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De Gaulle (2020) avec Lambert Wilson

De Gaulle : Mémoires de guerre

4 out of 5 stars (4 / 5)

De Gaulle : Un hommage. Pas une hagiographie

Centré sur la période allant de la fin mai au 19 juin 1940, De Gaulle est un film splendide qui rend hommage à la fois au grand homme mais aussi à l’homme tout court que fut le Général.

Le scénario de Valérie Ranson Enguiale et Gabriel Le Bomin (par ailleurs réalisateur) évite de glorifier outre-mesure celui qui n’est au commencement qu’un modeste colonel. En effet, il ne sera élevé au grade de général de brigade qu’à titre provisoire, et ne sera jamais confirmé à cette nomination. De Gaulle touchera toute sa vie une solde puis une retraite de colonel. Sa plus grande réussite est de réussir à atteindre l’homme derrière la légende avant qu’il ne devienne un héros, la statue du Commandeur ou un Roi thaumaturge.

 

Le Général dans tous ses états

C’est justement le rôle des retours en arrière que de montrer Charles de Gaulle en mari et père attentionné. C’est particulièrement vrai avec sa fille Anne, atteinte de trisomie-21 ( « mongolisme » comme on disait à l’époque). Conformément à la vérité historique, De Gaulle était réservé avec sa famille (mais c’était la façon de faire alors), mais se montrait toujours chaleureux avec Anne. Toutes ces séquences solaires, pleines d’amour et d’attention, donnent le beau rôle à Isabelle Carré (dans le rôle d’Yvonne, l’épouse du général). Le final est d’ailleurs extrêmement émouvant.

 

Le beau rôle à Isabelle Carré

Interpréter le général de Gaulle est à la fois un honneur et un sacré challenge auquel s’est frotté Lambert Wilson. L’élégance naturelle et le charisme du comédien, tantôt sobre, tantôt emporté ou chaleureux, toujours juste, se coule dans l’uniforme.  Et c’est bluffant. Il est d’ailleurs bien entouré. Avec Isabelle Carré, il forme un vrai beau couple et tous deux rendent crédible, visible l’amour qui les lient. Carré ne se contente pas de jouer la parfaite épouse. Puisqu’elle est aussi mère courage parcourant les routes encombrées d’un Hexagone exsangue, protégeant ses enfants tout en les mettant en danger. La scène sur le navire alors que rôdent les stukas (de leur vrai nom Junkers Ju 87, chasseurs-bombardiers) est extrêmement tendue. Avec comme une réminiscence des scènes les plus intenses de 1917. C’est une femme forte que campe la comédienne, nullement l’ombre de son mari mais sa partenaire, son soutien, son socle.

 

De Gaulle : Une reconstitution impeccable

Question casting, le film se montre très efficace. Mention spéciale à Olivier Gourmet qui campe un Paul Reynaud courageux mais dépassé. Toutefois, il est non dénué de noblesse. Car il a la présence d’esprit de comprendre que, si lui n’était pas l’homme de la situation, De Gaulle l’était peut-être. Autre mention à Philippe Laudenbach qui campe un maréchal Philippe Pétain plus vrai que nature, notamment au niveau de la voix. Il ne le montre nullement sénile mais manipulateur et charismatique. Le scénario montre également sans y passer trop de temps les jeux de pouvoir, les alliances et les trahisons. Ces scènes de cabinet sonnent extrêmement justes. On sent qu’il y a de la documentation derrière ce film. Grâce à ces scènes, nous comprenons les causes immédiates de la chute prochaine de la IIIème République (même si, formellement, elle ne cesse qu’avec le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940). En moins de deux heures, le spectateur reçoit un cours d’histoire qui n’est ni un pensum ni un pamphlet. De Gaulle, dans ses meilleurs moments, vaut bien des ouvrages universitaires !

 

Une pleine réussite

Pour conserver toute sa force dramatique, le film s’arrête au 19 juin 1940, après le fameux discours. Il est amusant de voir la caméra filmer Lambert Wilson de dos, face à ceux derrière la vitre du studio. Les mines des acteurs sont éclairantes. Car les personnages qu’ils jouent prennent soudainement conscience de la puissance des mots prononcés, de leur importance. Ils sont en train d’assister à l’écriture de l’Histoire !

Avec le film De Gaulle, on peut dire que, dans sa dimension héroïque et sa dimension intime, le Verbe s’est fait Chair.

 

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1917 : La guerre comme vous ne l’avez jamais vue

5 out of 5 stars (5 / 5)

Les histoires les plus simples sont souvent les meilleures. Le 6 avril 1917, les caporaux Blake et Schofield de l’armée anglaise reçoivent l’ordre d’aller porter un message urgent au colonel MacKenzie. Il doit annuler une offensive prévue pour le lendemain. S’ils échouent, 1600 hommes, dont le frère du caporal Blake, tomberont dans le piège tendu par l’armée allemande.

Un prodige technique

D’un point de vue technique, 1917 une pleine et entière réussite. Sam Mendes nous embarque dans cette mission quasi impossible sans perte de temps ni fioritures. On suit littéralement pas à pas les deux soldats dans ce qui paraît être un unique plan-séquence. Il y en a certes plusieurs mais l’idée était excellente et la réalisation parvient à la transformer en réussite visuelle, comme l’avait fait Birdman en 2015. A l’exception d’une coupure pour cause d’évanouissement, l’histoire de 1917 suit une progression linéaire, depuis le point A d’où partent les caporaux jusqu’au point B. Néanmoins, ce n’est pas parce que c‘est linéaire que c’est sans intérêt. Loin de là.

Au coeur de l’action

Première bonne idée, le relatif – sans vouloir leur manquer de respect – incognito des deux acteurs principaux. George MacKay et Dean-Charles Chapman ne sont pas des vedettes mais c’est justement leur côté « soldat de base » qui fait qu’on s’attache facilement à eux. A l’opposé du Dunkerque de Nolan, Sam Mendes se place quelque part dans la tradition de Tolkien qui avait une sincère et profonde admiration pour les « tommies ». Les tommies sont les simples soldats de l’armée britannique qui accomplirent l’essentiel des combats et subirent l’essentiel des pertes. Prendre des « têtes d’affiches » (comme Colin Firth ou Benedict Cumberbatch qui jouent dans le film des rôles très secondaires) aurait diminué la dramaturgie de 1917. Une dramaturgie renforcée par le réel, Mendes s’étant inspiré d’anecdotes de son grand-père qui fut messager pour l’armée britannique.

La réalisation de 1917 se centre au plus près des personnages, sans jamais nous donner à voir ce qui se passe à côté ou chez les Allemands. Le spectateur vit donc l’instant présent intensément sans pouvoir penser à l’avenir même immédiat. Cet effet « nez dans le guidon » conféré par l’usage du plan-séquence, résolument immersif, capture, captive et tient en haleine deux heures durant. D’autant que la dimension personnelle à la mission ne la rend que plus humaine.

 

L’ennemi sans nom

L’ennemi est on ne peut plus vague mais n’en est pas moins menaçant. Évidemment, le titre de 1917 désigne les Allemands comme cet ennemi et quelques soldats incarnent ces « Allemands ». Il n’en ressort pas moins une impression d’irréalité fantasmagorique, de menace latente. Ainsi cette scène où des coups de feu sont tirés sans qu’on puisse dire dans un premier temps d’où ils viennent. L’Allemand a des allures de Croquemitaine. Il est à noter qu’aucun Allemand ne reçoit de nom personnel dans 1917. C’est toujours un « Allemand », l’incarnation provisoire d’une entité menaçante, un Léviathan qui renaît sans cesse de l’abîme.

 

Un film de guerre tout en nuances.

Mais, s’il y a des ennemis, il y a aussi des alliés. En plus d’être deux (ce qui permet des échanges qui évitent toute monotonie), les héros – à tous les sens du terme – de 1917 reçoivent l’aide des autres soldats. La fraternité d’armes devient ainsi une réalité quel que soit le grade. Le capitaine, incarné par le remarquable Mark Strong, apporte en peu de mots et quelques gestes, le soutien nécessaire à la poursuite de la mission. La critique de 1917 contre certains officiers n’est pourtant pas passée sous silence, évitant un effet justement trop héroïque. L’armée britannique a eu son lot d’officiers « aimant la bataille », comme le général Haig, un des généraux les plus controversés du conflit. Pourtant, il fut élevé au maréchalat et anobli après la guerre.

 

1917 : un film faussement linéaire

La linéarité de 1917 est interrompue par de multiples péripéties qui nous rappellent que nous sommes en guerre. L’ouverture bucolique est vite oubliée ! Il y a quelque chose à la fois ludique et tragique dans ces ruptures de ton. Un instant de légèreté (comme s’amuser de la grosseur d’un rat) peut immédiatement être suivi d’un instant dramatique (une explosion). La mission de 1917 est de celles que l’on peut en trouver dans un jeu, mais le film ne badine pas avec la vie humaine et montre constamment que ces « perturbations » ne sont pas anecdotiques mais peuvent être mortelles.

La linéarité de 1917 est également rompue par la diversité des décors. On passe sans transition de la tranchée britannique à la tranchée allemande. Ou encore au no-man’s land (une des séquences les plus sinistres et les plus choquantes du film), de la verte prairie du Nord aux ruines ocres. On passe aussi d’une cave obscure à la forêt. La lumière elle-même varie de chaude au départ à morte au milieu. L’obscurité nocturne donne aux ruines une allure caravagesque des plus frappantes. La tension au plus haut à ce moment tire vers le fantastique, rend l’ombre aussi bien protectrice que menaçante. Tout concourt dans 1917 à ne jamais donner de répit.

Quelque part, la guerre ne s’arrête jamais.

 

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Keira Knightley dans Coeurs ennemis

Coeurs ennemis : Allemagne, année zéro

 

4 out of 5 stars (4 / 5)

 

Coeurs ennemis commence en novembre 1945. Helen Morgan (Keira Keightley) rejoint son mari, le colonel Lewis Morgan (Jason Clarke) à Hambourg. En effet, Morgan supervise les troupes britanniques d’occupation et tente d’assurer l’ordre et la reconstruction (le titre original est The Aftermath : les conséquences). Pour ce faire, le couple loge chez Lubert, un Allemand (Alexander Skarsgaard). Les troupes d’occupation ont réquisitionné sa demeure mais ont autorisé Lubert sa fille à rester. La cohabitation sera tendue et révélatrice.

 

Rachel Morgan (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis, réalisé par James Kent (2019)

Rachel Morgan (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis, réalisé par James Kent (2019)

D’emblée, le spectateur sait qu’il n’est pas là pour rire. Les tons de Coeurs ennemis sont souvent gris, gris cendre ou gris plomb. Le blanc est rare mais intervient à un moment important où il joue un rôle apaisant. Le chef opérateur Franz Lustig se montre bien plus inspiré que dans How I Live Now, à l’enchaînement de ruptures de ton brouillonnes. Les décors sont bien choisis. De la maison de maître au chalet intime en passant par des ruines d’une criante vérité.

 

Coeurs ennemis : un film métaphorique

James Kent avait déjà réalisé une excellente chronique de la première guerre mondiale dans Mémoires de Jeunesse. Coeurs ennemis reprend ce qui en avait fait le succès : c’est moins un film historique qu’un drame sur une toile de fond historique. C’est bien plus intéressant en soi. Avec une lenteur calculée, la mise en scène dévoile progressivement le côté métaphorique du film. Si les guerres sont identiques, chaque drame est particulier. Le pitch évoque celui de Suite Française d’Irène Nemirowsky, mais son traitement est différent. Les ruines de Hambourg symbolisent les vies ruinées des différents protagonistes. Puisque chacun a son lot de gravats et s’efforce malgré tout de vivre avec tant qu’il le peut.

 

Rachel (Keira Knightley), Freda (Fiora Thiemann) et Stefan (Aleksander Skarsgard) dans Coeurs ennemis

Rachel (Keira Knightley), Freda (Fiora Thiemann) et Stefan (Aleksander Skarsgard) dans Coeurs ennemis

 

Cette métaphore permet aussi de tenir à distance l’écueil sentimental qui pouvait menacer le film. Car il eut été facile de ne voir dans Cœurs ennemis qu’un énième triangle amoureux rendu juste plus scandaleux par son contexte historique. 

 

Des acteurs parfaits

Pourtant, le jeu des acteurs permet d’empêcher cette chute inappropriée dans le mélo. Keira Knightley est toute en subtilité, faisant évoluer son personnage de bourgeoise anglaise engoncée et raide comme la Mort en une femme vivante. Elle ose le nu et la scène est comme un poème.

 

Lubert (Aleksander Skarsgard) et Rachel (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis

Lubert (Aleksander Skarsgard) et Rachel (Keira Knightley) dans Coeurs ennemis

Dans le rôle du colonel, Jason Clarke est tout aussi impeccable. L’acteur – qui, ironie du cinéma, a joué le nazi Reynald Heydrich dans HHhH – campe ici un militaire anglais qui s’efforce d’oublier dans un travail incessant et quasiment vain la ruine de sa vie privée. Il y a presque du Kafka à le voir s’efforcer de maintenir un ordre public plus virtuel qu’autre chose. Faire semblant et donner à voir, les maximes de la vie sociale anglaise transportée sur le continent. Ainsi, Coeurs ennemis réussit à transcrire ce triomphe du paraître. Par ailleurs, les soirées que donnent les Britanniques ont un côté absurde tant elles sont déconnectées de la « vraie vie » (comme souvent chez les expatriés).

 

Lewis (Jason Clarke) dans Coeurs ennemis

Lewis (Jason Clarke) dans Coeurs ennemis

Le talent de Keira Knightley et Jason Clarke est justement de nous faire ressentir le déphasage de leurs personnages. Le mal-être les ronge. Enfin, Alexander Skarsgaard joue l’Allemand qui devient étranger dans son propre pays et jusque dans sa propre maison. Lui aussi a une vie ruinée. Sa vie lui échappe, son pays n’est plus le sien, sa fille devient une étrangère, et il doit même aller quasiment jusqu’à justifier sa propre existence. Tous ces états d’âme sont admirablement filmés par James Kent.

 

James Kent, réalisateur de Coeurs ennemis

James Kent, réalisateur de Coeurs ennemis

 

Coeurs ennemis : l’espoir d’une renaissance

Néanmoins, il y a une note positive dans ce drame. Car, de même qu’une ville se reconstruit, les êtres se reconstruisent aussi. Il est donc possible de pousser plus loin la métaphore : ce n’est pas qu’une ville et des vies en ruines que nous présente Coeurs ennemis mais une ville et des vies qui se reconstruisent. Rien ne sera jamais simple ; en urbanisme comme en amour, s’il n’y a pas de ciment, il n’est pas possible d’édifier quelque chose qui tienne.

 

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DUNKERQUE : C’EST LA MORT À LA PLAGE

Soldats dans Dunkerque (2017) de Christopher Nolan
Par Clément

Défaite ou victoire ?

27 mai 1940 : sous le rouleau compresseur allemand, les armées britanniques et françaises sont repoussées à Dunkerque : 400000 soldats sont coincés entre l’armée ennemie d’un côté et la Manche infranchissable de l’autre. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne soient à terme tous massacrés par l’aviation et l’infanterie nazies. Cela signifierait la fin des Alliés, puisqu’il s’agit de la quasi-totalité de leur armée.

Le gouvernement britannique lance alors « L’Opération Dynamo » : tous les navires civils sont réquisitionnés pour secourir les soldats : les destroyers militaires sont en effet des cibles faciles pour la Luftwaffe qui pilonne la plage sans arrêt.

Sauve-qui-peut dans Dunkerque (2017) de Christopher Nolan

Le miracle se produisit : soutenus par l’armée française qui empêche les allemands de s’approcher des plages, près de 335000 soldats seront sauvés. C’est un désastre sur le plan militaire, qui voit le triomphe de l’Allemagne en Europe. Mais le « Miracle de Dunkerque », comme il est appelé, a été décisif en sauvant les Alliés d’une défaite irréversible, grâce à la mobilisation unanime des civils pour les soldats.

M. Dawson (Mark Rylance), un civil, dans Dunkerque de Christopher Nolan (2017)
M. Dawson (Mark Rylance), un civil, dans Dunkerque de Christopher Nolan (2017)
Christopher Nolan, réalisateur de films d’auteur derrière l’étiquette blockbuster, a déclaré que c’est cette dualité qui a éveillé son intérêt pour cette page de l’histoire. C’est le sujet de son dernier film Dunkerque, un choix audacieux puisqu’il raconte l’histoire d’une défaite militaire, d’ailleurs peu connue, avec un casting 0% américain, un patriotisme en sourdine… soit l’opposé complet du bon vieux film héroïque ricain !


Dunkerque avant Dunkerque

Plusieurs films se sont intéressés à la bataille de Dunkerque. Week-end à Zuydcoote, réalisé par Henri Verneuil, s’intéresse moins à la bataille qu’à la camaraderie entre des soldats français, et une love story (maladroite) entre deux largages de bombes.

Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy dans Week-end à Zuydcoote réalisé par Henri Verneuil (1964)
Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy dans Week-end à Zuydcoote réalisé par Henri Verneuil (1964)
Dans un mémorable plan-séquence de cinq minutes, Joe Wright exprime dans Reviens-moi (certes avant tout un drame) un instantané de la vie des soldats pendant ces jours interminables : chants, jeux, beuveries, ennui… On pourra tiquer sur des violons envahissants en revanche.

Mais si on veut vraiment comparer le Dunkerque de Nolan à un autre film, nous devons parler d’un autre Dunkerque réalisé par Leslie Norman en 1958. Ce film se centre sur la retraite précipitée des survivants du 13e bataillon de la Compagnie B du Wiltshire vers les plages. L’évacuation n’occupe que le dernier tiers du film.


Dunkerque (1958) a mal vieilli, à cause d’une mise en scène académique, impuissante à rendre l’horreur des combats. Le film est desservi par un moralisme pontifiant : parce qu’un civil (joué par Richard Attenborough) veut rester auprès de sa famille, il est donc un « lâche », jusqu’à ce que, gros cuivres patriotiques obligent, il aille au charbon. Il faut ajouter un manichéisme grossier, un rythme lent, des dialogues bavards, des conciliabules incompréhensibles sauf à être militaire (un problème que l’on retrouvera dans La bataille de Midway).
John Mills, Bernard Lee, et Sean Barrett dans Dunkerque, réalisé par Leslie Norman (1958)
John Mills, Bernard Lee, et Sean Barrett dans Dunkerque, réalisé par Leslie Norman (1958)
Le Dunkerque de Nolan n’aura donc aucun mal à surclasser le film de 1958. Pour autant, doit-on se rallier à certaines reviews le sacrant comme un des meilleurs films de guerre de tous les temps ?

Nolan le prodige

Nolan est un auteur, qui écrit les scénarios de tous ses films (même celui d’Insomnia où il a fait la dernière réécriture). Dunkerque dans ses détails et son casting cinq étoiles, est un Nolan movie. Avec la pellicule IMAX 70 mm, et la technique du réalisateur, Dunkerque est un épique spectacle visuel, qui n’a pas besoin de recourir au montage sur-haché, à la caméra à l’épaule, ou aux dialogues (réduits à l’essentiel) pour insuffler de la tension.

Scène de bombardement dans Dunkerque de Christopher Nolan (2017)

On note le travail sur les sons, amplifiés, qui nous plongent en pleine action, tout comme la musique d’Hans Zimmer. Je dois avouer n’être plus fan de Zimmer, il me semble qu’il n’a plus rien à dire depuis le premier Pirates des Caraïbes (2003 quand même). Il se montre ici plus subtil : s’il ne renonce pas à son orchestration passe-partout, ses mélodies n’ont pas le côté laborieux de ses dernières productions. La discrète intensité de sa musique sert grandement Dunkerque.

Le sens de Nolan pour l’image, qui faisait déjà merveille dans Interstellar, éclate ici, grâce au relais parfait entre scénario et réalisation. Le script de Dunkerque décrit ce qui se passe sur trois fronts : la jetée, la mer, le ciel, d’où trois intrigues différentes, et une densité dramatique triplée. Partant de cette base, la caméra tourbillonne, passe en travellings amples, dans une fluidité aisée, d’un front à l’autre.
Naufrage lors de Dunkerque de Christopher Nolan (2017)

Nolan exprime la dualité des liens humains : D’un côté, le patriotisme des soldats est solaire, sans grandiloquence, même dans le final, contrairement à d’autres films qui sombrent dans leurs codas dans le nationalisme. Il montre la solidarité entre soldats d’un même régiment. Mais d’un autre côté, dès que la survie est en jeu, on peut bien sacrifier n’importe qui du moment que ce n’est pas soi. Le commander incarné par Kenneth Branagh ironise sur le double discours de Churchill. L’homme d’état dit tout haut que français et anglais doivent être secourus sans distinction, mais dans les faits encourage la préférence nationale.

Le capitaine Winnant (James d'Arcy) et le commandant Bolton (Kenneth Branagh) dans Dunkerque
Le capitaine Winnant (James d’Arcy) et le commandant Bolton (Kenneth Branagh) dans Dunkerque
La terreur qui saisit un marin, jusqu’à provoquer l’irréparable, est aussi bien vue. À côté de ces grandes qualités, Dunkerque doit composer avec plusieurs problèmes.

Virtuosité artificielle

Nolan aime jouer avec la temporalité : Memento était un cérébral casse-tête par son récit simultanément chronologique, antichronologique, et uchronique. Inception jouait sur pas moins de cinq niveaux temporels en même temps. C’est ce procédé que Nolan reprend dans Dunkerque où l’action sur la jetée dure une semaine, l’action sur mer un jour, et l’action aérienne, sur une heure. En effet, un jour suffit aux bateaux pour traverser la Manche et une heure pour les avions : un postulat de base réaliste et prometteur (Nolan dit que pour cette raison, c’est son film le plus « expérimental » !) mais une application artificielle.

Farrier (Tom Hardy), pilote de la RAF dans Dunkerque
Farrier (Tom Hardy), pilote de la RAF dans Dunkerque
Dans Inception, les temporalités/histoires, dans un effet « boule de neige » typique de Nolan, étaient toutes reliées entre elles, mais elles ne se rejoignent jamais dans Dunkerque (sauf à deux brèves reprises). Ainsi, les trois histoires se marchent sur les pieds. Pas non plus de « payoff » où les trois storylines fusionneraient dans un grand climax, ni d’accélération du récit. La virtuosité habituelle de Nolan tourne à vide. Tout comme Tarantino avait révolutionné l’approche du film de gangsters, Nolan révolutionne celle du film de guerre, mais la réussite est bien moindre.

Image de Dunkerque de Christopher Nolan (2017)

Il ne se passe pas grand-chose au ciel, mise à part de fugaces affrontements répétitifs. Pas grand-chose non plus sur mer, avec un huis clos qui ne tient pas la longueur. Heureusement, la partie sur la jetée est bien plus riche en événements. Nolan a par contre tendance à contempler son génie de la caméra (comme le fait avec encore plus d’ego Danny Boyle dans T2 Trainspotting) : les scènes de peur, de carnage, de sauve-qui-peut sont comme tenus à distance par sa mise en scène ample mais distante. Quand on compare avec l’ouverture d’Il faut sauver le soldat Ryan, Dunkerque provoque certes des frissons mais pas autant.

Alex (Harry Styles) et Tommy (Fionn Whitehead) dans Dunkerque
Alex (Harry Styles) et Tommy (Fionn Whitehead) dans Dunkerque


Personnages sacrifiés

Le film de 1958 avait au moins la présence d’esprit de suivre un groupe de personnages, auquel on parvenait à s’attacher grâce au temps et au dialogue. Dunkerque use un peu trop du précepte de l’auteur/scénariste David Mamet : « There’s no such thing as character development, all there is is action. » Tout dans Dunkerque est au service de l’action, mais aucun personnage n’aura droit à la moindre ébauche. C’est une entrave à l’émotion que nous devrions ressentir devant cette boucherie.

Un marin en état de choc (Cillian Murphy) dans Dunkerque
Un marin en état de choc (Cillian Murphy) dans Dunkerque
Dans la séquence finale, Nolan flirte avec le révisionnisme en cachant l’apport des soldats français. Ils tomberont aux mains allemandes pour avoir résisté le temps que l’évacuation s’organise. Certes, ce n’est pas une nouveauté dans un film US depuis l’affaire U-571 (ou comment l’Oncle Sam s’appropriait un exploit britannique), mais sans être chauvin, c’est quand même un regret.

Tommy (Fionn Whitehead) dans Dunkerque
Tommy (Fionn Whitehead) dans Dunkerque

Un film de guerre révolutionnaire

Dunkerque contient tout ce qu’on adore chez le réalisateur de The Dark Knight, mais la Nolan touch atteint ici ses limites.

La productrice Emma Thomas et le scénariste/réalisateur Christopher Nolan (et mari de Thomas)
La productrice Emma Thomas et le scénariste/réalisateur Christopher Nolan (et mari de Thomas) 
Moins un chef-d’œuvre attendu qu’un film seulement efficace. Dunkerque se regarde comme une révolution expérimentale dans le genre du film de guerre, grâce à la personnalisation du récit et son ambiance plus thriller que militaire.

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