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Les blockbusters depuis 2015 : la course à la démesure

Les blockbusters depuis 2015 : la course à la démesure


Aux origines du blockbuster

Comment peut-on définir les blockbusters ?

Internet les définit comme des films ayant eu un grand succès populaire et ayant bénéficié d’un gros budget … et c’est tout. On ne risque pas d’aller très loin tant la définition est floue. Dans l’inconscient collectif, le blockbuster est tout autre chose.

Avengers Endgame : le point culminant des blockbusters ?

Avengers Endgame, réalisé par Anthony & Joe Russo (2019) : le blockbuster moderne par excellence

 

Et si nous revenions aux origines du mot ?

« Blockbuster » signifie littéralement « qui fait exploser le quartier ». Soit de prime abord, des films qui envoient un bon paquet d’action à l’écran. En effet, les blockbusters suivent des lignes similaires. Par exemple : beaucoup d’effets spéciaux, un marketing de masse, une déstructuration des scènes d’action pour créer une sorte de chaos, un casting important, un pitch simple.

Il est très souvent admis que le premier blockbuster de l’histoire serait Les dents de la mer de Steven Spielberg en 1975.

 

Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975), considéré comme le père des blockbusters

Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975), considéré comme le père des blockbusters

 

Depuis, le genre se serait défini avec les films ayant eu le plus d’impact sur les spectateurs. Predator, Terminator 1 et 2, Mad Max 2, l’ensemble de la saga Star Wars, la trilogie du Seigneur des Anneaux, Matrix, etc. sont des blockbusters influents.

Le blockbuster a évolué depuis 1975. Aussi, voyons quelques films marquants non seulement pour le genre, mais aussi pour la voie dans laquelle semble il semble se diriger.

 

Mad Max Fury Road et Kingsman : la rupture

L’année 2015 me semble être charnière avec les sorties de Mad Max : Fury Road et de Kingsman. Car ces deux films s’inscrivent dans une démarche de déstructuration des codes des blockbusters.

Le premier, Fury Road a pris le pari d’un rythme effréné, sans pause, pour le spectateur, couplé à des effets spéciaux hyper impressionnants (car en prise de vue réelle pour la majorité).

 

: un film qui casse les codes des blockbusters

Mad Max : Fury Road, de George Miller (2015) : un blockbuster qui casse les codes du genre

Ainsi, on a pu trouver durant le tournage des gars sur des perches de 3m de haut dans un cortège de motos roulant à plusieurs dizaines de km/h. Mais aussi des conducteurs de camion foncer délibérément dans des murs de pierre et autres joyeusetés. Ces choix ont complètement bousculé un genre qui s’engluait de plus en plus dans des effets spéciaux numériques fades. L’abondance de FX numériques ne fait plus à terme s’émerveiller les spectateurs. Plus grave, elle installe l’hégémonie d’un style de narration beaucoup trop répétitif : « mise en place -> action -> retombée de la pression -> feu d’artifice on fait tout péter -> conclusion ». Un style devenu cliché aujourd’hui.

Kingsman quant à lui y est allé avec plus de tact car proposant un film parodiant les codes du blockbuster pour montrer les limites de ce dernier.

 

Kingsman de Matthew Vaughn (2015) : un film qui parodie les codes des blockbusters

Kingsman de Matthew Vaughn (2015) : un blockbuster qui parodie ses propres codes

Une réalisation magnifique proposant des choix artistiques remarquables est venu légitimer le propos. Ce plan-séquence dans la chapelle est toujours un délice. Toutefois, Kingsman 2 n’a rien ajouté à la gloire du premier.

 

Le Marvel Cinematic Universe : entre cinéma et série

Cependant, l’évolution la plus significative est à chercher du côté des blockbusters de ces dernières années. En particulier, ceux qui raflent absolument tout : les films de super-héros. Ces derniers mériteraient des pages et des pages de réflexion à eux seuls.

Que l’on aime ou non le Marvel Cinematic Universe, celui-ci et plus particulièrement les deux derniers Avengers, vont marquer l’industrie cinématographique pour plusieurs raisons. D’abord, vu les sommes astronomiques brassées par cet univers, tous les studios s’arrachent pour créer leur propres univers étendus (avec plus ou moins de succès).  Par conséquent, nous obtenons des produits entre le cinématographique et le sériel. Ensuite, ce système permet de proposer des films à quasiment 50 personnages répartis sur plusieurs arcs narratifs. Par ailleurs, il y a la donnée visuelle. En effet, ces films ont poussé les effets spéciaux numériques à leur apogée où la limite n’existe plus. Se dire « Tiens si on disait que lui, il fait tomber une planète sur la planète, ça serait rigolo non ? » semble tout à fait logique maintenant. Quand bien même la scène ne fait qu’un quart d’heure.

 

Ces films vont marquer le genre du blockbuster. Bien que tous différent dans leur fond comme dans la forme, ils ont un dénominateur commun : la démesure. Tous ces blockbusters sont pensés pour la démesure : plein de personnages, d’arcs narratifs, d’effets spéciaux réels ou numériques toujours plus hallucinants, des rythmes démentiels, etc. etc.

Pour souligner ce point, analysons deux blockbusters récents sous ce prisme de la démesure : X-Men : Dark Phoenix et Godzilla II : Roi des monstres.

 

X-Men Dark Phoenix : un blockbuster trop ambitieux ?

X-Men : Dark Phoenix censé clore la saga est-il une réussite ? La réponse est assez compliquée.

X-Men : Dark Phoenix, de Simon Kinberg (2019) : un blockbuster entre deux eaux

X-Men : Dark Phoenix, de Simon Kinberg (2019) : un blockbuster entre deux eaux

 

Puisqu’on se retrouve face à une créature malformée, coincée entre une envie de démesure et celle d’installer un réel propos de fond, une réflexion psychologique autour de ces héros. En effet, ce sont des thèmes récurrents et importants de X-Men. Logan en est la quintessence tant il concilie son étiquette de blockbuster et un fond intelligent. Essayant de danser sur ces deux pieds en même temps, Dark Phoenix se perd. Certes, elle propose de bonnes idées sur les deux plans. Hélas, elle n’en reste qu’au stade d’esquisse. La forme et le fond ne parviennent pas à s’allier correctement. Alors, on en ressort avec un sentiment particulier. On se dit que c’était sympa sans plus alors que ça aurait pu être grandiose.

 

Godzilla II : l’avenir du blockbuster ?

Godzilla II a clairement fait son choix : l’histoire, les personnages, le propos, tout ça on dégage ! On veut juste des énormes bestiaux se foutre sur la tronche et c’est franchement une réussite.

 

Godzilla 2, roi des monstres, de Michael Dougherty (2019) : l'option blockbuster bourrin efficace

Godzilla 2, roi des monstres, de Michael Dougherty (2019) : l’option bourrin efficace

Un excellent film doit allier un fond et une forme de qualité. Mais je pense que ce n’est pas indispensable pour faire un film juste bon. Cette 36e itération de Godzilla au cinéma se débarrasse du fond pour effectuer de vrais choix artistiques réfléchis pour la forme autour de ses créatures. D’où des musiques épiques, des lieux propices à les rendre impressionnants, avec une image de l’humain ridicule en comparaison, des plans longs pour montrer l’impact des coups, etc. Cette démesure grandiose est un pur régal pour les yeux et son âme d’enfant (parce que, bon, voir un T-rex géant taper sur un dragon à trois têtes, c’était un peu un rêve de gosse).

Bref, une réussite qui ne présage que du bon pour l’univers étendu autour de Godzilla que sera le MonsterVerse.

 

Au final, l’heure des blockbusters est à la démesure, quitte à faire le choix délibéré de laisser tomber le fond. Mais peut-être peut-on espérer voir un jour un film alliant ce sens de la démesure avec des personnages et un message profond ?

….

Ah attendez on me souffle dans l’oreillette que ça existe déjà et que ça s’appelle The Dark Knight. Bon bah je jetterai un œil à l’occasion.

 

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LES ANIMAUX FANTASTIQUES 2, LES CRIMES DE GRINDELWALD : TA GUEULE, C’EST MAGIQUE

Il est né, le divin spin off. Le premier volet des Animaux fantastiques m’avait donné espoir, même s’il souffrait déjà des maladresses que l’on retrouve dans le second : plusieurs histoires s’entremêlant sans forcément faire sens, des longueurs fâcheuses, une galerie de personnages que l’on découvre à peine, sans avoir le temps de s’attacher à eux.

Ces personnages se croisent dans le second volet, et un dragon chinois géant le survole, car Norbert Dragonneau – il faut le rappeler – est d’abord un chercheur en zoologie fasciné par les créatures fabuleuses, qui les « collectionne » en les enfermant dans sa mallette magique. 

Sur le papier, tout semble sympathique. Mais une fois à l’écran devant le deuxième opus, on a surtout l’impression d’un grand n’importe quoi. Le film donne une folle envie d’aller prendre un café. Il est rare que j’aie envie de quitter la salle en pleine projection, surtout pour une avant-première aux Champs-Elysées. Et pourtant. J’ai plusieurs fois soufflé à mon compagnon « Si on allait prendre une crêpe ? », « Si on rentrait se taper un épisode de Daria ? », « Si on se tapait Harry Potter et l’ordre du Phénix ou Le Prisonnier d’Azkaban pour se consoler ? »

N’im-Potter quoi

Oui, car dans ce dernier opus potterien, il ne reste de Harry Potter que peau de chagrin. Quelques tours de magie devenus gadgets, quand les sortilèges de la saga d’origine, potions et autres enchantements étaient toujours au service de l’intrigue.

Je suis ce qu’on appelle une Potterhead. De ces gens bizarres qui débarquent aux projos déguisés avec chapeau et écharpe Gryffondor. De ces fans qui se retrouvaient, à chaque sortie d’un nouveau roman de Potter, dans la librairie WH Smith près du Louvre, attendant avec impatience d’avoir son volume dans les mains.


Oui, je suis de ceux-là. Je suis même de ces curieux.ses universitaires qui parcourent l’Europe pour donner des conférences sur Harry Potter au cinéma.

Mais aujourd’hui, JK Rowling a fait de moi une fan con. Comme ces gens qui ne croient plus en Star Wars depuis Jar Jar Binks, mais vont quand même en salle pour les nouveaux volets. Parce qu’ils veulent savoir la suite (et parce qu’on n’est pas l’abri d’une bonne surprise). 

La suite. Je ne suis même pas sûre, après la séance laborieuse d’hier soir, de vouloir la connaître.

Johnny Depp fait le strict minimum en Grindelwald, un peu comme s’il avait pris la mauvaise habitude d’être en pilote automatique après tant de volets de Pirates des Caraïbes. Eddie Redmayne reste charmant, mais paraît de plus en plus transparent. Tina, figure féminine forte du premier épisode, a l’air ici de faire de la figuration. Sa sœur adorable prend une dimension qui pourrait s’avérer intéressante si elle était expliquée, développée, comme Rowling avait su le faire pour ses personnages poterriens d’origine.

Même le boulanger trouillard, qui avait volé la vedette lors du premier opus, ne fait ici que le side kick transparent, avec des gags éculés qui font tout juste sourire.

Jude Law est toujours à tomber, mais ne sert pas à grand chose. « Les crimes » de Grindelwald, qui font pourtant le titre du film, ne trouvent aucune illustration.

Le pire ? Le scénario, ou ce qu’il en reste.

Quand le scénario se fait la malle

Les Animaux fantastiques 2 me fait le même effet que le Valérian de Besson : tant d’argent, de personnes mobilisées, d’acteurs et de figurants, d’artistes pour les décors et effets spéciaux, pour si peu. La montagne accouche d’une souris, le grandiose Poudlard n’accouche que d’un niffleur. 

Tout cela est déprimant.

Non seulement les différentes histoires (Creedence l’enfant malheureux, Lena Lestrange la fausse méchante, le frère vengeur dont on oublie le nom, Nagini la femme-serpent, les rapports conflicuels de Norbert avec son frère, la jeunesse trouble de Dumbledore) s’entremêlent mal, mais JK Rowling, qui connaît pourtant son univers par coeur, commet des erreurs grossières sur la cohérence de l’ensemble.

Exemples : les sorciers ne peuvent pas transplaner à Poudlard. Mais dans ce film-là, oui. Il est fatal pour le monde de la magie que les Moldus (non-sorciers) témoignent de l’existence d’êtres fabuleux, mais dans Les Animaux fantastiques 2, un monstre chinois, le Zou-wu, terrorise Paris sans que cela pose problème.

Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)
Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)

On se retrouve comme les enfants, à se demander qui est tel personnage, pourquoi il ou elle accomplit telle action. On soulève des paradoxes évidents et on s’entend répondre, de la part des producteurs, et de JK Rowling elle-même, peut-être : « Ta gueule, c’est magique. »

Je ne suis pas de ces puristes qui vont repérer le moindre faux raccord et écrire à JK Rowling une lettre furibarde. Mais là, j’ai tout de même envie de lui écrire une lettre.

Ma lettre ouverte à JK Rowling

Chère Mme Rowling,

Je ne vous dirai pas à quel point je vous admire, cela mettrait votre modestie mal à l’aise. Moi qui suis écrivain dans l’âme mais n’ai encore rien publié, je serai mal placée pour vous envoyer une méchante missive quant à la qualité de vos écrits.

Pourtant je m’interroge.

Vous avez juré, après la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort, que jamais, au grand jamais, vous n’écririez de suite. Et voilà que l’un de vos amis écrit une pièce censée se dérouler 20 ans plus tard. 

Et cette pièce est mauvaise. Je l’ai lue, ce qui n’est pas l’idéal pour une pièce, mais la voir sur scène ne vaut, d’après ce que j’ai entendu, que pour les effets visuels. Cela est vrai aussi, hélas, pour Les Animaux fantastiques. C’est formidable à voir en salle, mais si l’on s’attarde sur le scénario, on reste sur sa faim.

L’écriture scénaristique et celle du roman sont différentes, et peut-être avez-vous souffert de si peu de temps pour écrire et tant d’argent en jeu ? Voulez-vous vraiment écrire 5 films de cette saga-là ? La base de fans est immense, bien sûr, et vous trouverez toujours quelques milliers de gens pour dire du bien de votre œuvre, uniquement parce qu’elle est de vous. Uniquement parce que Harry Potter, c’est l’enfance, la magie, le génie, parfois.

Mais quelques tours de passe-passe et personnages aimés (Dumbledore en tête) ne suffisent pas à faire un bon film, et encore moins une saga entière. En regardant les deux premiers volets des Animaux fantastiques, j’avais plutôt l’impression de regarder un long feuilleton ennuyeux et mal ficelé, de nombreuses promesses et très peu de résultats.

L’ensemble est fouillis, et si j’ai pour habitude de proposer des analyses de films et explications de la fin, je ne le souhaite pas pour celui-là, tant l’intrigue m’a parue inintéressante.

Les effets spéciaux ne feront jamais oublier une histoire bancale ou creuse. Chris Colombus aurait tourné le premier film avec un terrain de Quidditch en carton que cela aurait fonctionné quand-même. Parce que Harry, c’est le petit orphelin mal-aimé de sa tante et son oncle, qui trouve dans l’école un échappatoire magnifique : des amis, des festins, de la magie dans tous les sens du terme. Avec Harry, vous aviez créé un personnage de grand classique, qui nous faisait d’un coup oublier l’austérité d’Oliver Twist et autres héros victoriens malchanceux.

Mais hélas, vous avez rallongé la sauce, et je crois que cela fait du mal à votre œuvre, et aux gens qui l’aiment. Tirer sur la corde ne vaut jamais grand-chose, et de petits clins d’œil pour réveiller notre nostalgie ne suffisent pas.

Non, je n’ai pas envie de voir la suite. Irai-je ? Probablement. C’est ce que vous avez fait de moi. Une fan déçue qui se déplace quand-même, en espérant retrouver la magie des premiers instants.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-nous en commentaire !

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JURASSIC WORLD 2, FALLEN KINGDOM : SACRÉ DINO DES BOIS

Par Tim Bullock

Jurassic World 2 se déroule trois ans après le désastre du parc, survenu dans Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), qui s’occupe d’une association pour la protection des dinosaures, est contactée par un ancien associé de John Hammond, fondateur du parc originel. Elle est conviée à participer, avec Owen Grady (Chris Pratt), à une opération de sauvetage sur Isla Nublar. L’île va en effet être détruite par une éruption volcanique, et il faut donc amener les espèces sauvées dans un sanctuaire. Sauf que l’opération ne se déroule pas du tout comme prévu.

Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdomréalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Trahis, Claire et Owen se trouvent opposés à des personnes sans scrupules. 

La deuxième saga prend son indépendance

Une fois n’est pas coutume, avec Jurassic World : Fallen Kingdom, voici une suite meilleure que le premier volet. L’histoire est menée tambour battant mais ne sacrifie pas le scénario au rythme. Le spectateur n’a pas que les excellents effets spéciaux à se mettre sous la dent.

Les héros de Jurassic World 2 ne s'amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Les héros de Jurassic World 2 ne s’amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Ensuite, il est appréciable de voir assumer la filiation non seulement avec l’opus précédent mais surtout avec le premier volet de 1993 (filiation point du tout servile, comme avait pu le commettre Jurassic World). Quelque part, en se servant ainsi du passé, Jurassic World 2 clôt une époque. Bien que déjà apparents avec Jurassic World, largement un remake – pas vraiment assumé – du premier Jurassic Park, les éléments nouveaux sont davantage présents. Ils aident à mieux ancrer le film dans son époque. De multiples références à feu M. Hammond parsèment Jurassic World 2. Symptomatique est le retour de Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans une posture de « sage » très critique. La mise en scène le place dans la position d’oracle ou de semeur de malédiction.  
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2
On a désormais une saga composée d’une première trilogie qui forme un tout et une seconde trilogie (Jurassic World 3 est déjà en chantier et devrait sortir en 2021) en formation indépendante de la première. Ce « passage de témoin » est illustré par les places respectives du tyrannosaure, abusivement appelé « T-Rex », et du vélociraptor, là encore raccourci en « raptor » et même familièrement baptisée « Blue » pour l’une d’entre eux. Alors que le premier était la figure de proue de Jurassic World, il n’est pratiquement plus qu’une silhouette stylisée dans le titre de Jurassic World 2 et le logo du parc.

Capitalisme, j’écris ton nom

La place de l’argent est interrogée. Certes, elle n’a jamais été ignorée puisque Jurassic Park a toujours été une opération mercantile, mais ici, on va plus loin encore avec un dinosaure vu désormais comme un placement qui doit être rentable !

Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Quelque part, c’est choquant mais c’est logique à l’échelle du film puisque le dinosaure est devenu un animal comme un autre. La question de sa protection va de pair avec celle de sa marchandisation, à l’instar du tigre ou de la baleine, ce qui montre une sensibilité des auteurs avec le thème du capitalisme déréglé.


Une nouvelle identité visuelle

Pour renouveler la saga Jurassic World, il fallait du sang neuf (et pas seulement métaphoriquement comme en témoigne une scène à la fois drôle et sérieuse), et le choix fait a été d’injecter un peu du genre horrifique dans une saga qui demeure fondamentalement de la Science-Fiction. Est-ce pour cela que Juan Antonio Bayona a été choisi, l’Espagne étant un bastion du film d’horreur ? Dans son excellent Quelques minutes après minuit, Bayona n’hésitait pas à flirter avec l’horreur pour parler de contes aussi cruels que cathartiques sur le deuil maternel.

Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ce parti pris relativement sombre (Bayona a mis en place l’identité visuelle de la série gothique Penny Dreadful en réalisant ses deux premiers épisodes) fonctionne très bien avec Jurassic World 2. Même la quasi figure obligée du nouveau monstre se voit traitée sous cet angle. La scène dans la cage est à ce titre exemplaire en matière de montée de tension ! 
Dangers d’une science déifiée
Cette séquence fait figure de fil rouge de la saga tout en illustrant sa progressive mutation. C’est la recherche génétique qui a permis de « re-créer » les dinosaures. À partir du moment où l’on savait faire ce qui avait déjà existé, inventer ce qui n’existait pas encore n’était qu’une question de temps. En creux, cela pose la question de la responsabilité scientifique. Est-ce parce que l’on sait faire que l’on doit faire ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Michel de Montaigne au XVIe siècle. 

Jurassic World 2 est une troublante illustration qu’il n’y aurait rien à changer à ces mots aujourd’hui !

Comment actualiser Montaigne en 2018 ?
Comment actualiser Montaigne en 2018 ? 
Quelque part, Jurassic World 2, encore un peu plus que les autres, nous invite à méditer sur la figure du savant et de ce que l’homme peut faire au nom d’une science divinisée. Quelle différence entre le chercheur Henry Wu, incarné par B.D Wong (une figure récurrente de la saga), et Faust ou Frankenstein ? L’amour de l’argent peut-être. Un autre maître exigeant. 

Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Il peut paraître surprenant de trouver une certaine connotation biblique dans cet opus. On commence avec le titre du film « Fallen Kingdom » ; la traduction littérale serait certes « royaume perdu » mais, de royaume à paradis, il n’y a qu’un pas. Le nouveau monstre de Jurassic World 2 reçoit un nom puisqu’il s’agit d’une nouvelle création, or le pouvoir de nommer les créatures a été explicitement donné à Adam pour en faire le gardien de la Création (Gn 2, 19-20) ou le maître (Gn 1, 28). En se donnant le pouvoir de créer la vie, les savants de la saga se posent en rivaux de Dieu, et tel Lucifer, payent le prix de leur orgueil.
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?

En outre, le navire chargé du sauvetage s’appelle l’Arcadia, et l’Arcadie était, dans la mythologie grecque, un endroit édénique. Le co-scénariste Derek Connelly avait d’ailleurs co-écrit Kong : Skull Island, qui mettait aussi en scène un Eden primitif. Le sauvetage organisé par Claire et Owen est d’ailleurs limité à un certain nombre d’animaux, ce qui se rapproche de la consigne donnée à Noé. Comparaison renforcée par les caves du manoir qui ont une ressemblance avec les cales d’un navire.

Une autre vision de l’héroïsme

Le couple vedette est toujours aussi attachant et fonctionne aussi bien. Certes, les séparer en début de film fait sourire tellement c’est une ficelle convenue. Tout juste peut-on trouver que Bryce Dallas Howard est un peu moins présente dans l’action que Chris Pratt. Le jeune scientifique, Franklin (Justice Smith), agace assez vite même s’il se montre globalement utile, en tout cas moins que son homologue féminin, Zia (Daniella Pineda).

Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

On remarque ainsi un dédoublement du couple principal. Jurassic World 2 trouve ainsi un moyen plus pratique pour multiplier les scènes d’action et les morceaux de bravoure, même si cela ne fonctionne pas toujours.

Ainsi, sur l’Isla Nublar, Chris Pratt et Bryce Dallas Howard sont plus gênés par leurs « aides » dont on soupçonne qu’ils sont surtout là pour le « jeune public » ainsi que pour donner de la visibilité aux minorités (Hollywood change, mais ne sait visiblement pas encore comment intégrer les minorités sans paraître artificiel). Intéressantes aussi les interrogations que se posent Owen et Claire sur le sens de leur action, sur les conséquences de leurs actes.
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Jurassic World 2 n’est pas un vulgaire film d’action/aventure mais aussi une prolongation réussie de la réflexion sur l’impact de l’homme sur la Nature entamée avec le premier Jurassic Park. Ni Claire, ni Owen – sorte de « nouveau premier couple » – ne se considèrent comme des « maîtres » mais davantage comme des « serviteurs ». Leur humilité foncière, leur altruisme ; voilà ce qui fait d’eux des héros.

Une suite meilleure que le premier



Jurassic World 2 s’impose comme un blockbuster abouti et fin, supérieure au premier volet. Le final est imprévisible en plus d’être riche en révélations et en émotions.

Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Après cette réussite, il n’y a plus qu’à attendre la suite, et voir si la nouvelle saga confirmera les promesses de ce deuxième volet.

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DEADPOOL 2 : VIVRE POUR SURVIVRE

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2 réalisé par David Leitch (2018)
Par Clément

L’Enfant sauvage

La tragédie s’abat sur Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), super-héros indestructible et totalement cramé du bulbe. Enrôlé comme stagiaire chez les X-Men pour surmonter son chagrin, Deadpool est amené à gérer une négociation avec Russell, alias Firefist (Julian Dennison), un jeune enfant mutant victime de mauvais traitements de la part du directeur sadique de son orphelinat (Eddie Marsan). Russell est en effet en train de péter un câble. Deadpool fait dégénérer la négociation et il est fait prisonnier avec Russell dans une prison de haute sécurité où on leur met des colliers pour annihiler leurs pouvoirs.

Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)

C’est alors que Cable (Josh Brolin), autre super-héros pas content, revient du futur, il est là pour tuer John Connor, euh pardon Russell, qui va virer psycho dans le futur. Libéré, Deadpool recrute la X-Force, une galerie de super-héros désœuvrés pour affronter à la fois Russell et Cable, dont fait partie Domino (Zazie Beetz) qui a le superpouvoir de bénéficier de coups de chance totalement improbables. Deadpool espère par ce travail oublier son chagrin.


Vous avez dit méta ?

Dans une oeuvre littéraire ou audiovisuelle, la question du méta-récit se pose souvent. L’oeuvre qui s’inscrit dans un ou plusieurs genres peut avoir l’ambition de questionner les codes de ces genres. Ainsi, le lecteur/spectateur est confronté à une réflexion sur son statut, celui des auteur.e.s, sur l’oeuvre qu’il est en train de consommer. C’est le méta-récit.

On peut par exemple casser le quatrième mur, c’est-à-dire s’adresser directement (en paroles ou en actes) au public en suspendant temporairement la fiction ; ou de manière plus virtuose, en intégrant le lecteur à la fiction. Au cinéma, le quatrième mur brisé se retrouve dès le cinéma muet, notamment avec le fameux plan final du Vol du grand rapide où un bandit pointe son révolver face à la caméra face au spectateur, et tire, comme pour sortir le spectateur de sa position de voyeur (effet repris dans l’ultime plan du finale de la saison 3 de Breaking Bad).

Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)
Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)

Mais bien d’hommes et de femmes de lettres réfléchissent à d’autres moyens plus sophistiqués. Ainsi, l’idée d’un personnage qui sait qu’il est un personnage, qui vit ses aventures en ne perdant jamais qu’il navigue dans des péripéties et les codes éprouvés d’un genre, qui en interroge la pertinence, est une arme redoutable entre les mains de scénaristes habiles. Dan Harmon, sans doute l’un des meilleurs maîtres du méta-récit contemporain, a livré deux exemples récents avec le Abed de Community, et le Rick de Rick et Morty.

Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)
Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)



Deadpool : acteur et critique à la fois

Dans le Marvel Cinematic Universe, cette place est dévolue à Deadpool. Créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, c’est le super-héros le plus givré de l’histoire des comics américains (à égalité avec le trop méconnu The Tick). Deadpool a un cerveau perpétuellement en roue libre, ce qui le rend instable, dangereux, sanglant (le gore juteux est toujours de la partie), et amateur d’humour noir, scato, débile, burlesque. Surtout, il sait qu’il est un personnage, qui vit dans un univers créé de toutes pièces. Aussi, les aventures de Deadpool sont en même temps des aventures de super-héros, et leur propre parodie.

Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.
Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.

Deadpool 2 est présenté par son héros comme un film familial. Effectivement, on trouve un enfant à sauver, un héros très attaché à son couple avec Vanessa (Morena Baccarin, toujours somptueuse), une exaltation des valeurs de la famille, celle que forment les amis, l’alliance entre deux ennemis face à un mal plus grand, une morale rassurante… oui, le film coche les cases du film familial, mais c’est mieux pour les ventiler façon puzzle. Les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick l’ont bien compris et s’en donnent à cœur joie. A cette échelle, les peu moralistes Gardiens de la Galaxie sont les seuls chez Marvel à revendiquer ce côté sale gosse.

Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie
Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie

J’avais été un peu déçu par le premier Deadpool, car le côté déjanté du personnage me semblait être plaqué maladroitement sur un scénario banal : le genre super-héroïque se voyait à peine égratigné, tandis que les personnages étaient tous autant de fantômes derrière le héros. Mais qu’en est-il donc de Deadpool 2 ?


Ça commençait mal

Le premier acte de Deadpool 2 m’a laissé sur ma faim, car j’y voyais tous les défauts du premier film. Passons sur la relative édulcoration du héros par rapport aux comics (disparition de sa schizophrénie, hétéronormativité d’un personnage pansexuel…), plus ou moins indispensable à Hollywood. On retrouve une certaine paresse des scénaristes sur l’originalité du sujet (Deadpool 1 : Deadpool veut se venger et tuer tout le monde ; Deadpool 2 : Cable et Russell veulent se venger et tuer tout le monde), action sacrifiée uniquement pour filmer notre héros sous toutes les coutures, choix narratifs discutables (Vanessa exclue de l’action).

Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2

On trouve en effet chez les films Deadpool une tendance à s’auto-congratuler, et se reposer sur sa couronne de lauriers « je suis anticonformiste, bitch ! » Même le quatrième mur cher à Deadpool, si drôle soit-il, demeure un ornement, il n’a pas l’impertinence d’un Dan Harmon, ou d’un Kurt Vonnegut. Ces défauts sont accentués dans Deadpool 2 car le premier film avait au moins l’excuse de présenter un super-héros qui n’est pas le plus connu du grand public, et de se plier à l’exercice fastidieux de l’Origins Story. Les X-Men reviennent faire de la figuration sinistre (le couple lesbien Negasonic-Yukio se contente de faire acte de présence).

Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2
Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2

Une fois que l’on a dit ça, il est temps de passer à la plus grande réussite de Deadpool 2 : un humour dynamitant les codes du genre en profondeur.


Un humour enfin transgressif

A partir du 2e acte, Deadpool 2 bascule soudain : les codes et le ton de chaque scène à venir (baston, émotion, suspense…) vont être balayés par un humour tornade, typique d’un méta-récit ironique. Si on a souvent critiqué le MCU pour son recours à un humour gentillet venant désamorcer l’intérêt de leurs films (Thor Ragnarok a pris cher), l’humour permanent de Deadpool 2 est au contraire bien inséré dans la trame. Chaque péripétie se voit réarrangée pour le meilleur et pour le fun. La recette de Deadpool 2 est simple : chaque scène va aller d’un point A à un point B pré-identifiés d’avance, sauf que le chemin qui y va, est lui totalement délirant !

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2

Comme exemples : le sacrifice normalement progressif d’une équipe partant au combat est expédié en une scène alignant les morts stupides à la Dead Like Me, la réunion des héros au début du 3e acte voit sa solennité joyeusement sabotée par un gag débile qui s’étire juste comme il faut, le super-pouvoir de Domino permet aux auteurs d’enchaîner les raccourcis scénaristiques et autres coïncidences énormes sans être taxé de paresse. La chance de Domino rivalise sans peine avec le Générateur d’Improbabilités de H2G2, le Guide du Voyageur Galactique (Domino à bord du Cœur en Or ferait basculer la Voie Lactée dans une autre dimension).

Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2
Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2

Même la grande baston finale est mitraillée par une chorégraphie aussi haletante que rigolote. Toutes ces transgressions servent de méta-récit au genre super-héroïque, plus grand que la vie, mais à l’esprit souvent binaire et grandiloquent. La tornade d’humour s’amuse, mais sérieusement, des conventions du genre.



Plus drôle que le premier

Le plus extraordinaire tient en le prodigieux crescendo d’humour de Deadpool 2. Plus le film avance, plus les gags s’accélèrent, dans une mécanique impeccable. Les auteurs n’oublient pas de monter les enjeux à la même vitesse, faisant du 2e et 3e acte de Deadpool 2 une formidable comédie d’action qui casse tous les codes du film d’action. La scène du camion, filmée magistralement par un David Leitch qui renouvelle les exploits visuels d’Atomic Blonde (dont la réalisation était le seul point fort de ce film sans âme), est le clou du film par son adrénaline pure, et ses 15 gags à la minute. Le film est bien plus fou que le premier opus.

Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu'à lui dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu’à lui dans Deadpool 2

Le film trouve une double apothéose finale, qui achève de subordonner la narration à l’humour. La mort d’un personnage voit son l’émotion passée à la presse hydraulique. Surtout, les ultimes scènes post-génériques se payent une audace à la Dallas avec une audace narrative du même calibre, avant un ultime plan qui entre directement dans le top 5 des scènes d’autodérision les plus réussies du cinéma (je ne pouvais plus respirer tant j’avais les côtes serrées).

Le petit budget du premier Deadpool avait pénalisé le film, Tim Miller ne pouvait cacher malgré ses efforts une certaine indigence (surtout dans les décors tristes de la scène finale). Grâce à un budget gonflé et la maîtrise d’un réalisateur plus rompu à l’exercice, Deadpool 2 masque une production moins fastueuse que celle des autres super-héros. On a du grand spectacle comme on aime.

Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d'opinion dans Deadpool 2
Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d’opinion dans Deadpool 2

Ryan Reynolds survolté

L’atout maître du premier film, Deadpool lui-même, est employé comme il se doit : c’est à dire non-stop. Deadpool est comme le monstre de Frankenstein de la pop culture : référencé en permanence, mais pervertissant sans cesse ces clins d’oeil à seule fin de les désacraliser. Deadpool ne crache pas sur la pop culture, mais sa conscience méta fait qu’il a le recul pour s’en moquer, surtout de la « concurrence » – cela est net dès la toute première image du film. Il multiplie les massacres gores sur des chansons décalées – on n’écoute plus 9 to 5 de Dolly Parton de la même façon – se paye la tête des scénaristes eux-mêmes, et s’amuse plusieurs fois avec le quatrième mur, prétexte à des commentaires ironiques sur l’action en cours (la vanne sur DC est irrésistible).

Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le "Protéger" est optionnel
Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le « Protéger » est optionnel

Deadpool n’est jamais aussi enthousiasmant que lorsqu’il donne libre cours à son humour cramé et vert. Le one-man-show du premier film continue, avec en prime une plus grande attention accordée aux seconds rôles, notamment la tonique Domino (et son actrice irrésistible) et le minéral Cable (le monolithique Josh Brolin apporte un humour pince-sans-rire en contrepoint au loufoque de Deadpool).

Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2
Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2

Reynolds se démultiplie, que ce soit en participant directement à l’écriture (il est crédité comme scénariste à part entière dans ce deuxième volet, ce qui n’était pas le cas du premier), ou par la promotion tapageuse et permanente de « son » film qu’il porte à bout de bras – les promo sur les réseaux sociaux ont été épiques. On sent que l’acteur a trouvé le rôle de sa vie, ce rôle qu’il n’a pas cessé de pousser au cinéma depuis des années, un rôle si régalant à faire. Deadpool est certes souvent sous son masque, mais Reynolds maîtrise à un tel point les modulations de sa voix, et ses expressions corporelles, toujours en surtension, que l’acteur n’en accomplit pas moins une fantastique partition.

Ryan Reynolds, interprète de Deadpool
Ryan Reynolds, interprète de Deadpool

Mais il serait injuste de cantonner Deadpool au rigolard de service, car Deadpool 2 nous offre une nouvelle facette de sa personnalité, plus sombre, plus proche des comics. Son instinct de mort, ses pulsions d’autodestruction, sont bien présentes, ce qui rend les scènes avec Vanessa émouvantes. Ces scènes, où Reynolds joue sans masque ni maquillage, humanisent un personnage plus déchiré qu’il y croirait.


Tout n’est que farce

S’il charrie encore quelques défauts du premier film, avec un récit très conventionnel sur le fond, en dissonance avec un héros aussi méta, Deadpool 2 se rattrape totalement sur la forme. L’humour ne cesse d’enfler jusqu’à la fin, faisant déraper dans le burlesque chaque scène qui tente de se prendre au sérieux.

David Leitch, réalisateur de Deadpool 2
David Leitch, réalisateur de Deadpool 2

L’imprévisibilité de chaque scène rend le film constamment surprenant et hilarant, malgré un premier acte moins fou. Encore meilleur que le premier, Deadpool 2 est un cocktail de fun et d’action trépidante à recommander chaudement, tout en étant une critique maligne des films familiaux et super-héroïques.

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Ready Player One : game over pour Spielberg ?

2 out of 5 stars (2 / 5)
Par Jean-Ludovic

A whole new world

Le roman d’Ernest Cline, Player One, paraît ainsi tombé du ciel quant à la récente trajectoire empruntée par Spielberg : 2045, une Terre régie par le réchauffement, la famine, les conflits armés, la surpopulation…et l’Oasis. Une société virtuelle parallèle, une source d’imaginaire inépuisable, créée par le magnat de l’informatique James Halliday (Mark Rylance), et accessible à tous dans ce qu’il reste des ruines de l’Occident.

Un monde aux promesses infinies où il est également possible de travailler et suivre ses études gratuitement, comme notre héros Wade Watts (Tye Sheridan).

Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l'Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018)
@page { margin: 2cm }
p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120% }Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l’Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018). Le regard et son objet au sein d’un même plan.

Une fois son casque VR revêtu, Wade devient Parzival et se joint avec des amis dont la mystérieuse Art3mis (Olivia Cooke) à une quête qui passionne le monde de la réalité véritable. Avant son décès, James Halliday a parsemé trois easter eggs à travers l’Oasis. Quiconque saura les trouver et en interpréter les indices pourra remonter à trois clés, qui lui donneront accès à un fabuleux trésor de guerre : l’immense fortune du Créateur, ainsi que les commandes de l’Oasis. Une quête qui suscite également l’obsession de la multinationale IOI et son PDG Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn).

Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Il souhaite rendre l’accès à l’Oasis payant et laisser d’autres entreprises remplir les écrans de pubs et autres placements de produits.

Deux obsessions chez Spielberg : l’Ailleurs et le Démiurge

Ready Player One est baigné des deux obsessions premières de Spielberg. L’acmé de la première est visible dès les premières secondes des Dents de la Mer : le bruit sourd et bouillonnant, et les deux notes menaçantes et répétées de la musique sont sur écran noir. Puis on voit l’eau, qui est noire. L’océan semble infini. Mais le monstre est là, en dessous, quelque part, dans un Ailleurs. Le mot est lâché : l’Ailleurs. Le regard, du héros ou du spectateur, vers cet ailleurs se ressent plus qu’il ne s’analyse. C’est celui de Roy Scheider, terrifié par l’eau, qui va devoir aller chercher ce requin invisible au coeur de l’océan.

Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)
Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)

Cet ailleurs initiatique, malveillant ou bienfaiteur, meurtrier ou guérisseur, avait une matière, une vérité, dans les premiers films du réalisateur. Mais à partir des évasions aériennes fantasmées de Christian Bale dans L’Empire du Soleil, puis les dinosaures de synthèse de la franchise Jurassic Park, ce même Ailleurs se retrouve falsifié, manipulé, fabriqué. Pour s’y enfermer jusqu’au déni, et ne plus en revenir. On est au coeur même de ce qui va être la force et surtout la limite de Ready Player One.

Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg.
Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg, symbole d’un Ailleurs devenu factice.

La seconde obsession de Spielberg, mais également de bien des romanciers, est la figure du démiurge, qui par sa présence exorcise les angoisses de l’Homme. Chez Spielberg, cette obsession-là est concentrée autour d’un merveilleux dialogue de Jurassic Park :

« – Avec ce parc, je voulais créer quelque chose qui ne soit pas une illusion. Quelque chose de réel. Quelque chose qu’ils puissent…voir et toucher.
– C’est toujours le cirque des puces. Ce n’est qu’une illusion ».

Spielberg n’a en effet jamais cessé de projeter ses angoisses au travers de sorciers fous : de John Hammond au récent BGG, en passant par Tom Cruise dans Minority Report.

Au lendemain du 11 septembre, l’ailleurs fantastique et guérisseur des premiers films de Spielberg a muté vers un désenchantement profond, et généré une défiance nouvelle quant à la puissance évocatrice de ses propres images, projetant « le mensonge 24 fois par seconde » (dixit Brian De Palma). Même le démiurge ne semble plus aussi éclatant. Cette mutation des deux obsessions du cinéaste a atteint un nouveau point culminant avec son Bon Gros Géant.

Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Pour se racheter de la mort d’un enfant, le Géant de Roald Dahl guidera la jeune orpheline Sophie à travers le même parcours initiatique que son prédécesseur, afin qu’elle puisse se construire une « vie ». Dans le but de la protéger, le Géant lui fabriquera un rêve, conservé dans un bocal, bien plus beau que sa vie morne. La petite fille se réveillera « enfermée » dans ce même bocal, où la famille royale lui servira de refuge virtuel d’une manière similaire à la Clara du Casse-Noisette de Tchaïkovski, qui demeure dans le Royaume des Jouets.

Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Quand l’ailleurs et l’image qu’il convoque n’ont plus vocation à n’être qu’une étape ou un miroir tendu au spectateur, ils deviennent une finalité, un refuge définitif. Peu importe si cela est vrai ou faux… dehors, il n’y a plus rien, nulle part où aller, comme dans la Terre de Ready Player One.

La place du spectateur

La promesse d’ouverture de Ready Player One est introduite avec brio par la découverte de l’Oasis via un long plan-séquence virtuel qui réintroduit le principe même de n’importe quel jeu vidéo, le déplacement libre du regard et d’un corps dans un espace prédéfini. Mais ce n’est qu’un trompe-l’oeil : Spielberg est avant tout un cinéaste. D’un geste fou, il va replacer notre regard dans la salle de cinéma :

La course de véhicules dans Ready Player One
La course de véhicules dans Ready Player One

Après une course qui restera dans les mémoires en tant que prouesse visuelle et en termes de découpage (George Miller et son Mad Max : Fury Road viennent probablement d’engendrer leur premier descendant après trois longues années), on voit qu’il est impossible de franchir le dernier piège de la course, et c’est là que le cinéaste intervient. Pour résoudre ce piège, Wade va devoir apprendre à réanalyser les images mises à sa disposition au musée consacré à James Halliday, les manipuler à la manière de John Anderton dans Minority Report.

John Anderton (Tom Cruise) dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)
John Anderton (Tom Cruise) réagençant les images du futur dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Pour avancer, il doit apprendre à redevenir un spectateur dans une salle de cinéma. À recentrer son regard, redéfinir son implication par rapport à un régime d’images. L’engagement cède la place à l’émerveillement. Nous aussi, public de Ready Player One, retrouvons notre place. Devant le spectacle, nous sommes avant tout spectateurs. Wade peut ainsi résoudre la première énigme, de nouveau dans une mise en scène de jeu vidéo, mais augmenté de son expérience de spectateur.

Les références construisent-elles ou détruisent-elles notre identité ?

L’intention de Ready Player One est claire, nette, ambitieuse. Elle ne peut cependant aboutir sans notre implication de spectateur, indispensable au succès de Wade. Les innombrables références aux figures pop-culturelles qui jalonnent le film, quasiment toutes issues de l’almanach personnel de James Halliday, c’est aussi à nous de les retrouver et s’en amuser, en tant que spectateur.

Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One
Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One (extrait du blog dog eared copy)

Leur profusion presque étouffante en dit long sur le rapport orwellien que les personnages de Ready Player One entretiennent avec l’imaginaire. Si leurs goûts et références sont d’abord et quasi-exclusivement axés sur ceux d’Halliday, en quoi les définissent-ils en tant qu’individus en dehors de l’Oasis ? Cette question est au coeur d’un autre Spielberg majeur : Attrape-moi si tu peux.

Avocat, médecin, 007, pilote : Frank trompe son monde pour survivre dans Attrape-moi si tu peux, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Frank Abagnale Jr apprend à se fondre dans plusieurs moules grâce à ses propres références de pop-culture (le pseudonyme du Flash, le costume et l’Aston Martin de Goldfinger…). Mais l’effet est pervers, Frank n’est jamais lui-même, il ne se construit pas à partir de sa pop-culture, il ne fait que fuir, d’une manière similaire au protagoniste d’Un Illustre Inconnu, autre film vertigineux sur la fuite de sa propre identité.

Là où Ready Player One se distingue, c’est dans l’utilisation triple de ses références : paraître quelqu’un d’autre (un avatar mieux dans son corps et dans sa peau, aussi factice soit-elle), recréer son imaginaire dans un espace personnel, et décrypter les indices. C’est dans ce dernier domaine que Nolan (oui, comme « No-Lan », littéralement l’absence de connexion) et son équipe se distinguent, maniant ces diverses références comme de la chair à canon destinée à la consommation rapide.

Les employés geeks de l'IOI dans Ready Player One
Les employés geeks de l’IOI dans Ready Player One

L’uniformisation référentielle et le culte de la personnalité selon James Halliday, ou le capitalisme culturel selon IOI : voici les uniques portes de sortie de nos avatars en 2045 selon un Spielberg devenu pessimiste. Le rapport aux images et aux références dans Ready Player One est vidé de tout rapport avec le quotidien, soit le regard opposé de l’ancien comparse de Spielberg, Joe Dante. Chez Dante, l’idée de consommer des images et l’innocence que les enfants entretenaient par rapport à celles-ci, donnaient aussi aux individus la possibilité de se construire (voir Panic on Florida Beach). On retrouve cette optique dans la scène « Kubrickienne » de Ready Player One.

Kubrick ou le contre-champ

Après avoir redéfini la place du spectateur avec la course, Spielberg va, non sans une certaine jubilation, brouiller à nouveau la frontière entre l’écran et la salle de cinéma : car nos héros ne vont pas voir Shining, le grand film d’horreur de Kubrick. Ils vont entrer « dans » Shining dans un dispositif similaire à La Rose pourpre du Caïreou plus récemment Last Action Hero.

Excusez ma tenue, je sors de la douche...
Excusez ma tenue, je sors de la douche…
La réjouissante nouveauté de Spielberg est de nous mettre à la place d’Aech qui n’a jamais vu le film. Même si on connaît ce grand classique du cinéma, nous fusionnons avec Aech qui aura le malheur de s’y perdre, retrouvant ainsi une forme d’émerveillement pure, mais aussi une dangereuse naïveté face à des images qu’il ne connaît pas. Et là, Ready Player One prend la direction opposée des films de McTiernan et Allen car le personnage réel ne connaît pas le film, désamorçant le risque de Déjà Vu).
Grande idée, doublée d’une dimension interactive galvanisante pour le cinéphile connaisseur. De même que pour la course, la prouesse visuelle reste sidérante et quasi inédite aujourd’hui, à un point où discerner la reproduction numérique des plans appartenant au film original semble impossible à l’œil nu.
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Le revers est que le dernier acte de Ready Player One en deviendra anticlimatique, la bataille finale semblant bien fade à côté. Cette prouesse que Brian De Palma n’avait pu qu’approcher dans Pulsions en 1980, la technologie n’étant pas assez avancée alors pour recréer totalement le Vertigo d’Alfred Hitchcock. En mettant en scène des personnages s’égarant dans l’image iconique jusqu’à s’y enfermer, voir y mourir (idée que l’on retrouve dans le récent USS Callister de l’anthologie Black Mirror), les approches respectives de De Palma et Spielberg semblent se rapprocher plus que jamais quant à l’idée d’un cinéma projetant toujours le mensonge 24 fois par seconde.
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Théoriquement passionnant, essentiellement de par ses prouesses techniques, son idée de départ et son cheminement à travers les trois clés, c’est dans la pratique et dans les interactions entre ses divers protagonistes que le projet Ready Player One va peu à peu basculer vers une profonde désillusion… Car après la place retrouvée du spectateur, le projet de Spielberg s’embarque vers une nouvelle perspective: celle de renouer un contact humain, physique, sentimental avec l’autre par le biais des images. Cette perspective est in fine l’une si ce n’est la plus importante de Ready Player One. Et c’est là que Spielberg et ses scénaristes sombrent…

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Le scénario de Ready Player One est l’archétype même du mythe du « voyage du héros » campbellien (dont Star Wars de George Lucas, vieux pote de Spielberg, est sans doute l’avatar le plus célèbre dans la pop culture, y compris dans le récent huitième volet). Le cœur émotionnel de Ready Player One se tient dans la romance que vivront Wade et Samantha. Face à cet enjeu émotionnel vital pour capter l’attention du spectateur, Ready Player One va littéralement s’effondrer sur lui-même, car cette romance, aussi évidente soit-elle sur le papier, n’existe pas à l’écran.

Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

Dans le bouquin d’Ernest Cline, l’histoire d’amour se révélait être exclusivement virtuelle tout au long du récit, jusqu’à ce que nos deux héros ne se découvrent l’un et l’autre hors de l’Oasis qu’à la toute dernière page, d’où une romance à la fois comme cœur et aboutissement du livre. L’idée rappelait à merveille la conclusion d’Avatar de James Cameron.

Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)
Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)

Spielberg fait intervenir cette rencontre au beau milieu du film, désamorçant illico toute tension amoureuse pour ce concentrer sur un spectacle primaire. Même l’éblouissante scène de danse en apesanteur est dénuée de souffle érotique, et la scène du toit est d’une pauvreté narrative et émotionnelle affligeante pour un film de Spielberg. Combats virtuels et « name dropping » mis à part, leur relation ne s’épanouit pas, et ne donne jamais l’impression d’être menacée. La sentencieuse maxime finale « Only the reality is real » annihile d’un claquement de doigts tout le passionnant projet de mise en scène initié par la quête des trois clés…

Le film échoue là où Avatar et La Fille de Ryan (de David Lean), deux films dont l’axe émotionnel est la recherche de l’isolement pour la communion d’un couple (une idée très wagnérienne, tendance Tristan und Isolde), réussissaient.

Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Ernest Cline, sans prétendre à une grande œuvre de littérature, nous faisait ressentir ce besoin du réel par une idée toute simple, que Spielberg ne s’est pas donné la peine de transposer: deux baisers. La premier, virtuel, dans l’Oasis, le second, réel, à la fin. Dans Ready Player One, l’absence d’intimité du couple, jamais seul de tout le film, condamne toute romance.  Il aura fallu deux heures vingt vidées de toute substance émotionnelle pour arriver enfin à ce dernier plan venant bien trop tard. Dans un registre identique, Scott Pilgrim d’Edgar Wright se montrait bien plus fin.

Une conclusion trompeuse

Une perspective secondaire de Ready Player One semble donner un bref répit au film, lorsque la clé finale demandera à notre héros de retrouver un rapport ludique quant aux images qu’il manipule, un amusement, une curiosité face au jeu, plutôt que d’y accomplir une performance. Malheureusement, Ready Player One dévoile le film sous un jour réellement détestable quand l’innocence des héros se mue en cynisme avec l’épisode du contrat.

James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Ce happy end forcé, traversé d’une sincérité factice, d’une romance détournée, d’une morale de comptoir et du terrible « Only the reality is real » achève de reléguer Ready Player One au niveau zéro de la réflexion face à l’image. Spielberg n’est pas Verhoeven et ne prétend jamais adopter une forme tendant vers la satire pure comme dans Starship Troopers.

Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

L’image, c’est ce que le spectateur en fait, dans sa double capacité d’émerveillement et de critique, qui lui permettra de comprendre au mieux ce qui l’entoure. Après son mélancolique BGG et la promesse d’un climax émotionnel dévastateur, Spielberg capitule, davantage préoccupé par la prouesse technique jamais vue que par ce qu’elle représente. Il est pourtant l’un des derniers grands anciens, avec Clint Eastwood, James Cameron et Ridley Scott, à pouvoir faire financer un blockbuster sur son seul nom. Au lieu de nous faire redescendre sur Terre par le biais de l’émotion pure, de l’image, comme il savait si bien le faire autrefois, il choisit la morale de proximité.

Scène de bataille dans Ready Player One
Scène de bataille dans Ready Player One

Ready Player One est un gâchis. Monstrueusement ambitieux sur le papier, promettant de redonner un sens à la salle de cinéma et au grand spectacle populaire dix ans après Avatar, cette fresque sur les mondes parallèles offrait au réalisateur l’opportunité de nous livrer son Lawrence d’Arabie du futur. Quelque chose de démesuré, romantique, épique, où le regard aurait retrouvé son axe.

Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One
Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One

Un autre film, plus discret, a récemment tenté d’ouvrir la même brèche : Tomorrowland, de Brad Bird. L’imaginaire s’y ouvrait vers le champs des possibles, la critique y était acerbe, allait au bout de sa démarche, redonnait fois en la Création, au génie de chacun et aux interactions entre les individus. L’image n’y était pas mauvaise par nature, c’est l’apprentissage du regard qui lui redonnait tout son sens. Là où Brad Bird semble être le dernier à croire encore au futur, Spielberg a baissé les bras.

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