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Marie Stuart, Reine d’Écosse : le trône de fer

2 out of 5 stars (2 / 5)
 
Bon, j’admets. En allant voir Marie Stuart, reine d’Écosse, je l’ai confondue avec Marie Tudor, cette reine catholique terrible qui massacra les protestants d’Angleterre.
 
T'as confondu Marie Stuart et Marie Tudor. Franchement, Marla.

T’as confondu Marie Stuart et Marie Tudor. Franchement, Marla.

Ciel, quelle Marie ?

 
Du coup, avant d’aller voir le film, je m’en suis fait un dans ma tête : Saoirse Ronan va jouer Marie la sanglante – la fameuse Bloody Mary qui donna son nom au cocktail. Ella va enfermer la pauvre Margot Robbie –Elizabeth 1ère –dans un cachot. À la fin du film, Elizabeth reviendra triomphante et apparaîtra comme l’ange salvateur des Anglais de l’époque.
 
Tu t'es encore gourée.

Tu t’es encore gourée.

 
 
Margot Robbie en reine Elizabeth 1ère dans Marie Stuart, reine d'Écosse, de Josie Rourke (2019)

Margot Robbie en reine Elizabeth 1ère dans Marie Stuart, reine d’Écosse, de Josie Rourke (2019)

 
Voilà.
 

Elizabeth 1ère, reine manipulatrice

 
Et voici que je découvre le destin de l’autre Marie. Au lieu de voir Elizabeth 1ère en ange salvateur, je la découvre en Cersei, reine manipulatrice de Game of Thrones
 
Cersei Lannister dans Game of Thrones

Cersei Lannister dans Game of Thrones

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Bon, je vous résume : si Elizabeth 1ère a passé 45 ans sur le trône, ce n’est pas sans faire quelques sacrifices. Sa cousine, Marie Stuart, était techniquement une héritière légitime du trône d’Angleterre.
 
Comment se débarrasser de la gêneuse ? Facile. Il suffisait de déclencher dans l’ombre une guerre civile en Écosse afin de fragiliser la rivale. Se révèle alors une Élisabeth Ire prompte au complot et à la trahison de sa cousine.
 

Marie Stuart, reine d’Écosse : une peinture féministe bien vue

 
Marie Stuart, reine d’Écosse vaut surtout pour sa peinture intelligente de la condition de la femme de l’époque. Pas n’importe quelle femme, bien sûr puisqu’il s’agit de deux reines. 
 
Le rapport entre Marie Stuart et Lord Darnley est très éclairant. La demande en mariage, résolument féministe, montre une Marie Stuart qui souhaite se choisir un époux mais certainement pas un maître.
 
 
Marie Stuart suivie de Lord Henry dans Marie Stuart, reine d'Écosse

Marie Stuart suivie de Lord Darnley dans Marie Stuart, reine d’Écosse

 
Si l’on montre la rivalité entre les deux femmes, les manigances politiques laissent malheureusement place assez vite à un double portrait, qui ne nous enseigne pas grand-chose sur l’époque. Les complots politiques sont cités sans être explicités, ce qui enlève au film une certaine richesse. C’est décevant de la part de Beau Willimon, créateur de House of Cards, formidable série, justement sur les coulisses des manigances politiques.
 
Les deux reines se ressemblent et se retrouvent dans un environnement d’hommes extrêmement hostiles.
 

Deux reines dans un monde d’hommes

 
Marie Stuart, reine d’Écosse a le mérite de montrer qu’une femme n’avait pas 36 moyens d’acquérir le pouvoir à l’époque, y compris en étant reine de naissance.
 
Elle pouvait se marier, mais ainsi courir le risque de se retrouver sous la coupe d’un homme. Le film illustre bien le refus catégorique d’Elizabeth de se marier pour cette raison. Reste la possibilité de faire un enfant. Ce sera le choix de Marie, qui fera de son fils un objet de pouvoir. Avec succès. C’est en effet Jacques Ier qui succédera à Elizabeth sur le trône d’Angleterre et unira justement les deux royaumes.
 
Beau Willimon a aussi le talent de démontrer que ce sont tant les manœuvres politiques que le slut shaming qui sera à l’origine de la chute de Marie Stuart. La vie sexuelle de la reine sera en effet raillée par ses opposants, dans une violence verbale sans égale.
 

Quand parle-t-on politique ?

 
Même si le versant féministe du film est réussi, on peut déplorer dans Marie Stuart, reine d’Écosse un manque de profondeur pour ce qui est de la complexité politique. Déclencher une guerre civile en Écosse, oui, mais comment ? Comment ce conseiller d’Elizabeth 1ère s’y est-il pris pour orchestrer la chute de Marie Stuart ? À  qui s’est-il adressé ? On ne le aura pas dans Marie Stuart, Reine d’Écosse.
 
Dommage. Il eût été bien venu de nous raconter l’histoire de l’Angleterre et de l’Écosse avant le fameux Royaume-Uni, dont l’existence est menacée en ce moment même par le Brexit.
 
La fameuse réplique du film répétée plusieurs fois
 
How did it come to this?
Comment en est-on arrivé là ?
 
aurait eu d’autant plus d’impact.
 
La reconstitution, par ailleurs, est assez sage. Les deux actrices sont fabuleuses, bien sûr, mais les rôles secondaires sont totalement éclipsés. Vous me direz que c’est bien naturel, puisque les hommes n’ont que peu d’importance dans ce combat. C’est exact. Mais j’aurais préféré que les ennemis masculins de Marie soient davantage mis en avant, et encore une fois, plus fouillés.
 
Marie Stuart, reine d’Écosse reste un bon film à grand spectacle, couronnant deux actrices lumineuses.
 
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La Favorite : les adieux à la reine 

2 out of 5 stars (2 / 5)
 
Devant La Favorite, je me suis rappelé qu’une discussion que j’avais eu avec des amis autour d’un brunch un dimanche.
 
Je venais de voir Les Adieux à la reine, et nous discutions justement de cinéma. L’un des convives m’a demandé :
 
  • Alors, comment c’était Les Adieux à la reine ?
  • Les costumes étaient fantastiques.
  • Mais l’histoire… ?
  • Les costumes étaient fantastiques.

 

Les beaux costumes du film Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (2011)

Les beaux costumes du film Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (2011)

 

La Favorite : une belle réalisation, mais…

 
J’attendais beaucoup de La Favorite,  du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, qui m’avait épatée avec The Lobster.
 
On m’avait vendu, avec La Favorite, un film fascinant sur le pouvoir, la jalousie et les rapports d’argent. Olivia Colman s’annonçait dans un rôle somptueux.
 
Olivia Colman mérite son Oscar pour sa prestation dans La Favorite, de Yorgos Lanthimos (2019)

Olivia Colman mérite son Oscar pour sa prestation dans La Favorite, de Yorgos Lanthimos (2019)

 
Dans les premières minutes de La Favorite, je suis charmée par la réalisation, les costumes magnifiques, les décors fabuleux. Yorgos Lanthimos soigne ses plans, et abuse notamment des contre-plongées, qui n’apportent rien à ses personnages ni à l’intrigue. 
 
Il a bien bossé ses classiques, Yorgos. Il s’inspire entre autres de Peter Greenaway et son Meurtre dans un jardin anglais, pour les costumes et le clair-obscur.
 
Plan tiré du film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais

Plan tiré du film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais

 

Un scénario trop faible

 
Hélas, une fois que l’on a compris la trame de La Favorite, qui tient dans sa bande-annonce, on ne peut plus qu’admirer le décor et les costumes. 
 
En effet, au delà de la rivalité des deux favorites pour s’emparer du coeur de la reine – et donc de son influence – le scénario tourne court.
 
Olivia Colman offre une composition formidable en reine ridicule. Cette reine à la fois tyrannique et puérile n’est pas sans rappeler la reine de cœur (qui n’en a d’ailleurs pas) dans Alice au pays des merveilles.
 
La reine de coeurs ridicule dans Alice au pays des merveilles, des studios Disney (1951)

La reine de coeurs ridicule dans Alice au pays des merveilles, des studios Disney (1951)

 
Même Emma Stone, qui, quand elle est bien dirigée, peut donner une excellente prestation, s’avère assez décevante. Quant à Rachel Weisz, elle est loin de son rôle complexe et touchant dans The Lobster.
 
La métaphore facile de la chasse et des coups de fusil à mettre en parallèle avec la rivalité les deux jeunes femmes n’apporte rien, même si, là aussi, elle est très bien mise en scène. En effet, les séries nous ont habitués à des méchants fascinants. Or les deux rivales au cœur de La Favorite ne sont pas assez intéressantes et n’ont rien de jubilatoire.
 
 
Rachel Weisz dans La Favorite

Rachel Weisz dans La Favorite

 
 
Couronné de prix, La Favorite ne méritait peut-être pas tant d’honneurs. Même la fin n’émeut pas comme elle le devrait.
 

De grands sujets peu exploités

 
L’enjeu politique et malheureusement effacé par une simple bataille entre deux poules pour l’amour de la fermière.
 
Les sujets qui aurait pu susciter l’intérêt – notamment la condition de la femme dans la Cour – ne sont pas approfondis. Je pense aussi à la question de la mortalité infantile qui incitait les femmes à ne pas s’attacher trop à leur progéniture. La collection de lapins de la reine est en cela très révélatrice, mais ne sera pas exploitée plus avant.
 
Vous pouvez voir La Favorite pour sa mise en scène brillante et la composition impeccable d’Olivia Colman.
 
Hélas, avec ce scénario qui tient dans sa bande-annonce, La Favorite ne parvient pas à bénéficier de tout son potentiel de départ.
 
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LE RETOUR DU HÉROS : ARNAQUES, FRIME, ET DEUX COMIQUES

Jean Dujardin dans Le retour du héros de Laurent Tirard (2018)
Par Tim Bullock

Lettres d’une inconnue

France, 1809. Alors qu’il vient de demander la main de Pauline Beaugrand, fille d’une bonne famille, le capitaine des hussards Neuville reçoit l’ordre de partir au front. C’est la campagne d’Autriche, celle d’Essling et de Wagram.

Bataille de Wagram, 6 juillet 1809, tableau d'Horace Vernet (1836)
Bataille de Wagram, 6 juillet 1809, tableau d’Horace Vernet (1836)
En partant, il promet d’écrire chaque jour à Pauline. Mais les jours passent sans lettres… Voyant Pauline dépérir, sa sœur Élisabeth décide de prendre la plume et de jouer le rôle du capitaine Neuville. Elle lui invente ainsi des aventures puis le fait mourir… sauf que le vrai Neuville revient ! Il s’approprie sans vergogne le rôle du héros mais doit composer avec Élisabeth. Désormais liés par leurs mensonges, ils vont se livrer une bataille sans merci.

De l’arnaque considéré comme un des beaux-arts

Le sujet est intemporel. Des arnaqueurs, des usurpateurs, des mythomanes ; il y en a à toutes les époques. Mais le mérite de Le Retour du héros est de rappeler, sous couvert d’un film en costumes, que l’imposture adore le temps de guerre. Nous sommes à une époque où les choses vont vite (on est 20 ans après la chute de la Bastille, 15 après celle de Robespierre et on en est au 5e régime politique depuis la chute du roi !) et où il n’existe pas de téléphones ni de réseaux sociaux. Un imposteur de génie peut donc prospérer en toute impunité et raconter des salades grosses comme des éléphants sans risquer d’être contredit par une recherche sur smartphone. La belle époque !

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Le capitaine Neuville (Jean Dujardin, au centre) dans Le Retour du héros de Laurent Tirard (2018)
Le capitaine Neuville (Jean Dujardin, au centre) dans Le Retour du héros de Laurent Tirard (2018)

Impossible en voyant Le Retour du héros de ne pas penser à Cyrano de Bergerac. Le héros pallie au manque d’esprit de Christian en écrivant lui-même les lettres de guerre qu’il devait envoyer à son épouse Roxane. Mais à la différence de Pauline, les lettres entraînent une prompte arrivée de la destinataire éblouie au théâtre des combats !
Roxane (Anne Brochet) dans Cyrano de Bergerac, d'après Edmond Rostand, de Jean-Paul Rappeneau (1990)
Roxane (Anne Brochet) dans Cyrano de Bergerac, d’après Edmond Rostand, de Jean-Paul Rappeneau (1990)
On peut toutefois inverser le processus, avec une arnaque du côté du destinateur, dans le but de rassurer le destinataire. C’est ce qui arrive dans La Promesse de l’aube de Romain Gary (qui a donné lieu à une adaptation inégale au cinéma fin 2017). On pense aussi au récent Madame où une servante et sa maîtresse se retrouvaient prises au piège de leurs mensonges sur l’identité de la première.
Rossy de Palma et Toni Collette dans Madame de Amanda Sthers (2017)
Rossy de Palma et Toni Collette dans Madame de Amanda Sthers (2017)
La série des Frankenstein de la Hammer vient aussi à l’esprit car, quelque part, Neuville représente la Créature qui échappe à son Créateur. Si on savait Jean Dujardin très à l’aise dans l’humour, la bonne surprise c’est Mélanie Laurent. Dans le rôle de la pince-sans-rire Élisabeth, elle réalise une performance comique de bon aloi.
Comme le film joue la carte de l’humour, Le Retour du héros lorgne vers Élémentaire, mon cher… Lock Holmes ! Dans ce film sorti en 1988, Holmes n’existe pas. Plus exactement, c’est un acteur engagé par le docteur Watson, génial enquêteur, pour incarner le personnage qu’il a imaginé mais qui se révèle un cabot alcoolique et chaud lapin !
Le Dr. Watson (Ben Kingsley) et le faux Sherlock Holmes (Sir Michael Caine) dans Élémentaire, mon cher… Lock Holmes, réalisé par Thom Eberhardt (1988)
Le Dr. Watson (Ben Kingsley) et le faux Sherlock Holmes (Sir Michael Caine) dans Élémentaire, mon cher… Lock Holmes, réalisé par Thom Eberhardt (1988)
Néanmoins, la plus belle histoire où une créature se joue des attentes de son créateur, c’est quand même la Bible qui nous la raconte !

Raison et sentiments

Neuville, c’est aussi la figure du double. En effet, s’il existe bien un vrai capitaine Neuville, il en existe un autre ; celui créé par Élisabeth. Le double ainsi créé révèle en creux le vrai Neuville, reflet du peu d’estime que lui porte la créatrice. Le « héros » dont Pauline lit les exploits – franchement rocambolesques même si l’adjectif n’existe pas encore en 1809 ! – est courageux, intrépide, altruiste, intelligent, désintéressé et il sait nager !

Monsieur (Christian Bujeau) et Madame Beaugrand (Évelyne Buyle) dans Le Retour du héros
Monsieur (Christian Bujeau) et Madame Beaugrand (Évelyne Buyle) sont sous le charme !
Si Élisabeth écrit pour sauver sa sœur de la dépression, elle révèle aussi un tempérament romanesque caché sous son pragmatisme et se relative froideur. C’est aussi la clef de son « accord » avec Neuville. Si elle l’avait simplement détesté, elle n’aurait pas pris de gants. Cela montre également qu’Élisabeth se sent à l’étroit dans la société impériale qui la corsète et ne voit pour elle que le mariage comme horizon social. Le « capitaine Neuville » dont elle écrit les exploits, c’est elle ! Madame rêve !

Élisabeth (Mélanie Laurent) dans Le Retour du héros
Élisabeth (Mélanie Laurent) dans Le Retour du héros

L’Arnacoeur 


Jean Dujardin avait déjà joué dans un film historique (The Artist) mais c’était relativement « contemporain » par rapport à l’Empire. Très élégant, l’acteur porte haut l’uniforme des hussards et se montre très à l’aise en costume d’époque. Il évolue dans le cadre du château de Nandy (Seine et Marne) avec l’assurance et la décontraction d’un familier des lieux et de l’époque. L’œil égrillard et le sourire aux lèvres, il donne une existence concrète à Neuville tout à fois jouisseur, escroc (en avance sur son temps vu le système mis en place !), sachant tirer profit des occasions et doté, sinon de courage, au moins d’un très sûr instinct de conservation !
Neuville (Jean Dujardin) et Pauline (Noémie Merlant) dans Le Retour du héros
Neuville (Jean Dujardin) et Pauline (Noémie Merlant) dans Le Retour du héros
Mais Neuville n’est pas un imbécile et encore moins une baudruche sans consistance. C’est le talent de son interprète de le rendre juste assez sympathique pour que l’on s’intéresse à ses manigances, que l’on s’intéresse à son existence et, aussi avec mauvaise conscience mais juste un peu, que l’on espère qu’il s’en tire sans trop de mal.

Élisabeth (Mélanie Laurent) doit jouer serré avec Neuville (Jean Dujardin) dans Le Retour du héros
 Élisabeth (Mélanie Laurent) doit jouer serré avec Neuville (Jean Dujardin) dans Le Retour du héros

Mélanie Laurent impeccable

De son côté, Mélanie Laurent réalise une splendide partition. Somptueuse en tenue d’époque, c’est surtout par sa répartie qu’elle impose son personnage. En cela, elle évite l’anachronisme que serait une femme trop indépendante. Mais, elle place Élisabeth dans l’héritage des salons des Lumières où les femmes brillaient par leur esprit. À elle revient l’humour acide et pince-sans-rire. Par son maintien assez raide, elle montre qu’Élisabeth est en position un peu fausse au sein de sa famille et de la société. À tout moment, l’actrice se montre éminemment juste. Placide, tranquille, à l’affût ou agressive mais aussi tendre ou émue, elle varie son jeu avec souplesse et à-propos. On ne lui connaissait pas un tel potentiel comique mais on en redemande !

Élisabeth (Mélanie Laurent) et Neuville (Jean Dujardin) dans Le Retour du héros
Élisabeth (Mélanie Laurent) et Neuville (Jean Dujardin) dans Le Retour du héros

Une belle fin ?

Le problème avec un film si bien écrit c’est justement son écriture car comment le terminer ? Visiblement, Laurent Tirard s’est posé la question mais sans pouvoir donner une réponse satisfaisante. Comment ne pas rompre trop abruptement la narration ? Face au choix effectué, le spectateur a deux possibilités. Se dire que ce n’est pas très convainquant ni crédible. Ou, comme Élisabeth, choisir d’en rire. 

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L’Échange des princesses : mon roi ?


1 out of 5 stars (1 / 5)

Par Adèle de Langevin, courtisane
Paris, 1750

Je suis d’un autre temps. De cette époque où les princesses, bien loin des contes, n’avaient pas droit au mariage d’amour. Par une étrange magie, je me suis retrouvée dans une salle inondée de pénombre et de gens. Devant nous, un mur blanc que nous étions sommés de regarder.
Les images, les photos se mouvaient, des gens parlaient sur ce mur blanc sans être pourtant là. Ce livre d’images animées narrait l’histoire de deux princesses, envoyées en terre étrangère pour renforcer le lien entre la France et l’Espagne. Une infante, quatre ans à peine, quittait l’Espagne pour la France, et un Louis XV peu aimable. Une insolente d’avant l’âge de femme quittait dans le même temps la France pour l’Espagne, afin d’y épouser quelque fâcheux précipité sur le trône.
Qu’en est-il donc du – comment dit-on, déjà ? Film.
Me croirez-vous, chers lecteurs, si je vous dis que ces acteurs semblaient plus guindés que les rois et reines qu’ils tentaient d’imiter ? Ils faisaient comme du mauvais théâtre, tombant dans l’emphase à chaque réplique, surtout ce Lambert Wilson – d’extraction anglaise, semble-t-il – qui m’avait pourtant charmée quand, il y a plus de vingt ans, je découvrais, par le même prodige, un film appelé Marquise. Il parlait d’une fille de rien parvenue à la cour.


Oui, les acteurs jouent faux. Certains sonnent trop nobles pour être honnêtes, quand d’autres (la princesse insolente et le conseiller fourbe, surtout) détonnent par leur « modernité » en gestes et en paroles.
Le metteur en scène ne mérite pas de recevoir de pommes cuites, mais… tous ses comédiens paraissent poser, bien que le tableau bouge. Ce tableau est mouvant sans être émouvant. Oh, l’on peut bien se prendre de sympathie pour ces enfants à qui l’on somme d’en faire. Mais la trame tourne court, elle manque d’enjeu, de surprises, d’intérêt. Cette cour-là semble plus poussiéreuse que la véritable. Il faut rendre le clair-obscur de la bougie, bien sûr, mais alors, que d’ombres ! Par moments, l’on distingue à peine les visages, pourtant adorables.


On effleure à peine les questions du désir, la peur de la chose, la honte de l’onanisme, la tentation du même sexe. Tout ce qui mériterait d’être creusé ne l’est jamais, pas même le ressenti de ces femmes prisonnières de leur rang.
La musique est réussie – et si je parle musique, c’est que le reste ne vaut guère. Les costumes sont finement brodés, mais rien ne se passe sous les perruques ni les tissus. Triste musée.
Il y aurait pourtant tant à dire de ces mariages arrangés pour garantir la paix entre deux nations. Le roman de Chantal Thomas n’était peut-être pas le meilleur à mettre en images. Comme trop de films en costumes, L’Échange des princesses n’est que cela. On se prend d’affection pour l’infante et l’insolente, de compassion pour le fâcheux et même pour Louis XV et sa froide distance. Mais cela ne suffit pas à faire l’histoire qui marquera les mémoires. La seule chose juste, peut-être, est cette défiance envers les médecins qui fit la gloire du grand Molière.
Je profite du prodige pour vous écrire sur ce curieux manuscrit, sans encre ni papier, mais le rêve prend bientôt fin, et je vais m’éveiller dans ma chambre au lit toujours chaud.
Je préfère laisser cet écrit derrière moi car voyez-vous, dans mon siècle, les femmes ne se commettent pas à l’écriture. Alors même que j’écris, je le fais sous un faux nom. Un jour, peut-être, il existera de grands romans écrits par des femmes qui diront la difficulté d’en être une.
Faut-il voir L’Échange des princesses ? Disons que d’autres films parlent de mon temps de plus fine manière. Les joutes d’esprit dans Ridicule, le Marquise déjà cité, Louis, enfant roi, lui aussi scolaire mais plus réussi. Quant à voir une princesse épouser un fâcheux, vous vous émerveillerez devant Royal Affair, qui conte la vie d’une reine danoise qui se libéra de son roi. Le film montre les  prémisses d’un amour entre cette reine et un philosophe.


D’après Marla, qui a l’obligeance de me publier, un Danois, justement, serait plus doué pour les films d’époque.
L’époque de L’Échange des princesses est la mienne, et je vous le dis : le film ne vous apprendra pas grand-chose, si ce n’est qu’être femme n’est pas chose aisée, et que la loi injuste des hommes scelle trop souvent leur destin. Mais cela, chères lectrices, vous le savez, quel que soit votre temps.

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Loin de la foule déchaînée : ciel, quel mari ?


4 out of 5 stars (4 / 5)

Les romans victoriens se ressemblent tous un peu: il s’agit toujours d’une jeune fille en âge de se marier, et qui ne le souhaite pas, ou le souhaite ardemment mais ne trouve personne. Elle rencontre quelques fâcheux, quelques charmeurs, et un homme bien qu’elle ne remarque pas de suite.

Affiche de Bridget Jones

Affiche de Bridget Jones


Bon, Bridget Jones n’est pas une héroïne victorienne, dans le sens où le livre de Helen Fielding n’est sorti qu’en 1996. Cent ans plus tôt, Bridget aurait porté une sage robe longue et aurait hésité, non pas entre un patron salaud et un brave gars aux chandails impossibles, mais entre un riche propriétaire et un aimable paysan.
C’est justement ce qui arrive à Bathsheba.

Carey Mulligan en Bathsheba dans Loin de la foule déchaînée, de Thomas Vinterberg

Carey Mulligan en Bathsheba dans Loin de la foule déchaînée, de Thomas Vinterberg

Je vous résume: un fermier, Gabriel Oak, la demande en mariage mais, indépendante, elle refuse. Elle rejette ensuite le riche propriétaire, Boldwood. Elle est comme Elizabeth dans Orgueil et préjugés: elle ose dire non. Tout au long du roman, elle apparaît en héroïne féministe: elle refuse de dépendre d’un homme, et devient patronne d’une ferme léguée par son oncle.

Bathsheba, héroïne féministe ?

Problème traité par Hardy qui n’a pas tellement changé en 2015: peut-on épouser un homme en-dessous de sa condition ? Peut-on imposer son autorité si l’on est femme et patronne ?
Chez Austen, le bon mari aurait été un mélange de Oak et Boldwood.

Colin Firth en William Darcy dans la mini-série Pride and Prejudice, de la BBC
Colin Firth en William Darcy dans la mini-série Pride and Prejudice, de la BBC

Tant qu’à épouser l’homme qu’on aime, autant qu’il soit millionnaire. Austen alliait ainsi, dans ses happy ends, mariage de raison et mariage d’amour.
Thomas Hardy est plus audacieux. Il place l’amour au-dessus de la richesse et de la sécurité. Oak (le chêne, en anglais) c’est l’amour solide qui suit Bathsheba depuis le départ. L’homme idéal, chez Hardy, est le riche de cœur avec qui l’on affronte les difficultés.

Gabriel Oak (Matthias Schoenaerts) dans Loin de la foule déchaînée, de Thomas Vinterberg (2015)
Orlando Bloom en bel officiel dans Orgueil et Préjugés de Joe Wright (2005)
Rupert Friend en bel officier dans Orgueil et Préjugés de Joe Wright (2005)

Difficile de résister au charme de Rupert Friend  ? Qu’importe, pour les auteurs victoriens, le beau mec en uniforme rouge, c’est celui qu’il faut éviter à tout prix. L’officier, c’est la figure du roué, du don juan: il séduit les jeunes filles avant de les abandonner, les laissant seules, souvent enceintes, et sans le sou. Bien souvent, il épouse une riche héritière afin d’éponger ses dettes.
Dans Loin de la foule déchaînée, l’officier, c’est pas le bon plan non plus.

D’accord, montré comme ça, ça donne envie. Il est vrai que les baisers passionnés sont rares dans les romans victoriens.
Bref, Carey Mulligan dans Loin de la foule déchaînée, c’est comme Cameron Diaz dans Mary à tout prix: tout le monde la veut.

Loin de la foule déchaînée : une fine réalisation  et une belle affiche

L’intérêt du roué dans le roman est d’intégrer une intrigue secondaire et, dans le film de Vinterberg, de voir Juno Temple.

Juno Temple dans Loin de la foule déchaînée
Juno Temple dans Loin de la foule déchaînée
Les deux actrices sont lumineuses, et c’est un plaisir de revoir Michael Sheen à l’écran après les excellents The Queen et Frost / Nixon.
Michael Sheen dans Loin de la foule déchaînée
Michael Sheen dans Loin de la foule déchaînée
Matthias Schoenaerts manque toujours de charisme, mais il est tout de même meilleur que dans Les Jardins du roi d’Alan Rickman.
la réalisation de Thomas Vinterberg est brillante, comme toujours. Sa maîtrise des ellipses ajoute un suspense neuf à ce classique anglais. Sa belle photographie donne un coup de jeune à l’ensemble, quand la version de 1967 paraît aujourd’hui dépassée.


Loin de la foule déchaînée n’est pas le meilleur Vinterberg: Festen et La Chasse étaient originaux et grandioses. Mais son adaptation de Thomas Hardy plaira y compris à ceux qui ne sont pas fans des pavés victoriens. Le film ravira ceux qui se posent des questions sur l’amour, la condition de la femme et les choix de l’existence.

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