Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archive de l’étiquette

JAMAIS CONTENTE : AURORE, CŒUR À VIF

Par Clément 

On distingue trois tendances dans le genre si particulier qu’est le « film pour ado. » L’une d’elles est de tracer le destin funeste de jeunes tombant dans un engrenage : les addictions dans Requiem for a dream, le harcèlement scolaire mortel dans Marion, 13 ans pour toujours, le trafic de drogue dans Divines

Mais cette voie-là apparaît sinistre, et la voie la plus lucrative ces dernières années est de narrer des récits d’adolescent(e)s au destin singulier dans un univers sinon fantastique ou SF, au moins d’anticipation : Bella et Edward de Twilight, Katniss dans Hunger Games, Tris dans Divergente, entre autres.

Et puis, il y a les « campus movies », qui constituent l’écrasante majorité et sont souvent la cause de la mauvaise réputation du genre : trop de niaiserie, d’idiotie, de clichés et de vulgarité.

C’est pourquoi l’ambition de certains films est de restituer ce qu’est réellement l’adolescence, dans tout son bouillonnement. Un modèle adopté par certaines teen series et movies. Friday Night Lights côté réel, et Buffy contre les vampires côté fantastique sont des modèles du genre. Ces séries décortiquent tous les aspects de l’adolescence avec réalisme, émotion et humour. C’est le cas de Jamais contente.

Une trilogie
originale

J’ai lu la trilogie Le journal d’Aurore de Marie Desplechin (sœur d’Arnaud). On y trouve d’étonnantes qualités. Certes, le postulat de base « raconter une vie ordinaire de manière passionnante » n’est pas nouveau, mais il est très abouti ici.

Aurore se révèle complexe et hilarante derrière son air bougon. C’est une élève médiocre bien que douée en mathématiques (matière d’ordinaire honnie dans l’inconscient collectif). Elle se montre versatile en amitié comme en amour, mais attachante. En rivalité avec ses sœurs, elle fait vivre l’enfer à ses parents. Aurore possède un don d’observatrice des absurdités humaines, mais ignore ses propres paradoxes.

Ce dernier point, joint à son goût des répliques-qui-tuent, inonde son journal d’un humour mordant. C’est ainsi que Desplechin atteint son but : décrire l’étrangeté du monde si l’on est adolescent.

Ce soin dans l’écriture rappelle une série renommée pour sa brillante description de l’adolescence : Angela, 15 ans.

Claire Danes, interprète d'Angela Chase dans Angela, 15 ans (1994-1995)
Claire Danes, interprète d’Angela Chase dans Angela, 15 ans (1994-1995)

Adapter un journal intime au cinéma n’est jamais facile, les fans de Bridget Jones en savent quelque chose. Les films ont en effet broyé la richesse des livres, pour n’en garder que le volet rom-com.

Émilie Deleuze s’en sort mieux dans Jamais Contente. Vu l’impossibilité d’adapter les trois livres (ce qui aurait demandé trois films voire une série) il était habile de se contenter du troisième livre. C’est en effet le seul à avoir un fil rouge (le groupe de musique.) Emilie Deleuze y a intégré des éléments du premier volet (comme la pseudo-fugue).

La réalisatrice a aussi préservé l’essentiel des qualités du livre, son « film d’ado » sonne donc juste et original.

Une adaptation
décevante


Malgré tout, Deleuze est forcée de
passer à la trappe nombre d’éléments importants.
La réussite des livres provient des mots qu’Aurore
utilise pour décrire son quotidien : ses vannes, ses comparaisons, ses
envolées. C’est un humour littéraire, difficilement transposable au cinéma. 
La comédie doit s’en passer, et n’a donc plus qu’un seul moteur d’humour : une héroïne fantaisiste en décalage avec son quotidien
routinier. Au total, six éclats de rire en une heure trente.
La fougue d’Aurore contraste avec une mise en scène trop sage, et le scénario
transpose avec (trop de) fidélité son support original. Ce décalage produit un
rythme trop lâche du récit. Quant aux dialogues, les scénaristes se reposent
trop sur les « punchlines » de la rebelle, qui ne jaillissent que par
intermittence. Du coup, le film ne dure qu’1h28, mais semble long.

Toute l'équipe de Jamais Contente
Toute l’équipe de Jamais Contente

L’évolution d’Aurore se fait sur trois ans dans les livres. Parce qu’elle se concentre sur une année, Deleuze se base uniquement sur le groupe de musique. C’était aussi un défaut du troisième livre. Ainsi, tous les autres aspects de la vie d’Aurore (premières expériences amoureuses, amitiés orageuses, relationnel avec les professeurs, tensions familiales…) sont réduits à la portion congrue. Jamais contente, en multipliant les scènes de répétition, prend parfois des allures de Fame, et dévie de son sujet.

Aurore et son groupe de rock dans Jamais Contente
Aurore et son groupe de rock dans Jamais Contente

Même si l’on n’a pas lu le journal d’Aurore, le film n’a le temps que d’esquisser son petit monde, sans l’approfondir.

Des
personnages insuffisants

Les tensions avec ses sœurs, sa meilleure amie Lola, ses premières romances, sont les grands sacrifiés de l’adaptation. Alex Lutz en professeur de français apporte sympathie et légèreté à son rôle, mais n’occupe pas assez d’espace.
Alex Lutz dans Jamais contente d’Émilie Deleuze (2017)
Alex Lutz dans Jamais contente d’Émilie Deleuze (2017)
Les parents dépassés sont mieux intégrés au récit : ce sont les rares fois où le film cesse d’adopter le regard d’Aurore pour nous rappeler l’ingrate et noble tâche d’être parent. On est ravi de ce parti pris, d’autant que Patricia Mazuy joue impeccablement cette mère au bord de la crise de nerfs. Catherine Hiegel campe très bien la grand-mère pragmatique, mais reste peu présente.

Même Aurore doit payer son écot : à la fin du troisième tome, elle déclare « Je suis une femme d’action », ce qu’elle est en effet devenue. Son alter ego filmique, en revanche, demeure peu sûre d’elle, et trahit le personnage d’origine.

Meilleur espoir féminin pour Lena Magnien ?

En réalité, tout le film sert à mettre en lumière le talent étourdissant d’une actrice, Lena Magnien, dans le rôle d’Aurore. Il s’agit pourtant de son tout premier film. Irréprochable dans son timing comique, d’une énergie contagieuse, elle fait battre le cœur du film.

Aurore a beau mener la vie dure à son entourage (qui le lui rend bien) le bagout, le charme et le charisme de Lena Magnin la rendent irrésistible. Ses mines bourrues ne lassent jamais. L’actrice se montre d’une étonnante justesse dans les scènes d’émotion. C’est grâce à elle que l’on s’intéresse au film, véritable manifeste en vue d’une nomination au meilleur espoir féminin pour les Césars.

Lena Magnien incarne Aurore dans Jamais Contente
Lena Magnien incarne Aurore dans Jamais Contente


Jamais Contente est une adaptation décevante gommant l’humour, les personnages et les relations humaines qui faisaient le sel des livres. Mais le film propose un regard rafraîchissant et plus exact qu’à l’habitude sur l’adolescence. Lena Magnien, révélation du film, le porte à elle seule.
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :

     

OUVERT LA NUIT, AVEC ÉDOUARD BAER : PARIS PERDU

Par Clément

Comment faire un film où le personnage principal est une ville, surtout une ville aussi touristique, culturelle, classieuse, mais aussi si fantasmée… que Paris ?



Paris, ville Lumière(s)

La question mérite d’être posée, car Paris est l’une des villes les plus filmées de l’histoire du cinéma, et accueille aujourd’hui plus de 100 longs-métrages par an (documentaires exclus). Une constatation s’impose : si l’on met de côté les thrillers à la Da Vinci Code, les réalisateurs étrangers (américains surtout) capturent souvent une image idéalisée de la ville lumière : soit en jouant sur sa réputation de ville de fête et d’amour (Un Américain à Paris, 1951, de Vincente Minnelli), soit sur la nostalgie d’un glorieux passé (la Belle Époque dans Moulin Rouge, 2001, de Baz Luhrmann, qui rappelle le French Cancan de Jean Renoir, les années folles dans Minuit à Paris, de Woody Allen, sorti en 2011).

Les Français sont plus nuancés, sans doute parce qu’ils n’ont pas la tête pétrie de clichés à propos de Paris. S’ils ont l’esprit fantasque, ils essaieront de l’exprimer dans une balade follement douce. Les personnages y vivent leur histoire au rythme de la capitale. Le cas d’Amélie Poulain mis à part (le film étant raconté comme une fable) l’un des films les plus emblématiques dans le genre est Zazie dans le métro (1960) réalisé par Louis Malle, vadrouille truculente d’une adorable peste provinciale. Le côté expérimental du cinéma de Leos Carax donne une valeur surréelle, presque poétique, à la promenade parisienne des Amants du Pont-Neuf (1991).

Les personnages fantaisistes de l’univers de Carax ne sont pas loin de la galerie de portraits d’Ouvert la nuit. C’est dans cette mouvance que s’inscrit le film d’Edouard Baer, où rencontres bizarres, accidents, petits coups de folie et personnages colorés rythment le voyage, des quartiers chics au Montreuil populaire.

Tout va mal au Théâtre de l’Étoile, la veille de la première d’une pièce : Luigi, son directeur (Edouard Baer), est un lunaire égoïste, déconnecté au point de ne pas voir la gravité de la situation : il n’a plus d’argent pour payer les salaires de la troupe ni de ses employés. Flanqué de Faeza (Sabrina Ouazani), stagiaire aussi raisonnable qu’il est décalé, il retarde sans cesse le moment de quémander auprès d’une mécène, et déambule d’un quartier à l’autre, en cherchant d’urgence un singe pour les besoins de la production.

Road-movie urbain

Le film est très vaguement inspiré de After Hours (1985) réalisé par Martin Scorsese, odyssée hallucinée en plein Manhattan, dont le caractère imprévisible se retrouve dans Ouvert la nuit. A contrario du protagoniste passif de SoHo, Luigi dirige lui-même sa nuit de veille. Road-movie urbain, trope du couple de héros mal assortis (l’excentrique et la raisonnable) humour né du décalage de Luigi d’avec le réel, quotidien difficile des artisans du théâtre français… le film a tout pour plaire. À l’arrivée, à peu près rien ne s’est passé. Pourquoi ?
Pour s’attacher à ce genre de film, découvrir un protagoniste touchant est primordial. Or, Luigi n’est jamais sympathique : son côté lunaire est écrasé par son égoïsme. Incapable d’assumer ses responsabilités, voire de s’excuser s’il gaffe, Luigi est irritant d’un bout à l’autre.

Il prend à la légère les problèmes de sa troupe, se montre lâche devant tout le monde et lubrique envers les filles, y compris les plus jeunes. Si l’on comprend son envie d’aventure, Bruno Podalydès exprimait bien mieux ce désir dans Comme un avion (2015).

Voilà le problème : on n’a simplement pas envie de se coltiner un tel guide pendant 1h37.

Le modèle du personnage est évident, il s’agit de Bruno dans Le Fanfaron (1962) dans le film de Dino Risi : un héros conscient de ses défauts. Il oublie sa tristesse dans un road-trip où il embarque un acolyte « raisonnable, » incapable de modérer ses élans.

Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans Le Fanfaron, de Dino Risi (1962)
Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans Le Fanfaron, de Dino Risi (1962)

Mais la comparaison est fatale pour Baer : ses délires sont bien innocents devant le culot fougueux de Gassman, et il n’arrive pas à rendre sympathique Luigi, là où Bruno est jovial et sympathique. On se demande comment Luigi peut être considéré comme charismatique.


Ouvert la nuit : un film à sketches

Malgré le vague fil rouge du rendez-vous, le film est construit comme un film à sketches : à chaque quartier de Paris correspond une mini-intrigue fermée. Structure risquée s’il en est, car très souvent, les scènes s’avèrent inégales. Baer se contente d’un suspense minimal (quand Luigi ira-t-il voir la mécène, et quelle sera sa réponse ?) Il oublie d’injecter de la tension tout au long du film. Hélas, aucune de ces histoires n’est passionnante : une marche vite interrompue avec le singe, une smala maghrébine aussi débridée que cliché (avec une Mama noire quasi anachronique), une négociation pataude avec un banquier, un terne séjour au commissariat. L’humour de situation ne décolle jamais. Ne comptons pas sur les dialogues pour pimenter tout cela.

Des seconds rôles monolithiques


Tous les personnages d’Ouvert la nuit sont réduits à des stéréotypes, et n’évoluent aucunement. Sabrina Ouazani, dans son rôle psychorigide, adopte tout le long la même mine choquée.

La collaboratrice au bord du burn-out, est jouée (un peu mieux) par Audrey Tautou.

Edouard Baer et Audrey Tautou dans Ouvert la nuit
Edouard Baer et Audrey Tautou dans Ouvert la nuit

Les seconds rôles, monolithiques (ex-collègue colérique, mécène insupportable, metteur en scène tyrannique, policière commère…) pâtissent de la même écriture paresseuse.

Baer oublie même certains personnages en chemin (la « Pénélope » brune, le dresseur de singes…). Seul Gregory Gadebois parvient à faire mouche par ses emportements soudains, mi-drôles mi-inquiétants. Baer donne à Michel Galabru un dernier rôle décevant : une caricature de lui-même qui manque cruellement d’autodérision.

À voir la fébrilité d’une troupe de théâtre, on pense à Birdman, sans la virtuosité visuelle ni psychologique.

Un film sincère mais raté

La tentative de Baer était méritoire : filmer Paris dans toutes ses largeurs et sa diversité. Sa mise en scène est plutôt dynamique, avec de nombreuses scènes caméra à la main, quelques jolis plans-séquences (comme le charivari près des quais de scène), et une photographie trouble d’Yves Angelo, parfaite pour une nuit irréelle… Le meilleur reste la chanson-titre, composée par Alain Souchon, en parfaite adéquation avec les thèmes du film.

Dans Ouvert la nuit, Baer ne manque pas de sincérité et d’idées, mais son film passe très en-dessous de son ambition. Le résultat aurait-il été meilleur avec Cédric Klapisch, sans doute le réalisateur français contemporain à avoir le mieux filmé notre capitale (Chacun cherche son chat, Les poupées russes, Paris…) voire même ce cher Luc Besson (Subway) ?

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :
   

QUELQUES MINUTES APRES MINUIT : AUPRÈS DE MON MONSTRE

Aller voir Quelques minutes après minuit vous évite l’achat et la lecture de dizaines de livres bidon, dits de développement personnel, sur le fameux « lâcher prise, » théorie à la mode chez les psychologues peu inventifs.

Conor O’Malley vit à Manchester, ville la plus déprimante d’Angleterre, avec sa mère malade. Son père habite à Los Angeles qui se soucie peu de lui. Harcelé à l’école par une bande de petits cons, Conor n’est heureux nulle part : ni chez lui, ni au collège. Intelligent, il est doué pour deux choses : le dessin et le rêve.

Un monstre raté

Stephen King disait qu’il se produisait des choses étonnantes après minuit.

Pour Conor, Minuit 7 est l’heure du monstre.

Et c’est là que ça se gâte. Comme dans de nombreux films, c’est le monstre qui met le film par terre. Ici, l’arbre monstrueux ressemble comme deux branches à Groot dans Les Gardiens de la galaxie. 

Il ressemble aussi aux vieux monstres animés dans les Disney des années 80/90. Bref, pas top. La référence à Spielberg sur l’affiche est vraiment usurpée. Et si l’on pense à l’esthétique ratée du Bon Gros géant, c’est encore pire. Si le slogan de l’affiche cherche à attirer en salle les nostalgiques des Spielberg de la première heure, ils seront bien déçus (ou surpris ?) devant Quelques minutes après minuit

Contes (très) cruels (Attention SPOILERS)

Tout d’abord, le film de Juan Antonio Bayona n’est pas un film pour enfants. C’est souvent le cas des productions récentes qui reprennent l’esthétique Burton (et dans ce cas précis, celle de Guillermo del Toro) pour nous offrir une réflexion sur la dureté de l’enfance et du passage à l’âge adulte.

L’arbre monstrueux (un if, très fréquent en Angleterre, notamment dans le nord) tel les fantômes de Dickens dans le Conte de noël, souhaite raconter 3 histoires à Conor pour qu’il en tire une morale de vie.

Le premier conte, sur la sorcière et le prince, permet à Conor de relativiser la méchanceté ou la bonté supposée des hommes. La sorcière du conte, alter ego de la grand-mère de Conor (Sigourney Weaver, toujours parfaite) n’est peut-être pas la vilaine de l’histoire. Le gentil prince très aimé mais secrètement fourbe n’est autre que le père de Conor, très aimé de son fils mais pas forcément fréquentable.

Toby Kebbell et  Lewis McDougall en père et fils dans Quelques minutes après minuit
Toby Kebbell et  Lewis McDougall en père et fils dans Quelques minutes après minuit
Les fans de Black Mirror reconnaîtront peut-être l’acteur Toby Kebbell, qui jouait Liam dans le troisième épisode de la série, « The Entire History of You. » 
Surtout, les fans de séries seront heureux d’apprendre que le réalisateur Juan Antonio Bayona était aux commandes de la première saison de Penny Dreadful, qui use également d’une esthétique gothique.
Juan Antonio Bayona est un ami de Guillermo del Toro, et ça se voit. Il admire son maître et tente de l’imiter. Les premières images de son film reprennent la photo de L’Échine du diable, la noirceur du conte aimerait s’approcher du Labyrinthe de Pan, sans l’égaler.
L’animation des contes rappelle aussi Le Conte des trois frères dans Harry Potter.

Le deuil de la mère au cinéma

Le conte de l’apothicaire parle aussi du bien et du mal en termes nuancés. Il fait presque redite après le premier conte.

Quant aux deux derniers contes, ils concernent Conor directement. L’homme invisible ne veut plus l’être mais s’en retrouve d’autant plus seul. Le quatrième conte marque pour Conor la conclusion de sa propre histoire : la mort de sa mère, il l’a en partie souhaitée, pour cesser de la voir souffrir et de souffrir lui-même.

J’ai connu un ami, quinquagénère, qui m’a annoncé il y a quelques années : « Ma mère est décédée. Maintenant qu’elle est morte, je n’ai plus peur de son décès. » C’est ce qui se passe pour Conor. Le décès de sa mère les libère tous deux.

Conor se sent coupable jusqu’au bout des ongles, mais se guérit par l’imaginaire.
Dans The Hours, le personnage incarné par Meryl Streep se sent soulagée quand son ami de toujours, atteint du virus du sida, décède après de longues années qu’elle avait passées à son chevet.
Meryl Streep et Ed Harris dans The Hours, de Stephen Daldry (2001)
Meryl Streep et Ed Harris dans The Hours, de Stephen Daldry (2001)

Dans Les Mots pour le dire de Marie Cardinal, l’auteur indique n’avoir mis fin à sa psychanalyse qu’après le décès de sa mère.

Parler du deuil  à venir de la mère est toujours complexe au cinéma. Ici, il s’agit de donner corps à la théorie du lâcher prise. Quand Conor lâche la main de sa mère alors qu’elle est près de tomber dans le fossé, il se libère et la libère. Il lâche prise, elle fait de même.

Cela explique que la mère, avant son dernier souffle, aperçoive l’arbre magique, qui la suit depuis l’enfance. L’arbre aide le fils comme la mère à laisser l’autre partir. 

Dans le film d’horreur récent Before I Wake, le monstre était la mère elle-même, emportée par le cancer. Le réalisateur semait le même doute quant à une schizophrénie possible chez l’enfant.


Une belle interprétation

Côté jeu, Felicity Jones est presque méconnaissable après son rôle de leader adolescente dans Rogue One

Felicity Jones dans Quelques Minutes après minuit
Felicity Jones dans Quelques Minutes après minuit

Sigourney Weaver apparaît un peu caricaturale au début du film, mais beaucoup moins quand on saisit que son personnage est le fruit du regard d’un petit garçon qui voit en sa grand-mère une marâtre de conte de fées.

C’est surtout Lewis McDougall qui tient le film sur ses épaules. Il semble plus sensible et plus vrai que Jacob Tremblay, calibré pour Hollywood, et qui sait faire l’enfant. Un jeune acteur à suivre. 


Quelques minutes après minuit est un film sombre, complexe, qui n’est pas à mettre devant tous les yeux. Les âmes sensibles auront sans doute du mal à supporter tant de noirceur en un seul film.

Pour les autres, Quelques minutes après minuit apparaîtra difficile, mais instructif et surtout… émouvant.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :

    

AMERICAN PASTORAL : LE NOBLE MÉLODRAME D’EWAN MCGREGOR

Un drapeau qui brûle

Le film American Pastoral d’Ewan McGregor donne envie de lire le roman de Philippe Roth.


Ce drapeau qui semble à moitié brûlé, et le bureau de poste en flammes repris dans l’affiche américaine du film, me rappelle l’introduction de Malcolm X : sur un discours célèbre du leader Noir (« J’accuse le Blanc ») un drapeau américain se consume.


On peut se demander pourquoi, sur l’affiche originale de American Pastoral, on a supprimé le drapeau devant le bureau de poste. Il ne brûle pas non plus dans la scène du film. Prudence de la part de McGregor, qui connaît le goût du public américain pour le nationalisme ?

Nous sommes en pleine guerre du Vietnam. Les afro-américains n’ont pas encore obtenu leurs droits civiques. C’est l’époque où les jeunes défilent dans la rue en scandant « LBJ, LBJ, how many kids have you killed today ? » Ils accusaient ainsi Lyndon B. Johnson de la boucherie du Vietnam.

Le rêve américain démonté

Le couple d’American Pastoral, c’est Seymour (surnommé le suédois) et Dawn, capitaine de foot et reine de beauté. En apparence, le cliché du rêve américain et son couple parfait. Ewan McGregor tient un rôle qui se rapproche d’Edward Bloom dans Big Fish de Tim Burton. Champion dans tous les sports, tout lui réussit, et il devient la coqueluche de son village natal. 

Il épouse même la plus belle fille du New Jersey.

Ils ont une fille, Merry.

Ce qui est intéressant dans une pastorale américaine, c’est ce qui se trame derrière.

C’est peut-être la psy du film, Sheila (incarnée par Molly Parker, excellente Jackie dans la série House Of Cards) qui nous donne l’une des clés de la personnalité de Merry. 

La psychologue indique que Merry a du mal à exister auprès de sa mère, qui attire toute l’attention. La petite fille bégaie, et elle trébuche particulièrement sur le mot « Beautiful », comme le duc de York trébuchait sur le mot « king » dans Le Discours d’un roi, terrifié qu’il était par son père, et l’idée de monter sur le trône. 


American Pastoral : un film politique ?

L’engagement politique de Merry sera peut-être le moyen d’exister pour elle-même. Elle se retrouve bouleversée un soir par des informations télévisées, et reproche à ses parents de « s’en foutre. » 

Elle deviendra une femme engagée, au point de quitter sa famille pour rejoindre ses idéaux.

Quand Seymour apprend qu’un bureau de poste a explosé, faisant une victime, et que sa fille de 17 ans a disparu, il tente de comprendre.

Lorsqu’un film américain parle des militants politiques, il se met généralement de leur côté. Dans Le Majordome, cependant, biopic hyper calibré sur un majordome noir de la Maison-Blanche, le fils du héros fait partie des Black Panthers. Même s’il se trouve « réhabilité » à la fin du film, c’est tout de même le père, interprété par Forest Whitaker, qui incarne la figure du juste : il s’agit d’une énième version de l’Oncle Tom, noir servile heureux de courber l’échine devant des Blancs puissants.

Ewan McGregor nous propose autre chose : il adopte le regard d’un père qui tente par tous les moyens de comprendre sa fille, jeune et révoltée.

Contrairement à ce qu’ont dit certains critiques dans la presse, je ne pense pas que American Pastoral soit réactionnaire. Le film essaie juste de montrer le point de vue d’un homme de l’Amérique profonde qui voit un jour sa vie basculer. C’est un parti-pris qui se respecte, McGregor n’a pas prétention à proposer une peinture sociale de l’époque. On peut reprocher néanmoins au scénario d’angéliser le héros qui, dans le roman de Roth, entretenait une liaison avec la psychologue. Le film apparaît aussi bien moins politisé que le livre, mais il l’est par petites touches. Il traite surtout le sujet délicat de la violence des justes : Merry se bat pour la bonne cause, et pourtant ses actes radicaux font des victimes. Ce n’est pas parce qu’on se bat « du bon côté » que l’on ne fait aucune victime innocente. Tout comme Melville brisait l’idéalisation de la Résistance dans L’Armée des ombres, McGregor brise le mythe de non-violence de la révolte des années 60, qui ne se résume pas aux manifestations pacifistes des hippies, mais incluait, certaines fois, des actes terroristes.

Le discours engagé de Rita Cohen, au cœur du film, sur la condition des Noirs, le snobisme supposé de Dawn, bourgeoise qui se retrouve à traire les vaches, est plutôt bien vu, mais faux en ce qui concerne Seymour lui-même. En effet, il emploie dans sa ganterie 80 % d’employés noirs, dont de nombreuses femmes qu’ils traite en égales. 

Une première réalisation réussie

American Pastoral prouve que tout le monde se trompe : les militants avec leurs préjugés, le père de famille sur les enjeux sociaux de son époque et la personnalité de sa fille.

Je ne peux tout raconter. Disons que pour sa première réalisation, Ewan McGregor se défend très bien. Elle est sobre et efficace, et la photographie est superbe, de l’Amérique champêtre idéalisée (d’où le titre de « pastorale ») à la fin du film, où Seymour, avec son imper et son chapeau sombre sous la pluie, fait penser à un héros de  film noir. 

Peut-être qu’Ewan McGregor a été démoli par la presse pour les mêmes raisons que Ryan Gosling concernant Lost River : quand un acteur, surtout beau gosse, se place derrière la caméra, des critiques jaillissent souvent pour le traiter d’enfant gâté qui n’aurait rien à dire. Il propose pourtant un beau mélodrame pour son premier long-métrage. 

L’interprétation est également remarquable. Mention spéciale pour la tirade de Jennifer Connelly à l’hôpital. C’est aussi un plaisir de retrouver Dakota Fanning, que l’on voit sur les écrans depuis toute petite (c’était la fille de Tom Cruise dans La Guerre des mondes, si si.) Quant à Ewan McGregor, il est émouvant en père de famille, même s’il a rendu son personnage trop manichéen.

Je donne quatre étoiles au film de McGregor car, contrairement à la plupart des films que je vois en salle, il m’a donné envie de changer de point de vue. Moi qui suis du genre à aller voir un biopic d’Angela Davis, qui ai organisé un concours autour du documentaire Merci Patron, j’ai pu, l’espace de deux heures, adopter le regard d’un Américain qui n’est jamais sorti du New Jersey, et s’épuise à aimer sa fille.

Il faut découvrir American Pastoral en salle. Le talent d’Ewan McGregor n’attend que de s’épanouir dans de prochains films. Vivement la suite.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :

    

LES TROLLS, AVEC LOUANE ET M. POKORA : LE BONHEUR À REBROUSSE-POIL

Tornade de couleurs sur Marla’s Movies, depuis que je suis sortie de l’avant-première des Trolls, hier soir au Grand Rex. La 20th Century Fox sait accueillir ses invités : perruque de troll pour tout le monde, figurine à collectionner, tout était là pour nous faire joliment régresser, à la manière des soirées Gloubli Boulga, où des trentenaires hurlaient en chœur le nom de Casimir.
Soirée Gloubi-Boulga

Il ne manquait plus que ma mère m’apportant une tablette de Galak pour que je retrouve pour de bon mes 10 ans.

J’ai 10 ans


Jacques Demy a dit qu’il voulait faire des films sur les gens heureux. Les Trolls reprend ce rêve, toujours en chanson. J’en veux souvent aux films soi-disant pour enfants de ne pas s’adresser à eux. Avec Les Trolls, on découvre enfin une belle animation numérique qui fait flamboyer l’enfance. Le ton du film, ses chansons, les visages de ses personnages ont fait rejaillir mes souvenirs de môme.
Oui, j'ai gardé mon petit poney. On ne jette pas ces choses-là.
Oui, j’ai gardé mon petit poney. 
Non, on ne jette pas ces choses-là.

Les trolls et leurs cheveux fous m’ont immédiatement évoqué les Fraggles.


D’ailleurs, le nuage dans cet extrait semble faire référence aux personnages de Jim Henson dans Labyrinthe (1986) qui indiquent le bon chemin à suivre et les autres qui mènent… à une mort certaine.



Ne regardez pas trop les bandes-annonces, cependant, elles vous grillent une partie des gags. Et ces gags sont surprenants. On retrouve l’irrévérence de Shrek, proposé par les mêmes studios, même si l’insolence ne va pas aussi loin. Le film est rafraîchissant et plaira, pour de vrai, aux petits et grands. Il faut une grande intelligence pour adopter plusieurs niveaux de lecture et que chacun y trouve son compte.
Les chansons ont aussi une place essentielle dans le film. Je ne suis pas toujours tendre avec les films qui chantent, mais ici, qu’il s’agisse des chansons originales du film ou de reprises de morceaux célèbres, tout est joliment mis en musique, et même la traduction française vaut le détour.

Louane, princesse des coeurs

Oubliez Camille Cottin, la princesse des cœurs, c’est Louane, qui double merveilleusement Poppy, princesse du film. Son interprétation de « The Sound of Silence, » de Simon & Garfunkel est l’un des grands moments de la séance.
Quant à M. Pokora, eh bien…
Schtroumpf grognon

C’est le rabat-joie de l’histoire. Mais ne vous en faites pas. Il chante quand même un peu. Mention spéciale pour « True Colors, » qui va comme un gant à la trame, puisque les trolls, (re)devenus heureux, reprennent des couleurs, à l’instar des héros de The Giver ou de Pleasantville.

Personnages amoureux dans Pleasantville, de Gary Ross (1998)
Personnages amoureux dans Pleasantville, de Gary Ross (1998)

Toujours côté doublage, la méchante de l’histoire, Chef, est doublée par la voix française attitrée de Whoopi Goldberg, Maïk Dara. Vous la reconnaîtrez peut-être si vous êtes fan du Roi Lion de Disney (1994.)

Méchante hyène dans Le Roi Lion, doublée en anglais par Whoopi Goldberg, et en français par Maïka Dara
Méchante hyène dans Le Roi Lion, doublée en anglais par Whoopi Goldberg, et en français par Maïka Dara

Gentils trolls, méchants trolls

Ah, j’oubliais les méchants. Pour une geek comme moi, un troll, ça ressemble à ça :

Troll Harry Potter

Et pour quelqu’un qui écrit sur le net, un troll, c’est un vilain pas beau qui, dans les commentaires, insulte l’auteur, les internautes, le chien du voisin.


Alors me rendre compte que pour Dreamworks, les trolls étaient les gentils, et que les méchants ressemblaient à ça…

Ça m’a fait bizarre. Donc, les méchants – appelés les Bergen -ressemblent à des trolls habituels. Ou alors à des ogres. 

Mais non, celui-là, c’est le seul ogre sympa du cinéma.

Ah, merci.
Les Bergen rappellent, avec leur univers nocturne et leurs chansons tristes, l’univers de Burton, notamment L’Étrange Noël de Monsieur Jack.

Dans le film de Dreamworks, les trolls sont charmants.

Ils sont proches, avec leur bouille et leurs cheveux délirants, des trolls de Toy Story 3.

Trolls dans Toy Story 3

Courez-y !

L’ensemble est rythmé, solaire, enchanteur. Il faut aller voir Les Trolls avec vos gosses. Ou en couple avec du pop corn. Ou tout(e) seul(e) avec double ration de pop corn, trois barres chocolatées, et un teddy bear dans les bras.

Courez-y, ça en vaut la peine. Je vous propose même de gagner des places.

Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :
       

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial