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Amanda : novembre

3 out of 5 stars (3 / 5)

J’ai déclaré à un ami, un jour : « Le mois le plus déprimant de l’année, c’est septembre. » Je lui décrivais cette sensation étrange du retour de vacances où l’on retrouve un Paris blanc après le bleu estival. Je pensais aux cahiers, aux crayons, aux murs de l’école qui ne changeaient jamais, que l’on soit en face du bureau ou derrière lui.

J’étais très fière de ma réponse, comme si ça avait la moindre importance d’argumenter sur le mois le plus navrant de l’année. Je lui demandais en retour quel était le mois qu’il trouvait le plus triste. Il répondit de sa voix discrète : « novembre. »

Il dit ça comme une évidence. Peut-être qu’il avait tant observé et écouté les gens qu’il se rendait compte que ce mois-là était plus lourd que les autres.

Il a quelque chose, ce mois de novembre. Il n’est pas gris, non, il est blanc, comme le brouillard enneigé que j’ai vu ce matin en allant au bureau.

Le mois glacé de 2015, pour moi c’était janvier. Je commençais tout juste d’être journaliste, et voilà que plusieurs de mes collègues mouraient d’avoir un peu trop ouvert leur plume.

Ceux qui restent

Le 13 novembre fut un drame pour nous tous, mais surtout pour quelques-uns. Et l’on oublie ces quelques-uns dans le deuil national.

Il y a ceux qui se prennent une balle et d’un coup ne souffrent plus du tout. Et puis il y a ceux qui restent. Amanda est de ceux-là.

Amanda, c’est la petite fille qui sera orpheline au lendemain du 13 novembre. Même si le film de Mikhaël Hers porte son nom, c’est bien sur son oncle, David, que le long-métrage se concentre.

On n’est pas sérieux quand on a 24 ans et on le devient soudainement en pareilles circonstances. Amanda a sept ans et elle est plus sage que lui.

Mikhaël Hers a la finesse de soigner son exposition, de montrer la famille de David et de sa soeur, Sandrine, victime du terrorisme. Cette famille est complexe, comme beaucoup d’autres, et bien loin du conformisme des feuilletons. Il s’agit presque d’une famille dysfonctionnelle que la mort vient ébranler, et peut-être pas d’une mauvaise manière.

Film sur le deuil, une époque qui bascule et l’espoir qui revient, Amanda est comme son héros, David : il ne paye pas de mine mais s’avère formidable si l’on prend le temps de s’y arrêter.

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Les Chatouilles : l’ami de la famille

4 out of 5 stars (4 / 5)
 
 

A regarder l’affiche des Chatouilles, on croit à un feel-good movie, solaire dans tous les sens du terme. On y voit un homme, souriant, plutôt bien de sa personne, s’amuser avec une petite fille dans une piscine. Mais une piscine, au cinéma et dans les séries, invite à regarder sous la surface. Jeanne Herry, quand elle parle de son film Elle l’adore, indique que le titre, ouvertement joyeux, était là pour attirer les spectateurs en salle, qui ne s’attendaient pas à une comédie noire.

Pour Les Chatouilles, il y a le titre, aussi. Naïvement, je l’ai pris au sens littéral. Les chatouilles, c’est drôle, c’est sympa.

Pour Odette, héroïne du film, les chatouilles ont un tout autre sens. C’est Gilbert, ami de la famille, qui aime un peu trop les petites filles et les « chatouiller ». Sauf que ses « chatouilles » sont des attouchements impardonnables. qui le mènent jusqu’au viol, et Odette en sera traumatisée pour longtemps.

Des acteurs au cordeau

Gilbert est beau mec. Le choix de Pierre Deladonchamps, déjà splendide dans la série Trepalium sur Arte, s’avère judicieux. On est loin de l’oncle dégueu que l’on imagine habituellement quand on pense « pédophile. »

 
Pierre Deladonchamps joue Gilbert dans Les Chatouilles

Pierre Deladonchamps joue Gilbert dans Les Chatouilles

 

J’ai découvert l’affiche des Chatouilles avant de voir la bande-annonce, trompeuse elle aussi sur le film. Avec le travail d’Andréa Bescond et Eric Métayer, ne vous attendez pas au téléfilm de France 2, vaguement triste mais qui finit bien. Ils offrent une vraie proposition de cinéma. On n’avait jamais parlé des violences sexuelles, notamment sur les enfants, de cette manière. Avec son sujet casse-gueule traité avec brio, Andréa Bescond signe ici son premier film. Elle y raconte sa propre histoire.

Elle montre son rapport à la danse, qui devient l’instrument de la réappropriation de son corps. Illustration du corps meurtri et de sa libération, la danse illumine le film et présente également l’un de ses thèmes : l’impossibilité de la communication. Avec le prof de danse, d’abord, qui voit dans la prestation d’Odette une métaphore de la Shoah, sans laisser à l’intéressée le temps d’exprimer son ressenti. La communication impossible est surtout celle de la fille avec sa mère, brillamment incarnée par Karine Viard.

Karin Viard joue une mère terrible dans Les Chatouilles

Karin Viard joue une mère terrible dans Les Chatouilles

Elle est terrible et vraie, cette mère plus inquiète du qu’en-dira-t-on que du bien-être de sa fille. De l’incapacité de voir (« On ne pouvait pas se douter ») au refus de voir, le film présente en finesse les réactions opposées des deux parents. Clovis Corvillac, hélas, est un peu en-dessous du côté du jeu.

Une mise en scène inventive

Eh bien voilà le bijou français du moment, inventif dans sa mise en scène. Oubliez les champs-contrechamps en plan serré des téléfilms et leur triste lumière. Ici, l’image est assurée par Pierre Aïm, l’un des meilleurs chefs opérateurs français. Oubliez également les flashbacks lourdauds en noir et blanc : les séances de psy qui mêlent passé et présent sont formidables. Mention spéciale pour la scène où Noureev vient consoler Odette des murs noirs de sa chambre.


Nureev gif

La psy elle-même se trouve davantage gênée que la patiente devant une histoire si douloureuse mais si bien racontée. La psy est incarnée par Carole Franck, qui choisit décidément bien ses films (Le Nom des gens et Nous Trois ou rien, entre autres.)

Bravo également à Cyrille Mairesse, criante de vérité en enfant abusée.

Cyrille Mairesse (Odette enfant) dans Les Chatouilles

Cyrille Mairesse (Odette enfant) dans Les Chatouilles

La psy et les amis d’Odette permettent sa reconstruction, car c’est bien le cœur des Chatouilles : grandir, reconnaître le traumatisme et s’en libérer, retrouver la petite fille en soi pour faire la paix avec elle.

Bouleversant mais parsemé d’humour, très bien vu sur les familles dysfonctionnelles et la question de la résilience, Les Chatouilles est un film superbe, d’utilité publique.

On ne dira jamais suffisamment merci à Andréa Bescond.

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LES ANIMAUX FANTASTIQUES 2, LES CRIMES DE GRINDELWALD : TA GUEULE, C’EST MAGIQUE

Il est né, le divin spin off. Le premier volet des Animaux fantastiques m’avait donné espoir, même s’il souffrait déjà des maladresses que l’on retrouve dans le second : plusieurs histoires s’entremêlant sans forcément faire sens, des longueurs fâcheuses, une galerie de personnages que l’on découvre à peine, sans avoir le temps de s’attacher à eux.

Ces personnages se croisent dans le second volet, et un dragon chinois géant le survole, car Norbert Dragonneau – il faut le rappeler – est d’abord un chercheur en zoologie fasciné par les créatures fabuleuses, qui les « collectionne » en les enfermant dans sa mallette magique. 

Sur le papier, tout semble sympathique. Mais une fois à l’écran devant le deuxième opus, on a surtout l’impression d’un grand n’importe quoi. Le film donne une folle envie d’aller prendre un café. Il est rare que j’aie envie de quitter la salle en pleine projection, surtout pour une avant-première aux Champs-Elysées. Et pourtant. J’ai plusieurs fois soufflé à mon compagnon « Si on allait prendre une crêpe ? », « Si on rentrait se taper un épisode de Daria ? », « Si on se tapait Harry Potter et l’ordre du Phénix ou Le Prisonnier d’Azkaban pour se consoler ? »

N’im-Potter quoi

Oui, car dans ce dernier opus potterien, il ne reste de Harry Potter que peau de chagrin. Quelques tours de magie devenus gadgets, quand les sortilèges de la saga d’origine, potions et autres enchantements étaient toujours au service de l’intrigue.

Je suis ce qu’on appelle une Potterhead. De ces gens bizarres qui débarquent aux projos déguisés avec chapeau et écharpe Gryffondor. De ces fans qui se retrouvaient, à chaque sortie d’un nouveau roman de Potter, dans la librairie WH Smith près du Louvre, attendant avec impatience d’avoir son volume dans les mains.


Oui, je suis de ceux-là. Je suis même de ces curieux.ses universitaires qui parcourent l’Europe pour donner des conférences sur Harry Potter au cinéma.

Mais aujourd’hui, JK Rowling a fait de moi une fan con. Comme ces gens qui ne croient plus en Star Wars depuis Jar Jar Binks, mais vont quand même en salle pour les nouveaux volets. Parce qu’ils veulent savoir la suite (et parce qu’on n’est pas l’abri d’une bonne surprise). 

La suite. Je ne suis même pas sûre, après la séance laborieuse d’hier soir, de vouloir la connaître.

Johnny Depp fait le strict minimum en Grindelwald, un peu comme s’il avait pris la mauvaise habitude d’être en pilote automatique après tant de volets de Pirates des Caraïbes. Eddie Redmayne reste charmant, mais paraît de plus en plus transparent. Tina, figure féminine forte du premier épisode, a l’air ici de faire de la figuration. Sa sœur adorable prend une dimension qui pourrait s’avérer intéressante si elle était expliquée, développée, comme Rowling avait su le faire pour ses personnages poterriens d’origine.

Même le boulanger trouillard, qui avait volé la vedette lors du premier opus, ne fait ici que le side kick transparent, avec des gags éculés qui font tout juste sourire.

Jude Law est toujours à tomber, mais ne sert pas à grand chose. « Les crimes » de Grindelwald, qui font pourtant le titre du film, ne trouvent aucune illustration.

Le pire ? Le scénario, ou ce qu’il en reste.

Quand le scénario se fait la malle

Les Animaux fantastiques 2 me fait le même effet que le Valérian de Besson : tant d’argent, de personnes mobilisées, d’acteurs et de figurants, d’artistes pour les décors et effets spéciaux, pour si peu. La montagne accouche d’une souris, le grandiose Poudlard n’accouche que d’un niffleur. 

Tout cela est déprimant.

Non seulement les différentes histoires (Creedence l’enfant malheureux, Lena Lestrange la fausse méchante, le frère vengeur dont on oublie le nom, Nagini la femme-serpent, les rapports conflicuels de Norbert avec son frère, la jeunesse trouble de Dumbledore) s’entremêlent mal, mais JK Rowling, qui connaît pourtant son univers par coeur, commet des erreurs grossières sur la cohérence de l’ensemble.

Exemples : les sorciers ne peuvent pas transplaner à Poudlard. Mais dans ce film-là, oui. Il est fatal pour le monde de la magie que les Moldus (non-sorciers) témoignent de l’existence d’êtres fabuleux, mais dans Les Animaux fantastiques 2, un monstre chinois, le Zou-wu, terrorise Paris sans que cela pose problème.

Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)
Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)

On se retrouve comme les enfants, à se demander qui est tel personnage, pourquoi il ou elle accomplit telle action. On soulève des paradoxes évidents et on s’entend répondre, de la part des producteurs, et de JK Rowling elle-même, peut-être : « Ta gueule, c’est magique. »

Je ne suis pas de ces puristes qui vont repérer le moindre faux raccord et écrire à JK Rowling une lettre furibarde. Mais là, j’ai tout de même envie de lui écrire une lettre.

Ma lettre ouverte à JK Rowling

Chère Mme Rowling,

Je ne vous dirai pas à quel point je vous admire, cela mettrait votre modestie mal à l’aise. Moi qui suis écrivain dans l’âme mais n’ai encore rien publié, je serai mal placée pour vous envoyer une méchante missive quant à la qualité de vos écrits.

Pourtant je m’interroge.

Vous avez juré, après la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort, que jamais, au grand jamais, vous n’écririez de suite. Et voilà que l’un de vos amis écrit une pièce censée se dérouler 20 ans plus tard. 

Et cette pièce est mauvaise. Je l’ai lue, ce qui n’est pas l’idéal pour une pièce, mais la voir sur scène ne vaut, d’après ce que j’ai entendu, que pour les effets visuels. Cela est vrai aussi, hélas, pour Les Animaux fantastiques. C’est formidable à voir en salle, mais si l’on s’attarde sur le scénario, on reste sur sa faim.

L’écriture scénaristique et celle du roman sont différentes, et peut-être avez-vous souffert de si peu de temps pour écrire et tant d’argent en jeu ? Voulez-vous vraiment écrire 5 films de cette saga-là ? La base de fans est immense, bien sûr, et vous trouverez toujours quelques milliers de gens pour dire du bien de votre œuvre, uniquement parce qu’elle est de vous. Uniquement parce que Harry Potter, c’est l’enfance, la magie, le génie, parfois.

Mais quelques tours de passe-passe et personnages aimés (Dumbledore en tête) ne suffisent pas à faire un bon film, et encore moins une saga entière. En regardant les deux premiers volets des Animaux fantastiques, j’avais plutôt l’impression de regarder un long feuilleton ennuyeux et mal ficelé, de nombreuses promesses et très peu de résultats.

L’ensemble est fouillis, et si j’ai pour habitude de proposer des analyses de films et explications de la fin, je ne le souhaite pas pour celui-là, tant l’intrigue m’a parue inintéressante.

Les effets spéciaux ne feront jamais oublier une histoire bancale ou creuse. Chris Colombus aurait tourné le premier film avec un terrain de Quidditch en carton que cela aurait fonctionné quand-même. Parce que Harry, c’est le petit orphelin mal-aimé de sa tante et son oncle, qui trouve dans l’école un échappatoire magnifique : des amis, des festins, de la magie dans tous les sens du terme. Avec Harry, vous aviez créé un personnage de grand classique, qui nous faisait d’un coup oublier l’austérité d’Oliver Twist et autres héros victoriens malchanceux.

Mais hélas, vous avez rallongé la sauce, et je crois que cela fait du mal à votre œuvre, et aux gens qui l’aiment. Tirer sur la corde ne vaut jamais grand-chose, et de petits clins d’œil pour réveiller notre nostalgie ne suffisent pas.

Non, je n’ai pas envie de voir la suite. Irai-je ? Probablement. C’est ce que vous avez fait de moi. Une fan déçue qui se déplace quand-même, en espérant retrouver la magie des premiers instants.

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UNDER THE SILVER LAKE : LA NUIT AMÉRICAINE

Par Sidonie Malaussène

La femme d’à côté

Sam (Andrew Garfield), jeune homme désœuvré, épie et rencontre Sarah (Riley Keough) sa jolie voisine. Ils se donnent rendez-vous le lendemain. Or elle disparait et son appartement a été vidé. Le jeune homme commence alors son enquête.

Sam (Andrew Garfield) enquête dans la Cité des Anges dans Under the Silver Lake de David Robert Mitchell (2018)
Sam (Andrew Garfield) enquête dans la Cité des Anges dans Under the Silver Lake de David Robert Mitchell (2018)

Under the Silver Lake est un prétexte à une balade dans une ville symbole de la pop culture. Le début est un hommage appuyé à Hitchcock. La réapparition d’une femme de Vertigo, l’utilisation de la musique, la curiosité dévorante, le soupçon, le crime supposé… et l’intime conviction qu’il se passe quelque chose en face.

Comme dans le cinéma du Maître, nous sommes emportés par la sensation. Rien ne s’est passé et nous sommes déjà pris dans une fiction envoûtante. Les mouvements de caméra, le voyeurisme avant l’enquête troublante, les jumelles du héros de Under the Silver Lake rappellent celles de Fenêtre sur cour.

 Lisa (Grace Kelly) et Jeff (James Stewart) de Fenêtre sur cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954). Sam est-il leur fils spirituel ?
 Lisa (Grace Kelly) et Jeff (James Stewart) de Fenêtre sur cour, réalisé par Alfred Hitchcock (1954). Sam est-il leur fils spirituel ?

Dans Under the Silver Lake, référencé à outrance, il est difficile de trouver une scène neutre d’associations visuelles ou intellectuelles. L’univers associé à David Lynch (tendance Lost Highway) sert d’écrin à ces péripéties faite d’investigation, de hasard, de perception altérée, rencontres improbables et délire complotiste. 

Los Angeles : usine à rêves désaffectée

Ce qui frappe dans Under the Silver Lake, étrange voyage entre rêve, réalité et imaginaire, c’est la masse d’informations visuelles : un L.A. de fantasme habité uniquement par d’étranges personnes. pêle-mêle des lieux évocateurs de mystère : chapelle, manoir, souterrain, lacs, appartement, grandes demeures kitsch, monuments officiels, soirées privées et clubs venus de l’imaginaire des films.

Vision déstabilisante dans Under the Silver Lake
Vision déstabilisante dans Under the Silver Lake

L’évocation de « L’affaire Manson » est très présente et ajoute au trouble de l’ensemble. L’alliance des jeunes filles « pures » et d’un gourou épris d’argent évoque l’affaire qui signa la fin du mouvement hippie et de ses illusions. Sauf pour le héros et certainement pour une partie de la société qui a fait sienne cette culture show business.


Un passé omni-présent

Même les morts d’Under the Silver Lake sont traités avec le manque de réalisme propre au cinéma et à la pop culture. Une jeune femme meurt filmée comme un cliché de Playboy. Un manager est assassiné à la manière des films gore. Un personnage à la Terry Gilliam guide le héros dans sa quête. 

Sam (Andrew Garfield) et Sarah (Riley Keough) dans Under the Silver Lake
Sam (Andrew Garfield) et Sarah (Riley Keough) dans Under the Silver Lake

La décadence plutôt que l’ennui

La quête du sens, dans Under the Silver Lake, est aussi très orientée pop culture. Les choses ne sauraient être simples, le film est saturé de signes. C’est en substance ce que dit Spielberg dans son récent Ready Player One, autre film carburant aux références pop.

Les deux principaux comédiens sont parfaits : Andrew Garfield en geek détaché des contingences matérielles, semi-éveillé entre enquête, stupéfiants et visions. Riley Keough ressuscite plusieurs mythes et nous offre les plus beaux moments d’Under the Silver Lake. La scène de la piscine, notamment, est majestueuse.

Sarah (Riley Keough) actualise l'image iconique de Marilyn Monroe dans Under the Silver Lake
Sarah (Riley Keough) reprend l’image iconique de Marilyn Monroe dans Under the Silver Lake
Image de tournage de Something's got to give, film inachevé de Georges Cukor (1962) avec Marilyn Monroe
Image de tournage de Something’s got to give, film inachevé de Georges Cukor (1962) avec Marilyn Monroe

Under the Silver Lake est une grande balade sensuelle, élégante, étrange et cinéphile. On retrouve le mythe de la cité qui a façonné notre imaginaire et hante nos mémoires. D’où la difficulté de faire coïncider le réel avec nos représentations. Dans cet univers factice qui exalte des pulsions à satisfaire absolument, la plupart des personnages croisés incarnent le refus de la banalité, tout comme David Robert Mitchell après sa tentative de donner un coup de fouet au film d’horreur dans It Follows.

David Robert Mitchell, scénariste et réalisateur d'Under the Silver Lake
David Robert Mitchell, scénariste et réalisateur d’Under the Silver Lake

Under the Silver Lake est un film sexy et souvent drôle mais exaltant une pulsion de mort.

L’émotion du héros est palpable. La beauté de l’image est saisissante dans son concentré d’ »American dream » . Comme le disait François Truffaut 

« La vie est plus belle au cinéma »

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JURASSIC WORLD 2, FALLEN KINGDOM : SACRÉ DINO DES BOIS

Par Tim Bullock

Jurassic World 2 se déroule trois ans après le désastre du parc, survenu dans Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), qui s’occupe d’une association pour la protection des dinosaures, est contactée par un ancien associé de John Hammond, fondateur du parc originel. Elle est conviée à participer, avec Owen Grady (Chris Pratt), à une opération de sauvetage sur Isla Nublar. L’île va en effet être détruite par une éruption volcanique, et il faut donc amener les espèces sauvées dans un sanctuaire. Sauf que l’opération ne se déroule pas du tout comme prévu.

Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdomréalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Trahis, Claire et Owen se trouvent opposés à des personnes sans scrupules. 

La deuxième saga prend son indépendance

Une fois n’est pas coutume, avec Jurassic World : Fallen Kingdom, voici une suite meilleure que le premier volet. L’histoire est menée tambour battant mais ne sacrifie pas le scénario au rythme. Le spectateur n’a pas que les excellents effets spéciaux à se mettre sous la dent.

Les héros de Jurassic World 2 ne s'amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Les héros de Jurassic World 2 ne s’amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Ensuite, il est appréciable de voir assumer la filiation non seulement avec l’opus précédent mais surtout avec le premier volet de 1993 (filiation point du tout servile, comme avait pu le commettre Jurassic World). Quelque part, en se servant ainsi du passé, Jurassic World 2 clôt une époque. Bien que déjà apparents avec Jurassic World, largement un remake – pas vraiment assumé – du premier Jurassic Park, les éléments nouveaux sont davantage présents. Ils aident à mieux ancrer le film dans son époque. De multiples références à feu M. Hammond parsèment Jurassic World 2. Symptomatique est le retour de Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans une posture de « sage » très critique. La mise en scène le place dans la position d’oracle ou de semeur de malédiction.  
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2
On a désormais une saga composée d’une première trilogie qui forme un tout et une seconde trilogie (Jurassic World 3 est déjà en chantier et devrait sortir en 2021) en formation indépendante de la première. Ce « passage de témoin » est illustré par les places respectives du tyrannosaure, abusivement appelé « T-Rex », et du vélociraptor, là encore raccourci en « raptor » et même familièrement baptisée « Blue » pour l’une d’entre eux. Alors que le premier était la figure de proue de Jurassic World, il n’est pratiquement plus qu’une silhouette stylisée dans le titre de Jurassic World 2 et le logo du parc.

Capitalisme, j’écris ton nom

La place de l’argent est interrogée. Certes, elle n’a jamais été ignorée puisque Jurassic Park a toujours été une opération mercantile, mais ici, on va plus loin encore avec un dinosaure vu désormais comme un placement qui doit être rentable !

Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Quelque part, c’est choquant mais c’est logique à l’échelle du film puisque le dinosaure est devenu un animal comme un autre. La question de sa protection va de pair avec celle de sa marchandisation, à l’instar du tigre ou de la baleine, ce qui montre une sensibilité des auteurs avec le thème du capitalisme déréglé.


Une nouvelle identité visuelle

Pour renouveler la saga Jurassic World, il fallait du sang neuf (et pas seulement métaphoriquement comme en témoigne une scène à la fois drôle et sérieuse), et le choix fait a été d’injecter un peu du genre horrifique dans une saga qui demeure fondamentalement de la Science-Fiction. Est-ce pour cela que Juan Antonio Bayona a été choisi, l’Espagne étant un bastion du film d’horreur ? Dans son excellent Quelques minutes après minuit, Bayona n’hésitait pas à flirter avec l’horreur pour parler de contes aussi cruels que cathartiques sur le deuil maternel.

Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ce parti pris relativement sombre (Bayona a mis en place l’identité visuelle de la série gothique Penny Dreadful en réalisant ses deux premiers épisodes) fonctionne très bien avec Jurassic World 2. Même la quasi figure obligée du nouveau monstre se voit traitée sous cet angle. La scène dans la cage est à ce titre exemplaire en matière de montée de tension ! 
Dangers d’une science déifiée
Cette séquence fait figure de fil rouge de la saga tout en illustrant sa progressive mutation. C’est la recherche génétique qui a permis de « re-créer » les dinosaures. À partir du moment où l’on savait faire ce qui avait déjà existé, inventer ce qui n’existait pas encore n’était qu’une question de temps. En creux, cela pose la question de la responsabilité scientifique. Est-ce parce que l’on sait faire que l’on doit faire ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Michel de Montaigne au XVIe siècle. 

Jurassic World 2 est une troublante illustration qu’il n’y aurait rien à changer à ces mots aujourd’hui !

Comment actualiser Montaigne en 2018 ?
Comment actualiser Montaigne en 2018 ? 
Quelque part, Jurassic World 2, encore un peu plus que les autres, nous invite à méditer sur la figure du savant et de ce que l’homme peut faire au nom d’une science divinisée. Quelle différence entre le chercheur Henry Wu, incarné par B.D Wong (une figure récurrente de la saga), et Faust ou Frankenstein ? L’amour de l’argent peut-être. Un autre maître exigeant. 

Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Il peut paraître surprenant de trouver une certaine connotation biblique dans cet opus. On commence avec le titre du film « Fallen Kingdom » ; la traduction littérale serait certes « royaume perdu » mais, de royaume à paradis, il n’y a qu’un pas. Le nouveau monstre de Jurassic World 2 reçoit un nom puisqu’il s’agit d’une nouvelle création, or le pouvoir de nommer les créatures a été explicitement donné à Adam pour en faire le gardien de la Création (Gn 2, 19-20) ou le maître (Gn 1, 28). En se donnant le pouvoir de créer la vie, les savants de la saga se posent en rivaux de Dieu, et tel Lucifer, payent le prix de leur orgueil.
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?

En outre, le navire chargé du sauvetage s’appelle l’Arcadia, et l’Arcadie était, dans la mythologie grecque, un endroit édénique. Le co-scénariste Derek Connelly avait d’ailleurs co-écrit Kong : Skull Island, qui mettait aussi en scène un Eden primitif. Le sauvetage organisé par Claire et Owen est d’ailleurs limité à un certain nombre d’animaux, ce qui se rapproche de la consigne donnée à Noé. Comparaison renforcée par les caves du manoir qui ont une ressemblance avec les cales d’un navire.

Une autre vision de l’héroïsme

Le couple vedette est toujours aussi attachant et fonctionne aussi bien. Certes, les séparer en début de film fait sourire tellement c’est une ficelle convenue. Tout juste peut-on trouver que Bryce Dallas Howard est un peu moins présente dans l’action que Chris Pratt. Le jeune scientifique, Franklin (Justice Smith), agace assez vite même s’il se montre globalement utile, en tout cas moins que son homologue féminin, Zia (Daniella Pineda).

Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

On remarque ainsi un dédoublement du couple principal. Jurassic World 2 trouve ainsi un moyen plus pratique pour multiplier les scènes d’action et les morceaux de bravoure, même si cela ne fonctionne pas toujours.

Ainsi, sur l’Isla Nublar, Chris Pratt et Bryce Dallas Howard sont plus gênés par leurs « aides » dont on soupçonne qu’ils sont surtout là pour le « jeune public » ainsi que pour donner de la visibilité aux minorités (Hollywood change, mais ne sait visiblement pas encore comment intégrer les minorités sans paraître artificiel). Intéressantes aussi les interrogations que se posent Owen et Claire sur le sens de leur action, sur les conséquences de leurs actes.
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Jurassic World 2 n’est pas un vulgaire film d’action/aventure mais aussi une prolongation réussie de la réflexion sur l’impact de l’homme sur la Nature entamée avec le premier Jurassic Park. Ni Claire, ni Owen – sorte de « nouveau premier couple » – ne se considèrent comme des « maîtres » mais davantage comme des « serviteurs ». Leur humilité foncière, leur altruisme ; voilà ce qui fait d’eux des héros.

Une suite meilleure que le premier



Jurassic World 2 s’impose comme un blockbuster abouti et fin, supérieure au premier volet. Le final est imprévisible en plus d’être riche en révélations et en émotions.

Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Après cette réussite, il n’y a plus qu’à attendre la suite, et voir si la nouvelle saga confirmera les promesses de ce deuxième volet.

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