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Festival Kinotayo 13e édition 2018

Festival du film japonais contemporain Kinotayo : notre sélection

Le 13ème festival Kinotayo se déroule du 17 janvier au 10 février. Il propose une compétition entre dix films, mais également deux séances d’animations et deux séances spéciales. Le festival se déroule majoritairement à Paris mais s’exporte un peu partout en France, notamment à St-Malo. C’est là que j’ai pu assister à quatre des dix films en compétition et l’un des deux films d’animation.

Malheureusement, ces films ne sortiront probablement jamais en salles françaises en dehors de ce festival. Si un des films vous intéresse, profitez du festival pour pouvoir le voir dans votre salle de cinéma la plus proche !

Crimson Star

3 out of 5 stars (3 / 5)

On commence notre rétrospective du festival Kinotayo par Crimson Star. Ce film nous raconte l’histoire de Yô (Miku Komatsu), jeune fille de 14 ans qui tombe amoureuse de son infermière Yayoi (Yuki Sakurai). Yô va apprendre, à sa sortie de l’hôpital, que Yayoi a démissionné. Un an plus tard, Yô retrouve Yayoi, devenue prostituée. Yô va s’immiscer dans la vie de son ancienne infirmière pour essayer de la changer.

Crimson Star est un film très beau, à l’image extrêmement travaillée en toutes circonstances. Sa lenteur peut toutefois en repousser plus d’un. Ce film est très contemplatif, mais également assez dur car son tempo relâché nous fait affronter plus directement des sujets très sensibles.

Crimson Star va poser diverses réflexions sur la prostitution, l’homosexualité, la pédophilie ou l’inceste. Sa thématique principale est pourtant sur la limite assez fine entre l’amour et l’admiration. Aya Igashi, réalisatrice du film, a vécu la même situation : jeune et amoureuse de son infirmière, elle n’a pas réalisé de suite qu’elle ne ressentait qu’une profonde admiration. 

Crimson Star travaille souvent sur la symbolique. Une scène m’a marqué notamment, dans laquelle Yayoi conduit sa voiture pour emmener un de ses clients. On la voit s’arrêter dans un tunnel, avec au bout la lumière. Cette lumière symbolise la libération et c’est à ce moment que le client va se décaler pour embrasser Yayoi, bloquant complètement la lumière du cadre. La scène semble montrer que Yayoi s’est enfermée dans sa propre prison, sans s’en rendre compte. Certaines autres symboliques sont en revanche martelées à longueur de temps. Crimson Star perd alors en subtilité.

Au bout du compte, Crimson Star ne prend pas tout à fait : il est beau et dur, mais manque singulièrement d’émotion. La faute à un gimmick qui consiste a faire hurler ses personnages à la mort dans les moments tristes, ce qui nous sort absolument de la scène. 

Penguin Highway

4 out of 5 stars (4 / 5)

Premier film de Hiroyashu Ishida, Penguin Highway est un film d’animation qui narre les aventures de Aoyama, jeune garçon de CM1 très intelligent qui multiplie les recherches scientifiques. Il se retrouve à résoudre un problème complexe : l’apparition de manchots en plein milieu de la ville, qui semblent liés à une charmante assistante dentaire. 

Penguin Highway est excellent, c’est un vent frais qui met en joie pour plusieurs heures. On s’attache rapidement à l’ensemble des personnages, et donc de proposer de vrais enjeux. En termes d’animation, le film est magnifique, à l’image léchée et à la mise en scène très fluide. 

Penguin Highway semble assez simple à première vue. Il révèle néanmoins une vraie profondeur en traitant ces sujets avec justesse. On se retrouve intrigué et amusé par cette histoire de manchots (tous aussi mignons les uns que les autres au passage).

Si vous voulez retomber en enfance et vous laisser emporter par un flot de joie, vous devez voir Penguin Highway, qui restera comme le pic de bonne humeur du festival Kinotayo. Il vous enchantera au point que vous serez même ravi de le voir foncer en plein dans quelques clichés du film d’animation. Mais soyons honnêtes, Penguin Highway vous arrachera aussi une ou deux larmes à la fin.

Love at Least

2 out of 5 stars (2 / 5)

Kosai Sekine nous présente Love at Least, son premier film après avoir réalisé des clips et des spots publicitaires. Il va nous parler de Yasuko (Shuri), jeune femme souffrant de dépression et d’hypersomnie. Elle vit avec Tsunaki (Masaki Shuda), un compagnon distant et désintéressé. Selon son réalisateur, Love at Least parle d’une sorte de révolte intérieure face à la société.

Love at Least est malheureusement l’un des films les moins exaltants du festival Kinotayo. Il nous dépeint une réalité japonaise (place du travail dans la société, chômage…) d’une manière assez juste, mais patine sur tous les autres plans. La direction d’acteurs est à la ramasse : Shuri est en sur-jeu et Masaki en sous-jeu durant tout le long-métrage. Love at Least n’avance pas. La fin est quasi identique à celle au début, elle annule l’effet de plusieurs évènements pourtant marquants. Nombre d’éléments nous sont présentés pour être in fine mis de côté. 

Au crédit de Love at Least, on notera une très bonne colorimétrie et certains plans intéressants. En somme, ce premier essai n’est pas franchement une réussite pour ce tout nouveau réalisateur.

Inland Sea

3 out of 5 stars (3 / 5)

Inland Sea est un documentaire en noir et blanc de deux heures sur une vieille ville de pêcheurs japonaise. Posé ainsi, ça peut faire peur, mais je vous invite à aller le voir. Kazuhiro Soda, le réalisateur, préfère le nom « film d’observation » à documentaire, et il est vrai qu’avec Inland Sea, on se retrouve plongé dans la vie traditionnelle d’une vieille ville japonaise. La réalisation très épurée de Kazuhiro fait qu’il n’influence pas notre vision de cette ville ou de ses habitants.

Pour observer le vieux Japon et profiter de parcours de vie atypique de certaines de ces personnes âgées. Pour profiter aussi de leur vision plus qu’intéressante sur le monde actuel, Inland Sea doit être vu. C’est tout le mérite du festival Kinotayo de nous proposer une immersion dans la vie de ces gens si peu représentés à l’écran

Shiori

4 out of 5 stars (4 / 5)

Shiori est également un premier film, celui de Yusuke Sakakibara, anciennement physiothérapeute. Il va justement exposer dans son film la difficulté de ce métier avec le personnage de Masaya (Takahiro Miura). Shiori va suivre trois arcs narratifs différents. Le premier suit l’arrivée du père de Masaya dans l’hôpital, qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Il doit être traité pour un cancer du cerveau. Le deuxième suit l’accompagnement d’un rugbyman paralysé des jambes après un accident et sa rééducation à l’aide de Masaya. Le troisième suit un petit garçon atteint d’une maladie rare que Masaya essaye de soigner par la rééducation.

En premier lieu on peut noter une réalisation très inspirée grâce à un format d’image en 4/3 et une caméra à l’épaule. Ce procédé, ici finement utilisé, nous immerge en plein dans les scènes, et nous fait ressentir une profonde promiscuité avec les personnages.

En second lieu, la direction d’acteurs est sublime. La justesse des émotions dans Shiori est tout à fait impressionnante. L’impact émotionnel des multiples scènes fortes du film est sidérant. Shiori vient vous chercher directement dans votre cœur par la sympathie qu’on éprouve pour les patients de Masaya : on espère que ce garçon soit guéri, que ce rugbyman puisse marcher à niveau, car ils sont véritablement touchants.

En bref, ce fut pour moi une belle édition du festival Kinotayo.

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CANNES 2017 – VERS LA LUMIERE (HIKARI) : QUE VOIS-JE ?

Misako prête sa voix à l’imaginaire des spectateurs aveugles et leur décrit des films. Elle écrit le texte et le dit à mesure que l’image défile.

Des mots et des émotions

Vers la lumière n’est pas seulement une réflexion sur la difficulté de l’audiodescription. C’est une réflexion sur l’écriture au sens large, sur l’impossibilité de décrire avec exactitude les choses et les émotions. Le film illustre, en cela, la célèbre phrase de Beckett :


Words fail us.
Les mots nous manquent.

Entendre Misako décrire un film dans la première scène, c’est un peu comme entendre Truffaut en voix off commenter ses propres images. La mise en abyme est immédiate, puisque dans la salle, nous sommes tous spectateurs. Il faudrait presque fermer les yeux pour vivre l’expérience de la cécité, et se laisser guider par la voix de Misako.

Mais hélas, on raterait le questionnement central de Vers la lumière. Le film décrit par Misako montre un vieil homme face à la mer, et elle dit de son regard qu’il « déborde d’espérance. »

Voilà le hic. Ce n’est pas comme ça que je lis le regard du vieil homme. Je ne le trouve en rien empli d’espoir. Il pourrait être triste, nostalgique, désespéré, même, mais certainement pas débordant d’espérance.

Misako en a trop dit. Elle recevra les critiques de spectateurs aveugles qui la conseillent sur l’écriture de son texte. Elle se fera surtout réprimander par Masaya, photographe de talent en passe de perdre la vue.

Masaya (Masatoshi Nagase) dans Vers la Lumière (Hikari) de Naomi Kawase (2017
Masaya (Masatoshi Nagase) dans Vers la Lumière (Hikari) de Naomi Kawase (2017)

Misako a commis le crime de sa profession : empiéter sur l’imaginaire du public.

L’une de mes amies travaille comme médiathécaire pour les aveugles et les gens empêchés de lire. Je n’avais pas compris, jusqu’à Vers la lumière, pourquoi elle défendait si ardemment la voix de synthèse pour les audiolivres. Elle argumente que seule la voix de synthèse, parfaitement neutre, permet au malvoyant de faire sa propre lecture du texte, d’en tirer sa propre interprétation.

Une leçon pour les écrivains et les critiques de cinéma




Dans Vers la lumière, Naomi Kawase offre une leçon éclatante aux écrivains mais aussi aux critiques de cinéma, ce qui explique peut-être l’accueil mitigé du film à Cannes.

La réalisatrice nous dit en substance : Êtes-vous sûr.e de ce que vous avez vu ? Êtes-vous certain.e que votre interprétation est la bonne, ou même qu’elle est pertinente ? Ne plaquez-vous pas votre grille de lecture personnelle sur un film qui dit tout autre chose ?

La réalisatrice Naomi Kawase
La réalisatrice Naomi Kawase

Après avoir écrit plus de 400 articles en trois ans sur ce blog, je vois la difficulté de donner la lecture d’un film par écrit, surtout lorsqu’il s’agit de sujets brûlants ou d’un film à lectures multiples.

C’est, comme pour Misako dans Vers la lumière, le public qui me rappelle la relativité de mon interprétation. Vos commentaires me disent quotidiennement à quel point un film change de sens en fonction de celui ou celle qui regarde.

Vers la lumière porte bien son titre

Alors je vous le dis sans détour : le film de Kawase est magnifique. Et quand je dis « le film de Kawase est magnifique » je ne dis rien de plus que « J’ai trouvé le film magnifique. » Je n’impose pas mon point de vue, je le propose. Le film a été reçu moyennement à Cannes, ce qui veut dire, bien sûr, qu’on peut ne pas être touché.e. Mais Hikari, de son titre original, est encore meilleur que Les Délices de Tokyo, de la même réalisatrice.

Vers la lumière
porte bien son titre. La photo est splendide, les paysages somptueux. La quête du père pour Misako est peut-être trop appuyée et convenue, mais sa rencontre avec Masaya est extraordinaire. Entre celle qui souhaite affûter son regard et celui dont le regard se brouille naît une amitié particulière. 

Masaya (Masatoshi Nagase) et Misako (Ayame Misaki) couple de Vers la lumière
Masaya (Masatoshi Nagase) et Misako (Ayame Misaki) couple de Vers la lumière

La sincérité et la beauté de Ayame Misaki et le charisme de Masatoshi Nagase apportent beaucoup aux personnages.

Le drame intime de Masaya, dont le métier de photographe représente toute sa vie, est bouleversant.

Vous connaissez le questionnaire de Proust ? A la question « Quel serait votre plus grand malheur ? » Il a répondu :


« Devenir aveugle. »

Cette trouille est fréquente, notamment chez les artistes. Parce que j’écris, j’admets que la cécité m’effraie également. Comment écrire sur le cinéma quand on n’y voit plus ?

D’où mon empathie pour Masaya, qui doit renoncer à sa passion parce qu’il perd la vue. Je sais bien que perdre la vue n’est pas perdre la vie. C’est en trouver une autre par les autres sens, et elle peut être riche… et belle. Mais ce n’est pas le propos de Vers la lumière.


Ma palme du cœur

Naomi Kawase me dit que je suis la seule à voir le film que je vois. D’aucuns m’en voudront que ma lecture n’épouse pas la leur, et pourtant, je continuerai d’écrire.

J’espère vous avoir donné envie de voir Vers la lumière, ma palme du cœur pour Cannes 2017.

Dites-moi si vous ressentez la même chose. Ou non. Racontez-moi quelle est votre palme du cœur. Et si elle est autre que la mienne, donnez-moi envie de changer de regard.

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CREEPY : LA FÊTE DES VOISINS

Affiche de Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)
Par Clément

Alors on flippe

Même sans avoir recours au genre de l’horreur, les Japonais sont très doués pour faire naître le frisson. Kiyoshi Kurosawa en avait déjà donné la preuve avec le diptyque Shokuzai, et même l’un de ses premiers films, Cure, qui contenait déjà certains thèmes de Creepy : les psychopathes flippants, les cadavres qui se multiplient, les manipulations mentales.

Kyoko Koizumi dans Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa (2012)
Kyoko Koizumi dans Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa (2012)

Bouleversé par une prise d’otages où il fut blessé, l’inspecteur Takakura (Hidetoshi Nishijima) démissionne de la police. Il déménage dans une petite ville avec sa femme Yasuko (Yûko Takeuchi). Peu de temps après, Nogami (Masahiro Higashide), un ex-collègue, lui demande son aide pour résoudre une affaire qui le taraude depuis six ans : la disparition, du jour au lendemain, de tous les membres d’une famille, laissant seule leur fille Saki (Haruna Kawaguchi). 

Mio (Ryōko Fujino), Takakura (Hidetoshi Nishijima), Nishino (Teruyuki Kagawa), et Yasuko (Yûko Takeuchi) dans Creepy
Mio (Ryōko Fujino), Takakura (Hidetoshi Nishijima), Nishino (Teruyuki Kagawa), et Yasuko (Yûko Takeuchi) dans Creepy

Dans le même temps, Takakura et Yasuko font la connaissance de leur voisin Nishino (Teruyuki Kagawa) et de sa fille Mio (Ryōko Fujino). Nishino se montre de plus en plus effrayant. Yasuko devient irritable, Takakura a l’impression qu’un piège invisible se referme sur lui… 

Mon voisin le psycho

Les peurs les plus efficaces sont universelles. Lorsque dans les journaux, on interroge les voisins d’un.e tueur.se, combien de fois entendons-nous que cet personne avait l’air normale, serviable, gentille…

Comme le fait remarquer Takakura, la plupart des assassins sont des crèmes (Blue Velvet ne dira pas le contraire), alors si notre voisin est un peu inquiétant, cela indiquerait plutôt qu’il est inoffensif, non ?

Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)
Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy de Kiyoshi Kurosawa (2016)

Et si le mec d’en face était un assassin ? De ce simple pitch, Hitchcock a tiré Fenêtre sur cour, feu d’artifice ludique et malicieux. Tout en maintenant un ton léger, le maître du suspense fait sourdre l’angoisse.

Grace Kelly et James Stewart dans Fenêtre sur Cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954)
Grace Kelly et James Stewart dans Fenêtre sur Cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954)
Harper Lee, dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, nous fait partager la terreur de Scout et de la ville de Maycomb à propos d’Arthur « Boo » Radley, voisin muet, invisible, objet de rumeurs terrifiantes. Cependant, la rumeur est-elle fondée ? Plus près de nous, les Desperate Housewives, mais aussi les personnages de Big Little Lies, se sont interrogés sur leurs voisins

Arthur "Boo" Radley (Robert Duvall) dans Du silence et des ombres, réalisé par Robert Mulligan (1962)
Arthur « Boo » Radley (Robert Duvall) dans Du silence et des ombres, réalisé par Robert Mulligan (1962)

Côté voisins terrifiants, on a rarement fait mieux que les Castevet de Rosemary’s baby, voisins prévenants le jour, satanistes la nuit. 

Ruth Gordon et Sidney Blackmer (Minnie et Roman Castevet) dans Rosemary's baby de Roman Polanski (1968)
Ruth Gordon et Sidney Blackmer (Minnie et Roman Castevet) dans Rosemary’s baby de Roman Polanski (1968)

Creepy : un script pas assez rigoureux

Même si Creepy sème des twists de plus en plus horribles, le scénario n’est pas ce qui est le plus intéressant : l’exposition, bavarde, s’étend sur près du premier tiers du film. Ainsi l’enquête policière n’a-t-elle d’autre but que de donner un passif à Nishino. Elle se révèle prévisible, ce qui ne l’empêche pas de s’étirer en longueur.

Takakura (Hidetoshi Nishijima) et Nogami (Masahiro Higashide) dans Creepy
Takakura (Hidetoshi Nishijima) et Nogami (Masahiro Higashide) dans Creepy

Kurosawa demeure flou sur le rôle joué par la fille de Nishino. On relève aussi plusieurs incohérences dans le film, y compris le dernier twist, renversement de situation inexplicable. On s’étonne aussi de l’inefficacité flagrante de la police.

Le secret de la cave noire

Si Creepy est réussi, c’est qu’il est avant tout le portrait d’un homme mentalement déréglé.
Teruyuki Kagawa est étonnant en misanthrope détraqué, alors même qu’on le voit rarement passer à l’action. Faible physiquement, vaguement ridicule dans sa cynophobie (peur des toutous) il sidère lors de ses apparitions, alternant blagues douteuses, sous-entendus menaçants, brusques crises de colère, sourires figés… tout y passe.

Yasuko (Yûko Takeuchi) et Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy
Yasuko (Yûko Takeuchi) et Nishino (Teruyuki Kagawa) dans Creepy
Même après ses menaces, il persiste à communiquer avec ses voisins, dans un jeu cruel du chat et de la souris, comme pour le violeur de Elle. On ne sait jamais quand il va frapper.

Ses intentions sont glaçantes. Les amateurs d’Esprits Criminels retrouveront la même motivation chez les méchants de l’épisode 5.16 Hansel et Grétel. Le sadisme de Nishino n’est jamais « volontaire », il est le fruit d’un raisonnement tordu. Creepy adopte le point de vue inverse de Captives qui filmait le calvaire des victimes et non de l’agresseur. Kurosawa pare ainsi à la tentation de trop en faire, travers dans lequel tombait hélas Atom Egoyan.

Naoko Sâto (la mère) et Mio (Ryōko Fujino) dans Creepy
Naoko Sâto (la mère) et Mio (Ryōko Fujino) dans Creepy
Kurosawa refuse le happy end facile : le retour à la normale n’aura pas lieu, conséquence d’avoir fréquenté trop longtemps un démon, une fin comparable à celle, très noire, d’Harmonium. La fin de Creepy aurait été plus forte si Kurosawa avait coupé son film cinq minutes plus tôt, mais même le pessimisme japonais a ses limites.

Le casting du film Creepy de Kiyoshi Kurosawa
Le casting du film

« Plus réussi est le méchant, plus réussi est le film » (Hitchcock)

Malgré les zones floues de son scénario et son exposition à rallonge, Creepy n’en est pas moins un vrai cauchemar, mis en scène avec un crescendo qui donne le frisson (plans fixes comme autant de prisons virtuelles, photographie des scènes de cave glauque…) et porté par un méchant à la perversité mémorable.

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SAYONARA, DE KOJI FUKADA (2017) : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN

 
 

 

Leona (Geminoid F), androïde incarnée par une androïde dans Sayōnara (2015)
 
4 out of 5 stars (4 / 5)
 
 
Par Clément
 

Histoire sombre, film lumineux

 
Après l’explosion de plusieurs centrales nucléaires au Japon, le gouvernement, sur des critères ouvertement discriminatoires, procède à l’évacuation progressive de la population. Les riches et puissants partent en premier. Les étrangers, réfugiés, célibataires, ou détenteurs d’un casier judiciaire, doivent attendre plus longtemps, avec un risque d’irradiation croissant. 
 
 
Tania (Bryerly Long) est de ces parias : d’origine sud-africaine, elle vit dans une maison reculée, seule avec Leona, son androïde de compagnie (Geminoid F, androïde véritable). Son cercle social est réduit : sa voisine (Makiko Murata), et un amant intermittent (Hirofumi Arai). Les mois passent, et Leona devient la seule confidente de Tania, qui dépérit peu à peu…
 
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayōnara de Kōji Fukada (2015)
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayonara de Koji Fukada (2015)

En regardant Sayonara, il m’est venu en tête un poignant lied (poème germanique chanté) de Robert Schumann, « In der Fremde », d’après Eichendorff :

Qu’il viendra vite, qu’il viendra vite, hélas,

Le temps où je reposerai moi aussi.

Au-dessus de moi bruira, dans sa splendeur, la forêt solitaire,

Et plus personne ne me connaîtra ici.

Sayonara conte le déclin d’une vie solitaire, dans une lenteur contemplative. Pourtant, Sayonara n’est pas un film déprimant ; c’est presque un « feel-good movie » dans sa vision apaisante de la mort. Ce film a bénéficié d’une certaine publicité, car c’est le premier dans l’histoire du cinéma à mettre en scène un robot comme acteur (une spécificité appartenant déjà à la pièce de théâtre originale d’Oriza Hirata).

 
Leona (Geminoid F) et la voisine (Makiko Murata) dans Sayōnara
Leona (Geminoid F) et la voisine (Makiko Murata) dans Sayonara 

Imaginez la bizarrerie induite par ce dialogue entre une actrice humaine, et une actrice faite seulement de circuits, qui paraît si humaine ! Pourtant, dans cette mélopée, la performance technique s’efface devant les thèmes du film. J’en ai repéré trois : l’éphémère, la beauté, la communication.

 

Tout est éphémère

 

Tout Sayonara est empreint d’Ukiyo, notion spécifiquement japonaise. Elle exprime l’éphémère d’un monde par essence « flottant » (traduction littérale du terme). La jeune femme s’affaiblit alors que sa maladie, peut-être de concert avec la radioactivité, la tue à petit feu. On peut vraiment parler de jeu « physique » pour la sensationnelle Bryerly Long.
 
À l’opposé, le corps du robot semble immuable, solide, incarnation d’un fantasme à la Dorian Gray. Pourtant, à force d’usure, même l’apparence du robot va changer, « vieillir » d’une certaine façon. Dehors, la Nature survit en changeant d’apparence.
 
Les liens aussi sont éphémères. Une étreinte entre Tania et son amoureux est peu de choses face à la peur, égoïste, de devenir paria. Comme à chaque catastrophe, les mariages, blancs ou non, se succèdent, par amour mais aussi pour avoir une meilleure chance d’être sauvé. Ce parti pris rappelle la dystopie The Lobster, où les célibataires étaient également traités en parias.

 

 

Deux faux couples dans The Lobster, de Yorgos Lanthimos (2015)
Deux faux couples dans The Lobster, de Yorgos Lanthimos (2015)

 

 
Or, ce n’est pas la dystopie ni le « post-apo » qui intéressent Kōji Fukada, même si le péril nucléaire se voit dénoncé avec force dès les premières images (ce n’est pas étonnant dans un cinéma japonais six ans après Fukushima). Sayonara présente un sujet proche de Bienvenue à Gattaca mais s’en désintéresse vite. Andrew Niccol mettait en lumière la différence de traitement réservé entre humains dans une société eugéniste, simple extension des pratiques racistes et xénophobes, toujours de mise aujourd’hui. 

 

Dans Sayonara, Fukada filme la fin d’une liaison, et en tire autant d’émotion. Le jeune couple décidant de se marier apporte une touche de vivacité juvénile au film, mais le futur incertain et l’idéalisation d’un pays qu’ils ne connaissent pas rendent leur jubilation amère.

 
Tania (Bryerly Long) et son amant (Hirofumi Arai) dans Sayōnara
Tania (Bryerly Long) et son amant (Hirofumi Arai) dans Sayonara
 

Sayonara est aussi un film sur le temps qui passe. L’héroïne voudrait retourner dans le passé, enregistré sur projecteur, mais elle ne peut qu’appliquer la réplique finale d’In the mood for love et, toujours dans la dystopie, Minority Report : le passé est quelque chose qu’elle peut voir, mais ne peut plus toucher. Cela participe à son renoncement à la vie. 

 

L’idée de retenir le passé entre ses mains a fait le bonheur de La Quatrième Dimension, dans l’épisode Du succès au déclin, ou plus récemment l’épisode Retour sur image de Black Mirror. On pense surtout aux déchirants adieux de Claire Fisher dans le finale de Six feet under : sa photo de famille, si réussie soit-elle, ne peut plus saisir un moment déjà écoulé.

Nate Fisher (Peter Krause) et sa sœur Claire (Lauren Ambrose) dans le finale de Six feet under (2001-2005) d'Alan Ball
Nate Fisher (Peter Krause) et sa sœur Claire (Lauren Ambrose) dans le finale de Six Feet Under (2001-2005) d’Alan Ball

 

L’obsession de la faute

Fukada a réalisé l’excellent Harmonium – en réalité postérieur à Sayonara –  Ce n’est pas étonnant car on retrouve un personnage, la voisine, en prise avec un crime qu’elle a commis des années auparavant et son impossible expiation. 

Hotaru (Momone Shinokawa) et Yasaka (Tadanobu Asano) dans Harmonium de Kōji Fukada (2016)
Hotaru (Momone Shinokawa) et Yasaka (Tadanobu Asano) dans Harmonium de Koji Fukada (2016)

Dans une scène d’une grande cruauté, la vieille dame comprend son châtiment. Juge et bourreau de ce qu’elle a fait, elle s’inventera sa propre expiation, terrible. Elle apportait communication et joie à Tania, qui voit se briser son dernier lien à l’humanité.

 

Fukada, Visconti japonais

Si Sayonara est si solaire, c’est parce que cet éphémère est transcendé par la beauté. Formellement, grâce à la mise en scène rayonnante de Fukada. Dans de longs plans fixes filmant une nature mystérieuse, il trouve plusieurs résonances avec le cinéma d’Andreï Tarkovski (on pense à Stalker), mais aussi de Terrence Malick, dans les cycles de la Nature.

 
Du point de vue de la Nature, le drame autour de Tania comme autour des personnages de Malick (ceux des Moissons du ciel notamment, aux similaires paysages crépusculaires), confirme la citation du Macbeth de Shakespeare :
 
Life is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing.

 

Image des Moissons du Ciel de Terrence Malick (1978)
Image des Moissons du Ciel de Terrence Malick (1978)
 
La lumière de la cheffe opérateur Akiko Ashizawa fait non seulement voir le temps qui passe en de délicates ellipses, mais exprime aussi les liens entre personnages, entre tons ombrés ou resplendissants. On lui doit un plan digne de rester dans les annales du cinéma : la lente décomposition d’un cadavre sur plusieurs jours. La scène est d’une dérangeante beauté.
 
Fukada fait ici jeu égal avec Luchino Visconti, qui orchestrait de même les noces de la Beauté et de la Mort dans Mort à Venise.
 
La baronne Moes (Silvana Mangano), son fils Tadzio (Björn Andresen), et Gustav von Aschenbach (Dirk Bogarde) dans Mort à Venise de Luchino Visconti (1971)
La baronne Moes (Silvana Mangano), son fils Tadzio (Björn Andresen), et Gustav von Aschenbach (Dirk Bogarde) dans Mort à Venise de Luchino Visconti (1971)

 

Fukada se sert de la puissance solennelle du plan fixe, là où Visconti préférait le lyrisme de lents travellings. L’envoûtement de Sayonara, son éclairage parfois surréel, évoque le très réussi Real. Pas étonnant : Akiko Ashizawa était aussi directrice de la photographie de ce film.

 

Une androïde plus humaine que nature

Bien que Geminoid F soit un androïde, j’admets avoir été secoué par l’expressivité de son visage, de son « jeu », derrière la réserve habituelle des Asiatiques. Sans jamais cacher qu’elle n’est qu’un être de métal, elle paraît aussi humaine que Tania, accomplissant des tâches pour lesquelles elle n’est pas programmée. Elle se laisse par exemple pousser dans son fauteuil par Tania, par amitié.

 
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayōnara
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayonara
Elle m’a rappelé la touchante Alicia, robot qui brisait la solitude du condamné de « Le Solitaire »toujours dans La Quatrième Dimension. À force d’humanité, elle lui faisait oublier sa nature. 
 
Corey (Jack Warden) face à Alicia (Jean Marsh), androïde parfait dans La Quatrième Dimension (1959-1964)
Corey (Jack Warden) face à Alicia (Jean Marsh), androïde parfait dans La Quatrième Dimension (1959-1964)

Or, plus Sayonara  avance, plus Leona gagne en humanité, tandis que Tania, de plus en plus immobile, semble se mécaniser, dans un jeu de vases communicants.

Sayonara, dans sa deuxième partie, resserrée sur le lien entre Leona et Tania. Tout n’est que chaleur et tendresse. Beauté des langues (en plus du japonais et de l’anglais, on entend aussi de l’allemand et du français), des poèmes récités par l’androïde, et des rares contacts physiques entre Tania et Leona.

 

Sayonara : une dystopie ?

 
Dans les dernières minutes, l’androïde fait face à sa sensibilité définitivement humaine, par sa compassion envers Tania, ou sa marche acharnée pour contempler le paysage final, ruisselant de sublime. 

 

Si une dystopie, voire une uchronie (l’action est censée se passer de nos jours) est en arrière-fond du drame, le regard sur le lien Tania-Leona est optimiste. La marche vers la mort n’est plus effrayante, elle s’inscrit dans le cycle de la Nature, notre regard sur elle s’apaise. L’angoisse est estompée par la compagnie d’un être aimé.

 
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayōnara
Leona (Geminoid F) et Tania (Bryerly Long) dans Sayonara
 
 
Nos vies sont courtes, mais c’est en communicant que nous apportons la beauté, remède à la laideur du monde, telle semble être l’une des leçons de Sayonara.

 

Un film cathartique

Le casting du film Sayonara

Sayonara est un film exigeant par son immense lenteur, son dépouillement, mais il s’avère cathartique. En transcendant l’angoisse de la mort par la beauté, Kōji Fukada fait acte de foi dans son art, et délivre un message apaisant au spectateur. Un film rare, dans tous les sens du terme.

 
 
 
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