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CANNES 2017 – IN THE FADE, AVEC DIANE KRUGER : QUE JUSTICE SOIT FAITE

Diane Krüger dans In the Fade de Fatih Akin (2017)

Par Clément

À sa sortie de prison pour trafic de drogue, le kurde Nuri Sekerci (Numan Acar) épouse Katja (Diane Kruger). Ils s’installent à Hambourg, où Nuri prend les rênes d’un journal local. Katja devient mère au foyer pour s’occuper de leur fils Rocco.

Katja et Nuri Sekerci (Diane Krüger et Numan Acar) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)
Katja et Nuri Sekerci (Diane Krüger et Numan Acar) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)
Un jour, une bombe explose dans les locaux du journal, tuant le père et le fils. Plongée dans le deuil, Katja assiste au procès d’un couple néo-nazi. Elle avait aperçu la femme près des locaux du journal quelques temps avant l’attentat. Katja sera prête à tout pour obtenir justice.

Un film en trop

Rapidement, on discerne une faiblesse gênante dans le scénario de Fatih Akin. Mêler plusieurs genres en un film peut donner des métrages excellents, pourvu qu’ils soient intriqués. C’est le problème d’In the Fade : le film est divisé en 3 séquences, la première servant de prélude aux deux suivantes, totalement différentes. Nous assistons à un film de procès, suivi d’un film de vengeance. In the Fade souffre donc d’un manque d’unité.

L'avocat Danilo (Denis Moschitto) et Katja (Diane Krüger) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)
L’avocat Danilo (Denis Moschitto) et Katja (Diane Krüger) dans In the Fade

Le film de procès est un genre difficile. Au-delà des joutes verbales entre avocats, juges, et témoins, c’est la personnalité des protagonistes, ou une critique sociale, qui va donner de l’intérêt. Faute de quoi, les dialogues tournent à vide. Récemment, le terrifiant Detroit dénonçait le laxisme de la justice des années 60 envers les exactions des policiers blancs sur les Afro-Américains.

Will Poulter (au centre) dans Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow (2017)
Will Poulter (au centre) dans Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow (2017)

In the Fade avait les moyens de suivre ce modèle, avec le sujet toujours actuel des partis néo-nazis. Ils ont beau être interdits, ils continuent d’exister, comme une plaie purulente que l’Allemagne, 70 ans après, n’arrive point à guérir. Leur propagation dans d’autres pays, comme le parti Aube dorée en Grèce (au centre d’In the Fade), leurs actions, auraient pu constituer un intéressant état des lieux. Mais cela n’intéresse pas Akin. On aurait pu facilement remplacer victimes, coupables, et motifs : le film aurait été sensiblement le même.

Le couple nazi (à gauche et à droite) joué par Hanna Hilsdorf et Ulrich Brandhoff dans In the Fade
Le couple nazi (à gauche et à droite) joué par Hanna Hilsdorf et Ulrich Brandhoff dans In the Fade

Des personnages trop faibles

Autre problème d’In the Fade : la faiblesse des personnages. Le couple criminel se limite à des ombres, un prétexte scénaristique, il n’est jamais creusé en profondeur. Leur motivation xénophobe est trop mince. 

Il vaut mieux visionner Témoin à charge, d’après Agatha Christie, dans le top 10 des meilleurs films de procès américains selon l’American Film Institute.

Marlene Dietrich et Charles Laughton dans Témoin à charge, réalisé par Billy Wilder (1957)
Marlene Dietrich et Charles Laughton dans Témoin à charge, réalisé par Billy Wilder (1957)

In the Fade en est loin. Toute l’opposition à Katja repose sur l’avocat de la défense. Il est efficace, mais ne peut se substituer à un.e méchant.e d’ampleur. Un des seuls moments marquants de ce procès est l’audition de l’experte qui analyse avec moult détails comment la bombe a tué Nuri et Rocco, sous l’oeil effaré de la femme et mère endeuillée. C’est bien peu. In the Fade est dépourvu de l’émotion d’Au nom de ma fille, autre film de procès intenté par un parent cherchant à savoir la vérité sur la mort de son enfant.

« C’est à moi qu’appartient la vengeance, je me ferai justice » (Romains, 12:19)

Akin se penche sur le portrait de Katja. C’est son parcours, du deuil à la colère, de la colère au doute, du doute à la décision finale, qui est au centre d’In the Fade. Par cette attention au personnage, le film évite l’écueil de l’auto-défense et de la loi du Talion. Le chemin de Katja évoque celui d’un grand classique du film de vengeance : Le Vieux fusil.

Philippe Noiret dans Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)
Philippe Noiret dans Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)

Akin reprend d’ailleurs le gimmick des flash-backs colorés comme souvenirs du passé heureux. Malheureusement, Katja n’est pas aussi passionnant que le personnage de Noiret dans le film d’Enrico, dont le glissement vers la folie émouvait autant que son basculement dans l’ultra-violence. Comme pour rappeler que la vengeance n’est pas une épreuve dont l’on sort indemne.

Sous le signe de Confucius

« Celui qui cherche la vengeance devrait commencer par creuser deux tombes. »

Katja est une démonstration éclatante de la théorie du philosophe chinois.

Cette citation de Confucius, remise à l’honneur par la série Revenge (libre adaptation du Comte de Monte-Cristo dans les Hamptons), semble avoir inspiré Fatih Akin pour In the Fade. Katja, lorsqu’elle part en Grèce, se retrouve face à un néant existentiel. Au lieu de montrer un protagoniste qui se laisse consumer par la vengeance, ou déchiré par l’épuisement. Akin met en scène une femme déjà morte au fond d’elle-même.

Katja (Diane Krüger) surveille le couple nazi dans In the Fade
Katja (Diane Krüger) surveille le couple nazi dans In the Fade

Malgré la performance digne d’éloges de Diane Krüger (même si je ne serais pas allé jusqu’à lui attribuer le prix d’interprétation de Cannes), le parcours de Katja n’est jamais expliqué. Le personnage demeure un fantôme, qui n’a rien à raconter d’autre qu’une variation rebattue sur la souffrance du vengeur. Il ne se rattrape pas sur la forme, comme pouvait le faire Tarantino dans Kill Bill (centré avant tout sur le parcours psychologique de la Mariée).

Uma Thurman dans Kill Bill vol. 2 de Quentin Tarantino (2004)
Uma Thurman dans Kill Bill vol. 2 de Quentin Tarantino (2004)
Akin préfère filmer son héroïne morne face aux beaux paysages grecs, et néglige le suspense.


Un thriller poussif

Fatih Akin, scénariste et réalisateur de In the Fade
Fatih Akin, scénariste et réalisateur de In the Fade

François Truffaut, dans La Mariée était en noir, également sur la vengeance d’une femme contre les assassins de son mari, avait tenté de faire un film à un seul personnage. Akin tente de faire de même mais la paresse d’écriture de Katja achève de plomber son thriller poussif. Dommage, car quelques plans et la photographie crépusculaire forcent l’admiration. In the Fade n’ajoute rien au film de vengeance, et s’oublie très vite.

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CANNES 2017 – VERS LA LUMIERE (HIKARI) : QUE VOIS-JE ?

Misako prête sa voix à l’imaginaire des spectateurs aveugles et leur décrit des films. Elle écrit le texte et le dit à mesure que l’image défile.

Des mots et des émotions

Vers la lumière n’est pas seulement une réflexion sur la difficulté de l’audiodescription. C’est une réflexion sur l’écriture au sens large, sur l’impossibilité de décrire avec exactitude les choses et les émotions. Le film illustre, en cela, la célèbre phrase de Beckett :


Words fail us.
Les mots nous manquent.

Entendre Misako décrire un film dans la première scène, c’est un peu comme entendre Truffaut en voix off commenter ses propres images. La mise en abyme est immédiate, puisque dans la salle, nous sommes tous spectateurs. Il faudrait presque fermer les yeux pour vivre l’expérience de la cécité, et se laisser guider par la voix de Misako.

Mais hélas, on raterait le questionnement central de Vers la lumière. Le film décrit par Misako montre un vieil homme face à la mer, et elle dit de son regard qu’il « déborde d’espérance. »

Voilà le hic. Ce n’est pas comme ça que je lis le regard du vieil homme. Je ne le trouve en rien empli d’espoir. Il pourrait être triste, nostalgique, désespéré, même, mais certainement pas débordant d’espérance.

Misako en a trop dit. Elle recevra les critiques de spectateurs aveugles qui la conseillent sur l’écriture de son texte. Elle se fera surtout réprimander par Masaya, photographe de talent en passe de perdre la vue.

Masaya (Masatoshi Nagase) dans Vers la Lumière (Hikari) de Naomi Kawase (2017
Masaya (Masatoshi Nagase) dans Vers la Lumière (Hikari) de Naomi Kawase (2017)

Misako a commis le crime de sa profession : empiéter sur l’imaginaire du public.

L’une de mes amies travaille comme médiathécaire pour les aveugles et les gens empêchés de lire. Je n’avais pas compris, jusqu’à Vers la lumière, pourquoi elle défendait si ardemment la voix de synthèse pour les audiolivres. Elle argumente que seule la voix de synthèse, parfaitement neutre, permet au malvoyant de faire sa propre lecture du texte, d’en tirer sa propre interprétation.

Une leçon pour les écrivains et les critiques de cinéma




Dans Vers la lumière, Naomi Kawase offre une leçon éclatante aux écrivains mais aussi aux critiques de cinéma, ce qui explique peut-être l’accueil mitigé du film à Cannes.

La réalisatrice nous dit en substance : Êtes-vous sûr.e de ce que vous avez vu ? Êtes-vous certain.e que votre interprétation est la bonne, ou même qu’elle est pertinente ? Ne plaquez-vous pas votre grille de lecture personnelle sur un film qui dit tout autre chose ?

La réalisatrice Naomi Kawase
La réalisatrice Naomi Kawase

Après avoir écrit plus de 400 articles en trois ans sur ce blog, je vois la difficulté de donner la lecture d’un film par écrit, surtout lorsqu’il s’agit de sujets brûlants ou d’un film à lectures multiples.

C’est, comme pour Misako dans Vers la lumière, le public qui me rappelle la relativité de mon interprétation. Vos commentaires me disent quotidiennement à quel point un film change de sens en fonction de celui ou celle qui regarde.

Vers la lumière porte bien son titre

Alors je vous le dis sans détour : le film de Kawase est magnifique. Et quand je dis « le film de Kawase est magnifique » je ne dis rien de plus que « J’ai trouvé le film magnifique. » Je n’impose pas mon point de vue, je le propose. Le film a été reçu moyennement à Cannes, ce qui veut dire, bien sûr, qu’on peut ne pas être touché.e. Mais Hikari, de son titre original, est encore meilleur que Les Délices de Tokyo, de la même réalisatrice.

Vers la lumière
porte bien son titre. La photo est splendide, les paysages somptueux. La quête du père pour Misako est peut-être trop appuyée et convenue, mais sa rencontre avec Masaya est extraordinaire. Entre celle qui souhaite affûter son regard et celui dont le regard se brouille naît une amitié particulière. 

Masaya (Masatoshi Nagase) et Misako (Ayame Misaki) couple de Vers la lumière
Masaya (Masatoshi Nagase) et Misako (Ayame Misaki) couple de Vers la lumière

La sincérité et la beauté de Ayame Misaki et le charisme de Masatoshi Nagase apportent beaucoup aux personnages.

Le drame intime de Masaya, dont le métier de photographe représente toute sa vie, est bouleversant.

Vous connaissez le questionnaire de Proust ? A la question « Quel serait votre plus grand malheur ? » Il a répondu :


« Devenir aveugle. »

Cette trouille est fréquente, notamment chez les artistes. Parce que j’écris, j’admets que la cécité m’effraie également. Comment écrire sur le cinéma quand on n’y voit plus ?

D’où mon empathie pour Masaya, qui doit renoncer à sa passion parce qu’il perd la vue. Je sais bien que perdre la vue n’est pas perdre la vie. C’est en trouver une autre par les autres sens, et elle peut être riche… et belle. Mais ce n’est pas le propos de Vers la lumière.


Ma palme du cœur

Naomi Kawase me dit que je suis la seule à voir le film que je vois. D’aucuns m’en voudront que ma lecture n’épouse pas la leur, et pourtant, je continuerai d’écrire.

J’espère vous avoir donné envie de voir Vers la lumière, ma palme du cœur pour Cannes 2017.

Dites-moi si vous ressentez la même chose. Ou non. Racontez-moi quelle est votre palme du cœur. Et si elle est autre que la mienne, donnez-moi envie de changer de regard.

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« 12 JOURS », DE RAYMOND DEPARDON : ENTRE LES MURS

12 Jours commence comme un thriller. Des portes qui claquent, des bruits de serrure. Depardon filme des portes fermées et donne raison à Hitchcock : il n’y a rien de plus effrayant.

L’hôpital psychiatrique par Depardon ressemble à une série de « chambre 101 » comme Orwell l’avait écrit : ces endroits terribles où l’on vit le pire que l’on puisse imaginer. Comme dans La Chambre des tortures de Roger Corman (1961), on entend des cris derrière les portes fermées, et on tremble sur son fauteuil.

Mais le gros du film 12 jours, ce n’est pas cela. Ces images sont montées avec une série de portraits : un homme coupable d’une agression, un parricide, une mère de famille désemparée, une dépressive au travail, plusieurs psychotiques et un schizophrène.

Un patient qui dit entendre des voix dans 12 jours de Raymond Depardon (2017)
Un patient qui dit entendre des voix dans 12 jours de Raymond Depardon (2017)

Sortir ou rester

Tout ce monde-là est jeté, je ne trouve pas d’autre mot, dans l’hôpital psychiatrique, sorte de fourre-tout où l’on met ceux que l’on ne met pas ailleurs : ni en prison, ni en maison de retraite, ni chez eux, car la famille ne sait plus qu’en faire. Ces personnes sont placées en hôpital psychiatrique sous la contrainte. 12 jours, c’est le temps qu’il faut avant de rencontrer le juge qui statuera sur leur cas : sortir ou rester.

Depardon se contente de filmer cliniquement les face-à-face de ces patients un peu particuliers et du juge, souvent impuissant devant des cas qu’il ne peut juger médicalement. Il se contente, selon la formule consacrée, « de faire respecter la procédure ». Point de voix off dans ce documentaire, Depardon nous laisse livrés à nous-mêmes devant ces dialogues difficiles.

L'une des juges statuant sur le sort des patients de l'hôpital psychiatrique dans 12 jours
L’une des juges statuant sur le sort des patients de l’hôpital psychiatrique dans 12 jours

Que penser de 12 jours, qui prétend, en montrant uniquement ces face-à-face, ne pas prendre parti ? Depardon suggère tout de même un discours dans son montage et dans le choix de ces images : les lits où sont attachés les patients difficiles, la porte de la « salle d’apaisement » et ses cris à l’intérieur, l’homme seul qui fait les cent pas dans un enclos…

Une prison qui ne dit pas son nom ?

Je ne pense pas spoiler en disant qu’aucune de ces personnes ou presque ne sortira de prison – pardon, de l’hôpital psychiatrique – à l’issue des fameux 12 jours.

Le film semble dire au spectateur : vous souhaitez vous débarrasser de quelqu’un ? Appelez les flics, ou le SAMU, et dites au téléphone  que la personne dont vous souhaitez vous débarrasser est nocive pour les autres et/ou pour elle-même. Vous verrez débarquer en un rien de temps les autorités compétentes, qui emporteront cet homme ou cette femme entre les murs blancs d’une institution spécialisée.

Je voulais voir autre chose dans 12 jours : que Depardon interviewe les patients, qu’on les entende autrement que devant la juge où le discours, on le devine, est préparé d’avance. Il aurait fallu les interviewer dans la cour ou dans leur chambre ; interroger également les médecins, les avocats, les gardiens de l’hôpital, pour obtenir cette myriade de points de vue qui fait habituellement les bons documentaires.


La presse et les spectateurs semblent unanimes sur le travail de Depardon. Peut-être que le film ciblait ceux qui étaient conquis d’avance, ces spectateurs cannois dont j’aime me moquer et dont je fais partie.

Comment Depardon nous fait réfléchir

Le film, bien sûr, m’a fait réfléchir. Comment rester insensible face à une femme devenue folle au travail ? Elle parle à demi-mot de management, et c’est son entreprise elle-même qui l’a mise en hôpital psychiatrique sous contrainte. Quelle entreprise ? Je vous le donne en mille : il s’agit d’Orange – anciennement France Telecom, indique-t-elle – bien connue pour son management douteux.

L'employée dépressive d'Orange dans 12 jours
L’employée dépressive d’Orange dans 12 jours

Comment cette femme peut-elle se retrouver dans le même hôpital que d’authentiques criminels, ou d’hommes perdus qui avouent devant le juge, sans ciller, qu’ils entendent des voix ?

De meilleurs films sur le sujet en fiction ou à la télévision ?

12 jours m’a rappelé de meilleurs films, de fiction, comme Meurtre à Alcatraz, qui disait en un mot que la prison, plutôt que de réhabiliter les criminels, les forgeait.

Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz, réalisé par Marc Rocco (1995)
Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz, réalisé par Marc Rocco (1995)

Dans le film des années 90, Henry Young était un petit voleur qui avait piqué dans la caisse pour nourrir sa petite sœur. Pour justifier le coût exorbitant d’Alcatraz, on y mettait, en plus des criminels dangereux, des petits délinquants tels que Henry Young. Rien de tel que la prison pour devenir criminel. Rien de tel, semble-t-il, que l’hôpital psychiatrique pour devenir fou. 

Qu’adviendra-t-il de cette dame, à l’apparence normale, une fois passé des mois dans cette prison qui ne dit pas son nom ? 

Qu’adviendra-t-il de cette autre, privée de sa fille, que l’on force à rester enfermée, dit-on, pour son propre bien ? Que dire encore de celle qui souhaite mettre fin à ses jours mais risque de les finir, par la décision de tierces personnes, dans un lieu cafardeux où on lui interdira de mourir ?

Vous voyez que le film de Depardon me fait poser des questions, et le réalisateur en serait sans doute ravi.

Mais je vous le dis tout net : je n’ai pas aimé ce documentaire. Sous couvert d’objectivité, il dit en fait, par sa réalisation et son montage, que l’hôpital psychiatrique est un lieu où l’on met les gens dont on ne sait trop que faire. Il semble montrer un dysfonctionnement judiciaire, mais ne l’analyse en rien. 

Une chose est sûre : c’est un endroit horrible d’où personne ne sort, hormis les juges et les avocats qui reviendront le jour suivant pour écouter et « défendre » des gens qu’ils ne peuvent aider.

Je vais de ce pas chercher d’autres documentaires, peut-être d’Infrarouge ou d’Arte, qui me diront autre chose sur ces prisons aux murs blancs : y soigne-t-on effectivement les patients ? Vont-ils mieux quand ils sortent ? Sortent-ils jamais ?

Je n’ai pas de réponse, seulement des questions, dont celle-ci :

Et si un jour, c’était moi ?

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CANNES 2017 – LE MUSÉE DES MERVEILLES (WONDERSTRUCK) : LES LUMIÈRES DE LA VILLE

J’attendais beaucoup du Musée des merveilles. Son titre me faisait rêver, son affiche aussi.

Todd Haynes promet, avec Wondetstruck (littéralement « frappé par l’émerveillement ») de la magie, et une certaine idée du temps.

Ben, 12 ans dans les années 70, perd à la fois sa mère et son ouïe un soir d’orage. Il part en quête de son père, qu’il ne connaît pas, à travers New York.

Dans les années 20, une petite fille, Rose, elle aussi sourde, arpente les rues de la ville à la recherche d’une actrice adulée.

Un joli film qui ne raconte pas grand-chose

Passant d’une époque à l’autre, du noir et blanc à la couleur, Le Musée des merveilles fait constamment des bonds dans le temps, un vague symbole liant les deux époques, les deux parcours, chaque fois. Les transitions sont maladroites, et ce va-et-vient fatigue.

Que dire d’autre ? Guère plus. Todd Haynes a toujours un grand sens de l’esthétique, mais après le magnifique Carol, Le Musée des merveilles, malgré sa recherche dans la reconstitution et les décors, semble bien fade. L’amitié entre Ben et Jamie, petit garçon rencontré au musée, tourne court.

Ben (Oakes Fegley) et Jamie (Jaden Michael) dans Le Musée des merveilles, de Todd Haynes (2017)
Ben (Oakes Fegley) et Jamie (Jaden Michael) dans Le Musée des merveilles, de Todd Haynes (2017)

On a la sensation, devant Le Musée des merveilles, que Todd Haynes a réalisé un joli film qui ne raconte pas grand-chose. C’est fort dommage, car la réalisation est soignée. Les plans en contre-plongée sur les immeubles new-yorkais rendent parfaitement le voyage à hauteur d’enfant. On reconnaît vite l’auteur d’Hugo Cabret, son univers et sa vision de l’enfance.

Haynes aurait peut-être dû choisir entre l’hommage au cinéma muet – notamment l’expressionnisme allemand façon Fritz Lang – et la nostalgie des années 70 et sa BO pêchue.
On ne sait pas trop sur quel pied danser (presque au sens littéral) devant Le Musée des merveilles, même si l’histoire se suit sans effort.
De la surdité, Todd Haynes ne tire pas grand-chose, quand Naomi Kawase nous offrait dans Vers la lumière (également sélectionné à Cannes) une réflexion brillante sur la cécité.
À part le pari esthétique largement remporté, Todd Haynes se perd dans un film ennuyeux, qui manque d’enjeu et de rythme. C’est pourtant  un plaisir de découvrir les jeunes acteurs Oakes Fegley, Millicent Simmonds et Jaden Michael, et de revoir Julianne Moore à l’écran.


Un scénario trop mince

La fin du film se noie aussi en explications. Étonnamment, on ne s’attache pas assez au personnage de Ben pour le suivre jusqu’au bout dans sa quête du père, qui était aussi le thème d’Hugo Cabret. Mais quand Scorsese rendait un hommage éclatant au cinéma des origines, en présentant un Georges Melies passionnant, Todd Haynes a du mal à réaliser un film à partir d’un scénario aussi mince que celui du Musée des merveilles

Hugo (Asa Butterfield) et Isabella (Chloe Grace Moretz) dans Hugo Cabret, de Martin Scorsese (2011)
Hugo (Asa Butterfield) et Isabella (Chloe Grace Moretz) dans Hugo Cabret, de Martin Scorsese (2011)

La nostalgie de l’enfance ne suffit pas. Une reconstitution, aussi réussie soit-elle, n’est rien sans un bon scénario. L’ensemble, hélas, est mal construit, quand ces deux destins d’enfants devraient se répondre et s’éclairer l’un l’autre.

Le Musée des merveilles et une déception du festival de Cannes 2017. Il n’y a plus qu’à attendre le prochain film de Todd Haynes, et s’émerveiller pour de vrai.

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THE SQUARE, PALME D’OR 2017 : LA TÊTE AU CARRÉ

    

Par Clément


Beaucoup de bruit pour rien ?

Christian (Claes Bang) est conservateur d’un grand musée d’art contemporain de Stockholm. À ce titre, il doit veiller sur la promotion de « The Square », un carré lumineux de 4 mètres sur 4 tracé sur le sol. Une plaque indique que l’intérieur de ce carré doit être un espace d’entraide et de tolérance. Si on s’y trouve et qu’on demande de l’aide, alors les spectateurs devraient en apporter.

Naïf ? Bizarrement, cette œuvre conceptuelle va complètement chambouler le musée, son conservateur, et son entourage. Aux côtes de Christian, nous avons son assistant Michael (Christopher Laessø), Anne, une journaliste (Elisabeth Moss). Nous avons aussi un garçon hargneux (Elijandro Edouard) et un performeur artistique (Terry Notary) qui vont secouer ce microcosme de notre société.

Avec The Square, Ruben Östlund signe une œuvre austère et dense. Sens de l’art contemporain, difficulté de trouver un équilibre entre promotion d’une œuvre et l’œuvre elle-même, perte de repères d’un homme qui ne sait plus se comporter avec ses semblables… la Palme d’or 2017 s’attaque à des sujets pointus, au risque d’être intransigeant. On peut discerner deux axes dans le film : une humanité qui appelle à l’aide, et son hypocrisie.

À l’aide !

The Square exprime ce besoin viscéral de demander de l’aide. Mais Östlund est sans illusions sur l’égoïsme de notre monde. Prisonniers de codes rigides, de la peur de voir notre ego fracassé, et surtout d’une certaine lâcheté devant la souffrance de l’autre, les appels à l’aide sont ou ignorés ou entendus trop tard.

Anne (Elisabeth Moss) dans The Square de Ruben Östlund (2017)
Anne (Elisabeth Moss) dans The Square de Ruben Östlund (2017)
Christian est un égocentrique. Dans sa vie professionnelle, il est dans l’incommunicabilité avec ses collaborateurs. Dans sa vie sentimentale, il est pris au piège de sa virilité : que ce soit lors d’une scène post-coïtale surréaliste, ou dans son refus d’assumer ce qu’il ressent pour son coup d’un soir.

Christian finit par bâcler son travail, et sa négligence aura un retour de flamme spectaculaire. 

Le garçon hargneux (Elijandro Edouard) dans The Square
Le garçon hargneux (Elijandro Edouard) dans The Square
L’excellent Claes Bang interprète avec sobriété cet homme perdu, devenu égoïste sans s’en rendre compte. Mais il n’a pas encore franchi l’étape suivante, celle de Faute d’amour où il se serait ôté toute sensibilité. The Square n’est pas un pensum pessimiste, les remords tardifs de Christian montrent un espoir malgré tout, contrairement au film réalisé par Andreï Zviaguintsev.

Bad Buzz

Comme circonstance atténuante, on peut dire que Christian n’a aucun modèle dans son entourage : son assistant falot, un employé qui engueule le public qui part vers le buffet dix secondes trop tôt, une paire de geeks qui ensevelissent l’œuvre d’art sous une promotion racoleuse. Östlund ne critique pas l’art contemporain comme pouvait le faire Art de Yasmina Reza, mais dès la première scène nous rappelle qu’une des premières règles d’un musée est de faire de l’argent, pour survivre.

Christian (Claes Bang) dans The Square
Christian (Claes Bang) dans The Square
La dérive publicitaire de l’oeuvre par deux pubards aussi talentueux qu’insupportables montre les limites du marketing, et la difficulté d’intéresser le public à des arts dont l’âge d’or semble passé (peinture, et sculpture, notamment). Peu importe que le buzz soit positif ou non, du moment qu’il existe. The Square est féroce.

Traité d’hypocrisie

Dans une sécheresse qui évoque Bergman, Östlund démonte nos mécanismes d’hypocrisie. Lorsque Christian emmène ses enfants voir « The Square », il les invite à presser un des deux boutons d’une installation : le gauche pour dire « Je fais confiance aux gens », le droit pour dire « Je ne fais pas confiance aux gens ». Le compteur indique que 42 personnes disent faire confiance aux gens contre 3 pensant l’opposé. Pourtant, il est impossible de voir la moindre confiance dans ce film.

Anne (Elisabeth Moss) et Christian (Claes Bang) dans The Square
Anne (Elisabeth Moss) et Christian (Claes Bang) dans The Square
Il a aussi peur des basses classes sociales, des émigrés, des déclassés, et dirige ses préjugés contre eux, malgré sa honte d’agir ainsi. L’oeuvre comme révélateur d’un public qui ne le mérite pas, ou pédant, c’était déjà un sujet de l’hilarant Musée haut Musée bas de Jean-Michel Ribes.

Parodie du Radeau de la Méduse de Gericault dans Musée haut musée bas de Jean-Michel Ribes (2008)
Parodie du Radeau de la Méduse de Gericault dans Musée haut musée bas de Jean-Michel Ribes (2008)

Le climax du film est éloquent là-dessus : lorsqu’un performeur imite un animal sauvage, le gratin des hautes classes s’amuse d’abord de son « animalité ». Mais plus la performance avance, plus le malaise s’installe, tant sa violence latente met à nu la lâcheté humaine, qui préfère regarder ailleurs pour ne pas voir des spectacles d’horreur. Ce n’est que par la force rassurante d’une foule aveugle et bête qu’une réaction est possible.

Le performeur (Terry Notary) dans The Square
Le performeur (Terry Notary) dans The Square
Mais quelle importance, puisqu’en pressant le bouton droit, on se convainc qu’on est courageux, puisqu’on fait confiance ? A ce titre, le performeur tient le même rôle que Toni Erdmann, dont le comportement outrancier révélait les scléroses sociales. Et comme lui, son comportement est contestable.
Toni Erdmann (Peter Simonischek) dans Toni Erdmann de Maren Ade (2016)
Toni Erdmann (Peter Simonischek) dans Toni Erdmann de Maren Ade (2016)

Une démonstration trop longue

The Square voit ses développements tourner court. Après avoir exposé une idée, Ruben Östlund la réitère sans y apporter du neuf. Le film a une grande densité de thèmes, mais ceux-ci sont simplement énoncés et répétés plus loin. Tout le problème de la publicité est énoncé dès la première scène avec le duo geek, cet arc narratif ne développera rien de plus. Le problème entre classes sociales est de même exprimé dès la première rencontre avec le petit garçon. A l’inverse, l’assistant de Christian n’a pas le temps de se développer, vite évacué de la narration.

Michael (Christopher Laessø) et Christian (Claes Bang) dans The Square
Michael (Christopher Laessø) et Christian (Claes Bang) dans The Square
Le film dure 2h25, et est d’une lenteur certes assumée, avec tout plein de plans fixes, ce qui rend l’ensemble fatigant. On note aussi un problème d’équilibre : le climax du film arrive trop tôt, au détriment de la dernière partie. L’artiste, incarné par Dominic West, de The Wire aurait pu être un atout du film s’il n’était pas cantonné à une seule scène.
Par sa narration éclatée, sa radicalité, sa lenteur, son contenu, The Square est une œuvre aussi conceptuelle que l’oeuvre éponyme, elle divise obligatoirement ; on y verra un chef-d’oeuvre, un pensum prétentieux et lourd, ou comme moi un peu des deux.


Une palme d’or audacieuse


Le casting du film The Square de Ruben Östlund (2017)
Le casting du film

La palme d’or 2017 est un choix courageux et raccord avec les habitudes cannoises, dans un amour des films sans concession. L’engagé Almodovar aurait préféré 120 battements par minute, mais son jury en a décidé autrement. 
Même si je ne le défends pas entièrement, allez voir The Square : c’est le genre de films qui possède autant d’interprétations que de spectateurs. J’aurais préféré que la suprême récompense revînt à un autre film exigeant, mais plein de chaleur humaine et de beauté visuelle, Hikari. 

Il faut reconnaître, cependant, que ce sont des œuvres comme The Square qui font du cinéma un art toujours à redécouvrir.

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