalisé par James McTeigue (2006)

V (Hugo Weaving) sur grand écran dans V pour Vendetta, réalisé par James McTeigue (2006)

Dans ce passage, V adopte la même arme que son adversaire pour inciter le peuple à la révolte: un discours retransmis sur écran géant. C’est le premier pas vers la chute du dictateur en question, Adam Sutler.
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Le nom d’Adam Sutler est proche, et c’est voulu, du nom Adolf Hitler. Le président Snow a un nom qui ne lui ressemble pas. Blanc comme neige ? C’est tout le contraire. Des révélations inquiétantes résonnent d’ailleurs à la fin de La Révolte.

Hunger Games, la révolte : un excellent travail d’esthétique et d’adaptation 

Ce qui rappelle le plus V pour Vendetta dans ce dernier opus de la saga, ce sont les scènes de foule.
Les mouvements de foule de Hunger Games rappellent ceux de V pour Vendetta

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Dans une esthétique sombre (qu’il reprendra dans l’excellent Red Sparrow, toujours avec Jennifer Lawrence), Francis Lawrence filme le peuple de dos, dans leur marche vers la révolte. La scène où les rebelles reprennent la chanson de Katniss pour en faire un hymne révolutionnaire est particulièrement réussie.
L’adaptation à l’écran est plutôt bonne. On se souvient comme le deuxième épisode proposait la meilleure adaptation possible du roman, qui était pourtant inférieur au premier. Le second volet insistait sur la dimension politique, et c’est paradoxalement ce qui manque dans La Révolte.

Un manque de contenu

La réplique risible d’Effie Trinket « tu seras la rebelle la mieux habillée de l’Histoire » révèle le peu de cas que l’on fait de la politique dans un épisode censé mettre en scène une révolution. Mais ne tapons pas trop sur le film : le troisième roman manque de contenu. C’est le moins réussi des trois, et il est plutôt mal écrit.
Cependant, Francis Lawrence et son scénariste Danny Strong (qui a depuis co-créé la populaire série Empire) s’en sortent plutôt bien pour l’adaptation. Ils ménagent suffisamment de suspense dans la scène finale pour donner envie d’en savoir plus.

Un casting prestigieux, mais…

 
Si c’est une joie de voir Philip Seymour Hoffman à l’écran, on remarque aussi qu’il a l’air profondément dépressif, et cela ne colle pas au personnage censé combattre la dictature en place.
Quant à la divine Julianne Moore, on se demande un peu ce qu’elle vient faire là, à l’instar de Meryl Streep dans The Giver.
Donald Sutherland reste un grand acteur, mais Snow est hélas devenu une caricature de lui-même, d’une cruauté aveugle.
Jennifer Lawrence est toujours aussi douée, dans le registre de l’action comme de l’émotion, mais ne parvient pas non plus à faire oublier la faiblesse du scénario et des dialogues.
Celui qui, étonnamment, tire son épingle du jeu, est Josh Hutcherson dans le rôle de Peeta. Détruit par le Capitole, le visage blafard, la voix vacillante, il offre une composition convaincante.

Un épisode bien mené dans l’ensemble

 
Étiré sur deux épisodes, La Révolte aurait pu souffrir d’un manque de rythme. Il n’en est rien: l’action et l’émotion alternent, on ne s’ennuie pas une seconde, et l’on suit avec intérêt cette héroïne moderne qui appelle à la révolution.

Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) dans Hunger Games, la révolte, réalisé par Francis Lawrence (2014)

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