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Osmosis : l’amour à la machine

2 out of 5 stars (2 / 5)
 
Monsieur l’ordinateur, aide-moi à trouver l’amour. À regarder les publicités pour applis de rencontre et autres sites de coeur, on croirait que l’amour est littéralement au coin de la rue, sans que l’on puisse le voir.
 
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Un algorithme nous aiderait alors à tomber amoureux.se du voisin ou de la voisine.
 

Black Mirror, et alors ?

 
Osmosis surfe sur cette mode des applis de rencontre pour en faire une dystopie. Oui, c’est le même thème que l’épisode « Hang The DJ » de Black Mirror. Et alors ? On peut considérer que le sujet est très actuel, voilà tout.
 
Quand Spike Jonze a sorti Her, on lui a aussi demandé s’il connaissait l’épisode « Be Right Back », toujours dans Black Mirror. Il a répondu qu’il n’avait pas vu la série mais que le sujet – l’amour entre un.e humain.e et un OS – devait être dans l’air du temps. On a eu beau demander à Spike Jonze s’il avait vu la série de Brooker, on ne lui a jamais reproché ce thème commun.
 
Pourquoi ? Parce que Her était bon. Même très bon. Voilà le topo : qu’importe que les fictions abordent le même thème. Il y a suffisamment à dire sur l’humain et l’intelligence artificielle pour faire des dizaines de trames de qualité.
 
Or, c’est parce que Osmosis n’est pas formidable que le rapprochement avec Black Mirror se fait sous l’angle négatif.
 
En effet, « Hang The DJ » est l’un des rares épisodes de Black Mirror à bien se terminer. En un mot, la machine incitait les participants à se rebeller contre elle afin d’éprouver leur amour. Pour une fois dans la série britannique, la technologie rendait vraiment service aux humains plutôt que d’agir contre eux.
 
Osmosis est bien différent. Le ton de cette nouvelle série Netflix est ouvertement pessimiste sur l’appli amoureuse. Il s’agit de dénoncer comment elle peut leur faire du mal sous couvert des meilleures intentions : leur trouver l’âme sœur.
 

Osmosis : une interprétation désincarnée

Manque de bol : la série est ratée. C’est un ratage courageux, mais un ratage tout de même. Comme Trepalium, déjà originaire d’Arte, Osmosis crie le manque de budget, avec ses décors spartiates. La série accuse un aussi d’un manque de rythme et surtout d’un scénario clair, construit, fouillé. 
 
Le jeu désincarné des acteurs dans Osmosis ne nous permet pas de nous attacher aux personnages. Celui qui joue Paul, le patron de l’entreprise, est particulièrement mauvais dans la première partie de la série. Il s’agit hélas d’un rôle central. Il n’y a guère que le personnage de Niels pour tirer son épingle du jeu. Le jeu désincarné d’Esther, héroïne de la série, a pourtant du sens : son passé, évoqué trop tard mais passionnant, explique en grande partie son absence d’émotion.
 
Agathe Bonitzer n’est pas mauvaise dans son rôle, mais elle ne sauve hélas pas la série.
 
Agathe Bonitzer joue Esther dans Osmosis

Agathe Bonitzer joue Esther dans Osmosis

 
 
Trepalium bénéficiait de très bons acteurs sur toute la ligne, dont une héroïne qui nous venait de la Comédie-Française, et Pierre Deladonchamps, excellent acteur qui s’est illustré au cinéma.
 

Des robots et des hommes

 
Proposer une galerie de personnages froids et distants permet à Audrey Fouché de les faire contraster avec « l’humanité » de Martin, ordinateur doté d’intelligence émotionnelle. Les scénaristes suivent ainsi les pas d’Isaac Asimov. L’auteur de SF a en effet montré dans Le Robot qui rêvait que les humains pouvaient agir comme des robots et les robots comme des rêveurs. L’excellent Sayonara de Koji Fukada montrait ainsi une humaine qui semble se mécaniser au fur et à mesure, et un robot qui, à l’inverse, s’humanise.
 
Les personnages d’Osmosis manquent de chair : dommage, il aurait suffi de quelques flash-back pour nous les rendre sympathiques. Pire, la série a beau aborder le sujet de l’amour, les moments de bonheur sont quasi absents. Point de comic relief, point de mots tendres au sein des couples.
 

Un scénario décevant

 
C’est surtout côté scénario qu’Osmosis pêche. Il y aurait eu maintes façons de traiter un pareil sujet. Dénoncer par exemple ces programmes pour trouver l’amour qui ressemblent à des supermarchés d’hommes et de femmes. Un site de rencontres n’a d’ailleurs pas hésité à se servir de cette logique consumériste pour sa com. Sous l’humour se cache un cynisme certain.
 
 
Osmosis aurait aussi pu se concentrer sur les données personnelles, devenues le nerf de la guerre du capitalisme. Là encore, la série évoque le problème sans l’exploiter.
 
Surtout, il s’agissait de montrer que l’amour était si complexe qu’un algorithme ne pouvait tout régler à lui seul. Trouver l’âme sœur ne dispense pas des circonvolutions amoureuses habituelles : jalousie des autres, lassitude, routine, problèmes matériels divers, baisse du désir après des années de vie commune.
 

Une mini-série qui manque de rythme

 
Osmosis tente d’aborder certains de ces sujets, sans succès. Ajoutez à cela que la série un problème de rythme évident. Les drames rencontrés par les 12 cobayes de l’algorithme surviennent trop tard : à partir du quatrième épisode seulement sur les huit de la mini-série.
 
Que dire sinon que Charlie Brooker, encore lui, s’avère meilleur y compris dans une mini-série ? Il suffit de regarder Dead Set, mini-série apocalyptique où les zombies ont envahi le monde.
 
 
Un petit studio résiste encore et toujours à l’envahisseur. Il s’agit du plateau de Big Brother au Royaume-Uni.
 

Un air de déjà vu

 
Évidemment, si l’on est comme moi fan de dystopie, on retrouve dans Osmosis plusieurs éléments déjà vus dans des films et séries d’anticipation.
 
L’exemple le plus criant est Martin, l’ordinateur d’Esther, héritier évident de Hal dans 2001 l’odyssée de l’espace. Là aussi, un thème qui aurait valu un film ou une série entière n’est qu’effleuré. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur cet ordinateur un peu trop intelligent pour son propre bien.
 

 
Le système de notation vu dès le premier épisode rappelle, là encore, la série Black Mirror et son fameux épisode Nosedive.
 
La question du souvenir implanté dans des esprits sans le consentement des cobayes rappelle sans aucun doute la version récente de Denis Villeneuve de Blade Runner.
 
Quant au bar où les clients font des expériences virtuelles et souvent sexuelles, il est le copié-collé d’un autre bar : celui de Strange Days, excellent film de Katheryn Bigelow sorti en 1997.
 
Le centre de contrôle des émotions où Niels s’enferme volontairement évoque le traitement par la torture d’Orange Mécanique et les ministères terrifiants de George Orwell dans 1984. Là aussi, Osmosis évoque des thèmes passionnants sans aller plus loin.
 
Billie, membre d’Osmosis, explique à Lucas que l’algorithme comporte une marge d’erreur. Cette exception possible est directement tirée de Minority Report, où Tom Anderton a lui aussi la possibilité d’échapper à un système implacable et choisir son propre destin.
 
 
 

De bons éléments à retenir

 
Quelques bons éléments à retenir cependant dans Osmosis : le passé d’Esther, le couple gay enfin débarrassé des clichés et presque ennuyeux, et Martin, l’ordinateur qui, ironiquement, apparaît comme le personnage le plus humain. Le personnage de Billie, non-binaire sans qu’on en fasse un plat, marque aussi une avancée.
 
La réalisation des épisodes 5 et 6 par Mona Achache, d’abord réalisatrice de cinéma, valent le détour : enfin, la caméra prend son envol.
 

Osmosis : Un résultat frustrant

 
Bref, Osmosis est moins une mauvaise série qu’une série frustrante. J’attendais tant de ce thème riche enfin abordé dans une série française. Trop, peut-être. Cette série sur l’humain manque d’humanité. Cette fiction sur l’amour manque d’amour.
 
À vouloir aborder tous les sujets à travers une douzaine de personnages restés à l’état d’ébauche, Osmosis ne parvient pas à faire l’essentiel : nous raconter une histoire.
 
Et vous, que pensez-vous de la série ? Dites-le en commentaire !
 
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The Circle : Analyse du film et explication de la fin (Spoilers)

 
 
3 out of 5 stars (3 / 5)


Bienvenue chez Google

En 2010, à Dublin, j’ai eu un entretien d’embauche un peu particulier. Pour la première fois, je me suis rendue au siège de Google. À part les quelques fauteuils et tapis aux couleurs de l’entreprise, tout était blanc, fonctionnel, moderne.

Tout était propre, les cabines des open space étaient huppées avec leur curieux papier peint, étrange dans le contexte du travail. Nous avons attendu en silence dans la salle d’attente. Entre les candidats au poste, pas même de conversation d’usage, creuse et polie. On se savait concurrents, et le chômage faisait rage à Dublin après la crise de 2008.

Une DRH est venue me voir. Cela fait sept ans et pourtant je me souviens parfaitement d’elle : petite, toute fine et nerveuse. Elle m’a emmenée dans ce que je ne peux qualifier que de placard. Elle a croisé plusieurs collègues de l’entreprise sans les saluer, tous étaient pressés, sous tension.

Vis ma vie… privée

Elle m’a posé quelques questions d’usage en entretien d’embauche, puis m’a demandé ce qui pouvait être amélioré chez Google. En bonne lectrice d’Orwell, je m’étais intéressée de près à cette problématique : Google Street venait d’être créé, et la question se posait des gens qui passaient sous les caméras, et que l’on pouvait reconnaître, sachant instantanément où ils setrouvaient, à quelle heure, et éventuellement… avec qui.

 
 
 
 
Je lui expliquais ainsi comment Google, plutôt que de filmer les rues en temps réel, pouvait tout simplement photographier ces endroits un moment où personne n’y passait, pour éviter de porter atteinte à la vie privée de tous. Car c’est bien le seul problème que je vois chez Google : le service est optimal, j’y passe moi-même plus de temps que je n’ose l’ admettre. Mais les questions de vie privée me taraudent depuis ma lecture de 1984.

Google, entreprise effrayante

Je sais que c’est cette réponse un peu trop franche qui m’a valu de ne pas être retenue pour le poste. La vie privée chez Google, c’est comme le végétarisme chez McDo : mieux vaut éviter le sujet.

En redescendant, on me fit lire un écran où il était indiqué :

« Ce que tu as vu et entendu chez Google aujourd’hui est confidentiel. Merci de ne pas les répéter, sinon ce ne serait plus confidentiel. 😉 »

L’ironie me sautait aux yeux : la confidentialité refusée aux utilisateurs Google était pourtant bienvenue pour l’entreprise elle-même.

C’est le smiley, surtout, qui a marqué ma mémoire. À force de vouloir être sympathique, Google m’a paru effrayant. J’avais travaillé dans une banque quand j’étais étudiante, et j’avais trouvé ça triste : ces hommes et ces costume gris, assortis aux murs. En cette heure chez Google j’ai eu une soudaine tendresse pour la banque où j’avais bossé. Oui, c’était un lieu sérieux, avec des gens qui parlaient chiffres. Mais au moins, la banque était une banque, et ne faisait pas semblant d’être autre chose.

Google m’a donné la sensation de faire semblant d’être autre chose que ce qu’il était : une grosse entreprise, un monstre des nouvelles technologies. En sortant, j’ai observé ses employés ; tous étaient beaux, souriants, et donnaient l’impression de faire partie d’un club exclusif, où seuls entraient les gens les plus cool .

Un peu comme les clubs de la fac d’Harvard que Mark Zuckerberg rêve d’intégrer dans The Social Network.

 

Apparemment, je n’étais pas assez cool pour Google. Je ne répondais pas aux questions de cette manière nonchalante qui était visiblement attendue. Pour moi, Google était une chose sérieuse. Terrifiante, peut-être.

De la DRH au bord du burnout restée dans son placard, aux employés lisses dans leurs bureaux aux parois transparentes, tout me semblait étrange, et le malaise perdure encore aujourd’hui tandis que j’écris.

The Circle, entreprise de rêve ?

The Circle, c’est l’histoire de Mae, 24 ans, qui commence à travailler dans l’entreprise de ses rêves, mélange de Google et Facebook.

La scène la plus effrayante du film met en scène des collègues qui lui demandent pourquoi on la voit si peu lors des week-ends et des soirées organisés par l’entreprise.

Le droit à la déconnexion 

N’est-on pas censé, le week-end et en soirée, être chez soi, ou entouré d’amis qui ne sont pas des collègues ? Dans le Cercle, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est abolie. Tes amis sont tes collègues et vice versa. Les salariés ont l’air de ne jamais quitter leur lieu de travail.

Au Cercle, la participation à ces activités extra professionnelles ne sont pas obligatoires. Elles sont juste fortement encouragées. Le manque de participation est vite considéré comme un désengagement du travail.

Surtout, dans la même scène, l’un des collègues révèle comme on va chercher des croissants qu’il sait que le père de Mae souffre de sclérose en plaques. C’est là que la dystopie se dévoile doucement : the Circle centralise toutes les informations de ses utilisateurs. L’entreprise sait littéralement tout de vous, de vos goûts en musique à la marque de votre maillot de bain, en passant par vos allergies et autres informations de santé, y compris sur vos proches.

L’entreprise lit vos mails, scanne vos photos, sait où vous avez dîné pour la dernière fois au restaurant. Dans le roman, Mae est mal à l’aise quant à la visibilité de tout son être en ligne, mais n’a même pas le vocabulaire pour le dire : dans le futur immédiat de Dave Eggers, la notion même de vie privée a disparu.

Mais qu’importe ? Tout est si merveilleux au cercle : l’excitation, la jeunesse omniprésente, la fête, les invités. Google est assez proche de Disneyland dans ce rapport entre les salariés et l’entreprise : une fois arrivé au pays des rêves, pourquoi le quitter ?

Le bouquin de Dave Eggers prône ainsi le droit à la déconnexion.

Le logo sur la couverture du roman évoque les circuits d’ordinateur et les connexions entre les gens, sur le fameux Facebook. Le logo du film, lui, rappelle celui de Uber, et insiste donc sur la géolocalisation.

Le logo de The Circle est celui de Uber, inversé
Le logo de The Circle est celui de Uber, inversé

À tant rester dans l’entreprise, Mae finit par s’y noyer, au grand dam de Mercer, son ami ébéniste.

Ellar Coltrane joue Mercer dans The Circle, de James Ponsoldt (2017)
Ellar Coltrane joue Mercer dans The Circle, de James Ponsoldt (2017)
 

Le choix de Ellar Coltrane dans le rôle de Mercer est judicieux : dans Boyhood, déjà, son personnage se montrait très méfiant envers les nouvelles technologies. Dommage que son rôle dans The Circle soit simplifié à l’extrême. Le personnage d’Annie, également plus fouillé dans le roman, permet à l’auteur de faire un beau plaidoyer contre le burnout et l’invasion de la vie privée.


Et vous, qui vous regarde ? (Attention Spoilers à partir d’ici)

Et puis il y a Ty (John Boyega) qui ne tient pas le même discours que les autres employés du Cercle. Il finit par révéler à Mae qu’il est l’un des fondateurs de l’entreprise, mais que son invention, TruYou, n’avait pas pour but de collecter les infos des utilisateurs à des fins lucratives.

John Boyega et Emma Watson dans The Circle
John Boyega et Emma Watson dans The Circle

Qu’à cela ne tienne, Mae adore sa boite. Au point d’adopter sa philosophie à l’extrême. Quand le patron charismatique (Tom Hanks) mélange de Steve Jobs et Mark Zuckerberg, présente un nouveau système de mini-caméras utra-perfectionnées, elle est à la fois emballée et suspicieuse. Ces caméras peuvent être installées n’importe où, à la pirate, et filmer tout ce qui se passe. D’une innocente information sur la météo pour le surf, on arrive au visionnage de maints individus dans le monde, à leur insu, naturellement.

Le slogan du patron s’avère clair : « Savoir, c’est bien. Tout savoir, c’est mieux. »

Une nuit, Mae manque de se noyer lors d’une balade en kayak. C’est l’une de ces petites caméras planquées là qui permettront son repérage, puis son secours. Dans le livre, il s’agit juste d’une escapade où Mae pique un kayak pour une heure d’aventure. Même cette heure lui est volée, seul instant de liberté totale et de secret pour le personnage.

Mae devient l’égérie de The Circle, et les patrons de la boîte en font un exemple pour promouvoir leur système de caméras. Une caméra lui a sauvé la vie, et l’aurait empêchée, dit-elle, de piquer le kayak en question.

« Les secrets sont des mensonges, » déclare-t-elle à la foule.

Les personnages de dystopies classiques sont opposés à la transparence totale. Winston, dans 1984, est soulagé que son cerveau soit opaque, et qu’on ne puisse y placer de télécran (caméra de Big Brother).

 
 

Le premier héros de dystopie, D-503 dans Nous Autres de Zamiatine, vit dans une cité de verre où chacun voit ce que font tous les autres à tout moment.

La transparence façon Black Mirror

Mae est une héroïne différente. Je dirai, pour simplifier, qu’elle est moderne. Elle pense que la transparence est une bonne chose. Elle clame avec fierté, comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, n’avoir rien à cacher. Elle le pense au point de devenir « entièrement transparente » et porter elle-même une mini-caméra, qui suivra ses moindres faits et gestes. Elle se retrouve comme Jim Carrey dans Le Truman Show : tout le monde la regarde. Sauf que Mae est consentante. Elle et ravie d’être suivie par des millions de fans en ligne, d’être likée, adulée.

Cette étape du film rappelle l’excellent premier épisode de la saison 3 de Black Mirror, « Nosedive, » où la popularité en ligne décide de la classe sociale des individus.

 

Le slogan de The Social Network revient également en mémoire.

D’avoir tant d’amis virtuels, Mae en oublie ses amis véritables, à savoir Annie et Mercer. Cette transparence totale est lourde à porter pour ses parents qui ont, eux, le sens de la vie privée. Dans le roman, elle les surprend carrément en plein acte sexuel. Ils coupent les ponts pour de bon.

Mae devient la coqueluche de The Circle et, semble-t-il, du monde entier. Grisée par le succès et une nouvelle forme de pouvoir, elle veut faire de ces mini-caméras des outils de surveillance totale, quand elles étaient censées, au départ, être au service du partage d’expériences humaines.

Commence alors une traque façon Cops, émission de télé américaine où l’on poursuit en temps réel des criminels qui se font arrêter par la police. Le film aurait dû rester, peut-être, sur ce rythme de traque qui le rendait palpitant.

Cette partie évoque aussi l’épisode de Black Mirror, « White Bear, » où une femme est traquée par des centaines d’écrans.

Bien-sûr, Mae ne s’arrête pas là. Elle est prise à son propre jeu. Puisque tout le monde connaît sa vie privée, le public exige qu’elle retrouve, grâce aux caméras, son ex, Mercer.

Le drame final de The Circle

Et là, c’est le drame. Mercer fuit en voiture. Poursuivi par un drone, il a un accident mortel.

Après trois jours de deuil (hum) Mae retourne au turbin, persuadée, non pas de la nocivité du Cercle, mais de la nécessité d’aller plus loin dans la transparence.

Elle s’allie à Ty, qui lui, veut dénoncer les agissements du Cercle, notamment les magouilles des deux autres fondateurs, calqués sur les créateurs pseudo-sympathiques de Google, Larry Page et Serguei Brin.

Tom Hanks et Tom Oswalt incarnent les fondateurs de The Circle
Tom Hanks et Tom Oswalt incarnent les fondateurs de The Circle

Mae invite ainsi, en public et en direct, devant le monde entier, les fondateurs de The Circle à la transparence totale. Elle envoie à tous les employés de la boîte les e-mails secrets des deux compères. Le spectateur pense, à ce moment, que Mae s’est rebellée contre l’entreprise, écœurée qu’elle doit être par la mort de Mercer. Or, le twist final révèle qu’il n’en est rien. On voit Mae partir paisiblement sur son kayak, suivie par des drones qu’elle salue avec le sourire.

La caméra recule, et l’on s’aperçoit, dans un plan qui rappelle la série Black Mirror (encore elle) que chacun est surveillé. Les caméras sont partout.

Mae a trahi Ty. Sa dénonciation des deux fondateurs ne visait pas à détruire The Circle, mais au contraire accompagner l’entreprise vers la prochaine étape : la transparence totale, pour tous.

Différences entre le film et le livre

Dans le livre de Dave Eggars, Mae ne dénonce en rien ses patrons. Elle leur livre Ty, au contraire. Voyant Annie dans le coma sur un lit d’hôpital, elle veut carrément que les pensées de tous soient lisibles.

La grande originalité du bouquin – et, dans une moindre mesure, du film – est que l’on s’attache à une héroïne (en plus incarnée par la charmante Emma Watson, dont le capital sympathie est énorme) qui s’avère être du « mauvais côté » où en tout cas du côté effrayant de la morale. On a en réalité suivi une jeune fille si accro aux réseaux sociaux et à la vie privée des autres qu’elle tombe dans une forme de fanatisme, où elle impose à tous la transparence totale. Le rêve des patrons de la boîte, puis de Mae, est de parvenir à refermer le cercle, ce qui est une définition du totalitarisme. : tout savoir sur tout le monde, à tout moment.

Le film, donc, contient deux twists, et c’est pour ça qu’il est difficile à interpréter : la dénonciation des patrons et l’épilogue se contredisent, et l’on peut ressortir de la salle un peu perplexe quant au discours du film. Un twist final juste après le climax, c’est maladroit : il perd en force.

James Ponsoldt, réalisateur à qui l’on doit le sirupeux The Spectacular Now, a de plus édulcoré le livre (on s’en serait douté) et n’a pas été jusqu’au vœu de Mae de lire dans les pensées de ses concitoyens. The Circle aurait mérité d’être plus sombre. Dommage, notamment, d’avoir supprimé la métaphore du requin transparent.

Le film reste intéressant à voir. Pour une fois que l’on roule, sans le savoir, pour « la méchante » de l’histoire…

Pamphlet pour le droit à la solitude, aux rapports humains véritables et à la vie privée, The Circle dit aux jeunes, avec talent, qu’il est bon d’avoir des choses à cacher.

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À lire aussi :

 
 

Black Mirror, « Metalhead » : analyse de l’épisode et explication de la fin


3 out of 5 stars (3 / 5)

« Metalhead » est l’épisode le plus singulier de Black Mirror, saison 4. L’épisode ne développe pas d’histoire autour des écrans et de la technologie, comme à l’habitude. Il s’agit d’un pur exercice de style : une course-poursuite entre Bella, femme solitaire (Maxine Peake), et un robot-chien tueur dans un paysage post-apocalyptique.


La chasse à l’homme au cinéma et dans les séries

L’idée de mettre en scène des chasses mortelles au cinéma remonte à 1932 avec Les Chasses du comte Zaroff, co-réalisé par Ernest B. Schoedsack (célèbre pour être le co-réalisateur du premier King Kong, où il retrouvera Fay Wray). Dans ce film, Zaroff, aristocrate habitant sur une île, a un passe-temps favori : la chasse. Mais il chasse les humains, car c’est l’animal le plus intelligent.

Les individus qui échouent sur son territoire se retrouvent à errer et se cacher dans l’île, proies à son jeu sadique, car c’est la mort assurée si Zaroff les retrouve.


Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)
Joel McCrea et Fay Wray dans Les Chasses du comte Zaroff, réalisé par Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Sur le même thème, l’épisode « Les Chasseurs » de la série Supernatural, ajoute une petite fille aussi sanguinaire que les chasseurs (dans Supernatural, si vous croisez un enfant, priez, ou sortez les pétoires et tirez dans le tas. On vous conseille la seconde solution).


Jensen Ackles et Alexia Fast dans l'épisode "Les Chasseurs" (1-15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)
Jensen Ackles et Alexia Fast dans l’épisode « Les Chasseurs » (1.15) de la série Supernatural, créée par Eric Kripke (2005-)

L’épisode « Homecoming » de Buffy contre les vampires est une parodie du genre. Des monstres traquent les deux héroïnes piégées dans un labyrinthe. Dans ce cas, les monstres sont des crétins qui perdraient un duel face à une quiche.

La chasse à l’homme par une foule aveugle qui croit traquer un criminel donne souvent lieu à des scènes mémorables, notamment dans Furie de Fritz Lang (1936).


Black Mirror, Metahead : traque 2.0

On peut aussi imaginer un traqueur « programmé » pour chasser sa proie sans relâche, tel Terminator.

C’est cette option que va choisir le réalisateur de « Metalhead », David Slade. Il va compenser le manque d’humanité en misant sur le suspense et la terreur.

« Metalhead » n’est pas sans faire penser à un épisode de La Quatrième Dimension, série dont Black Mirror est une héritière directe.

On pense entre autres à l’épisode Les Envahisseurs (2.15) dont « Metalhead » reprend les codes, par sa concision, d’abord : avec 38 minutes, c’est l’épisode le plus court de Black Mirror. Son scénario est volontairement minimaliste, l’épisode est quasi muet, et il s’agit du premier épisode de la série en noir et blanc – idée du réalisateur.

Comme dans un thriller classique, on retrouve une quasi invulnérabilité des traqueurs (chiens-robots effrayants) l’épuisement progressif de la traquée, une mise en scène anxiogène et, comme dans tout bon épisode de Black Mirror, une chute.


Agnès Moorehead dans l'épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)
Agnès Moorehead dans l’épisode Les Envahisseurs (2.15) de la série La Quatrième Dimension, créée par Rod Serling (1959-1964)

Metalhead : un épisode viscéral

Black Mirror suit à la lettre la recommandation du scénariste Tom Fontana :

« Les spectateurs doivent recevoir l’histoire comme un coup de poing à l’estomac, et qu’elle remonte à leur conscience pour les habiter longtemps ». 

D’habitude, c’est par le propos, choquant et exact, du créateur Charlie Brooker, que Black Mirror hante nos esprits…  mais pas ici.


Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l'épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)
Bella (Maxine Peake) fuit dans la lande dans l’épisode Metalhead (4.05) de la série Black Mirror, créée par Charlie Brooker (2011-)

Brooker effleure le thème d’une après-guerre entre robots et humains, que ces derniers ont perdu. Mais ce n’est qu’un canevas. « Metalhead » porte davantage la marque de son réalisateur, David Slade.


David Slade, réalisateur de Metalhead
David Slade, réalisateur de « Metalhead »

Une belle réalisation

L’épisode de Black Mirror le plus proche de celui-là serait « Shut up and dance » (3.03) : ce qui importe, c’est moins le thème que le thriller, et la descente aux enfers du personnage.

Brooker sait enchaîner les rebondissements, d’où une tension constante.

Slade s’est distingué par quelques réussites dans le genre fantastique et horrifique, notamment l’excellent thriller vampirique 30 jours de nuit, plusieurs épisodes de la série American Gods ou la série Hannibal (on oubliera Twilight 3, où le réalisateur a dû lisser ses crocs). Il fait preuve de tout son talent dans « Metalhead ».

Les cadrages penchés, le noir et blanc, les gros plans répétés sur le visage de Bella ou sur le robot-chien, font penser à l’expressionnisme allemand des années 20. La mise en scène de Slade regorge de trouvailles, par ses plongées écrasantes sur l’héroïne. Les plans larges, souvent synonymes de liberté et d’espace, deviennent ici les délimitations d’une prison à ciel ouvert.


Bella tente de joindre son camp dans Metalhead
Bella tente de joindre son camp dans Metalhead

La violence sèche, relayée par un montage tranchant, renvoient au modèle du genre, Psychose.


Explication de la fin  de Metalhead (Attention Spoilers)

Black Mirror sait achever ces épisodes sur des plans-choc. « Metalhead », en quelques plans, exprime toute l’horreur de la défaite de Bella. Se heurtant au mur final, elle a le choix – attendre que les robots la tuent, ou se servir de l’ultime liberté qui lui reste. S’entailler le visage pour enlever les trois traqueurs que le robot lui a implantés semble difficile. Elle décide de se trancher la gorge pour échapper aux chiens.

Ces technologies miniatures implantées dans le corps sont légion dans Black Mirror, elles étaient présentes déjà cette saison dans Arkangel avec le traqueur dont se sert la mère pour tout savoir de sa fille.


Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l'anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l'épisode "Arkangel" (4.02) de la série Black Mirror
Marie (Rosemarie de Witt) fait implanter par l’anesthésiste (Angela Vint) un traqueur dans la tête de sa fille Sara (Sarah Abbott) dans l’épisode « Arkangel » (4.02) de la série Black Mirror

Ces technologies reviendront dans « Black Museum », pour un usage encore plus déstabilisant.


Des symboles typiques de Black Mirror

Après le suicide de Bella vient la plongée finale sur la caisse de jouets, but de son expédition. Ses appels téléphoniques étaient destinés à son neveu mourant. Pour adoucir ses derniers jours, elle était partie chercher des jouets dans un entrepôt gardé par le robot.

Plan final de Metalhead
Plan final de « Metalhead »

On peut voir, dans ces ours en peluche blancs, une auto-référence à Black Mirror : le fameux épisode « White Bear », où un ours blanc, jouet d’une petite fille, devient le symbole de son martyre, et le nom du parc où la complice de son meurtre est châtiée.

La multitude des chiens tueurs qui envahissent les dernières images donnent une terrible vision d’une humanité en sursis, cachée derrière le barrage, mais qui, tôt ou tard, sera décimée par les créatures qu’elles ont créées. On rejoint le credo de la série : non pas dénoncer la technologie, mais ce que les humains en font.

Metalhead : un épisode éprouvant

« Metalhead » n’atteint pas les sommets émotionnels induits par les meilleures (ou les pires, selon le point de vue) dystopies proposées par Black Mirror, à cause de son postulat de départ : une course-poursuite minimaliste. Reste une implacable traque de l’homme par le robot qui prend aux tripes, grâce à la science du réalisateur et l’interprétation habitée de Maxine Peake, dans un quasi seule-en-scène.


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Pour d’autres analyses des épisodes de Black Mirror :

Black Mirror, « Hang the DJ »: analyse et explication de la fin (spoilers)

3 out of 5 stars (3 / 5)

Rencontrez Amy et Frank dans un restaurant aseptisé choisi pour eux par « le système ». Le système, c’est Coach, équivalent à peine voilé de Tinder, application de rencontres amoureuses.

Love me Tinder

D’emblée, Amy et Frank sont sympathiques. La maladresse de l’un, le sourire amusé de l’autre, et voilà que débute un blind date des plus charmants. Mais ce rendez-vous a une date d’expiration. Ce n’est pas un bon mot de ma part, c’est sa véritable appellation.

Au début du rendez-vous, il est d’usage que les deux « candidats » vérifient à l’unisson combien de temps ils sont censés passer ensemble.
Oui, on est loin du speed dating de 7 minutes. Coach, en plus de vous caser avec quelqu’un qu’il pense être votre âme sœur possible, vous impose de rester avec pendant dans un temps donné.

Pas de chance pour Frank et Amy : le temps imparti est de 12 heures.

12 heures pour se connaître, dîner, et éventuellement passer au lit.

Cette première rencontre, bien que non consommée, marquera durablement les deux protagonistes, et le spectateur.

Black Mirror est une série dystopique. Habituellement, elle fait violence au spectateur, et nous dit ce que la technologie peut faire non pas pour nous mais contre nous.

Bientôt sur Netflix : Osmosis

Je m’attendais, en bonne fan de Black Mirror et de dystopie en général, à une fin terrible où on nous expliquerait à quel point il est dangereux d’ouvrir son esprit et ses émotions à une entreprise privée.

À quel point il est risqué qu’une machine décide pour nous de notre destin amoureux.

Il faut dire que je venais de voir la bande-annonce d’Osmosis, nouvelle série prochainement proposée par le même Netflix.

Même ambiance que pour Les Revenants : c’est d’ailleurs l’une de ses scénaristes qui propose cette nouvelle série.

Voyons le pitch que nous propose AlloCiné :

Paris, dans un futur proche. La technologie a repoussé les frontières de l’imaginable en déchiffrant le code du véritable amour. Grâce aux données de ses utilisateurs obtenues via des micro-robots implantés dans leurs cerveaux, la nouvelle application « OSMOSIS » garantit avec certitude de trouver le partenaire idéal, et transforme le rêve ultime de trouver l’âme soeur en réalité.

Mais y a-t-il un prix à payer lorsqu’on laisse un algorithme choisir l’homme ou la femme de notre vie ? Quand en échange de cet amour éternel, la technologie peut accéder aux recoins les plus intimes de notre esprit, et à nos souvenirs les plus secrets…

La question de l’utilisation par une machine de vos souvenirs les plus secrets sera davantage exploré dans « Crocodile », épisode 3 de cette saison 4 de Black Mirror.

Je m’attendais donc, avec Hang the DJ, à un réquisitoire contre un Tinder effrayant qui en saurait trop sur ses utilisateurs.

Coach, machine pensante

Charlie Brooker nous propose autre chose, pour une fois. Coach est une machine ultraperfectionnée qui analyse – pour votre bien, cette fois – vos émotions, votre pensée et votre façon d’agir. Avec toutes ces données intimes, Coach élabore un système complexe pour trouver votre âme sœur.

Amy et Frank sont ainsi séparés au bout de 12 heures. Plutôt que de rester ensemble alors que la soirée s’est bien passée, ils obéissent à la machine, pour leur malheur. Amy se retrouve avec un bellâtre prétentieux, et Frank se retrouve avec une mégère. Amy en a pour neuf mois, et Frank en a pour un an.

Vous avez remarqué que j’en parle comme s’il s’agissait de mois à passer en taule ? C’est peu ou prou ce qui se produit.

La machine pense, et vous fait penser. Elle analyse votre façon d’être dans une situation désagréable. Comment réagissez-vous et qu’apprenez-vous d’une relation qui vous convient pas, ou d’une série de bellâtres qui vous baisent sans proposer grand-chose d’autre ? La machine enregistre tout cela et, d’une façon très complète… vous connaît.

Ce qui intéresse la machine – et le spectateur – c’est si Amy et Frank pensent l’un à l’autre tandis qu’ils sont en couple ailleurs.

Le couple forcé en dystopie

Si « Hang the DJ » est encourageant et même optimiste (terme incroyable à utiliser pour Black Mirror), il propose tout de même une atmosphère oppressante, où les individus sont sommés d’être en couple.

Cette ambiance rappelle l’excellent film sorti récemment, The Lobster. Dans ce film, les célibataires se cachent. Seuls les couples sont bienvenus et acceptés en société. Du coup, les célibataires sont en danger. Tous se retrouvent dans un centre effrayant où ils disposent d’un temps limité (encore) pour trouver l’âme sœur.

Colin Farrell dans The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)
Colin Farrell dans The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)

Dans 1984 de George Orwell, les couples sont mal vus, au contraire. Le sexe est considéré comme une force qui peut réduire en miettes le Parti en place.

Chez Huxley dans Le Meilleur des mondes, tout le monde appartient à tout le monde. Le sexe est nécessairement consenti, ou s’il ne l’est pas, un petit antidépresseur (appelé Soma) et tout est oublié.

Le couple est toujours une question épineuse en dystopie. Le couple de nerds au cœur de l’épisode « Hang the DJ » rappelle justement ces âmes sœurs de convenance mises en scène dans The Lobster.

Edna et Mike, couple heureux dans "Hang the DJ"
Edna et Mike, couple heureux dans « Hang the DJ »
Toujours côté séries, on remarque dans le récent The Good Place que les élu.e.s du paradis sont nécessairement en couple, l’une des normes effrayantes de ce ciel où un peu de chaos est bienvenu.

Le monde de Charlie

« Hang the DJ » apparaît – dans la saison 4 de Black Mirror, et dans la série dans son entier – comme une bouffée d’air frais. D’aucuns y verront le pendant du « San Junipero » de la saison 3, pour son romantisme et sa fin apaisée. Enfin une histoire qui finit bien dans le monde de Charlie Brooker !

Enfin un épisode qui croit non pas à la dégénérescence de l’humanité mais à la force du destin. Ne vous en faites pas, quand Brooker parle de destin, c’est forcément avec ironie. Le Coach, qui n’est jamais qu’une machine, répète à l’envi un proverbe bien connu des anglo-saxons :

« Everything happens for a reason. »

« Rien n’arrive au hasard. »

Cette déclaration est d’une ironie savoureuse, quand on sait que c’est la machine qui décide pour les hommes. Il y a un peu de Cocteau chez Brooker, apparemment.

Surtout, d’un point de vue métatextuel, c’est le scénariste qui décide de tout : si rien n’arrive au hasard, c’est que tout est écrit, au sens littéral.

Explication de la fin de « Hang the DJ » (Attention Spoilers)

La machine Coach joue donc le rôle du destin : Frank et Amy se rencontrent une première fois, puis une seconde alors qu’ils sont malheureux en couple, et le destin semble leur dire : « Qu’attendez-vous pour finir ensemble, chers imbéciles ? »

En effet, le « destin » fait que leurs routes se croisent à plusieurs reprises.

Là où Coach a du génie, c’est dans son imitation de la vie elle-même : tous ceux qui ont vécu en couple avec quelqu’un qu’ils détestaient se reconnaîtront, tous ceux qui ont enchaîné les aventures sans lendemain aussi.

Dans la dernière partie de « Hang the DJ », Frank et Amy sont promis à quelqu’un d’autre. Ils choisissent tous deux de se revoir la veille de leur mariage.

Là encore, un parallèle peut être établi avec la vie réelle : en cas de mariage arrangé, il faut beaucoup de courage aux deux amants pour défier les conventions et s’enfuir. Faire le mur ensemble, en somme.
La machine cherche à savoir si Frank et Amy sont faits l’un pour l’autre. Seraient-il prêt à se révolter, à quitter, dans tous les sens du terme, le système au nom de l’amour ? Comme dans toute dystopie (je suis obsédée, je sais) il existe un mur, et dans « Hang the DJ », il sépare le monde utopique du monde réel, réputé plus effrayant. Quiconque le franchit est banni.

Coach est en réalité un immense test pour évaluer l’amour des individus. Se rebeller, c’est franchir le mur, ce que font Frank et Amy, pour la millième fois ou presque.
A ce moment, le scénario devient complexe : les Frank et Amy que nous avons vus n’étaient que des programmes, des versions numériques d’eux-mêmes, testées par la machine pour voir si les personnes véritables seraient heureuses en couple. Ces clones sont là pour la bonne cause, contrairement aux clones torturés de l’épisode « White Christmas » et ceux devenus les jouets d’un fan de SF dans « USS Callister ».
Mais revenons à « Hang the DJ » en images :
  
Ces deux plans se succèdent quand Amy et Frank ont franchi le mur : sur 1000 simulations, ils se sont rebellés 998 fois, signe de leur amour insubmersible. Résultat : 99.8% de chances que ça colle entre eux dans la vraie vie. Voilà pourquoi Amy voit ceci sur son portable avant de rencontrer Frank pour de vrai :

L’appli la prévient qu’elle va rencontrer l’homme de sa vie (c’est pas beau, ça ?)

A la fin de l’épisode, nous témoignons donc de sa rencontre réelle avec Frank, dans un bar où la chanson « Panic » des Smith (groupe rebelle si l’en est) passe à la radio avec son refrain, « Hang the DJ ».

Dans le vers de la chanson qui donne son titre à l’épisode, on peut de nouveau remarquer un clin d’œil métatextuel : le DJ, c’est celui qui décide de la playlist, organise la soirée, et décide l’ambiance.

Coach était ainsi le DJ d’Amy et Frank, grand organisateur qui aura décidé de leur rencontre et de leurs (més)aventures. On peut aussi dire cela du scénariste, qui décide de tout à l’avance. Il faudrait donc pendre le DJ – ou le scénariste, au choix – pour que les personnages reprennent leur liberté.

Mais attention, ce n’est pas si simple : chacun a ses défauts, ses lâchetés. Frank, par exemple, au cœur de l’épisode, choisira de regarder la date de péremption de son couple avec Amy sans son accord : la machine se réinitialisera alors, pour punir Frank ou plutôt remplir sa fonction de destin : nos choix sont cruciaux, le manque de confiance en l’autre peut être fatal au couple.

Rage against the machine

Dans « Hang the DJ », le génie de la machine, c’est de nous faire comprendre qu’on n’a pas besoin d’elle. C’est d’ailleurs le rôle du coach. Pour parler plus crûment, la machine est là pour pousser les candidats à crier haut et fort « fuck the machine ».

Bref, « Hang the DJ » révèle une nouvelle facette de Brooker : il serait romantique, sentimental et finalement optimiste sur l’amour.

Cependant, comme à chaque fin d’épisode de Black Mirror, une question me vient à l’esprit puis me taraude longtemps :

S’il s’agissait de mon propre couple… qu’aurions-nous fait ?

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Black Mirror, « Arkangel » : Big Mother te regarde

4 out of 5 stars (4 / 5)

A la fin du film Juno, Vanessa Loring (interprétée par Jennifer Garner) tient son nouveau-né dans les bras.


Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)
Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)

Elle croise le regard de la mère de Juno (Allison Janney) et lui demande :

– How do I look ? – Like a young mom. Scared shitless.

– De quoi j’ai l’air ? – D’une jeune maman. La trouille au ventre.

Je ne suis pas encore maman, mais quand ce sera le cas, je suis à peu près certaine que j’aurai la boule au ventre en permanence :

Où est ma fille ? Pourquoi mon fils rentre tard ? Lui est-il arrivé quelque chose en sortant de l’école ? Tant de sadiques courent les rues. Tant de pervers enlèvent les petits.

Comment être mère sans devenir folle?


Bonjour l’angoisse

On rencontre Marie le jour où elle donne naissance à Sara. Dès les premières secondes, elle angoisse. Sara ne pleure pas. On ne la lui donne pas tout de suite dans les bras.L’instant d’après, tout va bien : les médecins ont réussi à la faire pleurer un peu, et elle se retrouve, comme il se doit, dans les bras de sa mère.

Quelques années plus tard, Sara est une belle gamine. Elle joue dans un parc et disparaît, oh, l’espace d’une seconde…

Cela suffit à ce que Marie prenne une décision drastique : se fier à Arkangel (Archange) nouveau système de surveillance des enfants.


Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)
Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)

Arkangel, c’est une puce que l’on insère dans le cerveau des mômes, qui permet d’observer leurs moindres faits et gestes.N’est-il pas séduisant de savoir où se trouve son gosse à toute heure du jour et de la nuit ? N’est-il pas rassurant d’avoir une machine qui vous notifie en cas de danger pour votre enfant ?

Arkangel promet tout cela.


Traquer les enfants au cinéma

L’idée d’un traqueur pour les enfants n’est pas nouvelle. Black Mirror, c’est de la dystopie. Dans Hunger Games, déjà, les participants au jeu de la mort avaient tous un traqueur placé dans le bras. C’est le cas de Katniss.


Le tracker (mouchard) dans Hunger Games
Le tracker (mouchard) dans Hunger Games

À la fin du deuxième volume, Johanna, une alliée, ira le chercher en lui mutilant le bras pour qu’elle ne soit plus suivie à la trace par le Capitole.

Dans The Circle, sorti récemment, Mae reste interloquée quand l’une de ses collègues lui dit sans sourciller qu’elle a inséré une puce dans le corps de son enfant. S’il y a enlèvement, dans 99,9 % des cas, l’enfant est retrouvé.Faut-il traquer nos enfants pour être bien sûr.e de ne jamais perdre leur trace ? N’est-il pas plus sain de ne pas tout savoir de sa progéniture ? Pour la chance, qui reste infime, que mon enfant soit enlevé.e, je lui ôterais son intimité, ses secrets. Je le/la priverais même de ses expériences, qu’il ou elle pensera uniques, mais seront en fait partagées.

Des humains démunis face à la machine

Dans « Arkangel », la mère, pleine de bonnes intentions, se croit ange gardien et devient démone.Un journaliste a un jour demandé à Charlie Brooker pourquoi il était si sévère envers la race humaine. Il a répondu qu’au contraire il était indulgent : il nous montre, à chaque épisode de Black Mirror, comment les humains sont démunis face a la machine.

Tous les parents veulent protéger leurs gosses du monde qui les entoure. Et chaque fois, semble-t-il, qu’une machine tente de le rendre service, c’est un échec. Il suffit de voir l’inefficacité du contrôle parental sur Internet, et de son fameux filtre.

Marie veut tellement protéger Sarah qu’elle décide d’imposer un filtre au regard de sa fille : elle ne peut plus voir d’images angoissantes, ni entendre de mots choquants.



La machine, en un mot, la rend autiste aux souffrances du monde. Elle se retrouve, pour son malheur, avec une vision déformée de la réalité.

Les images en question sont brouillées, comme dans l’épisode « White Christmas », où les criminels devenaient de vagues silhouettes pour les citoyens ordinaires.En regardant cette saison 4, j’ai fait promettre à mon compagnon de ne jamais céder aux sirènes du monde orwellien : ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’il faut s’en servir.

Arkangel, technologie faussement rassurante

Le portable est déjà là pour me rassurer. « Et si jamais mon père tombe malade ? » Je saurai à la minute qu’il faut agir. A cause de l’urgence possible, on se prive d’une infinité de moments de quiétude.

Je n’ai eu de portable que très tard, quand j’ai vu que ma propre mère se servait du sien pour vérifier que j’étais bien à la maison, en appelant sur le fixe pour entendre ma voix.

Pour se rassurer jusqu’à l’extrême, il y a Arkangel : la technologie du GPS existe déjà, celle de la reconnaissance faciale est déjà en route en Russie, pourquoi ne pas créer une nouvelle invention qui compile ces différents moyens et nous fasse entrer dans une nouvelle ère de surveillance ?

Charlie Brooker fait preuve de beaucoup d’intelligence dans Black Mirror : il parle toujours de l’humain, et assez peu, finalement, de la technique. En effet, « Arkangel » est un épisode non pas sur la machine, mais sur la mère. L’épisode pose des questions éthiques fascinantes. Parce qu’elle sait tout, la mère prive la fille de ses choix d’existence.

Pour la petite histoire, Marie est le nom de la mère du Christ, et Sarah celui de la mère d’Isaac. Deux figures fortes de la maternité dans la Bible, en somme.

Un scénario surprenant

Le scénario de « Arkangel » a le talent de déjouer les attentes du spectateur : il ne s’agit pas de rester dans la sphère de l’enfance, mais d’expliquer les conséquences de l’usage de la machine au moment où la petite fille atteint l’âge de femme.


Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans Arkangel
Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans « Arkangel »

Jodie Foster, qui a le génie des thrillers, propose avec sa caméra des moments à la Hitchcock, comme la montée des escaliers à la fin du film.

Rosemarie DeWitt joue très bien cette mère inquiète. Les fans de séries reconnaîtront celle qui incarnait la soeur de Toni Colette dans United States of Tara.


Et si… ?

Si la fin de « Arkangel » – comme tous les épisodes, semble-t-il, de Black Mirror cette saison – est moins plombante que d’habitude, elle reste complexe et soulève bien des questions : qu’aurais-je fait à la place de la mère ? Que ressentirais-je à la place de la fille ?

Si cette technologie vient au jour, me laisserai-je tenter, ou pire, cette puce sera-t-elle implantée dans la tête des enfants comme une nouvelle norme ?

Comme à chaque fin d’épisode de Black Mirror, je n’ai pas de réponse, seulement des questions, et même des inquiétudes. Pas de ces angoisses qui passent le lendemain, après un épisode d’une série comique. Une voix sourde, qui se demande, à chaque minute, si le réel rattrapera un jour la fiction.

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