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Big Little Lies : les vraies Desperate Housewives

3 out of 5 stars (3 / 5)

Quand j’entends le nom de Monterey, petite ville américaine où se déroule l’intrigue de Big Little Lies, ça me fait penser à Sinatra. 


 


Ou plutôt, ça me fait penser à Al Pacino dans L’Associé du diable, qui chante cette chanson à la fin du film, à l’heure où l’on sait que le diable, c’est lui.


 


Ce n’est pas la seule chose qui m’évoque L’Associé du diable dans Big Little Lies.

Dans le film de Taylor Hackford sorti en 1997, Al Pacino incarne John Milton, dont le nom fait référence à l’auteur du Paradis perdu, l’une des rares œuvres littéraires où le diable gagne la partie. Il confie à Kevin (Keanu Reeves) jeune avocat : « C’est notre truc : vous noyer de gentillesse. » Or, c’est exactement la réplique de Céleste à Jane quand elle vient d’arriver en ville.


Jane, Madeline et Céleste à table dans Big Little Lies
Jane, Madeline et Céleste à table dans Big Little Lies

Toujours dans L’Associé du diable, les femmes du cabinet Milton disent à Mary-Ann, elle aussi nouvelle venue :

Écoute, tu as trois possibilités : tu peux travailler (froncement de sourcils). Tu peux t’amuser (sourire). Ou tu peux procréer. »

Voilà aussi le choix des femmes de Monterey, entretenues par de riches maris. La seule à travailler, c’est Renata. Elle se plaint dès le premier épisode que les mères au foyer voient d’un mauvais œil son activité professionnelle. Il est des bourgeoises de la banlieue américaine comme des femmes du 19ème siècle, époque où les dames « ne se commettaient pas » à travailler.

Desperate mothers

Au-delà de femmes au foyer désespérées, les héroïnes de Big Little Lies sont des mères anxieuses, angoissées à l’extrême quant à la réussite et au bien-être de leurs petits.


Renata et sa fille Amabella dans Big Little Lies
Renata et sa fille Amabella dans Big Little Lies

Dans Desperate Housewives, Lynette, mère de quatre enfants, se disputait aussi avec une « maman parfaite » au sujet de la pièce de l’école.


Lynette Scavo (Felicity Huffman) dans Desperate Housewives
Lynette Scavo (Felicity Huffman) dans Desperate Housewives

Ah les mamans parfaites ! Celles qui arrivent impeccablement habillées et coiffées à l’école, qui parlent avec diplomatie et se lient d’amitié avec les autres mamans. Elles font les gâteaux pour la fête de l’école et se présentent toujours comme représentantes des parents d’élèves. On en parlait dans Bad Moms, mais celle qui en parle le mieux, c’est Florence Foresti :



Dans Big Little Lies, les mamans font les enfants, et se querellent comme eux. Les guerres qui se jouent à l’école sont souvent des guerres de pouvoir pour écraser la maman concurrente qui a, par son argent et son influence, la main sur Monterey.

La série pose également la question des Bovary de notre temps. Nicole Kidman (Céleste) est splendide dans son désespoir discret. Le fait qu’elle ait joué dans la version 2004 de The Stepford Wives prend tout son sens dans Big Little Lies. Céleste rappelle Bree Van der Kamp par son déni. Le personnage de Marcia Cross confiait à son psy :

Nous avons été élevés, mon mari et moi, dans la grande bourgeoisie. Nous sommes passés maîtres dans l’art d’ignorer l’éléphant qui est dans la pièce.

Surtout ne pas voir. Surtout ne pas laisser voir. Ces femmes en souffrance évoquent, au cinéma cette fois, les mères au foyer chez Sam Mendes, dans Little Children.


Kate Winslet joue une mère secrètement désespérée dans Little Children, de Sam Mendes
Kate Winslet joue une mère secrètement désespérée dans Little Children, de Sam Mendes (2006)

Autre Emma Bovary de la littérature, Anne Desbaresdes, héroïne de Moderato Cantabile, a la nausée au cœur du roman.



Dans l’épisode six de Big Little Lies, Maddie est prise de nausée à table. La nausée métaphorique chez Duras (et Sartre) devient littérale.

L’école de la médisance

Ces femmes, pour se sentir plus à l’aise avec elles-mêmes, sont prêtes à tout pour écraser l’autre. Tous les moyens sont bons, à commencer par la médisance. L’école de la médisance est justement le titre d’une pièce de Sheridan, dont le titre original, School for Scandal, sied si bien aux habitants de Monterey.



Par un montage astucieux, Big Little Lies dénonce les mesquineries entre voisins : commérages, on-dit, dézingage en tout genre devant les policiers qui tentent de saisir pourquoi il y a eu mort d’homme un soir de fête.


Comme au cinéma

Le réalisateur Jean-Marc Vallée, à qui l’on doit l’excellent Dallas Buyers Club. avait déjà collaboré avec Reese Witherspoon dans Wild, et a choisi pour Big Little Lies le même chef opérateur, Yves Bélanger. Son sens de la lumière rappelle le film Perfect Mothers, surtout dans les plans sur la mer (ou la mère, au choix) omniprésente dans la série.



Jean-Marc Vallée, en bref, met les meilleures techniques du cinéma au service d’une série. La série est par ailleurs très bien écrite. Certaines répliques, notamment au sujet des apparences et du déni (de soi ou d’une situation donnée) vont faire date. Nicole Kidman est très bonne dans le déni. Elle a compris son personnage avec plus de finesse, et lui donne plus de profondeur que ne le font ses collègues Reese Witherspoon et Shailene Woodley. Les répliques de la psy de Céleste sont également bien senties. Quant au personnage de Maddie, divorcée, il est très bien vu. Petit plus appréciable : la BO est très bonne.

Une certaine idée de l’Amérique

Big Little Lies révèle dès son titre ces petits mensonges qui en cachent de plus grands. Les petits mensonges sont ceux de convenance, ceux qui disent que tout va bien quand ça ne va pas si bien. Ces petits mensonges en cachent un plus grand, celui déjà dénoncé dans Mad Men : les grandes maisons avec vue sur la mer sont secrètement emplies de chagrin et de solitude.


Kidman joue Céleste Wright dans Big Little Lies
Kidman joue Céleste Wright dans Big Little Lies

Dans la série, Céleste a trouvé Mr Wright, qui peut s’entendre, à l’anglaise, comme Mr Right (l’homme idéal.) Ce nom ironique annonce que chez les Wright, « Everything goes Wrong. »

Ce fameux Mr Wright, qui « joue au monstre » avec ses enfants est d’une efficacité redoutable.
Big Little Lies, comme toutes les bonnes séries américaines, nous dit quelque chose sur l’Amérique de son temps. Son puritanisme est dénoncé dans la gué-guerre autour du spectacle musical de marionnettes. Son ambiguïté face au sexe et notamment la virginité des jeunes filles est très bien montré dans l’engagement d’Abigail, fille de Maddie.

Bref, Big Little Lies est une série à ne pas manquer, d’autant qu’elle ne compte que sept épisodes. Allez y, regardez, et alliez le plaisir d’un bon scénario, de dialogues fins et d’une interprétation impeccable.

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Du même réalisateur que Big Little Lies, Jean-Marc Vallée :    

Dallas Buyers Club : le combat d’un cowboy


4 out of 5 stars (4 / 5)

Juillet 1985. Rodéo. Ron Woodroof ne chevauche pas que des vaches. Depuis Brokeback Mountain de Ang Lee en 2005, on n’avait pas vu de cowboy filmé avec sensibilité et intelligence. Ron Woodroof, contrairement aux héros de Brokeback Moutain, n’est pas homosexuel. Il est hétéro, joue en société le cliché viril, amateur de bière, de drogues, et de belles montures. Il est aussi un homophobe notoire.

Dallas Buyers Club : film anti-clichés

Tous les clichés de l’époque (dont certains demeurent encore aujourd’hui) y passent : Ron contracte le virus à cause du sexe sans protection, à l’heure où l’on pensait que le maladie ne concernait que le milieu homosexuel. Les clichés sur l’homosexualité sont largement dénoncés, ainsi que les difficultés d’être une femme dans le secteur médical. Il ne précise pas cependant, et c’est fâcheux, que le sexe sans protection entre deux personnes séropositives, au lieu d’être anodin, fait en réalité progresser la maladie plus vite chez les deux partenaires.

Des acteurs impressionnants

Matthew McConaughey, déjà impressionnant dans Killer Joe (2011) a bien bossé son rôle : l’accent est impeccable, il est amaigri, affaibli, mais garde l’énergie des gens engagés. Jared Leto est épatant en travesti sensible.

Jared Leto en trans dans Dallas Buyers Club

Jared Leto en trans dans Dallas Buyers Club

Un nouveau rôle de composition pour un acteur adepte du transformisme, souvent méconnaissable dans ses rôles.

Dallas Buyers Club : le VIH sans pathos

Dallas Buyers Club montre les symptômes de la maladie sans aucun pathos, voire même, et c’est là son tour de force, une grande dose d’humour. La réalisation et le montage donnent aux passages de Ron à l’hôpital des airs de running gag. Le téléphone portable de 1985 prête à sourire, bien sûr, à l’heure des smartphones. Insolence brillante d’un homme qui se déguise en prêtre pour aider des malades, dont les imbéciles disent qu’ils paient le prix de leur vie sexuelle dite déviante ou malsaine.
Voici l’histoire d’un ancien homophobe devenu héros de la communauté gay pour s’être battu, contre la maladie, mais aussi contre l’hypocrisie médicale et pharmaceutique au nom de la recherche ou des impératifs financiers.

Un film militant

Le film de Jean-Marc Vallée, à qui l’on doit l’excellent C.R.A.Z.Y (situé dans les années 70) montre le début du militantisme des associations gay pour le droit des malades. Ron a établi un trafic pour faire de l’argent, oui, mais aussi pour aider les potes, et a changé l’air de rien le cours de l’Histoire médicale concernant le traitement du VIH.
Dans une réflexion sur ce qui est légal et ce qui est légitime, la désobéissance civile de Ron Woodroof, inspirée d’une histoire vraie, donne au spectateur envie – non pas seulement de vivre – mais d’exister et de combattre, 30 jours, sept ans, et beaucoup plus.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

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