Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archive de l’étiquette

THE DEAD DON'T DIE

The Dead Don’t Die : morts et heureux de l’être

1 out of 5 stars (1 / 5)
 
Bon, si je fais référence à un film de Mel Brooks pour vous parler d’un film de zombies, c’est mal parti.
 
 
 
 
Je suis une grande fan de Jim Jarmusch, et je me suis précipitée l’autre soir pour voir The Dead Don’t Die.
 
Assez vite, le ton s’installe. Il s’agit d’un hommage aux vieux films de zombies trouvés au vidéo club, avec l’image qui saute, le son dégueu, tout ça.
 
J’étais a priori conquise d’avance. J’adore les films de genre et leurs parodies / pastiches / et hommages en particulier.
 
 

On s’ennuie ferme

 
Devant un film de genre des années 70/80, on peut se lamenter sur bien des choses : le manque de budget, les acteurs à côté de la plaque, le scénario trop léger, les effets spéciaux douteux… mais jamais, au grand jamais, je ne m’étais encore ennuyée devant un film de zombies. Au pire, si c’est très mauvais, je me marre. La chose que ces films ont en commun, c’est tout de même l’action. A de rares exceptions, on suit l’histoire et l’on souhaite connaitre la fin, à savoir qui survivra ou non.
 
Devant The Dead Don’t Die, c’est l’inverse : la réalisation est brillante, mais on s’ennuie ferme. On retrouve le scénario médiocre, mais dans les dialogues nazes des vieux films de genre, on a au moins l’occasion de rigoler. Or, Devant le dernier Jim Jarmusch, on se marre très peu. 
 
L’intention parodique est évidente, notamment lors du dialogue répétitif entre les trois flics venus sur le lieu du crime au lendemain des premiers meurtres. Mais cela ne suffit pas. Le running gag n’est pas drôle. On entendra quelques rires complaisants à Cannes, rien de plus.
 
 
L’autre running gag navrant est celui de la chanson du film, The Dead Don’t Die, qui ressemble à une BO de Tarantino un peu fatiguée. Cette chanson n’apporte rien à la trame, hormis une vague excuse pour faire du méta (les acteurs vous rappellent pendant le film qu’il s’agit en effet d’un film).
 
 

Une dénonciation lourde de la société de consommation

 
 
Bande de nullards, vous ne pouvez pas vivre sans votre smartphone, et quand vous revenez à la vie, c’est uniquement pour réclamer des objets de consommation. C’est pas bien.
 
 
Cette analogie est d’une lourdeur épouvantable dans la dernière scène du film, où les spectateurs les plus avertis ont de toute façon décroché, vu ce qui arrive de WTF au personnage de Tilda Swinton.
 

Les acteurs ne suffisent pas

 
La dimension petit budget ne fonctionne en rien ici : on a juste affaire à une bande d’acteurs à la mode qui ratissent large concernant le public : de Tilda Swinton à Selena Gomez, de Tom Waits à Adam Driver. Il s’agit surtout de réconcilier le grand public avec celui, plus cinéphile, de Jarmusch.
 
The Dead Don’t Die donne l’impression que Jarmusch a fait un film de potes qui aura coûté cher.
 
Bill Murray et Adam Driver dans The Dead Don't Die, de Jim Jarmusch

Bill Murray et Adam Driver dans The Dead Don’t Die, de Jim Jarmusch (2019)

 
Les zombies sont finalement très peu présents dans le film. Aucun suspense, un humour raté, voilà ce que Jarmusch nous propose, quand il avait été si doué pour nous faire aimer les vampires.
 
Le manque de scénario et de cohérence donne la sensation d’une série de saynètes insipides.
 
C’est étrange, mais ce faux film de genre m’a fait penser à Star Wars 7 : une série de clins d’œil pour faire plaisir aux fans, galerie de stars pour nous faire oublier la faiblesse de la trame.
 

Un mauvais film avec des stars

 
The Dead Don’t Die me rappelle une réplique que l’on entend dans Ed Wood, film de Tim Burton qui rend justement hommage aux films de genre et au réalisateur le moins doué de l’histoire du cinéma.
 
Ed Wood essaie de vendre l’un de ses nanars à un producteur et lui dit :
 
– Quand on a un film de merde et qu’on y ajoute une star, on obtient quelque chose, non ?
– Oui. Un film de merde avec une star.
 
Alors voilà, The Dead Don’t Die est un mauvais film avec une pléiade de stars. Comme si ça suffisait. Plutôt que d’aller voir ce navet, regardez plutôt les premiers films de Jim Jarmusch. Pour ce qui est des films de zombies, vous serez mieux lotis avec Dernier Train pour Busan.
 
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
 
 
À lire aussi 
 
 
Silence de Martin Scorsese

Silence de Martin Scorsese : des hommes et des dieux


4 out of 5 stars (4 / 5)

Je suis un croyant qui doute. Mais ces doutes me poussent à trouver un sens plus pur à l’idée de Dieu.


Qu’il eût été simple que cet aveu de Martin Scorsese suffise à résumer Silence.


Tourner Silence : un chemin de croix

L’œuvre de Shûsaku Endô aura attendu près de trente années pour germer dans l’esprit du réalisateur et de son scénariste Jay Cocks.

Entre reports, nouveaux projets, castings et repérages avortés il y a 20 ans… le projet prit des allures de chemin de croix, non seulement financier, mais aussi humain. Silence a beaucoup coûté à Scorsese. En effet, il suffit de lire ou regarder quelques-unes des interventions promotionnelles du Maître : fatigué, songeur, d’un sourire amer, les yeux plissés, il ignore si son futur Irishman avec De Niro finira par voir le jour…

L’homme semble douter. Mais il revient de loin.

 

Long, éprouvant, émouvant

Parler de son nouveau film, de même qu’en venir à bout en tant que spectateur, n’est pas chose aisée. D’ailleurs, j’ai vu la salle, pourtant remplie, se vider peu à peu de son tiers. A vrai dire, l’idée même d’abandonner en cours de projection, luttant contre la chaleur et le sommeil, m’est brièvement venue.

Pourtant, j’en suis sorti heureux. Epuisé, et ému. Car Silence de Martin Scorsese est abrupt et exigeant. En effet, pour l’apprécier pleinement il vaut mieux connaître une partie de son œuvre.

« Qu’il est étrange que ce film arrive maintenant », a déclaré le réalisateur.

Tant du point de vue des débats qui nous animent aujourd’hui, que de celui du cheminement de sa carrière, il ne croyait pas si bien dire.

Au bout du voyage, Silence n’est pas qu’un métrage ou une réflexion de plus de la part de Scorsese. C’est un aboutissement, même une remise en cause de tout ce qui, jusqu’ici, a constitué le cœur de son cinéma.
Quand l’obsession devient foi, le tragique devient christique.

Même si elle n’est pas explicitement présente à chaque film, la figure du Christ, par les innombrables dieux aveugles et déchus qu’elle engendre, plane constamment sur l’univers du réalisateur. Puisque dans un monde où chacun peut devenir Dieu (Le loup de Wall Street devient dieu du capitalisme), la promesse divine, celle de l’unique, n’existe plus.

La messe semble dite.

Un livre inadaptable ?

 

Japon, 1614. Le shogun formule un édit d’expulsion de tous les missionnaires catholiques. En dépit des persécutions, ces derniers poursuivent leur apostolat. Jusqu’à ce qu’une rumeur enfle à Rome : Christophe Ferreira (Liam Neeson), missionnaire tenu en haute estime, aurait renié sa foi.

Cristovao Fereira (Liam Neeson) dans Silence, de Martin Scorsese (2017)

Cristovao Fereira (Liam Neeson) dans Silence, de Martin Scorsese (2017)

Sébastien Rodrigues (Adrew Garfield) et François Garupe (Adam Driver), deux jeunes prêtres portugais formés par Ferreira, partent au Japon pour enquêter et poursuivre l’œuvre évangélisatrice.

Multiplicité des points de vue, des perspectives… bien que linéaire dans son déroulement temporel, le roman de Shûsako Endô semble au premier abord se prêter à la narration scorsesienne typique de Casino ou des Affranchis, empruntant, par la voix-off, la subjectivité de deux personnages racontant leur histoire.

Garupe (Adam Driver) et Rodrigues (Andrew Garfield) dans Silence

Garupe (Adam Driver) et Rodrigues (Andrew Garfield) dans Silence

Or, si la seconde partie (le calvaire du père Rodrigues) du livre semble la plus abordable quant à une retranscription, c’est sur la première (le récit épistolaire de son rôle d’émissaire) que Martin Scorsese va trébucher. Là réside toute la difficulté à entrer dans Silence : le réalisateur recopie, dans une pénible et pesante première heure, au mot près et en voix-off, les lettres du père Rodrigues.

Une fidélité religieuse au livre

S’il élude complètement l’épopée maritime entre le Portugal et Macao, Scorsese est ensuite d’une fidélité religieuse au livre, et c’est là tout le poids que devra aussi porter le spectateur.

Scorsese n’interprète pas, ne s’approprie jamais le roman.

Point de silence dans le film. Celui de la mer, peut-être, de Dieu (rien n’est moins sûr) mais jamais celui du narrateur. Toute méditation ou contemplation pour le spectateur s’en trouve exclue. Scorsese n’ose jamais l’expérience sensorielle de la réflexion. Il la verbalise. Serait-il en manque d’inspiration ? Aurait-il peur de froisser les pages ?

Un cri, une image ciselée, une mise à mort, à laquelle Rodrigues assiste impuissant depuis sa cellule de bois, m’a soudainement bousculé, alors que je songeais, moi aussi, à quitter la salle.

Le film commence enfin.

Derrière les barreaux

Loin de la critique habituelle des errements de la religion au cinéma, on assiste au retour aux sources du personnage purement scorsésien : aveuglé par sa foi et son obsession à se rapprocher du Christ en tant que martyre, Rodrigues est confiné dans un espace mental dont les limites constituent le prisme de sa perception.

De part la mise en scène quasi-claustrophobe du réalisateur, la petite cellule de bois, dont les grilles découpent le regard de Rodrigues, est la renaissance criante de la salle de cinéma privée dans laquelle s’enferme Howard Hugues à la fin d’Aviator, où le milliardaire contemplait son œuvre-vitesse sur un écran, s’illusionnant d’un monde tournant autour de lui.

Le monde d’en face

Lorsqu’un personnage, chez Scorsese, arrive seul dans un nouveau monde, son premier geste est de tenter d’appartenir à une communauté. L’exemple le plus flagrant restant celui des Affranchis, avec cette première phrase de Henry Hill : « Autant que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être gangster ».

Le rêve d’appartenir à ce fameux « monde d’en face », qui n’est pas encore le sien. Car au fond, sa seule envie est de fabriquer une communauté à son image.

Or, dans Silence, les croyances du jeune prêtre finissent par éclater. Quand le monde s’écroule chez Scorsese, c’est de l’intérieur. Aussi, le héros est prisonnier d’un déni confinant à la folie : son regard n’aura pas su accepter une réalité extérieure. Alors, il souhaite s’abstraire d’un monde auquel il est condamné à faire face.

Le prisonnier du désert

Silence évoque également l’Apocalypse Now de F.F Coppola et John Milius, mais surtout un autre film, aux sources du cinéma de Scorsese : La Prisonnière du désert de John Ford (1957).

Ce film obsède Martin Scorsese depuis ses débuts, et apparaît, presque malgré lui, dans bon nombre de ses métrages. La Prisonnière du désert pose la question du rapport entre la communauté et un outsider. Natalie Wood, dans le film de Ford, est capturée par les Indiens. Une fois rentrée chez elle, fait-elle toujours partie de sa communauté, ou s’est-elle définitivement rattachée aux Indiens ? À la fin du film, elle est devenue un être hybride.

Cette idée constitue aussi le noyau de Silence : pour ne pas mourir, il est nécessaire, capital, d’accueillir l’autre, ou de se laisser accueillir, faire corps avec une masse préexistante, jusqu’à renier l’individu, pour survivre.

« Voilà, il est là l’avenir » (Attention Spoilers à partir d’ici)

Liam Neeson n’a pas été aussi poignant depuis son rôle d’Oskar Schindler, il y a plus de 20 ans.

Terrassé par l’abdication de son maître devant la réalité du monde, Rodrigues refuse toujours de se rendre à l’évidence : il ne ramènera pas son ancien Maître. Le point de vue bienfaiteur et surplombant de Silence, qui était jusqu’ici celui des chrétiens colonisateurs, devient celui des japonais. Le combat entre la foi et la raison atteint son apogée. Son issue semble dès lors inéluctable.

Le rapport bourreaux / martyres s’inverse, et c’est ainsi que Rodrigues, par son refus d’abjurer, devant ce dieu silencieux qu’il implore, se rend responsable de l’exécution des derniers chrétiens fidèles.

« Priez. Mais priez les yeux ouverts »

Cette dernière phrase de Ferreira, lourde de sens, sera celle qui fera définitivement basculer Rodrigues. Tel est le constat, apaisé mais désabusé, que semble nous présenter Scorsese.

La situation finale évoque le dilemme de Shutter Island : Dicaprio, avant de marcher vers la mort, mis en face de sa propre pathologie, lançant à son ex-coéquipier : « Que préférez-vous ? Vivre en monstre, ou mourir en homme de bien ? »

Espoir sans réponse, qui sera renversé pour nous mener à la conclusion de Silence.

Chaque film de Scorsese est un cadeau

Chef-d’oeuvre ? Renouveau ? Bras tendu vers de nouveaux horizons ? Silence, en tant qu’œuvre littéraire, puis dans l’appropriation finale qu’en fait Scorsese, interpelle, soulève, dans sa forme abrupte, bon nombre de questions, de même que pour les références visuelles au cinéma de Kurosawa, ou le rapport avec les autres films « spirituels » du cinéaste (La Dernière tentation du christ, Kundun, A tombeau ouvert.)

Martin Scorsese, co-scénariste et réalisateur de Silence (2017)

Martin Scorsese, co-scénariste et réalisateur de Silence (2017)

Le cinéma de Scorsese résulte aussi de l’art d’employer la référence cinématographique. Celle-ci ne sera jamais une fin en soi, mais un simple clin d’œil, au service d’une histoire, d’un personnage, d’une quête, d’une ascension, d’une chute. D’une renaissance.

Silence m’a ému, tiré de mon sommeil.

Il est de ces œuvres, qui, traversées d’une forme abrupte, éclairent, posent des questions. Scorsese n’a peut-être plus beaucoup à nous offrir, mais il nous a déjà tant donné. Recevons chacun de ses films comme un cadeau.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
A lire aussi :


Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial