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Archive de l’étiquette

Whitney, documentaire de Kevin Macdonald (2018)

Whitney : les lendemains qui déchantent

5/5
4/5
 

 

La dernière fois que j’ai vu
Whitney, elle était ravagée. Elle participait à l’émission Star Academy,
il y a quelques années. Un jeune chanteur lui exprimait son admiration
et elle opinait du chef, l’air absente.

Je connais assez peu la chanteuse. Je me souviens juste qu’en 93, I Will Always Love You était en haut des charts, et qu’on passait la chanson (l’album, en vérité) en boucle dans les boums de l’époque. C’était la chanson où on dansait comme des nazes, à tenir l’autre le plus à l’écart possible, par les épaules.

Moi, j’avais des cassettes. Deux de ses albums dans mes boîtes. Le fameux album Bodyguard, bien sûr. Mais aussi l’album Whitney, que j’ai pas mal écouté.

Je vais me faire basher sur le web d’écrire ce qui vient, mais j’étais plutôt fan de sa concurrente (honnie par ses admirateurs, bien sûr), une certaine Mariah Carey. Elle m’a fait vivre mon premier concert à 14 ans. Comme Whitney, elle avait commencé par des morceaux inspirés du gospel avant d’embrasser la pop.

Le film Whitney est une belle surprise. Surtout quand je me souviens du dernier film vu de Kevin Macdonald.

Kevin Macdonald, réalisateur du documentaire Whitney (2018)
Kevin Macdonald, réalisateur du documentaire Whitney (2018)
 

Ici, le cinéaste a fait des recherches, et l’on apprend beaucoup sur cette Miss Perfection (mannequin, chanteuse puis actrice) pas si parfaite au final. Point d’hagiographie de Whitney, juste une chronique passionnante qui est aussi celle d’une époque. Le montage est splendide et imite le clip : en quelques images fugaces, on replace les chansons de Whitney dans un contexte politique et social.

Par des témoignages francs, Kevin Macdonald dresse un portrait nuancé de l’idole, qui finira tuée par la drogue qu’elle a consommée dès les années 80. Cette drôle d’époque où les boîtes de nuit sentaient la poudre sans qu’on y trouve rien à redire.

Elle a su se réinventer, Whitney. Quitter le gospel pour la soul puis la pop.  Elle n’a pas eu le temps, comme Mariah Carey citée plus haut, de passer au R&B (ni de se déshabiller sur ses covers d’album, d’ailleurs).

 
Jesus Loves Me, avec le recul, résonne avec amertume.
 
 
 
 

Adulée et détestée, parce que trop belle, trop douée, et pour certains, trop noire (ou pas assez aux yeux de certains Afro-Américains), Whitney est une idole contrastée, passionnante. Retracer sa vie était une idée formidable pour ce documentaire qui se suit, du coup, comme un film à suspense. Jusqu’au scoop final, que je ne révélerai pas ici.

De son enfance musicale à ses amours complexes, de son sommet à sa chute, la vie de Whitney a des airs de fiction. Whitney, c’est l’ascension et la chute.

Une ascension sublime, une chute dans les ténèbres.

Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !

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The Greatest Showman : quand la musique est conne


0 out of 5 stars (0 / 5)

Série noire pour Marla’s Movies. On enchaîne les mauvais films : In the Fade, Wonder Wheel, et aujourd’hui The Greatest Showman.

Du Baz Luhrmann au rabais

Dès l’intro, on comprend le problème : du sous Baz Luhrmann, avec un cadre à l’ancienne pour présenter les acteurs et producteurs du film, et des couleurs criardes soi-disant rétro.

Si l’on regarde le générique de Moulin Rouge, la ressemblance est frappante, bien que le film de 2001 soit nettement supérieur.



La BO de The Greatest Showman, censée être l’atout de ce film musical, est en fait ce qui agace le plus : paroles clichés et souvent ridicules, rengaine répétée vingt fois, rimes pauvres et pauvres rimes, rien à sauver du travail des paroliers de La La Land. Pourtant, La La Land n’avait que cela à retenir : sa musique.



The Greatest Showman ressemble à un film tourné à la va-vite, suite au succès de La La Land. Comme si les scénaristes, paroliers, et même le réalisateur, n’avaient pas pris le temps de vraiment travailler sur le film pour proposer une œuvre de qualité.

L’effet Barnum

Dans The Greatest Showman, au mieux on a du Disney un peu enrhumé (« croire en ses rêves, c’est bien »), au pire un Baz Luhrmann qui se serait cassé la gueule, avec « This is me », chanson pourtant nommée aux Oscars. Ses paroles navrantes ont justement l’effet Barnum : on y entend ce qu’on veut.

L’effet Barnum vient du nom du héros du film, P.T. Barnum, escroc qui se fit passer pour un artiste. Le film apparaît lui aussi comme une escroquerie.

Il y avait pourtant du potentiel dans cette révolte des employés du cirque, mais on retrouve dans la chanson « This is me » (martelée dès la bande annonce) le vœu du réalisateur de nous offrir du Baz Luhrmann au rabais : tourbillon de la caméra et de la musique. C’est raté. Autant revoir Moulin Rouge directement.

Un plus beau rêveur


The Greatest Showman
retrace donc le parcours de Barnum, homme de spectacle qui bâtit un cirque. On y retrouve des monstres de foire, comme dans le Freaks de Tod Browning, le génie en moins. À part marteler la morale éculée du « il faut rester soi-même et se foutre du regard des autres », ces personnages ne nous montrent rien. On ne sait rien d’eux à un niveau personnel : quelle est l’histoire de la femme à barbe ? Qu’ont vécu le géant, et même la trapéziste ? Mystère.

Surtout, on a fait beaucoup mieux en matière d’artiste qui réalisa son rêve à la force du poignet.

Un téléfilm qui date de 90, intitulé Le rêveur du pays magique, racontait la vie de Frank Baum, auteur du Magicien d’Oz.



A la manière de P.T. Barnum, Frank Baum a tenté plusieurs choses avant de connaître le succès, notamment l’ouverture d’un grand magasin dans un bled américain qui fit un flop monumental, comparable à celui du musée Barnum.

Romances à deux balles

Parce qu’il faut de la romance pour assurer le succès d’une comédie musicale, deux sont mises en parallèle dans The Greatest Showman : celle de Barnum et sa femme (Michelle Williams, bien meilleure dans Tout l’argent du monde, sorti récemment) et celle de Phillip Carlyle, associé de Barnum (Zac Efron, toujours inutile) et la trapéziste (Zendaya, qui parvient à être touchante). Zac Efron ne réussit pas à sortir des rôles de jeune premier où les réalisateurs le confinent. Il reste lisse et sans intérêt.

Rien à retenir dans The Greatest Showman, si ce n’est une ou deux voix, comme celle de la femme à barbe (Keala Settle), leader des monstres de foire.

Mais tout est fatigant dans le film. Le rythme pseudo moderne devient vite assourdissant.

Plutôt que de perdre deux heures en salle, revoyez d’anciennes comédies musicales, bien meilleures, chez vous.

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SONG TO SONG, LE JOLI NAUFRAGE DE TERRENCE MALICK

Si j’ai mis tant de temps à écrire sur Song to Song, c’est que je ne savais pas bien quoi dire. Tout, pourtant, était fait pour me plaire : un film musical, ma chère Rooney Mara, le beau Ryan Gosling, les seventies, et la caméra fluide de Terrence Malick. La bande-annonce du film me faisait rêver d’avance. 

Elle promettait du rythme, du désir, de l’amour, de la jeunesse et de la folie. On était en droit d’attendre deux couples qui se croisent, s’aiment et se haïssent, et un beau sujet sur la jalousie, bien sûr. Peut-être même une aventure de road movie. Il n’en est rien.


Promesses non tenues

Pendant les premières minutes, je me suis laissé emporter par la beauté des plans et la musique diffuse.

Le pitch nous vendait très bien le film :

Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.

Pour la première fois, le synopsis Allociné semble dire davantage que le film, tant sa vacuité est palpable. Je veux bien que l’on fasse du cinéma expérimental, je suis même sa première fan. Mais quand le réalisateur semble aussi perdu que ses personnages (et donc ses acteurs) que dire de l’ensemble, à part que l’on s’ennuie ? Je ne peux m’empêcher de penser à ce que j’écrivais au sujet de Valérian, en reprochant à Besson de ne pas connaître les bases de l’écriture scénaristique, je peux dire quasiment la même chose pour Song to Song

Les rapports entre les personnages sont flous. Quel est exactement le rôle de Cate Blanchett dans ce naufrage joliment filmé ?

Mystère. La Ligne rouge était un film complexe, métaphysique, mais on ne se demandait pas qui était le héros ni quel était son but. Lui se le demandait, et ça suffisait bien.

Et puis il y a un second couple dans ce naufrage, incarné par Michael Fassbender et Nathalie Portman. Mais ce couple, on le voit à peine. La gémellité établie entre Rooney Mara et Nathalie Portman ajoute à la confusion de l’ensemble.

J’hésite même, du coup, à aller voir Voyage of Time, qui me séduisait pourtant d’emblée.

Song to Song n’est jamais qu’un long flirt entre Ryan Gosling et Rooney Mara. C’est déjà ce que je reprochais à La La Land, où le couple – cette fois avec Emma Stone – n’en finissait pas de tomber amoureux. Mais La La Land, au moins, racontait une histoire, aussi convenue soit-elle. Malick a 73 ans, et plus grand-chose à prouver. Est-ce qu’il se contente, comme Godard, d’expérimentations qui ressemblent à des errances cinématographiques, en comptant sur l’intelligentsia pour en dire du bien ?

Cette situation me rappelle un passage du film PROFS, film loin d’être extraordinaire, mais qui reste amusant. Il mettait en scène les profs farfelus d’un lycée.

Cours de dessin. Les élèves peignent. De l’art abstrait, semble-t-il. Le prof de dessin (excellent Luchini) passe dans les rangs, et s’arrête devant la toile d’un élève qui paraît perdu.

– Qu’est-ce que c’est, ça ?
– Je sais pas.
– Vous attendez peut-être que je vous le dise ? Faire le con en espérant que celui qui regardera sera intelligent, c’est bon quand on est célèbre. Pour vous, c’est encore trop tôt.

Song to Song correspond très bien à l’ironie de Luchini dans le film. Malick attend-il qu’un critique éclairé lui dise de quoi parle son film ? Est-ce à moi, qui aime tant interpréter les films prise de tête, de le dire à mes lecteurs ? Le film de Malick n’est ni bon ni mauvais. En quelque sorte, il n’est pas.

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L’OPÉRA : TOUS À LA BASTILLE !

Mikhail Timoshenko dans L'Opéra
   
 Par Clément

Dans les coulisses de l’Opéra de Paris


Le documentaire L’Opéra commence par un gros fail : deux hommes hissent un
drapeau français au son du Prélude des Maîtres
Chanteurs de Nuremberg
de Wagner, certainement l’opéra exaltant le plus la patrie…
allemande.

Passé
ce moment d’humour involontaire, L’Opéra nous révèle les coulisses de l’Opéra de Paris durant une année (2015-2016) lors du mandat de Stéphane Lissner, son directeur actuel.
Le film adopte une « forme-sonate » (exposition, développement et réexposition des
thèmes) qui est justement l’une des structures possibles d’une ouverture d’opéra. Pardon, je suis musicien.

Le
film commence sur l’arrivée d’un jeune baryton-basse russe venu
continuer sa formation, Mikhail Timoshenko. L’Opéra montre tout : des longues préparations jusqu’au spectacle, en passant par les
rapports tendus entre l’administration et les syndicats. Le documentaire évoque aussi la difficulté de
maintenir une politique culturelle exigeante avec moins de moyens et de
personnel. Le film aborde également la formation d’un orchestre d’enfants de banlieue et les travaux des artistes.

Un documentaire trop
dispersé


Extérieur de l'Opéra Garnier, une des deux salles de l'Opéra de Paris
Extérieur de l’Opéra Garnier, une des deux salles de l’Opéra de Paris
Parce qu’il tient à être exhaustif, Jean-Stéphane Bron ne peut passer beaucoup de temps sur chaque sujet. Le réalisateur est
connu pour ses documentaires politiques (Cleveland
contre Wall Street, L’expérience Blocher
…), aussi est-il logique qu’il
évoque la grève qui plana sur les premiers mois de la
saison, et les tortueuses négociations pour l’éviter. La résolution de ladite grève est pourtant assez
vague.

J’ai personnellement regretté le peu de temps imparti aux
répétitions musicales. Entendre le chef d’orchestre de l’opéra Philippe Jordan lancer au chœur « On n’est pas
assez bourrés, ce matin ! » vaut cependant le détour ! 

Philippe Jordan, chef de l'orchestre de l'opéra de Paris dans L'Opéra de Jean-Stéphane Bron (2017)
Philippe Jordan, chef de l’orchestre de l’opéra de Paris dans L’Opéra de Jean-Stéphane Bron (2017)
Vous remarquerez que Philippe Jordan est un mélange physique entre Valls et Macron.

Dommage aussi que les artistes ne soient pas mis en avant, comme la remarquable soprano Olga Peretyatko, toujours filmée de loin.

la soprano olga peretyatko
La soprano Olga Peretyatko

Les répétitions d’un orchestre d’enfants défavorisés n’est qu’effleuré. La comparaison avec El Sistema (2008), documentaire de Paul Smaczny et Maria Stootmeier sur
l’institution vénézuelienne, vient forcément à l’esprit. 

Les dissensions avec Benjamin Millepied, qui a quitté la direction du
ballet de l’opéra avant même la fin de sa première année, sont aussi traitées à la va-vite.

 

El Sistema, de Paul Smaczny et Maria Stootmeier (2008)

Quelques
afféteries de mise en scène sont gênantes. A plusieurs reprises, la caméra filme
des conflits d’ego  plus bruyants
qu’intéressants, souvent incompréhensibles. 

Des choix courageux


De
tous les sujets traités dans L’Opéra,
les préparations du spectacle sont mises à l’honneur. Bron s’intéresse à Moïse et Aaron, magnifique opéra d’Arnold Schönberg, mais
résolument difficile. 

Bron filme des choix esthétiques étonnants, comme ce taureau amené pour les besoins de la mise en scène. Le chœur, énervé par l’acoustique détestable, demande des bouchons d’oreille. 

 

Extrait d'une scène de Moses und Aron de Schönberg
Extrait d’une scène de Moses und Aron d’Arnold Schönberg, vue dans L’Opéra

Des moments de grâce


Dans
ce film cosmopolite, immersif, certains moments de grâce émaillent le film. On sourit devant des choristes en costumes bariolés, répétant en
roue libre un morceau de Wagner. Mais c’est dans les moments d’émotion
que Bron semble le plus à l’aise.

Mikhail
Timoshenko, le jeune baryton-basse russe de 24 ans, beau comme un dieu, a failli me faire virer ma cuti. Ah oui, il a une belle voix aussi. Son enthousiasme est contagieux. 
Mention spéciale pour ce silence
général avant le spectacle du 14 novembre 2015, en mémoire des victimes du
Bataclan.

Racisme, sexisme et élitisme ?


Dans L’Opéra,
on ne trouve aucun non-blanc, et à peine quelques femmes. L’opéra serait-il un truc d’ »hommes blancs » ?

Le jour où j’ai reçu mon
diplôme de chef d’orchestre, un membre du jury a osé dire à l’une de mes
collègues (d’ailleurs très douée) que chef était « un métier d’homme ».
Aujourd’hui, on voit davantage de femmes dans les orchestres, mais sur les 600 chefs
les plus renommés de la planète, à peine une dizaine sont des femmes.

La
question de l’élitisme se pose également. Tout spectacle d’opéra coûte des
centaines de milliers d’euros, et seule une billetterie onéreuse peut pallier à
ces dépenses. Un fossé se creuse entre
les classes sociales, les médianes et les populaires y allant peu vu les prix affichés (jusqu’à 230 € la soirée, de quoi se payer un weekend à Londres).

Lissner tente d’introduire des mesures moins étouffantes, mais que peut-il face à un budget
serré, un gouvernement distant, et une crise culturelle aiguë ? Lissner défend
l’exception culturelle française, en mettant en scène plus de spectacles qu’on ne lui en demande. A-t-il encore les moyens de ses ambitions ? À force d’élitisme, ne risque-t-il pas de se couper du public ?

Stéphane Lissner, directeur de L'Opéra de Paris dans L'Opéra
Stéphane Lissner, directeur de L’Opéra de Paris dans L’Opéra

Films et musique
classique


À mon sens, aucune
fiction n’a encore rendu justice à ce milieu passionnant qu’est la musique classique.

Infidèlement vôtre (1948) est un bon Preston Sturges, mais qui
peut croire un instant à ce chef envisageant d’assassiner sa femme pendant trois répétitions ? 

Dommage pour le caricatural Prova d’orchestra (1978), pourtant réalisé par le grand Fellini. Il s’agit du récit confus
et anachronique de la révolte de musiciens contre un chef d’orchestre.




Le Concert (2005) de Radu Mihaileanu,
enfermé dans une histoire débile et sirupeuse, est pire encore, mais le public et la critique semblent avoir apprécié. Le thriller Grand
Piano
(2013), scénarisé par Damien Chazelle, démontre que le surdoué réalisateur de Whiplash et La La Land connaît mieux le milieu du jazz que le
classique. Dans son opus de 2013, Chazelle trahit le monde du classique pour servir un suspense intense mais irréaliste.

Grand Piano d'Eugenio Mira (2013)

Plus
récemment, l’agréable série Mozart in the jungle
(2014) a donné un côté plus rock’n’roll à ce milieu faussement sage. Il est cependant difficile de prendre la série au sérieux. Elle ne cherche pas à l’être.

Mozart in the Jungle
 

Ce
sont les stars qui ont le plus de chances d’attirer : Mozart dans le désormais culte Amadeus
réalisé par Milos Forman (1984) ou Florence Foster Jenkins, mise à l’honneur récemment en France et aux USA. Les plus grandes réussites restent des films qui incluent des scènes d’opéra : Diva de
Jean-Jacques Beineix (1981), Opéra de
Dario Argento (1987), Le Parrain III
de Francis Ford Coppola (1990), Le
cinquième élément
de Luc Besson (2001).

Maïwenn (doublée par Inva Mula) dans Le Cinquième Élément de Luc Besson (2001)
Maïwenn (doublée par Inva Mula) dans Le Cinquième Élément de Luc Besson (2001)


Un film morcelé mais instructif



L’Opéra, malgré son éparpillement,
reste instructif sur les
splendeurs et difficultés de l’institution. Le cinéma braque le projecteur sur la musique en ce moment, puisque The Young Lady, sorti cette semaine, est l’adaptation d’un roman devenu un opéra. Critique à venir sur Marla’s Movies !

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LA LA LAND : TOUT LE MONDE DIT « I LOVE YOU »


Un bond dans le temps

La La Land démarre sur une scène très solaire, dans toute la tradition acidulée des comédies musicales des années 60, comme Un Américain à Paris ou Les Demoiselles de Rochefort. Revendiqué désuet, le nouveau film de Damien Chazelle fait dans l’auto-parodie propre à toutes les comédies musicales.

Ce qui frappe d’abord, c’est la beauté formelle de l’ensemble : succession de plans fluides, jolie mise en scène, et surtout superbe photographie comme au temps du Technicolor, toujours en hommage aux films musicaux de la grande époque. Les décors déréalisés façon toile cirée participent aussi à ce bond dans le passé.



Un scénario trop léger


Tout cela est charmant, et l’on a très envie de se laisser séduire. Mais La La Land se contente d’un scénario typique de rom-com. 

Si je résume :



1° On peut pas se saquer

2° On commence à se connaître

3° On s’aime comme des fous




Vous avez dit Woody ?

Les dialogues se veulent surprenants mais ne sont pas drôles. Le premier duo Ryan Gosling / Emma Stone réveille un peu, toujours dans un hommage aux musicaux des années 50/60, emplis de jazz et de flirt, comme chez Woody Allen.

On sait combien le new-yorkais le plus célèbre au monde apprécie le jazz et les comédies musicales. Il l’a notamment prouvé dans Tout le monde dit I love you, en 1996.

Emma Stone, c’est Mia, qui a des airs de Mia… Farrow dans La Rose Pourpre du Caire : modeste serveuse, elle se console de l’existence, non pas par le cinéma, mais la musique.

Emma Stone dans La La Land
Emma Stone dans La La Land

Elle rêve de devenir actrice. Pas étonnant que Damien Chazelle ait choisi la nouvelle muse allenienne pour sa douceur musicale. Le baiser hollywoodien entre les deux amants et le fondu au noir sont également un clin d’œil à La Rose pourpre du Caire.

On retrouvera aussi, en dernière partie du film, un Paris fantasmé digne de Minuit à Paris (Woody Allen, 2011) et de Moulin Rouge (Baz Luhrmann, 2001)

Paris dans Moulin Rouge de Baz Luhrmann
Paris dans Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001)

Dans La La Land, Ryan Gosling incarne Sebastian, pianiste frustré dans un bar miteux, qui rêve d’ouvrir son club de jazz. Mia tombe amoureuse de lui en l’écoutant jouer l’un de ses morceaux en public. Morceau réussi, d’ailleurs.



Un film qui manque d’enjeu




Tout cela est charmant, mais guère palpitant. Le film manque vite d’enjeu. Si je trouvais Emma Stone douée dans Birdman, je lui préfère Isla Fisher, son sosie, qui choisit mieux ses rôles et possède une plus grande nuance de jeu.

Mia et Sebastian tombent amoureux, donc. Fort bien, mais c’est un peu court pour 2h08. Les scènes de flirt s’avèrent interminables, comme si l’on avait besoin de quatre scènes de vrai / faux coup de foudre pour saisir l’essentiel.

La La Land m’a en cela rendue nostalgique de The Artist, qui disait tout en un regard, sans paroles.

Puisque une image vaut mille mots au cinéma, qu’un seul plan traduit l’amour naissant, pourquoi le filmer à toutes les sauces ? La scène où Mia voit Sebastian jouer au piano pour la première fois est bien suffisante.

Feux d’artifices ?



Chazelle reprend aussi l’habitude des comédies musicales de faire transparaître ses propres artifices. La La Land nous donne mille exemples de ce qu’on appelle au cinéma « casser le quatrième mur. » Il s’agit de rappeler, au sein du film, que l’on est effectivement dans un film.

La magie se brise après le duo de jazz des deux tourtereaux, gâché par la sonnerie de portable de Mia. Il s’agit d’un clin d’œil, sans doute, aux sonneries intempestives… dans les salles de cinéma.

MAIS TU VAS L'ÉTEINDRE, TON PORTABLE, OUI ?!?
MAIS TU VAS L’ÉTEINDRE, TON PORTABLE, OUI ?!?



La La Land aime la mise en abîme et les clins d’œil à répétition. Ils sont d’ailleurs trop fréquents sur les références contemporaines (portable, Uber, etc.) comme s’il était besoin de nous dire dix fois que la trame se déroulait de nos jours.

Un problème… de rythme

Si La La Land ne raconte pas grand chose, il est très verbeux pour un film musical. Le speech sur le jazz, entre autres, est décevant de la part de Chazelle, qui nous avait si bien initiés au jazz avec Whiplash, dans un film sans temps mort.

En discutant de jazz au lieu de l’écouter, Mia et Sebastian font exactement ce qu’ils dénoncent, et transforment le jazz en simple fond sonore. Le discours sur le jazz, de plus, sonne réac et peu convaincant. La scène du cinéma apparaît ultra-cliché, jusqu’à l’écœurement. 

Les dialogues interminables raviront peut-être les fans de Linklater, mais guère plus.

La La Land sera le film surévalué, survendu du moment.
Trop long, il en dit très peu et s’avère ennuyeux. Pour un film musical, souffrir d’un problème de rythme – scénaristique – gâche l’ensemble, qui aurait largement tenu en une heure et demie. Des scènes entières auraient pu être coupées au montage.

On attend les péripéties du couple, en un mot, une trame. Au bout d’une heure, toujours rien.


Pourquoi un tel succès ?

Jacques Demy était fier de parler dans ses films des gens heureux, et il est vrai que le cinéma manque parfois de bonheur.

On a tant besoin de légèreté dans cette période de crise, d’incertitude, de peur face à l’avenir, que le moindre film empreint de douceur nous touche comme une bénédiction. En effet, après avoir découvert le film, fascinant mais plombant, Harmonium (qui parle aussi musique) La La Land m’a accordé un peu de légèreté.

Ryan Gosling, seul à chanter sur le pont sur une toile cirée violette m’a semblé étrangement ironique en tant que fan de Lost River : dans Lost River, que Ryan Gosling a réalisé, le violet était aussi la couleur dominante. 

Dans une scène du film de 2014, un voyou sort d’un magasin miteux et se met à danser, comme Sebastian dans La La Land, avec une mama noire qui passe par là…


La La Land : un film à B.O.


La La Land souffre du même défaut que Across the universe, long clip musical dédié aux Beatles, dont on se passe volontiers les extraits sur Youtube, mais qu’il n’est pas très intéressant de regarder de bout en bout.

Fan du scénario de La La Land ou non, vous aurez une bonne chance de passer par iTunes pour acheter vos chansons préférées du film. La chanson John Legend en live, « Start a Fire » réveille le spectateur, dans des accents funk qui ont fait le succès de Bruno Mars.

Le succès arrive pour Sebastian, mais il n’est pas sûr d’aimer la musique qu’il joue. Pauvre bichon. Le succès séparera-t-il le couple ? La première dispute du couple s’avère peu crédible. La question était bien mieux posée par John Carney dans New York Melody. Sing Street, du même réalisateur, était d’une grande sincérité qui, ici, fait défaut.

Jusqu’au moment de grâce.


La scène de l’audition de Mia est clairement la perle du film, mais vient tard. Cette chanson magnifique sur les rêveurs émouvra les foules.

Quelques moments de grâce, mais…


Chazelle tenait un bon sujet sur la différence entre être apprécié du public et trouver sa voie d’artiste, sans compromis ni compromission. Mais l’ensemble est si convenu que l’on devine le film avant de le voir. Quelques moments de grâce avec des morceaux très bien écrits ne sauvent pas ce faible scénario.

Joliment filmé, La La Land ne raconte pas grand chose, même s’il a deux ou trois choses à chanter. Il se révèle ennuyeux assez vite.

La fin, heureusement, déjoue les attentes du spectateur, à la manière, mi-figue mi-raisin, de Café Society, toujours de Woody Allen.

Moi qui m’attendais à être enchantée par le film, je ne lui accorde que deux étoiles, à mi-chemin du tout beau et du tout faux. Mais je sais que certains morceaux de la bande originale resteront avec moi pour longtemps.

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