Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archive de l’étiquette

MANHATTAN, DE WOODY ALLEN : UN JOUR À NEW YORK

Il y a des livres fondateurs, comme la Bible, Roméo Juliette ou l’Odyssée d’Homère.

Et il y a des films fondateurs. Manhattan est de ceux-là. Il ressemble à un film-somme de Woody Allen alors qu’il est au faîte de sa carrière, en 1979. Ce classique a aussi imposé son style, et a inspiré maints cinéastes qui ont tenté, comme lui, de dire la complexité de la crise la quarantaine, du couple et de la vie d’artiste à New York.

Les obsessions de Woody Allen sont déjà là : l’attirance pour une Lolita, la religion, la mort, la psychanalyse, l’hypocondrie, l’infidélité, et surtout cette moquerie de l’intelligentsia new-yorkaise dont il fait partie. 

Quel bonheur, en effet, de débattre de « la capacité négative d’un cube en métal » lors d’une expo d’art contemporain. 

Woody Allen se retrouve dans la même position que Sartre à son époque : il critique la bourgeoisie qui est pourtant son premier public. Dans Manhattan, l’alter ego de Woody, Isaac, dit « Ike », tombe amoureux de Mary (Diane Keaton) qu’il accuse de snobisme dans les premières minutes pour mieux tomber sous son charme au cœur du film.

Michael Murphy, Diane Keaton et Woody Allen dans Manhattan (1979)
Michael Murphy, Diane Keaton et Woody Allen dans Manhattan (1979)
Allen critique aussi vivement la télévision, qui l’a pourtant fait connaître.
Tracy, jeune fille de 17 ans en couple avec Ike,  s’avère plus sage que lui, tout comme Melody se montrera plus sage que Boris dans Whatever Works, sorti tout juste 30 ans plus tard. 
Evan Rachel Wood (Melody) et Boris (Larry David) dans Whatever Works de Woody Allen (2009)
Evan Rachel Wood (Melody) et Boris (Larry David) dans Whatever Works de Woody Allen (2009)

Sans oublier les saillies spirituelles et les dialogues à 100 à l’heure inspirés de la screwball comedy, et qui ont fait le succès de Woody depuis ses débuts.

Manhattan est aussi l’occasion d’admirer de merveilleux plans de la ville et ses plus célèbres rendez-vous : Elaine’s, The Russian tearoom (que l’on voit aussi dans Tootsie) et la balade à cheval dans Central Park.

Woody fait preuve d’un grand talent de metteur en scène, avec une inventivité qui ne sera pas forcément de mise dans ses films suivants. Son sens du clair-obscur, le cadrage magnifique d’un banc de New York (qui d’ailleurs n’existe plus) le jeu d’ombres au planétarium, tout est soigné, inoubliable. Ce fan de jazz accompagne ces plans de la musique de Gershwin. Plusieurs de ces morceaux, d’ailleurs, seront chantés dans sa comédie musicale Tout le monde dit I love you, sortie en 1996.

Dans cet hommage à New York, Allen évoque en passant sa fascination pour Paris et pour les films de Bergman, selon lui inégalable. Il aura d’ailleurs « une période Bergman » (Intérieurs, Septembre, L’Autre femme) pas forcément convaincante.

Dans Manhattan comme dans tous ses films, le personnage de Woody se montre charmant, un peu lâche, nerveux et touchant avec son début de calvitie.

Ses films suivants apparaissent comme des variations sur les différents thèmes de Manhattan. La conclusion, surtout, qui dit au spectateur que la vie vaut la peine d’être vécue et qu’il faut faire confiance aux gens, sera aussi celle de Hannah et ses sœurs (1986) et de Whatever Works.

Il faut saluer la modernité de Manhattan et sa dimension universelle. C’est le seul film, à ma connaissance, où la femme du héros le quitte pour une autre femme. C’est pour le moins audacieux concernant un film de 1979. Il donne également l’occasion de voir Meryl Streep dans sa fière jeunesse, alors pourquoi bouder son plaisir ?

Meryl Streep dans Manhattan
Meryl Streep dans Manhattan

Il faut (re)voir Manhattan, pour ses plans magnifiques et sa chronique savoureuse de la société new-yorkaise. Pour le visage de Mariel Hemingway et l’émotion de la dernière scène.

Mariel Hemingway face à Woody Allen dans Manhattan
Mariel Hemingway face à Woody Allen dans Manhattan

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :



  

THE ROSE: BETTE DE SCÈNE

Quand j’étais môme, je n’aimais pas la chanson « The Rose, » avec ses phrases cliché et son rythme plan-plan.

Bette Midler et moi

Ma mère est fan de Bette Midler, et ça l’a poussée à m’emmener voir un navet Disney, le premier film que j’aie vu en salle en le trouvant mauvais. Midler y jouait une sorcière pas finaude entourée de deux consœurs: Sarah Jessica Parker, à qui j’allais vouer un culte à la vingtaine avec la série Sex and the City, et Kathy Najimi, future sœur soprano dans Sister Actqui a connu un autre rôle douteux chez Disney récemment.
Cinq ans avant, j’avais découvert Bette Midler sous les traits d’une chienne vaniteuse dans Olivier et Compagnie, bien loin du malicieux Billy Joel.
La même année, elle jouait une femme d’affaire requin, accompagnée de sa sœur au goût prononcé pour… la campagne.
Je me disais que Le Club des ex, sorti en 1996, allait me réconcilier avec l’actrice.
Pas du tout. Ça a même failli me fâcher avec Diane Keaton.
Autant vous dire que Bette Midler et moi, c’était pas le big love.
Il a fallu attendre 2015, et la réédition du film The Rose, pour me faire changer d’avis.

Ceci n’est pas Janis Joplin

Pourtant, ça commençait mal. 
Ecran noir. Je reconnais d’emblée dans le grain de voix de Midler ma chère Janis Joplin, qui m’a fait bousiller mon DVD du concert de Woodstock, chanter « Move Over » à tue-tête dans un bus, scander « Mercedes Benz » dans des bars avec des potes, et hurler « Piece of my heart » après un chagrin d’amour.
Puis Bette Midler apparaît à l’image, alors âgée de 34 ans. L’épuisement de son personnage lui donne la quarantaine bien sonnée.
Ce n’est pas Janis, morte à 27 ans d’une overdose. Et merde.
En faisant des recherches après le film, je me suis rendue compte que le scénariste d’origine, Bill Kerby, voulait en effet adapter la vie de Joplin à l’écran. La famille refuse de céder les droits au réalisateur, Mark Rydell. Exit Janis.
À croire que la volonté de raconter la vie de Joplin au cinéma est maudite. La version avec Amy Adams, qui devait sortir prochainement, est aussi ralentie pour des questions légales.
Restent dans The Rose la voix et la grande gueule du personnage, et une certaine idée du rock. Joplin, qui aimait un peu trop l’héro, est ici dépeinte en ancienne junkie devenue alcoolique.
Difficile, en cet été 2015, de ne pas penser à Amy Winehouse, morte d’avoir, une fois de trop, forcé sur l’alcool. Comme Joplin, Jim Morrison et Kurt Cobain, elle fait partie du tristement célèbre club des 27.

Le burn-out du siècle


Bon, d’accord, la photographie de The Rose a vieilli et la coupe années 80 pour cette star de Woodstock, c’est pas top. 

Le film est sorti en 79 et, du coup, son esthétique est coincée entre le glam rock et les eighties.

The Rose raconte burn-out du siècle. Rose le dit dès le début du film: elle est fatiguée, et souhaite prendre une année sabbatique. Son manager est contre, obsédé par la machine à fric. 
Pour respirer, l’artiste s’évade à l’arrière d’une limousine, dont le chauffeur deviendra son amant. Commence alors, en plus du drame musical, un road movie haut en couleurs et en chansons. La rencontre de Rose avec son double travesti est une scène d’anthologie.
Bette Midler fait éclater dans le film tout son talent d’actrice et de chanteuse (elle a d’ailleurs sorti plusieurs albums.) Son discours féministe suivi de l’interprétation de « When a Man Loves a Woman » vaut aussi le détour.

Destin d’une star du rock

Rose est au faîte de sa gloire, et devra choisir, comme tant d’autres femmes, entre son amour et sa carrière. Mais la dope de Rose, ce n’est pas seulement l’alcool. On le voit tout au long du film: elle est accro à la scène. Elle continue au-delà de l’épuisement, comme la danseuse dans Les Chaussons rouges, avant la reprise de la trame par Aronofsky pour Black Swan. Écrasée de solitude, Rose est abîmée, fêlée de partout, une routière du rock qui a passé le mur du son.
La fameuse chanson que je trouvais ennuyeuse devient touchante quand elle s’élève, au générique de fin, pour sceller le destin peu ordinaire de cette star du rock.
Le jeu de Bette Midler en vaut la chandelle. Elle déploie tout son charisme, toute cette force qui plus tard sera bridée par les studios Disney. Le rôle de Rose lui a valu l’oscar, fulgurance dans une carrière grise, comme un concert de James Blunt soudain réveillé par un solo de batterie.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire:
       

LES OISEAUX: HITCHCOCK, CORBEAU MAGNIFIQUE

Bientôt en réédition, le classique d’Hitchcock ! De quoi se réjouir, et proposer, pour l’occasion, une analyse détaillée du film.
Les Oiseaux, sorti en 1963 se
déroule à San Francisco puis Bodega Bay, une île à 60 km de là.
Dans cette île vont se produire des événements étranges: une
série d’attaques d’oiseaux devenus soudainement agressifs envers les
habitants de l’île.
Pourtant, les premiers
oiseaux auxquels on s’intéresse dans le film, ce sont ceux-là. 
Pas
vraiment terrifiants ? Normal, ce sont des tourtereaux, appelés
en anglais « lovebirds, » oiseaux de l’amour.

Oiseaux d’amour, oiseaux de mort

Mitch, joué par Rod
Taylor, souhaite offrir des tourtereaux à sa petite sœur pour son
anniversaire. Quand il entre dans la boutique d’animaux, cependant,
il ne demande pas conseil à une vendeuse, mais à une cliente,
Melanie Daniels, incarnée par Tippi Hedren. On assiste donc à une scène de drague, où les personnages eux-mêmes
apparaissent comme des tourtereaux.
Pendant la scène, on entend les cris des oiseaux qui noient presque
le dialogue du couple. Ce parallèle entre les volatiles et le couple
est essentiel. Le suspense des Oiseaux, c’est aussi cette tension
sexuelle qui va crescendo entre l’homme et la femme. Eros (les tourtereaux) et Thanatos (les corbeaux, oiseaux de mort) se prennent le bec pendant tout le film.
La jeune femme sera
séduite par le dragueur invétéré, au point de commander des tourtereaux à la boutique, et de
les livrer elle-même à Mitch en se tapant les 60 bornes en voiture.

Hitchcock préfère les blondes

Le mot bird désigne aussi la femme, en argot : le terme est
connoté négativement quand on parle de la petite amie de quelqu’un
ou d’une jeune fille légère. Il qualifie, plus généralement, une
jolie femme.
L’oiseau rare
d’Hitchcock, c’est l’actrice Tippi Hedren, qu’il a révélée et dont
il était très amoureux, au point de la harceler pour en faire sa
compagne.
Rétrospectivement, on
peut se demander si le cinéaste n’a pas ressenti un certain plaisir à torturer
son héroïne, en la punissant, par le biais des attaques d’oiseaux,
du désir qu’elle inspirait au hommes et de son attirance pour eux.
Ce n’est pas la première
fois que le cinéaste torture une beauté blonde et froide à
l’écran. Dans Psychose, il tue son héroïne au bout de 30
minutes, dans La Mort aux trousses, il manque de la faire
tomber du Mont Rushmore, et, dans Le Crime était presque parfait,
il met en scène sa tentative d’assassinat.
C’est justement Grace
Kelly, actrice principale du Crime était presque parfait, que
Hitchcock voulait engager pour le rôle de Melanie dans Les
Oiseaux
. La princesse de Monaco, alors à la retraite de sa
carrière de cinéma, ne s’est pas laissée convaincre.
Il avait également pensé
à Carol Lynley, qui se consolera deux ans plus tard, dans un autregrand film à suspense, Bunny Lake a disparu, de OttoPreminger.

Des corbeaux et des mouettes

Dans Les Oiseaux, Melanie est attaqué par des mouettes, mais aussi des corbeaux. Cette idée d’attaques d’oiseaux sur les humains vient d’un article auquel Hitchcock s’était intéressé : Le 18 août 1961, à Santa Cruz en Californie, des dizaines d’oiseaux, sans raison apparente, avaient fondu sur les habitations. Une enquête en 2011 a révélé que cette soudaine crise de folie était due à une intoxication alimentaire.

D’un point de vue cinématographique, le choix des mouettes et des corbeaux n’a rien d’anodin.

Tout d’abord, ces deux oiseaux sont des charognards. Dans le film d’Hitchcock, ils ne se contentent pas d’attaquer les humains, ils les dévorent ensuite (voir la scène terrifiante du fermier aux yeux crevés.)

De plus, les cris des mouettes et des corbeaux sont très reconnaissables: ils deviennent un outil pour Hitchcock qui, dans ce film a choisi une bande-son particulière. Les cris d’oiseaux, sont manipulés électroniquement grâce à un Tratorium. Ce qui fout les jetons dans le film, c’est à la fois la musique et le silence. La preuve dans une scène d’anthologie : la chanson des enfants, et le silence des corbeaux dans la cour de l’école.

Un peu étrange, cette comptine. La chanson d’enfants est un canon du film d’horreur, et celle-ci, obsédante, avec son « Now Now Now, » ressemble à une incantation de sorcières pour faire venir les corbeaux, ces démons déguisés. Oiseau de malheur par excellence, devenu mascotte de Hitchcock, la présence d’un corbeau dans un film n’est jamais bon signe. Dans Le Fléau de Stephen King, il s’agit carrément du diable, caché sous les plumes noires.

La comptine, moqueuse, parle d’une femme qui ne se peigne jamais les cheveux, et l’on se souvient de Tippi Hedren décoiffée par la mouette qui fond sur elle. À la fin du film, elle est décoiffée comme au saut du lit, après une nuit d’amour, ce qui confirme l’attaque des oiseaux comme punition du désir sexuel.

L’humour au cœur de l’horreur

Ces scènes ont été maintes fois reprises. Ceux qui ont allié avec humour la scène de la mouette et celle des corbeaux dans un film, ce sont les rêveurs des studios Pixar, qui ont parodié le film dans Le Monde de Nemo.

Apparemment, chez Pixar, ils sont fans d’Hitchcock:

Hitchcock aussi avait le sens de l’humour et de la dérision. On le voit, au début du film, sortir de la boutique d’animaux accompagné de ses deux chiens écossais.

Oui, il y a aussi beaucoup d’humour dans ce qui reste dans les esprits comme un film d’horreur. Mention spéciale pour les tourtereaux qui suivent, en voiture, le rythme de la route.

Une scène finale magistrale (Attention Spoilers, forcément)

On retient aussi les attaques sur les enfants, et dans la cabine téléphonique. On remarque dans cette dernière un usage de l’animation et de corbeaux-marionnettes. Ils paraissent un peu trop visibles à l’heure où le spectateur est habitué au CGI.

Reste la scène finale, magistrale.

Cette fin, je pense, confirme la métaphore sexuelle des attaques des volatiles. Les tourtereaux sont recouverts d’un drap, ce qui laisse à penser qu’ils sont endormis. Mitch, d’abord dragueur incorrigible, devient chevalier servant. Sa mère, auparavant jalouse de Melanie qui lui « volait » son fils, finit par l’accepter avec tendresse. C’est ce rétablissement de la morale qui sauve les personnages, épargnés par les prédateurs. Cependant, la menace « plane » au-delà de la scène: le mot FIN n’apparaît jamais à l’écran.

(Re)découvrez Les Oiseaux en salle, à la fois drôle et terrifiant, classique formidable. Vous ne verrez plus nos amis volants de la même façon, et vous sourirez à la vue d’Hitchcock, corbeau magnifique qui donna ses ailes au cinéma.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire:

       

LES INNOCENTS: SAUVONS LES ENFANTS

Les Innocents, c’est le titre ironique du classique de Jack Clayton, en ce moment en réédition. Ce grand film d’épouvante de 1961 est une adaptation de la nouvelle de Henry James, Le Tour d’écrou. Comme le livre, le film est extrêmement bien construit, et fait froid dans le dos.

Une histoire de berceuse

Tout commence par une berceuse, comme dans beaucoup de films d’horreur réalisés depuis. La chanteuse Isla Cameron avait pris la voix d’une petite fille pour nous foutre les jetons dès l’intro.

Les premières images et les premières notes des Innocents est à mettre au même niveau d’excellence que la berceuse de Rosemary’s Baby ou le morceau de Saul Bass dans Bunny Lake a disparu.
Cette chanson traditionnelle, « O Willow Waly, » parle d’amants unis dans la mort sous un saule: c’est un résumé extraordinaire du film, et il tient en une minute.

Le verbe to lie (à la fois « reposer » et « mentir ») va à ravir à Flora, fillette fantomatique du film.

Coup de génie, aussi, dans la scène où Miles, son frère, récite un poème annonciateur, sur un seigneur d’outre-tombe dont il est l’esclave.

Deborah Kerr, dans sa blondeur hitchcockienne, tient le rôle principal du film de Clayton. Elle incarne une gouvernante douce et naïve, embauchée par un étrange noble (Michael Redgrave) afin de garder ses neveu et nièce.
Les enfants en question sont charmants, idéaux. Comme le dit, cependant, un proverbe anglais:

« If something seems too good to be true, it probably is. »
« Si quelque chose paraît trop beau pour être vrai, c’est probablement le cas. »

De jeunes acteurs épatants 

Les enfants ont un verbe trop élaboré pour leur âge. La jeune Flora (étonnante Pamela Franklin) a le regard d’une femme qui en sait beaucoup, et Miles (épatant Martin Stephens) possède le charme d’un homme mûr. Les deux acteurs sont dotés de ce que l’on appelle « une vieille âme »: cela correspond tout à fait à leurs personnages qui transcendent le temps.
Miss Giddens (Deborah Kerr) accompagnée de Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens)
Miss Giddens (Deborah Kerr) accompagnée de Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens)
Vous me direz qu’on a l’habitude des enfants faussement innocents au cinéma. Petit tour d’horizon.

Les enfants effrayants au cinéma

On pensera aisément au Damien de La Malédiction, modèle du genre. Apparu 15 ans après Les Innocents, on peut se demander si Damien, garçon de cinq ans au regard d’adulte, n’a pas été inspiré en partie par le Miles de Jack Clayton.


Damien sur son tricycle, c’est un peu le grand frère de Danny, que l’on verra dans Shining en 1980. Tous les enfants du film, réels ou fantômes, vous empêcheront de dormir. Voici un célèbre extrait du film de Kubrick. Âmes sensibles s’abstenir.

Moins connu mais intéressant, Le Bon fils, de Joseph Ruben, sorti en 1993. Ruben s’est servi de la gueule d’ange de Macaulay Culkin pour donner vie à ce personnage qui, comme Flora et Miles, est d’une fausse innocence.

Difficile de ne pas citer la petite fille de L’Exorciste. Oui, le mal, au cinéma, peut aussi être féminin. Aussi effrayantes que la possédée de William Friedkin, on a découvert, en 1997 et 2002, deux fillettes du cinéma d’horreur japonais, respectivement dans Dark Water et Ring, du même réalisateur, Hideo Nakata.

Petite fille sur la cassette vidéo maudite dans Ring, de Hideo Nakata (1998)
Petite fille sur la cassette vidéo maudite dans Ring, de Hideo Nakata (1998)
Affiche du film Dark Water
Affiche du film Dark Water

L’une des meilleures histoires de fantômes

Le Tour d’écrou est l’une des plus grandes histoires de fantômes jamais écrite. 

Le film de Jack Clayton, apparemment, en a inspirés beaucoup d’autres. Vous avez été séduits par la chute de Sixième Sens et des Autres ? Vous aimerez forcément ce classique, surprenant de la première à la dernière image.

Tous les ingrédients du film d’horreur, aujourd’hui devenus cliché, y sont pourtant: boîte à musique, portes qui grincent, chambre d’enfants aux jouets anciens, piano jouant seul. Tout a été repris, re-mis en scène, réadapté des dizaines de fois, et pourtant Les Innocents apparaît neuf, audacieux.
Autre canon du film d’épouvante: la maison. Jack Clayton fait un usage judicieux du premier lieu au monde où la peur s’éveille. Il évite la facilité du huis-clos. Les scènes au sein de l’immense demeure concernent aussi son jardin et un lac. Le cinéaste respecte ainsi la tradition des grandes demeures anglaises. Tous les acteurs ont un merveilleux accent britannique. Il respecte ainsi la volonté de Henry James, auteur américain qui avait le cœur à l’anglaise.

Clayton reprend aussi, dans une certaine mesure, le double sens réalité / fantastique, maintenu par James dans Le Tour d’écrou

Livre Le Tour d'écrou, de Henry James

Certaines suggestions fantomatiques sont vite contredites par des considérations terre à terre. Juste ce qu’il faut de répliques ambiguës pour distiller le doute, et voilà le chef-d’oeuvre. 

Vous aurez peur. Dire que les studios d’aujourd’hui rivalisent d’effets spéciaux pour nous faire sursauter, quand il suffit d’une femme qui passe dans un couloir, d’un homme qui regarde du haut d’une tour, d’une ombre sur une île. Des mains qui prient durant le générique jusqu’au baiser final, tout est maîtrisé, presque magique.

Ne ratez pas Les Innocents. Ce n’est pas un classique pour rien.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire:

    

L’ARMÉE DES OMBRES: LE CÔTÉ OBSCUR DE LA RÉSISTANCE

La Résistance au cinéma

Que sait-on vraiment de la Résistance française ?
Côté cinéma, un film passé inaperçu sur Jean Moulin en 2003, et Lucie Aubrac en 1996.

Il faut remonter à 1946, juste après guerre, pour voir des résistants en pleine action à l’écran: c’est La Bataille du rail, de René Clément, qui rend hommage aux cheminots saboteurs dans la France occupée.

La Bataille du rail, de René Clément (1946) affiche poster
La Bataille du rail, de René Clément (1946)

La même année, René Clément sortait Le Père tranquille, l’histoire d’un Monsieur Tout le Monde (son nom est Martin) secrètement résistant. René Clément disait la difficulté de préserver une façade d’homme ordinaire quand, la nuit, on se livrait à des actes extraordinaires.

En 1996, c’était Kassovitz qui devenait Un Héros très discret. Abonné, apparemment, aux rôles d’imposteur, Kassovitz incarnait un homme sans histoires qui, justement, s’en est bâti une. Dans le film de Jacques Audiard, il s’invente un passé de résistant. Grâce à ses mensonges savamment racontés, il parvient à tromper son monde.

Dit comme ça, les films sur la Résistance ne sont pas très glorieux. L’Armée des ombres, devenu un classique, ne présente pas non plus les résistants comme des dieux, mais comme des hommes et femmes accomplissant une obscure mission, pas toujours d’une noble manière .

Le combat de Daniel Cordier

À la télévision, on eut droit à un vague téléfilm sur Jean Moulin, et à un bon documentaire de William Karel sur Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin devenu historien.
Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin
Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin

C’est une émission des Dossiers de l’écran, en 1977, qui a poussé Daniel Cordier à se mettre à l’ouvrage. Il était face à Henri Frenay, qui semait le doute sur Jean Moulin, le qualifiant de communiste.

Dans la France de l’époque, on agitait l’épouvantail du terrorisme pour conditionner l’électorat à voter à droite (ça vous rappelle quelque chose ?) et l’on agitait, dans le même temps, l’épouvantail communiste. Henri Frenay, bon orateur, s’attaqua ce soir-là à l’une des figures emblématiques de la Résistance, servant les intérêts du pouvoir en place, face à un Daniel Cordier mal à l’aise.

Cordier a aujourd’hui 94 ans, et il dédie ses jours à la mémoire de son ami Jean Moulin, dans des ouvrages reconnus, où il dément fermement, preuves à l’appui, les allégations de Frenay.

L’Armée des ombres: un classique instantané ?

En 75, soit deux ans avant le face à face Frenay-Cordier, Les Dossiers de l’écran avaient présenté L’Armée des ombres comme un classique, bien que le film fût sorti seulement six ans plus tôt.

Est-ce la bande-originale qui fit la différence ? On reconnaît, avant la fameuse scène de sauvetage de Gerbier par ses camarades résistants, la musique du générique des Dossiers de l’écran alors qu’il se dirige vers le peloton d’exécution. Cette musique est signée Eric Demarsan.

Le regard profondément gaulliste de L’Armée des ombres a dû plaire à la rédaction de l’émission. Or, cette idéologie a été raillée par les Cahiers du cinéma à la sortie du film, en 69. 

Seul reproche que l’on peut faire au film: mettre complètement de côté le combat des Communistes pour la liberté sous le régime de Vichy, quand Joseph Kessel, dans son livre, n’hésitait pas à leur rendre hommage.

L'Armée des ombres, livre de Joseph Kessel, sorti dès 1943
L’Armée des ombres, livre de Joseph Kessel, sorti dès 1943

De plus, dans ce contexte post-68, le classicisme de Melville faisait contraste. Les Cahiers ont peut-être pensé que le réalisateur revenait au « cinéma de Papa, » avec ce film noir à la photographie sobre (du formidable Pierre Lhomme, qui a participé à la restauration du film) et aux acteurs expérimentés.

Les personnages sont basés sur des résistants véritables: Mathilde (Simone Signoret) serait inspirée de Lucie Aubrac.

Lucie Aubrac a sauvé son mari Raymond en août 1940, en organisant son évasion de la prison Montluc, à Lyon. Or, Mathilde, dans le film de Melville, est celle qui organise l’évasion de Gerbier. Selon les mots du « Bison, » elle « sauve la mise des autres. » Le fait que Mathilde soit aux ordres de Luc Jardie rappelle l’amitié entre Lucie Aubrac et Jean Cavaillès.

En effet, Luc Jardie (Paul Meurisse) est une référence directe à Jean Cavaillès, philosophe et logicien, professeur à la Sorbonne. On peut voir aussi, dans l’allure du personnage, un côté Jean Moulin. Lino Ventura, dans le rôle de Philippe Gerbier, garde sa réputation d’acteur sombre et charismatique. 

Lino Ventura dans L'Armée des ombres, de jean-Pierre Melville (1969)
Lino Ventura dans L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville (1969)

Il y a un hic, cependant: Lucie Aubrac avait 30 ans en 1943, et Simone Signoret, en 69, a 48 ans. Jean Cavaillès est mort à 40 ans, arrêté par la Gestapo (le fameux Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon ») et Paul Meurisse a 57 ans dans le film de Melville. Il n’y a guère que Jean-Pierre Cassel (37 ans tout de même) et son visage de jeune premier, pour répondre à la description des résistants qui, selon Daniel Cordier, étaient le plus souvent dans la vingtaine.

Dans son interview accordée à William Karel, l’ancien secrétaire de Jean Moulin a aussi déclaré:

« Les Allemands à Paris, c’était le symbole de notre déchéance. »

Il parlait des soldats marchant de l’Arc de Triomphe au bas des Champs Élysées, et c’est justement la scène d’ouverture de L’Armée des ombres.

Les Résistants: des justes ?

Les résistants sont souvent présentés de la même manière au cinéma: courageux, intègres, sans faille.

Jean-Pierre Melville n’hésite pas à nous montrer des résistants qui se salissent les mains, et gèrent comme ils le peuvent leur crise de conscience. Ils font le sale boulot, sauvent les copains et tuent les traîtres. Il se peut aussi que les premiers deviennent les seconds.

Le scénario se penche sur les questions existentielles des résistants quant à la légitimité de leurs actes. On fait tout, y compris le pire, pour que la résistance avance, même si le mot n’est jamais prononcé (on ne savait pas encore que c’était de la Résistance, c’est l’Histoire qui choisit le nom des événements.) 

Pour ce qui est du traitement sans manichéisme des personnages, L’Armée des ombres évoque Les Justes de Camus.

L’Armée des ombres: sans doute le meilleur film sur la Résistance française

Melville adopte un certain formalisme, mais ne tombe jamais dans l’académisme. L’Armée des ombres est un film empli d’un suspense haletant. La scène de sauvetage de Gerbier restera dans les annales du cinéma.

Dialogues, coups de théâtre, direction des acteurs, tout est maîtrisé dans cet hommage aux héros discrets qui ont libéré la France de la tyrannie.


D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire:

      

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial