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Love Simon : l’amour au pied de la lettre


3 out of 5 stars (3 / 5)

Cher Simon,

Je viens de voir ton film, Love Simon, et je me dis que je n’avais pas vu plus joli sur l’adolescence depuis Juno, dont Greg Berlanti s’est sans doute inspiré (esthétique BD, BO péchue et Jennifer Garner qui se rêve en mère parfaite.)

Je voulais te dire une chose toute simple :

Gay, c’est ce que tu es, ce n’est pas qui tu es.

Tu es plein d’autres choses. Tu es le garçon sensible que les jeunes filles regretteront de ne pas avoir comme petit ami. Tu es le frère qui encourage sa soeur à cuisiner même si sa cuisine est décourageante. Tu es le lycéen sympa avec le proviseur qui en fait trop pour être aimé. Tu es le petit Américain qui, avec son sweater gris et sa bonne tête, passe inaperçu mais vaut vraiment le coup.

Tu es le type que j’aimerais croiser sur une grande roue, pour discuter et sans baiser final. Tu es mon pote. Moi aussi je me balade en pleine comédie musicale quand je suis de bonne humeur. C’est un running gag dans les rom-com.

Y compris celles qui foutent la honte.
 
 

Perso, c’est « I Feel Pretty » qui me trotte dans la tête quand je suis amoureuse.



Tu es celui à qui j’aurais aimé dire, à 17 ans, qu’une certaine Diana, en m’embrassant sur la joue, m’avait fait imaginer tout autre chose. Que je suis devenue prof, puis communicante, quand vraiment je ne sais et n’aime faire qu’une seule chose : écrire.

Love as well,

Marla

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Moonlight : deux gosses à Miami

 
3 out of 5 stars (3 / 5)
 

Dans l’un de ses sketchs, Coluche avait lancé « Dieu a dit : il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur ! » 

Qu’en est-il des Noirs gays, timides, et pauvres ? C’est le thème du film Moonlight.

Chiron est élevé dans un quartier défavorisé de Miami, par une mère plus soucieuse de ses amants et de son shit que de lui. Mutique, introverti, peut-être homo, il subit le harcèlement de ses camarades. Il trouve un mentor en la personne de Juan, dealer de drogue, pourtant très humain. C’est un plaisir de retrouver Mahershala Ali dans ce rôle, Remy dans House of Cards.

Alex R. Hibbert (Little) et Mahershala Ali (Juan) dans Moonlight

Nous allons suivre Chiron dans sa vie d’enfant, jusqu’à l’âge d’homme.

Chacun cherche son soi

 

Ce procédé existe déjà en littérature : le coup d’essai de Tolstoï et son autobiographie en trois volumes écrite alors qu’il n’avait pas trente ans (Enfance, Adolescence, Jeunesse). Mais on le trouve aussi dans le septième art : dans l’une des plus magnifiques sagas du cinéma, Satyajit Ray filmait l’émouvant Apu dans ces trois stages de la vie dans La trilogie d’Apu (1955-1959).

Sharmila Tagore et Soumitra Chatterjee dans Le Monde d'Apu (1959) de Satyajit Ray
Sharmila Tagore et Soumitra Chatterjee dans Le Monde d’Apu (1959) de Satyajit Ray  
 

Plus extrême, Boyhood est tourné pendant douze ans et suit l’évolution d’un enfant vers l’âge adulte (ce qui, de la part du réalisateur de la « Before Trilogy » tournée en 19 ans avec les mêmes acteurs, n’est pas étonnant).

 

Être noir et gay au cinéma et dans les séries

 

Dans Moonlight, le format est plus conventionnel, mais ce qui compte pour le réalisateur Barry Jenkins tout comme ses prédécesseurs, c’est de suivre un homme qui cherche son identité, dans une société où il est quatre fois paria. Pariah avait d’ailleurs donné le titre d’un autre film sur un ado afro-américain homosexuel.

Vous connaissez beaucoup de héros noirs gays de fiction ? J’en ai trouvé quelques-uns de magnifiques dans certaines séries : Omar de The Wire, Keith de Six Feet Under, Jamal dans Empire… mais ils sont nettement sous-représentés à l’écran. Dans le cas d’Omar, nous avions enfin un personnage noir et gay très écrit, passionnant, dont les amours étaient l’un des moteurs de l’intrigue (son amour pour Brandon, entre autres). 

 
Omar Little (incarné par Michael K. Williams) de la série The Wire (2002-2008)
Omar Little (incarné par Michael K. Williams) de la série The Wire (2002-2008)

On voyait également dans The Wire une femme flic homosexuelle, incarnée par la splendide Sonja Sohn.

Sonja Sohn dans The Wire
Sonja Sohn dans The Wire

Tout récemment, dans la troisième saison de Black Mirror, un couple de femmes était mis à l’honneur dans San Junipero. Kelly, bisexuelle, dit avec humour aimer les hommes et les femmes au nom de l’égalité des droits.

 
Kelly et Yorkie dans San Junirpero, épisode de Black Mirror, saison 3, épisode 4
Kelly et Yorkie dans San Junirpero, épisode de Black Mirror, saison 3, épisode 4
 
Il n’y a guère que le Huffington Post pour parler de films LGBT mettant en scène des héros et héroïnes noirs.

Sweet sixteen ?


Lorsque l’on est exclu du groupe, trouver un modèle est d’autant plus vital. Chiron est surnommé Little quand il est petit ; Or, Little est le nom de famille d’Omar de The Wire, mais aussi de Malcolm X. Chiron aussi renie son surnom de Little une fois ado. 

 
Ashton Sanders (Chiron) dans Moonlight (2017) de Barry Jenkins
Ashton Sanders (Chiron) dans Moonlight (2017) de Barry Jenkins

Moonlight se rapproche également de Divines : tout comme Dounia, Chiron ne veut plus rester emprisonné dans une banlieue où un seul destin est possible si l’on veut survivre : le deal.

 
Les trois actrices de Divines (2016) de Houda Benyamina
Les trois actrices de Divines (2016) de Houda Benyamina
 

Si la Rebecca de Divines est un tyran, Juan traite Chiron comme son fils, et est honteux quand l’enfant le confronte à son statut de caïd. La mère de Chiron (Naomie Harris, la Moneypenny des 007 de Craig) devrait le maintenir sur le droit chemin ; en fait, elle carbure au chantage affectif, exige obéissance et service de son fils, mais ne lui donne aucun amour.

Recherche modèle désespérément

 

Chiron érige un dealer en modèle à suivre, tout comme le Henry Hill des Affranchis de Scorsese avait pour seul modèle la famille mafieuse du coin. 

Henry Hill dans Les Affranchis de Scorsese (1990)
Henry Hill dans Les Affranchis de Scorsese (1990)

Barry Jenkins trouble ainsi les frontières du bien et du mal : c’est un chef de gang (puis sa femme) qui donne de l’amour à Chiron. C’est le premier à le déculpabiliser d’aimer les garçons. En effet, l’homophobie est là, latente, puis explose au centre de l’unique scène de violence du film, révoltante par sa gratuité et le sadisme des cogneurs.

Le temps d’aimer

Les conventions sociales sont sans appel : à l’école comme ailleurs, il ne fait pas bon traîner avec des « losers », il vaut mieux rallier les plus forts pour éviter de devenir à son tour paria. Cela m’a rappelé ce magnifique épisode de Dr. House (Joy to the world, 5.11) où une adolescente est victime de racisme anti-gros. Son unique allié dans l’école se sent obligé de hurler avec la meute.

Chiron va devenir Black : le nom est évident, il se fond dans la masse des autres noirs pour éviter qu’on le repère. Pourtant qu’a-t-il à craindre ? N’est-il pas devenu quelqu’un qui a réussi envers et contre tout ? Il est devenu un dur, amateur de bling-bling. Mais le Little timoré et timide est-il vraiment parti ?

 
Trevante Rhodes (Black) dans Moonlight
Trevante Rhodes (Black) dans Moonlight

Ce soir magnifique avec Kevin, qui aurait pu changer leur vie à tous deux, est révolu, et seuls les regrets subsistent.

Jharrel Jerome (Kevin) et Ashton Sanders (Chiron) dans Moonlight
Jharrel Jerome (Kevin) et Ashton Sanders (Chiron) dans Moonlight
 
Dans le monde réel, d’autres Chiron existent : le Régis de Swagger partage sa mélancolie.

Petit budget, grande émotion


Moonlight n’a finalement pas grand-chose à dire : ni pamphlet contre l’homophobie, ni peinture sociale, ni parcours initiatique, Jenkins ne fait que filmer l’histoire d’une vie (c’est le titre québecois). Sa mise en scène est souvent douteuse : cadrages maladroits, plans flous par endroits, caméra à la main trop agitée… 

Le minimalisme du scénario et les silences qui s’éternisent rendent le film statique (la troisième partie, par exemple, est bien trop longue). Il manque à Moonlight l’universalité qu’elle recherche, mais ne trouve pas par manque d’ambition. Contrairement à d’autres chroniques intimistes s’abimant dans l’ennui, les personnages sont magnifiquement dessinés et interprétés (Trevante Rhodes en faux dur, Mahershala Ali en mentor aimant, les jeunes acteurs). L’émotion ne quitte jamais l’écran.

Cette chronique d’un cœur simple vous touchera sûrement.

 
 
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