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« 12 JOURS », DE RAYMOND DEPARDON : ENTRE LES MURS

12 Jours commence comme un thriller. Des portes qui claquent, des bruits de serrure. Depardon filme des portes fermées et donne raison à Hitchcock : il n’y a rien de plus effrayant.

L’hôpital psychiatrique par Depardon ressemble à une série de « chambre 101 » comme Orwell l’avait écrit : ces endroits terribles où l’on vit le pire que l’on puisse imaginer. Comme dans La Chambre des tortures de Roger Corman (1961), on entend des cris derrière les portes fermées, et on tremble sur son fauteuil.

Mais le gros du film 12 jours, ce n’est pas cela. Ces images sont montées avec une série de portraits : un homme coupable d’une agression, un parricide, une mère de famille désemparée, une dépressive au travail, plusieurs psychotiques et un schizophrène.

Un patient qui dit entendre des voix dans 12 jours de Raymond Depardon (2017)
Un patient qui dit entendre des voix dans 12 jours de Raymond Depardon (2017)

Sortir ou rester

Tout ce monde-là est jeté, je ne trouve pas d’autre mot, dans l’hôpital psychiatrique, sorte de fourre-tout où l’on met ceux que l’on ne met pas ailleurs : ni en prison, ni en maison de retraite, ni chez eux, car la famille ne sait plus qu’en faire. Ces personnes sont placées en hôpital psychiatrique sous la contrainte. 12 jours, c’est le temps qu’il faut avant de rencontrer le juge qui statuera sur leur cas : sortir ou rester.

Depardon se contente de filmer cliniquement les face-à-face de ces patients un peu particuliers et du juge, souvent impuissant devant des cas qu’il ne peut juger médicalement. Il se contente, selon la formule consacrée, « de faire respecter la procédure ». Point de voix off dans ce documentaire, Depardon nous laisse livrés à nous-mêmes devant ces dialogues difficiles.

L'une des juges statuant sur le sort des patients de l'hôpital psychiatrique dans 12 jours
L’une des juges statuant sur le sort des patients de l’hôpital psychiatrique dans 12 jours

Que penser de 12 jours, qui prétend, en montrant uniquement ces face-à-face, ne pas prendre parti ? Depardon suggère tout de même un discours dans son montage et dans le choix de ces images : les lits où sont attachés les patients difficiles, la porte de la « salle d’apaisement » et ses cris à l’intérieur, l’homme seul qui fait les cent pas dans un enclos…

Une prison qui ne dit pas son nom ?

Je ne pense pas spoiler en disant qu’aucune de ces personnes ou presque ne sortira de prison – pardon, de l’hôpital psychiatrique – à l’issue des fameux 12 jours.

Le film semble dire au spectateur : vous souhaitez vous débarrasser de quelqu’un ? Appelez les flics, ou le SAMU, et dites au téléphone  que la personne dont vous souhaitez vous débarrasser est nocive pour les autres et/ou pour elle-même. Vous verrez débarquer en un rien de temps les autorités compétentes, qui emporteront cet homme ou cette femme entre les murs blancs d’une institution spécialisée.

Je voulais voir autre chose dans 12 jours : que Depardon interviewe les patients, qu’on les entende autrement que devant la juge où le discours, on le devine, est préparé d’avance. Il aurait fallu les interviewer dans la cour ou dans leur chambre ; interroger également les médecins, les avocats, les gardiens de l’hôpital, pour obtenir cette myriade de points de vue qui fait habituellement les bons documentaires.


La presse et les spectateurs semblent unanimes sur le travail de Depardon. Peut-être que le film ciblait ceux qui étaient conquis d’avance, ces spectateurs cannois dont j’aime me moquer et dont je fais partie.

Comment Depardon nous fait réfléchir

Le film, bien sûr, m’a fait réfléchir. Comment rester insensible face à une femme devenue folle au travail ? Elle parle à demi-mot de management, et c’est son entreprise elle-même qui l’a mise en hôpital psychiatrique sous contrainte. Quelle entreprise ? Je vous le donne en mille : il s’agit d’Orange – anciennement France Telecom, indique-t-elle – bien connue pour son management douteux.

L'employée dépressive d'Orange dans 12 jours
L’employée dépressive d’Orange dans 12 jours

Comment cette femme peut-elle se retrouver dans le même hôpital que d’authentiques criminels, ou d’hommes perdus qui avouent devant le juge, sans ciller, qu’ils entendent des voix ?

De meilleurs films sur le sujet en fiction ou à la télévision ?

12 jours m’a rappelé de meilleurs films, de fiction, comme Meurtre à Alcatraz, qui disait en un mot que la prison, plutôt que de réhabiliter les criminels, les forgeait.

Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz, réalisé par Marc Rocco (1995)
Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz, réalisé par Marc Rocco (1995)

Dans le film des années 90, Henry Young était un petit voleur qui avait piqué dans la caisse pour nourrir sa petite sœur. Pour justifier le coût exorbitant d’Alcatraz, on y mettait, en plus des criminels dangereux, des petits délinquants tels que Henry Young. Rien de tel que la prison pour devenir criminel. Rien de tel, semble-t-il, que l’hôpital psychiatrique pour devenir fou. 

Qu’adviendra-t-il de cette dame, à l’apparence normale, une fois passé des mois dans cette prison qui ne dit pas son nom ? 

Qu’adviendra-t-il de cette autre, privée de sa fille, que l’on force à rester enfermée, dit-on, pour son propre bien ? Que dire encore de celle qui souhaite mettre fin à ses jours mais risque de les finir, par la décision de tierces personnes, dans un lieu cafardeux où on lui interdira de mourir ?

Vous voyez que le film de Depardon me fait poser des questions, et le réalisateur en serait sans doute ravi.

Mais je vous le dis tout net : je n’ai pas aimé ce documentaire. Sous couvert d’objectivité, il dit en fait, par sa réalisation et son montage, que l’hôpital psychiatrique est un lieu où l’on met les gens dont on ne sait trop que faire. Il semble montrer un dysfonctionnement judiciaire, mais ne l’analyse en rien. 

Une chose est sûre : c’est un endroit horrible d’où personne ne sort, hormis les juges et les avocats qui reviendront le jour suivant pour écouter et « défendre » des gens qu’ils ne peuvent aider.

Je vais de ce pas chercher d’autres documentaires, peut-être d’Infrarouge ou d’Arte, qui me diront autre chose sur ces prisons aux murs blancs : y soigne-t-on effectivement les patients ? Vont-ils mieux quand ils sortent ? Sortent-ils jamais ?

Je n’ai pas de réponse, seulement des questions, dont celle-ci :

Et si un jour, c’était moi ?

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CARRÉ 35 : L’ABSENTE

À ma mère
Apparemment, sa soeur est morte d’un souffle au coeur. Le souffle au coeur, jolie expression pour camoufler le drame de partir d’un coup, à n’importe quel moment. J’écris soeur et coeur et je me rends compte qu’une seule lettre change. Eric Caravaca cherche sa soeur, et avec elle un coeur absent, celui de sa famille qui a si bien gardé le secret qu’il ne reste rien de Christine, morte à l’âge de trois ans.
Le secret de famille, c’est bien plus que le drame de l’enfant perdue. Il faut retourner à Casablanca pour percer le mystère. Le Maroc, terre d’où les parents d’Eric ont été arrachés. Le cinéaste montre très bien l’hypocrisie coloniale, avec les commentaires des actualités françaises sur les bienfaits du colonialisme, en voix off sur des images de massacres.
Le carré 35, c’est un bout de cimetière où le cinéaste espère retrouver la trace d’une existence, d’une vie avant la sienne, celle de sa soeur aînée.
Il filme à merveille sa mère, qui ment si bien, avec sa sincérité de presque vieille dame, son regard intelligent et ses cheveux gris.
La mère d'Eric Caravaca dans son documentaire, Carré 35 (2017)
La mère d’Eric Caravaca dans son documentaire, Carré 35 (2017)
Caravaca sait filmer les non-dits familiaux, la tristesse du souvenir. Sa mère, pour rester digne, ne dira rien de son chagrin perçant dans sa voix qui se brise, une seconde à peine.
En me racontant sa soeur, le Maroc et l’Algérie, Eric m’a en fait parlé de moi. De la difficulté qui est la mienne de parler à ma mère des choses douloureuses. On ne parle pas à une mère juive de la Shoah, voilà tout. On ne la questionne pas sur son père, mort quand elle avait 12 ans, d’avoir vécu les camps dans sa propre jeunesse. On n’évoque pas devant elle que l’on est allé chercher son propre nom sur le site de Yad Vachem, et qu’on l’a trouvé 11 fois. 11 personnes dont on sait le destin résumé en un mot dans un vaste tableau : 
FUSILLÉ
On ne lui dira pas qu’on aimerait y chercher également le nom de son père à elle, mais qu’on n’ose pas, de peur de voir d’autres mots affreux : « gazé », « disparu », « mort de maladie. » On ne lui dit pas, parce que cette mère-là pleure. 
Mais peut-être qu’un jour on fera un film sur cette grand-mère qui sauva jadis des habitants d’Ouradour sur Glane avant le massacre. Sur cette résistante qui cacha des bijoux dans ses cheveux, et se déguisa en bonne soeur – oui, en bonne soeur – pour échapper aux Nazis. C’est justement grâce au déguisement qu’elle entendit, lors d’une confession, l’épouse d’un officier allemand venue avouer le massacre du lendemain pour soulager sa conscience.
Peut-être qu’un jour je ferai un film, ou un bouquin, ou les deux. Et ce sera l’oeuvre de ma vie.
Carré 35 a curieusement un effet apaisant. Le documentaire révèle que la recherche des origines et la poursuite du secret ne sont jamais vaines.
Caravaca manque tant d’images de sa soeur qu’il en créé 24 par seconde pendant 1h07, à savoir 96 480, pour garder la trace de sa quête d’une trace.
Tolstoï écrit au début d’Anna Karénine

Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais les familles malheureuses le sont chacune à leur façon.

Je ne sais pas si la famille du réalisateur est malheureuse, mais elle est si belle dans sa peine retenue. 

Allez voir Carré 35, que vous soyez du Maroc, d’Algérie ou d’ailleurs. Que votre famille couve des secrets ou soit un livre ouvert.
Carré 35 est un film qui donne envie de faire le vôtre.

D’autres films sur l’obsession de la trace :

      

Je ne suis pas votre nègre : se réveiller noir aux USA

 
 
4 out of 5 stars (4 / 5)
 

Beaucoup de mal à écrire le titre du film d’aujourd’hui. La version originale, I am not your Negro, me semblait plus juste et plus appropriée. Je me disais que « Je ne suis pas votre nègre » n’était qu’une mauvaise traduction de plus dans l’univers du cinéma. Et puis j’ai vu le documentaire de Raoul Peck. À la toute fin, reprise dans la bande-annonce, James Baldwin dit bien « Je ne suis pas votre nègre » (« I am not your nigger ») aux Blancs qui voudraient le réduire à sa couleur de peau.

The N. word

Et voilà que j’écris le mot abhorré. Je ne le supporte même pas pour parler d’un écrivain de l’ombre, appelé en anglais, avec poésie, écrivain fantôme – « a ghost writer. »

James Baldwin nous invite à nous poser la question de ce terme, que l’on n’entend pas dans une conversation civilisée. Au point que la version originale choisira « Negro » pour le titre du docu, terme qui désignait les Noirs dans les années 60, et s’opposait, justement, au « nigger » des racistes.

James Baldwin, ami de Martin Luther King et Malcolm X

À l’époque, Martin Luther King Jr et Malcolm X se battaient pour les droits civiques. À leurs côtés se battait le moins connu et passionnant James Baldwin.


L'écrivain James Baldwin est à l'honneur dans Je ne suis pas votre nègre, de Raoul Peck (2017)
L’écrivain James Baldwin est à l’honneur dans Je ne suis pas votre nègre, de Raoul Peck (2017)
 

J’ai enseigné les droits civiques américains à mes étudiants de fac pendant des années. Je choisissais toujours deux textes : l’un de Martin Luther King Jr, l’autre de Malcolm X. Il pouvait s’agir du fameux discours « I Have a dream, » loin de se résumer à l’extrait Bisounours qui fait le bonheur des vendeurs d’affiches. En parallèle, je proposais le texte, plus militant encore, des House Negroes et Field Negroes, par Malcolm X.

James Baldwin : la poésie et l’action

Avant de voir Je ne suis pas votre nègre, je ne m’étais jamais posé la question de mon orateur préféré, ni de la meilleure façon de mener le combat. Aujourd’hui, j’ai ma réponse : c’est l’écrivain James Baldwin qui me transporte le plus. Je ne le connaissais pas avant le documentaire d’Arte, et je suis fière de l’avoir découvert. Avec son beau verbe et son regard mélancolique, il dit la condition des Noirs avec une vérité emplie de poésie.


L'affiche de Je ne suis pas votre Nègre
L’écrivain engagé James Baldwin s’est battu, comme Martin Luther King Jr et Malcolm X, pour les droits civiques dans les années 60

Certaines citations de Baldwin pourraient être apprises par cœur, au même titre que les poèmes de Langston Hughes. Voici ce qu’il dit, par exemple, de Malcolm X :

« Je lui portais cette immense estime qu’on a du mal à distinguer de l’amour, si même on le peut. »

 

L’Amérique a toujours peur du Noir

Au cœur du film, Baldwin tient un discours d’une ironie extraordinaire sur « un président noir qui pourrait bien être élu dans les 40 prochaines années, » selon Bob Kennedy. « Si l’on se tient bien », ajoute James Baldwin. Et voilà que je m’interroge. Barack Obama a souvent été critiqué. D’après ses détracteurs, il s’agit d’un Noir qui se comporte comme un Blanc. Les surnoms ont fusé, « Oreo, » « Bounty, » « Kinder, » tous ces chocolats qui sont blancs à l’intérieur. Cette insulte venait des Blancs comme des Noirs à l’encontre de Barack Obama. En 2017, serions-nous toujours dans un monde Cosby Show, où l’on accepte les Noirs seulement s’ils vivent comme des Blancs ?

Possible. On accepte seulement ce qui nous rassure.


Le cast du Cosby Show, série télévisée de Bill Cosby
Le cast du Cosby Show, série télévisée de Bill Cosby

Déjà en 1967, dans Devine qui vient dîner, Sidney Poitier incarnait un médecin, tout comme Bill Cosby dans la série des années 80. Son statut social venait en quelque sorte « rattraper » sa couleur de peau, surtout aux yeux des parents de sa fiancée.

Sidney Poitier : adulé et détesté

Je viens de voir pour la première fois Devine qui vient dîner. Je l’ai trouvé archétypal, bien sûr, mais pédagogique, et dans un sens, utile. J’ai surtout apprécié le discours final de Spencer Tracy, où j’ai perçu la réconciliation dont parle James Baldwin au sujet de Dans la chaleur de la nuit. J’ai aussi été agréablement surprise par un film pas si manichéen, où les Noirs comme les Blancs se méfient de la famille d’en face.


La famille de Sidney Poitier face à sa fiancée blanche dans Devine qui vient dîner (1967)
La famille de John (Sidney Poitier) face à sa fiancée blanche dans Devine qui vient dîner, de Stanley Kramer (1967)

Je saisis aussi pourquoi Sidney Poitier pouvait être un objet de haine pour les Afro-Américains, sorte d’oncle Tom du cinéma, docile et souriant.

Dans Je ne suis pas votre nègre, on voit Sidney Poitier dans ses premiers films, avant Devine qui vient dîner, avant Dans la chaleur de la nuit, avant l’Oscar, à savoir la reconnaissance des Blancs privilégiés.

Deux idées de l’homme noir

La colère du fils dans le film Le Majordome envers Sidney Poitier lors du repas familial est sans doute justifiée. Sa mère, elle, dit « adorer » l’acteur. L’air de rien, dans cette scène familiale, ce sont deux idées de l’homme noir qui s’affrontent. La mère, épouse d’un majordome docile, et le fils, militant des Black Panthers.


Earl Gaines (David Banner) et sa fiancée dans Le Majordome, de Lee Daniels (2013)
Earl Gaines (David Banner) et sa fiancée dans Le Majordome, de Lee Daniels (2013)

À dire vrai, je n’avais pas aimé Le Majordome. Pour moi, il s’agissait justement d’un film fait par un Noir pour plaire aux Blancs, de ces films à Oscars qui rassurent et disent au public « Ne t’en fais pas, tu penses comme il faut. »

Que de chemin parcouru pour arriver aux séries comme The Wire ou au film Get Out, qui fait sensation outre-Atlantique. Je ne suis pas votre nègre, cependant, explique avec plus de talent la terreur irrationnelle de l’homme blanc envers l’homme noir.

Raoul Peck nous offre une réflexion subtile sur cette différence établie par la classe dominante entre le « bon » noir et le « mauvais. »

James Baldwin explique également la notion de self-hatred (haine de soi) et la dureté de se réveiller noir dans un monde blanc. Lui parle de John Wayne, et de la douleur de se regarder pour la première fois dans le miroir et découvrir que l’on est Indien, et non cowboy. Toni Morrison, dans The Bluest Eye, parlait du chagrin d’une petite fille noire de ne pas ressembler à Shirley Temple.


Shirley Temple

Shirley Temple


Le mensonge du rêve américain

Choix judicieux que Joey Starr pour la voix off française. Elle me rappelle celle, grave et lucide, d’Arnaud des Pallières dans son documentaire sur Disneyland, autre mensonge du rêve américain. La réflexion finale de James Baldwin sur l’impossibilité du rêve américain tant qu’un dixième de sa population n’y participe pas est très bien vue. On pense à la série Mad Men, qui déconstruisait aussi l’illusion publicitaire, vécue tout autrement par les personnages dans leur vie personnelle. C’est James Baldwin qui résume le mieux le paradoxe :

Même ceux qui bénéficient le plus spectaculairement de cette prospérité ne sont pas capables d’en supporter les avantages. Ils ne peuvent ni les comprendre ni s’en passer.

Baldwin partage aussi un point de vue passionnant sur la sexualité mal assumée de l’Amérique des années 60, qui semble encore, de nos jours, étouffer de puritanisme.

 Stephen Baldwin a le blues

Ajoutez à cela de superbes photographies et une très bonne BO de blues. Mention spéciale pour « The Ballad of Birmingham, » qui rend hommage à quatre innocentes tuées dans une explosion. Des membres du Ku Klux Klan ont en effet, le 15 septembre 1963, fait sauter… une église.



On apprend plein de choses dans Je ne suis pas votre nègre, notamment l’engagement pour la cause des Noirs de Harry Belafonte, et plus étonnamment… de Charlton Heston (par ailleurs accro à la gâchette, puisqu’il a été président de la NRA pendant cinq ans.)

Je ne suis pas votre Nègre : essentiel dans le contexte actuel

Quant à la résonance de Je ne suis pas votre nègre aujourd’hui…

Le passage à tabac de Rodney King en 91 illustrait déjà la scène d’ouverture du biopic sur Malcolm X.


On revoit ces images dans Je ne suis pas votre nègre avec une amertume nouvelle : l’Amérique n’a-t-elle pas changé ? Après qu’un Noir a vécu pendant huit ans dans leur chère Maison Blanche, un autre lui succède, et tout les oppose. Trump s’érige en symbole effrayant de la suprématie blanche : riche, inculte, haineux. 150 ans après l’esclavage, le sang des Afro-Américains n’a pas fini de couler.

Je ne suis pas votre nègre est un documentaire essentiel dans le contexte de racisme policier aux Etats-Unis. Impossible de ne pas penser aux événements de Ferguson.
 
Mais le film s’avère aussi essentiel en France, à l’heure où une élection présidentielle pourrait bien porter le racisme au pouvoir.

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