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Quand les séries tuent trop de personnages LGBT : le syndrome Bury your gays

Quand les séries tuent trop de personnages LGBT

Le Binge Doctor revient aujourd’hui sur le syndrome « Bury your gays ». Depuis la mort de la lesbienne Julie Solkin dans la série Executive Suite (1976), les personnages LGBT – et spécialement les femmes LGBT – meurent plus souvent (et de manière souvent maladroite) que les persos hétéros. Cela renvoie un message négatif à la communauté, mais a aussi pour effet de baisser la qualité de la série. Heureusement, des solutions existent. Pour tout savoir sur ce syndrome, cliquez sur la vidéo (transcript ci-dessous)

 

 

Transcript :

Bonjour les addicts ! Bienvenue sur cette nouvelle vidéo. Si tu as envie de tout savoir sur les séries, avec des analyses, des blind tests, des réponses aux questions que tu ne t’es jamais posées, je t’invite à cliquer sur le bouton abonnement et sur la cloche pour ne rien manquer de mes dernières
vidéos.

Aujourd’hui, une vidéo un p’tit peu plus sérieuse, parce qu’on va parler des morts de personnages LGBT+ dans les séries américaines. Alors, je suis comme toi, je hais les spoilers. Donc si je dois spoiler, je vous mettrai à l’avance des balises qui vous permettront de sauter la partie spoiler.

 

Le syndrome « Enterre tes gays »  dans les séries

Le syndrome « Enterre tes gays » ou « Bury your gays » est la tendance à tuer de manière excessive et ratée les personnages LGBT+ dans les séries.  C’est un cas particulier d’un autre syndrome de séries qu’on appelle « Le syndrome Bonanza »

Alors, si je vous dis ça, votre première réaction va sans doute être « Non, mais ça va, y a beaucoup de persos hétéros qui meurent aussi, hein ! »
Alors oui, y a beaucoup plus de persos hétéros qui meurent que de personnages LGBT+… mais c’est peut-être parce qu’il y a 50 fois plus de persos hétéros que de personnages LGBT+. Non, le problème, c’est qu’un perso LGBT a 4 fois plus de chances de mourir qu’un perso hétéro.

4 fois plus de chances de mourir pour un personnage LGBT+

Selon le rapport du GLAAD (Gay & Lesbian Association Against Diffamation), sur la saison 2015-2016, il y a eu 271 personnages LGBT+ réguliers et récurrents. Or, en 2015-2016, il y a eu 409 séries américaines.

Une série américaine a en moyenne 20 personnages réguliers et
récurrents. Il y a donc eu grosso modo, 271 personnages LGBT et 7909 personnages hétéros (409 x 20 – 271) cette année-là.

Et, c’est là qu’ça commence à puer du cul, mais violent.

Trois journalistes ont compté le nombre de personnages réguliers et récurrents morts durant la saison 2015-2016, en prenant en compte leur orientation sexuelle. Sur 271 personnages LGBT, 29 sont morts. Ça fait à peu près 10.7 %. Sur environ 8000 personnages hétéros, 213 sont morts. Ça fait 2.6 %. Donc 4 fois moins.

 

Bury your gays : un fléau qui touche surtout les femmes

Pire, cette année-là, sur les 29 personnages LGBT morts, 22 étaient des femmes. 3 personnages LGBT morts sur 4 sont des femmes ! D’ailleurs, le premier nom du « bury your gays » était le « Dead Lesbian Syndrome ». Mais pourquoi donc ? Car le patriarcat les considère comme dangereuses.

Et comme par hasard, selon une étude menée par Variety, 3 producteurs américains sur 4 sont des mecs. Pourtant, ces producteurs sont souvent des mecs attachés aux droits des LGBT. Mais je vais revenir plus tard sur ce paradoxe.

 

Le syndrome « Bury your gays » : un impact négatif sur la communauté LGBT+

On peut se dire « Ouais, OK, c’est pas génial, mais ça va, c’est que de la fiction. » Faux !

En 2011, deux chercheurs ont conclu à un lien direct entre la représentation médiatique des LGBT+ et l’impact psychologique sur ce public. Une représentation négative produit un effet négatif sur la communauté. Si en plus vous êtes LGBT+ et non-blanc, c’est pire. Mais alors, d’où vient cette tendance à tuer les personnages LGBT+ dans des proportions suspectes dans les fictions ? Eh ben, elle date pas d’hier. Une mort en particulier a fait parler d’elle, dans Buffy contre les vampires.

 

 

Bury your gays : Le cas Buffy contre les vampires (DÉBUT DES SPOILERS)

Buffy contre les vampires, série fantastique culte, a médiatisé l’un des premiers couples LGBT+ de la télé. A la fin de la saison 4, Willow tombe amoureuse de Tara. Dans l’épisode Orphelines, Joss Whedon convainc la chaîne The CW, pourtant frileuse sur la question, de diffuser un baiser entre les deux femmes. Whedon poussera même plus tard l’audace à suggérer un cunnilingus de Willow sur Tara dans un épisode musical. Voilà un couple lesbien positif et lumineux.

Arrive l’épisode « Rouge Passion » (6.19).


Dans cet épisode, Warren, l’un des méchants, tire sur Buffy avec une arme à feu. L’une des balles la rate et atteint Tara en plein cœur qui meurt dans l’instant. Plusieurs fans s’émurent du traitement réservé à Tara, dont la mort ne sert qu’à donner une storyline de vengeance à Willow.

FIN DES SPOILERS

 

Les LGBT+ ont-ils pris la place des Noirs ?

Quand on y pense, on peut faire un parallèle avec les minorités raciales, notamment les noirs. La tradition de tuer un personnage noir, pour laisser un personnage blanc accomplir sa quête existe encore aujourd’hui, même si c’est moins fréquent. On pourrait dire avec cynisme que les personnages LGBT+ ont pris la place des noirs.

Mais il fallait une mort de personnage LGBT+ particulièrement ratée pour réveiller le grand public sur la question. Et ce triste privilège est revenu à la série The 100.

 

Bury your gays : Le cas The 100 (DÉBUT DES SPOILERS)

Le 3 mars 2016, le 7e épisode de la saison 3 de The 100 est diffusé sur The CW. Dans cet épisode, Clarke et Lexa, l’un des couples favoris des fans, fait l’amour pour la première fois. Quelques minutes plus tard, Lexa est tuée à bout portant par une balle en réalité destinée à Clarke.

 

FIN DES SPOILERS

The 100 : Un backlash foudroyant des fans

Et cette mort a déclenché un shitstorm du feu de dieu ! En quelques minutes, le hashtag #LGBTfansdeservebetter est en trending, un site portant le même nom voit le jour, les réseaux sociaux commentent négativement l’événement, fans hétéros, homos, bi, trans, etc. se retrouvent tous pour dénoncer une mort mal écrite et nuisible. Les fans lèvent même des fonds pour le projet Trevor, qui soutient les LGBT en détresse psychologique. La réaction a été aussi épique que la série. Mais alors pourquoi cette mort a été si mal reçue ?

 

Bury your gays : Des morts spectaculaires pour un effet facile

Dans son article sur l’historique du « Bury your gays », Haley Hulan y voit un exemple de plus de « mort LGBT montée en spectacle ». C’est le gros problème du « bury your gays » : les personages LGBT+ dans les séries meurent souvent de manière spectaculaire et choquante, c’est pour ça que non seulement elles sont mal écrites, mais en plus, il y en a trop.

Jason Rothenberg, le créateur de The 100, s’est défendu en invoquant que dans sa série « tout le monde peut mourir ». (Attention, lien spoiler). Ouais ma couille, c’est le cas ! Mais cette mort sonne trop forcée pour être convaincante. Mais il y a pire !

Cet acharnement sur les personnages LGBT est hélas très commun. Pour ne citer que des séries populaires, Vampire Diaries, Blindspot, Boardwalk Empire, Supernatural… sont devenus des tombeaux pour des personnages LGBT+. Pourtant la plupart des auteurs sont certes hétéros mais gay-friendly. Alors pourquoi, souvent, ça pue la merde quand ils tuent un perso LGBT ? Ben, y a 2 raisons.

 

Les raisons du Bury your gays

1. Une mort de perso LGBT+ aura plus d’impact qu’une mort de perso hétéro.

Faites le calcul : les LGBT+ vont être émus de la disparition d’un de leurs représentants. Tandis que les hétéros gay-friendly, conscients des oppressions que subissent les LGBT+ dans la vie réelle, seront paradoxalement encore plus émus encore que si c’était un personnage hétéro.

2. La romantisation absurde des morts des personnages LGBT+.

Les auteurs ont tendance à romantiser leur mort. Oh, la balle perdue qui tue une lesbienne, oh ce suicide déchirant… Tout ça, c’est de la romantisation de mes deux ! Bon ok ok je râle. Mais il existe des solutions.

 

Les solutions au syndrome Bury your gays

La première solution au « Bury your gays », c’est, ben, simplement, arrêter de bâcler les morts de personnages LGBT+. La répartition des morts sera plus égalitaire, et l’histoire sera meilleure.

Et puis il y a des techniques toutes bêtes. Si vous faites une série où tout le monde peut mourir, ben, on ne va pas s’étonner qu’un perso LGBT meurt, du moment que sa mort est bien écrite (ex. Game of Thrones).

Ou alors vous proposez une série avec un cast LGBT, dans ce cas, l’orientation sexuelle d’un perso décédé n’a plus d’importance (ex. Orange is the New Black).

Et puis, la mort n’est pas forcément nécessaire. On peut faire disparaître un perso sans le tuer. Une série comme MI-5 a aussi bien maîtrisé les morts que les départs de personnages.

Et puis, il y a la production. Si on met plus de showrunners LGBT+ dans les séries, eh ben le risque sera moins grand. J’ai dit moins grand parce que ça n’immunise pas. Les fans de l’Arrowverse savent de quoi je parle.

Si vous voulez en débattre, si vous voulez partager vos propres exemples de morts LGBT+ ratées, je vous invite à en parler en commentaires. Quant à moi, je vous dis à une prochaine vidéo. Salut !

 

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A voir aussi : 

Les blockbusters depuis 2015 : la course à la démesure

Les blockbusters depuis 2015 : la course à la démesure


Aux origines du blockbuster

Comment peut-on définir les blockbusters ?

Internet les définit comme des films ayant eu un grand succès populaire et ayant bénéficié d’un gros budget … et c’est tout. On ne risque pas d’aller très loin tant la définition est floue. Dans l’inconscient collectif, le blockbuster est tout autre chose.

Avengers Endgame : le point culminant des blockbusters ?

Avengers Endgame, réalisé par Anthony & Joe Russo (2019) : le blockbuster moderne par excellence

 

Et si nous revenions aux origines du mot ?

« Blockbuster » signifie littéralement « qui fait exploser le quartier ». Soit de prime abord, des films qui envoient un bon paquet d’action à l’écran. En effet, les blockbusters suivent des lignes similaires. Par exemple : beaucoup d’effets spéciaux, un marketing de masse, une déstructuration des scènes d’action pour créer une sorte de chaos, un casting important, un pitch simple.

Il est très souvent admis que le premier blockbuster de l’histoire serait Les dents de la mer de Steven Spielberg en 1975.

 

Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975), considéré comme le père des blockbusters

Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975), considéré comme le père des blockbusters

 

Depuis, le genre se serait défini avec les films ayant eu le plus d’impact sur les spectateurs. Predator, Terminator 1 et 2, Mad Max 2, l’ensemble de la saga Star Wars, la trilogie du Seigneur des Anneaux, Matrix, etc. sont des blockbusters influents.

Le blockbuster a évolué depuis 1975. Aussi, voyons quelques films marquants non seulement pour le genre, mais aussi pour la voie dans laquelle semble il semble se diriger.

 

Mad Max Fury Road et Kingsman : la rupture

L’année 2015 me semble être charnière avec les sorties de Mad Max : Fury Road et de Kingsman. Car ces deux films s’inscrivent dans une démarche de déstructuration des codes des blockbusters.

Le premier, Fury Road a pris le pari d’un rythme effréné, sans pause, pour le spectateur, couplé à des effets spéciaux hyper impressionnants (car en prise de vue réelle pour la majorité).

 

: un film qui casse les codes des blockbusters

Mad Max : Fury Road, de George Miller (2015) : un blockbuster qui casse les codes du genre

Ainsi, on a pu trouver durant le tournage des gars sur des perches de 3m de haut dans un cortège de motos roulant à plusieurs dizaines de km/h. Mais aussi des conducteurs de camion foncer délibérément dans des murs de pierre et autres joyeusetés. Ces choix ont complètement bousculé un genre qui s’engluait de plus en plus dans des effets spéciaux numériques fades. L’abondance de FX numériques ne fait plus à terme s’émerveiller les spectateurs. Plus grave, elle installe l’hégémonie d’un style de narration beaucoup trop répétitif : « mise en place -> action -> retombée de la pression -> feu d’artifice on fait tout péter -> conclusion ». Un style devenu cliché aujourd’hui.

Kingsman quant à lui y est allé avec plus de tact car proposant un film parodiant les codes du blockbuster pour montrer les limites de ce dernier.

 

Kingsman de Matthew Vaughn (2015) : un film qui parodie les codes des blockbusters

Kingsman de Matthew Vaughn (2015) : un blockbuster qui parodie ses propres codes

Une réalisation magnifique proposant des choix artistiques remarquables est venu légitimer le propos. Ce plan-séquence dans la chapelle est toujours un délice. Toutefois, Kingsman 2 n’a rien ajouté à la gloire du premier.

 

Le Marvel Cinematic Universe : entre cinéma et série

Cependant, l’évolution la plus significative est à chercher du côté des blockbusters de ces dernières années. En particulier, ceux qui raflent absolument tout : les films de super-héros. Ces derniers mériteraient des pages et des pages de réflexion à eux seuls.

Que l’on aime ou non le Marvel Cinematic Universe, celui-ci et plus particulièrement les deux derniers Avengers, vont marquer l’industrie cinématographique pour plusieurs raisons. D’abord, vu les sommes astronomiques brassées par cet univers, tous les studios s’arrachent pour créer leur propres univers étendus (avec plus ou moins de succès).  Par conséquent, nous obtenons des produits entre le cinématographique et le sériel. Ensuite, ce système permet de proposer des films à quasiment 50 personnages répartis sur plusieurs arcs narratifs. Par ailleurs, il y a la donnée visuelle. En effet, ces films ont poussé les effets spéciaux numériques à leur apogée où la limite n’existe plus. Se dire « Tiens si on disait que lui, il fait tomber une planète sur la planète, ça serait rigolo non ? » semble tout à fait logique maintenant. Quand bien même la scène ne fait qu’un quart d’heure.

 

Ces films vont marquer le genre du blockbuster. Bien que tous différent dans leur fond comme dans la forme, ils ont un dénominateur commun : la démesure. Tous ces blockbusters sont pensés pour la démesure : plein de personnages, d’arcs narratifs, d’effets spéciaux réels ou numériques toujours plus hallucinants, des rythmes démentiels, etc. etc.

Pour souligner ce point, analysons deux blockbusters récents sous ce prisme de la démesure : X-Men : Dark Phoenix et Godzilla II : Roi des monstres.

 

X-Men Dark Phoenix : un blockbuster trop ambitieux ?

X-Men : Dark Phoenix censé clore la saga est-il une réussite ? La réponse est assez compliquée.

X-Men : Dark Phoenix, de Simon Kinberg (2019) : un blockbuster entre deux eaux

X-Men : Dark Phoenix, de Simon Kinberg (2019) : un blockbuster entre deux eaux

 

Puisqu’on se retrouve face à une créature malformée, coincée entre une envie de démesure et celle d’installer un réel propos de fond, une réflexion psychologique autour de ces héros. En effet, ce sont des thèmes récurrents et importants de X-Men. Logan en est la quintessence tant il concilie son étiquette de blockbuster et un fond intelligent. Essayant de danser sur ces deux pieds en même temps, Dark Phoenix se perd. Certes, elle propose de bonnes idées sur les deux plans. Hélas, elle n’en reste qu’au stade d’esquisse. La forme et le fond ne parviennent pas à s’allier correctement. Alors, on en ressort avec un sentiment particulier. On se dit que c’était sympa sans plus alors que ça aurait pu être grandiose.

 

Godzilla II : l’avenir du blockbuster ?

Godzilla II a clairement fait son choix : l’histoire, les personnages, le propos, tout ça on dégage ! On veut juste des énormes bestiaux se foutre sur la tronche et c’est franchement une réussite.

 

Godzilla 2, roi des monstres, de Michael Dougherty (2019) : l'option blockbuster bourrin efficace

Godzilla 2, roi des monstres, de Michael Dougherty (2019) : l’option bourrin efficace

Un excellent film doit allier un fond et une forme de qualité. Mais je pense que ce n’est pas indispensable pour faire un film juste bon. Cette 36e itération de Godzilla au cinéma se débarrasse du fond pour effectuer de vrais choix artistiques réfléchis pour la forme autour de ses créatures. D’où des musiques épiques, des lieux propices à les rendre impressionnants, avec une image de l’humain ridicule en comparaison, des plans longs pour montrer l’impact des coups, etc. Cette démesure grandiose est un pur régal pour les yeux et son âme d’enfant (parce que, bon, voir un T-rex géant taper sur un dragon à trois têtes, c’était un peu un rêve de gosse).

Bref, une réussite qui ne présage que du bon pour l’univers étendu autour de Godzilla que sera le MonsterVerse.

 

Au final, l’heure des blockbusters est à la démesure, quitte à faire le choix délibéré de laisser tomber le fond. Mais peut-être peut-on espérer voir un jour un film alliant ce sens de la démesure avec des personnages et un message profond ?

….

Ah attendez on me souffle dans l’oreillette que ça existe déjà et que ça s’appelle The Dark Knight. Bon bah je jetterai un œil à l’occasion.

 

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Grâce à Dieu, de François Ozon : ne le dis à personne


3 out of 5 stars (3 / 5)

Ce qu’a dit François Ozon à l’avant-première de Grâce à Dieu

J’ai assisté à l’avant-première de Grâce à Dieu à l’UGC des Halles, où j’ai eu l’occasion d’écouter François Ozon sur la genèse du film et les difficultés qui entourent le projet. Il était accompagné de François Devaux, président de l’association La Parole Libérée.
 

Genèse de Grâce à Dieu

 
J’ai beaucoup écrit sur les femmes, et pour une fois, j’ai voulu parler des hommes. Le témoignage d’Alexandre m’a particulièrement touché. Je me suis intéressé à cet homme qui s’est rendu compte que l’institution de l’Eglise protégeait le prêtre qui l’avait abusé. 
 
D’ailleurs, le premier titre du film était Alexandre, pour ne pas trop attirer l’attention sur ce projet polémique. Parce que j’ai déjà fait plusieurs films, on nous a laissés faire sans trop poser de questions, ce qui nous arrangeait bien (sourire.)
 
Pour ce projet, j’ai effectué un travail de journaliste. Je me suis rendu compte que, pour les victimes de prêtres pédophiles, c’était la double peine. En plus du traumatisme subi, ils devaient faire face au silence de l’Église. L’impact à l’âge adulte est en effet considérable, le retour de bâton cruel.
 
Pour ce qui est du titre Grâce à Dieu, il vient d’une phrase malheureuse du Cardinal Barbarin à Lyon au sujet des affaires pédophiles au sein de l’Eglise :
 
Grâce à Dieu, a-t-il déclaré, les faits sont prescrits.

Grâce à Dieu : comment s’est fait le choix des comédiens ?

J’ai déjà travaillé avec Melvil Poupaud pour Le Temps qui reste.
C’était un acteur judicieux pour le film, car Melvil a la foi et se pose des questions de spiritualité.
 
Quant à Denis Ménochet, il y a une vraie fragilité sous la carapace. Il a même un peu complexé face aux deux autres acteurs (Melvil Poupaud et 
Swann Arlaud, ndlr) (rires).
 
Pour le personnage d’Emmanuel, j’ai choisi Swann Arlaud car j’avais vu Petit Paysan, et j’avais été touché par son côté écorché vif.
 

Quelles ont été les conditions de tournage de Grâce à Dieu ?

Quand on a décidé de tourner à Lyon, on savait que si on s’avançait avec le titre Grâce à Dieu, on aurait pas les autorisations. En effet, le cardinal Barbarin est une autorité religieuse locale. Pour éviter que les portes ne se ferment, on a appelé le film Alexandre et on a proposé un synopsis un peu elliptique à la Claude Sautet : « 3 hommes, la quarantaine, se retrouvent… » (rires dans la salle). On a également tourné tous les scènes d’église en Belgique et au Luxembourg, pour éviter d’avoir à demander les autorisations du diocèse de Lyon, dirigé par le cardinal Barbarin. On savait très bien qu’en passant par le diocèse de Lyon, nous n’aurions pas obtenu les autorisations. Résultat, on a tourné dans de bonnes conditions, car personne n’était au courant de ce qu’on faisait.
 
Ozon a fini sur une note d’humour :
 
Le film sort le 20 février. On espère.
 
En effet, le film sort un mois avant la réouverture du procès. À l’heure où nous écrivons, le juge a autorisé hier (lundi 18 février) la sortie du film en salles ce mercredi, mais cette sortie reste en suspens suite à la plainte de Régine Maire, dont le nom est cité dans le film.

Grâce à Dieu : critique du film

 
Spotlight traitait d’une enquête journalistique sur les prêtres pédophiles aux États-Unis. François Ozon a décidé de traiter la question des prêtres pédophiles par le biais de l’intime.
 
Il a étudié la question et s’est intéressé à trois cas. Trois hommes ont en effet été victimes du même prêtre, Bernard Preynat.
 

Une première partie trop démonstrative

 
Grâce à Dieu dure plus de deux heures. La première partie est trop appuyée et didactique. Certaines scènes en font trop, comme la scène où Alexandre se retrouve contraint de prier en tenant la main du prêtre qui lui a fait du mal. Le fameux passage du Notre Père « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » semble trop douloureux pour Alexandre. Il n’a pas la force de prononcer ces paroles et de regarder le prêtre dans les yeux à ce moment.
 
Melvil Poupaud (Alexandre) dans Grâce à Dieu, de François Ozon (2019)

Melvil Poupaud (Alexandre) dans Grâce à Dieu, de François Ozon (2019)

 
Le passage où le père Preynat, entouré d’enfants, leur fait la lecture du célèbre discours du Christ « Laissez venir à moi les petits enfants » était attendu et s’avère cliché.
 
Le personnage du prêtre, enfin, aurait pu être traité avec plus de nuance et de profondeur : il s’agit en effet d’un homme malade. Si Ozon avait montré la part plus ambiguë du personnage, il aurait obtenu un grand film.
 

Le labyrinthe du silence

 
Enfin, ce film sur le silence – qu’il soit de l’Église ou de la famille – se révèle étonnamment verbeux. La voix off d’Alexandre est quasi omniprésente dans cette première partie. Ajoutez à cela une structure épistolaire, où tous les courriers, manuscrits et mails, sont lus à haute voix.
 
Sur le silence assourdissant de l’Eglise, on préférera le chef d’oeuvre de Costa-Gavras, Amen, où l’omerta concernait le sort des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. La bande-annonce du film, justement, est sans dialogues :
 
 

 
Dans Grâce à Dieu, Ozon insiste sur l’association La Parole Libérée. 
 
Le nom « la parole libérée » s’oppose à ce labyrinthe du silence que représente l’institution de l’Église. L’ennemi, c’est moins le prêtre pédophile que l’Église en son entier qui protège ses ouailles, y compris criminelles.
 

Une interprétation tout en délicatesse 

 
Cependant, les trois histoires de ces hommes brisés s’entremêlent à merveille pour nous offrir la chronique d’un combat. 
 
Grâce à Dieu vaut surtout pour l’interprétation tout en délicatesse de ses héros. On retrouve avec plaisir Melvil Poupaud, ancien complice d’Ozon. Denis Ménochet revient avec ce rôle grande gueule après son interprétation remarquable du père dans Jusqu’à la garde. C’est une joie, surtout, de retrouver l’acteur de Petit Paysan, Swann Arlaud. Le rôle d’Emmanuel lui sied à merveille.
 
Le cast du film Grâce à Dieu et le réalisateur François Ozon

Le cast du film Grâce à Dieu et le réalisateur François Ozon

 

Un bon film sur les hypocrisies familiales

 
C’est surtout la deuxième partie du film qui a valu à Ozon, je crois, le Grand prix du Jury à Berlin. En effet, le film prend son temps, ce qui n’est pas forcément le cas dans les productions actuelles. Le fait de s’attarder pour de vrai sur ces trois personnages permet au spectateur de témoigner de leurs drôles de liens familiaux. Comme dans Les Chatouilles, l’excellent film d’Andrea Bescond et Eric Métayer sorti récemment, les phrases les plus violentes du film viennent surtout des membres des familles des victimes.
 
À mon sens, la réplique la plus violente vient du frère de François (Denis Menochet), qui veut impérativement partir en voyage avec les scouts. Il déclare devant ses parents et son petit frère :
 
Ce n’est pas grave pour le père Bernard, il ne s’intéresse qu’aux petits.
 
Dans Les Chatouilles, c’était la mère – brillamment interprétée par Karine Viard – qui avait envers sa fille les paroles les plus violentes.
 
Ozon, dans Grâce à Dieu, décortique avec talent l’hypocrisie des familles bourgeoises et catholiques de Lyon dans cette histoire que personne, ou presque, ne souhaite entendre.
 

Courage, Ozon !

 
Quant à la mise en scène de François Ozon, elle reste soignée. Dès le premier plan, de ce cardinal qui observe la ville de Lyon du haut de sa cathédrale, à la toute dernière scène où la caméra filme les trois hommes en phase de reconstruction, Ozon fait preuve de toute sa délicatesse.
 
L'une des affiches de Grâce à Dieu

L’une des affiches de Grâce à Dieu

 
Il faut aussi saluer le courage du réalisateur d’avoir tourné un film sur ce sujet hyper casse-gueule, et de tenter de le sortir juste avant le procès véritable du père Preynat. Grâce à Dieu, malgré ses défauts, restera sans doute un film essentiel.
 
On attend d’autant plus l’issue de ce procès que François Ozon a réussi à nous émouvoir. On s’attache en effet facilement à ces trois hommes en lutte. Le suspense de Grâce à Dieu s’étend dans l’actualité à venir.
 
Affaire à suivre…
 
 
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CÉSAR 2018 : MES FAVORIS ET PRONOSTICS

Mon grand favori et pronostic: Au Revoir là-haut, d’Albert Dupontel
Alors, cette année, c’est facile. Mon favori et pronostic est Au-Revoir là-haut dans la plupart des catégories :
Meilleur film
Meilleure réalisation pour Albert Dupontel
Meilleur acteur pour Albert Dupontel
Meilleur espoir masculin pour Nahuel Pérez-Biscayart
Meilleur montage (à départager avec 120 Battements par minute)
Meilleure photo 
Meilleurs décors
 
ANALYSE DU FILM

Mon deuxième favori et pronostic : 120 Battements par minute

Meilleur second rôle masculin pour Antoine Reinartz (Thibault, chef de file d’Act Up)
Meilleur second rôle féminin pour Adèle Haenel
Meilleure musique (à départager avec Visages Villages)
ANALYSE DU FILM
La belle surprise de l’année : Grave, de Julia Ducournau
Meilleur premier film
Meilleur scénario original
Meilleur espoir féminin pour Garance Marillier
ANALYSE DU FILM
Meilleur film d’animation
Sans conteste, celui-là :
 
UN CONTE INSPIRE DU FILM

Meilleur documentaire

Comment on fait quand on en aime 4 sur les 5 ?
Si tous sont remarquables, je pense tout de même que ça va se jouer entre I am not you Negro (le réalisateur est le directeur de la Fémis, ça aide) et Visages Villages (comment refuser la statuette à la fameuse Varda ?)
Cliquez sur les images pour une chronique de chaque film :

Meilleure actrice

J’ai un coup de cœur pour Charlotte Gainsbourg dans Les Promesses de l’aube, mais je crois que c’est Jeanne Balibar qui va l’emporter pour son rôle dans Barbara.

Meilleur film étranger 

Là aussi, un vrai casse-tête ! J’ai envie de défendre Noces, véritable coup de cœur en 2017 :
ANALYSE DU FILM
En même temps, je pense que Faute d’Amour sortira gagnant :
ANALYSE DU FILM

D’autres bons films nommés aux César en 2018 :

PENTAGON PAPERS, DE STEVEN SPIELBERG : LES LIAISONS DANGEREUSES

Quand je pense au Washington Post, une image me vient en tête : je ne l’ai malheureusement pas retrouvée sur le web, mais il s’agissait d’une caricature du président Nixon, épinglé au mur par la plume du journal.

Pentagon Papers est un film formidable à découvrir dans le contexte actuel. Le Canard enchaîné ne fit-il pas tomber François Fillon avant l’élection présidentielle ? N’est-ce pas Mediapart, journal en ligne, qui révéla au grand public le scandale de l’affaire Bettencourt dans lequel Sarkozy est mouillé jusqu’au cou ? 

Depuis un certain 7 janvier, la France sait qu’elle a besoin de la presse.

Good Morning Vietnam

Tout le monde se souvient du scandale du Watergate et de la démission de Nixon. Mais qui se souvient de l’affaire précédente, cette fois révélée par le New York Times, dans laquelle Nixon était déjà impliqué ? Non seulement lui, mais également des présidents très estimés comme Eisenhower et JFK.

L’affaire, c’est le Vietnam. Tous les présidents cités ont plongé les Américains dans une guerre perdue d’avance. Pourtant, pour ne pas perdre la face, et uniquement pour cela, les présidents ont tous envoyé à la mort de milliers de jeunes gens pour éviter d’être le président de la défaite.

D’avoir fait des années de fac en études anglophones, j’ai retenu que les États-Unis avaient connu deux grands traumatismes : l’esclavage… et le Vietnam.

Le Vietnam est de loin la plus amère défaite du continent. Humiliation militaire, pertes humaines abominables, le Vietnam aux States c’est un peu comme les guerres mondiales chez nous : une boucherie qui marque les esprits pour longtemps, et condamne une grande partie des intellectuels à un pessimisme permanent.

Il est ironique de voir Tom Hanks à l’affiche de Pentagon Papers. En effet, dans Forrest Gump, il avait déjà démontré l’absurdité de la guerre au Vietnam, dans la peau d’un soldat qui tenta en vain de sauver son ami.

Touche pas à mon Post

Comme le titre original de Pentagon Papers – The Post – l’indique, le film de Spielberg est moins sur le scandale politique du Vietnam que sur le journal. Le réalisateur s’attaque à un gros sujet sous un angle original et audacieux : plutôt que de braquer la caméra sur le Times, qui fit éclater le scandale, il préfère regarder l’histoire par la « petite » lucarne, et nous montrer comment son concurrent, le Washington Post, reprit l’affaire à ses risques et périls.


L’intérêt de parler du Washington Post et non pas du New York Times ? Evoquer non pas le champion en titre mais le challenger. Le Washington Post, à l’époque, n’était qu’un journal local dont la vie dépendait d’une poignée d’actionnaires.

En effet, Nixon voulut faire interdire le New York Times d’avoir publié des informations ultra-secrètes. Et voici que dans la tête d’un spectateur de 2018 jaillissent les visages d’Edward Snowden et de Julien Assange. Côté français, on pense aisément à Claire Thibout, qui par son intégrité, a participé au dévoilement de l’affaire Bettencourt. Oui, car les Pentagon Papers sont le fruit d’une fuite orchestrée par un lanceur d’alerte de l’époque, devenu la source des deux journaux concurrents.

Nixon, on le sait, n’était pas un tendre. Les papiers du Pentagone montre le bras de fer entre le Washington Post, dirigée par Katherine « Kay » Graham (Meryl Streep, toujours parfaite) et son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) et Nixon, soutenu par une équipe de requins prête à tout pour maintenir le pouvoir en place.

J’ai vu le film de Spielberg avant-hier, et pourtant je n’écris que ce matin : il a fallu que je lise la tribune de plusieurs journalistes contre Bolloré pour prendre la plume. L’homme d’affaires intente en effet des procès systématiques aux journaux et associations qui osent divulguer des infos gênantes sur son entreprise.


Les chiens de garde

Se posent dans le film des questions essentielles sur le journalisme et la déontologie : peut-on trahir le secret militaire pour informer le public ? Comment dénoncer des personnes haut placées, qui au passage, dînent chez vous régulièrement ? C’est le dilemme de Kay et Ben, journalistes proches de Kennedy et de certains membres de l’administration Nixon.

Revoilà la question épineuse des relations entre journalistes et politiques. C’est Paul Nizan, ami de Sartre, qui en parle le premier dans Les Chiens de garde

Il a fallu attendre 2011 pour qu’un documentaire reprenne l’idée.

À partir du moment où journalistes et politiques font la même école – Sciences Po et l’ENA – on peut supposer qu’ils resteront copains au-delà des études. On croit certains politiques et journalistes adversaires à l’antenne, quand ils déjeunent ensemble au restaurant en toute complicité.

Kay reçoit ainsi des puissants à sa table, et il est bien malaisé d’en dire du mal dans son journal.

L’intelligence de Pentagon Papers est de me faire réfléchir à ma propre pratique. À mon petit niveau de blogueuse, certaines questions d’éthique se posent déjà : si j’organise un concours autour d’un film que je pense prometteur, mais qu’en le voyant, il me déplaît ? Dois-je écrire une chronique pour dire à mes lecteurs que je leur ai proposé des places pour un mauvais film ? Si je trouve le film bon au contraire, ne serait-ce pas interprété comme de la complaisance ? Qu’en est-il des amis (cinéastes, chefs-opérateurs, distributeurs de films) que je me suis créé au fil du temps ? 


Demi-solution : ne pas écrire sur les films que je propose en concours, ou alors juste un papier sur les questions culturelles en jeu.


The Newsroom


Pentagon Papers offre donc une réflexion sur les pratiques du journalisme. Dans Sur la télévision, Bourdieu expliquait déjà que dans une salle de rédaction, il est autant question de ce que publient les concurrents que d’actualité pure. La concurrence est rude dans le milieu de la presse ? Qu’à cela ne tienne ! Envoyons un espion du Post au Times pour voir ce qui s’y trame. Si le Times révèle un scandale politique d’ampleur, alors le Post est à la traîne. Les papiers du Pentagone sont si conséquents qu’il y a dans ce scoop plusieurs scoops à venir, à la manière dont le Canard enchaîné propose un feuilleton à chaque scandale qu’il met au jour.

Si vous aimez les séries politiques, et notamment celles d’Aaron Sorkin, Pentagon Papers peut vous plaire. En effet, le scénariste américain a longuement écrit sur les relations entre la politique et la presse, et la difficulté du métier de journaliste.


Meryl Streep est très douée dans les rôles de femmes de tête aux prises avec un monde d’hommes. Elle l’avait déjà prouvé dans un biopic de Thatcher.

L’Histoire en marche

Difficile, en regardant Pentagon Papers, de ne pas penser aux Hommes du président, excellent film de 1976 mettant en scène deux journalistes du Post qui décidaient de se pencher sur un certain immeuble : le Watergate. 




Pentagon Papers est empli d’ironie dramatique. De nombreuses répliques s’adressent directement aux spectateurs d’aujourd’hui, qui savent que pour le journal  – et surtout pour Nixon lui-même – le plus dur est à venir. Les deux films résonnent donc comme des pamphlets pour la liberté de la presse. 

Pentagon Papers nous dévoile comment la presse, d’abord instrument du pouvoir, est devenu son juge et peut-être son garde-fou. Réalisation sobre, pléiade de bons acteurs, Spielberg met tout en œuvre pour nous faire vivre ce moment-clé où un journal, plutôt que de commenter l’Histoire en marche, en est devenu un acteur décisif.

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