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JURASSIC WORLD 2, FALLEN KINGDOM : SACRÉ DINO DES BOIS

Par Tim Bullock

Jurassic World 2 se déroule trois ans après le désastre du parc, survenu dans Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), qui s’occupe d’une association pour la protection des dinosaures, est contactée par un ancien associé de John Hammond, fondateur du parc originel. Elle est conviée à participer, avec Owen Grady (Chris Pratt), à une opération de sauvetage sur Isla Nublar. L’île va en effet être détruite par une éruption volcanique, et il faut donc amener les espèces sauvées dans un sanctuaire. Sauf que l’opération ne se déroule pas du tout comme prévu.

Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdomréalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Trahis, Claire et Owen se trouvent opposés à des personnes sans scrupules. 

La deuxième saga prend son indépendance

Une fois n’est pas coutume, avec Jurassic World : Fallen Kingdom, voici une suite meilleure que le premier volet. L’histoire est menée tambour battant mais ne sacrifie pas le scénario au rythme. Le spectateur n’a pas que les excellents effets spéciaux à se mettre sous la dent.

Les héros de Jurassic World 2 ne s'amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Les héros de Jurassic World 2 ne s’amusent pas, les responsables des effets spéciaux, si.
Ensuite, il est appréciable de voir assumer la filiation non seulement avec l’opus précédent mais surtout avec le premier volet de 1993 (filiation point du tout servile, comme avait pu le commettre Jurassic World). Quelque part, en se servant ainsi du passé, Jurassic World 2 clôt une époque. Bien que déjà apparents avec Jurassic World, largement un remake – pas vraiment assumé – du premier Jurassic Park, les éléments nouveaux sont davantage présents. Ils aident à mieux ancrer le film dans son époque. De multiples références à feu M. Hammond parsèment Jurassic World 2. Symptomatique est le retour de Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans une posture de « sage » très critique. La mise en scène le place dans la position d’oracle ou de semeur de malédiction.  
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2, réalisé par Juan Antonio Bayona (2018)
Ian Malcolm (Jeff Goldblum) dans Jurassic World 2
On a désormais une saga composée d’une première trilogie qui forme un tout et une seconde trilogie (Jurassic World 3 est déjà en chantier et devrait sortir en 2021) en formation indépendante de la première. Ce « passage de témoin » est illustré par les places respectives du tyrannosaure, abusivement appelé « T-Rex », et du vélociraptor, là encore raccourci en « raptor » et même familièrement baptisée « Blue » pour l’une d’entre eux. Alors que le premier était la figure de proue de Jurassic World, il n’est pratiquement plus qu’une silhouette stylisée dans le titre de Jurassic World 2 et le logo du parc.

Capitalisme, j’écris ton nom

La place de l’argent est interrogée. Certes, elle n’a jamais été ignorée puisque Jurassic Park a toujours été une opération mercantile, mais ici, on va plus loin encore avec un dinosaure vu désormais comme un placement qui doit être rentable !

Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Gunnar Eversol (Toby Jones) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Quelque part, c’est choquant mais c’est logique à l’échelle du film puisque le dinosaure est devenu un animal comme un autre. La question de sa protection va de pair avec celle de sa marchandisation, à l’instar du tigre ou de la baleine, ce qui montre une sensibilité des auteurs avec le thème du capitalisme déréglé.


Une nouvelle identité visuelle

Pour renouveler la saga Jurassic World, il fallait du sang neuf (et pas seulement métaphoriquement comme en témoigne une scène à la fois drôle et sérieuse), et le choix fait a été d’injecter un peu du genre horrifique dans une saga qui demeure fondamentalement de la Science-Fiction. Est-ce pour cela que Juan Antonio Bayona a été choisi, l’Espagne étant un bastion du film d’horreur ? Dans son excellent Quelques minutes après minuit, Bayona n’hésitait pas à flirter avec l’horreur pour parler de contes aussi cruels que cathartiques sur le deuil maternel.

Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Le Monstre (Liam Neeson) de Quelques minutes après minuit (2017), réalisé par Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ce parti pris relativement sombre (Bayona a mis en place l’identité visuelle de la série gothique Penny Dreadful en réalisant ses deux premiers épisodes) fonctionne très bien avec Jurassic World 2. Même la quasi figure obligée du nouveau monstre se voit traitée sous cet angle. La scène dans la cage est à ce titre exemplaire en matière de montée de tension ! 
Dangers d’une science déifiée
Cette séquence fait figure de fil rouge de la saga tout en illustrant sa progressive mutation. C’est la recherche génétique qui a permis de « re-créer » les dinosaures. À partir du moment où l’on savait faire ce qui avait déjà existé, inventer ce qui n’existait pas encore n’était qu’une question de temps. En creux, cela pose la question de la responsabilité scientifique. Est-ce parce que l’on sait faire que l’on doit faire ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Michel de Montaigne au XVIe siècle. 

Jurassic World 2 est une troublante illustration qu’il n’y aurait rien à changer à ces mots aujourd’hui !

Comment actualiser Montaigne en 2018 ?
Comment actualiser Montaigne en 2018 ? 
Quelque part, Jurassic World 2, encore un peu plus que les autres, nous invite à méditer sur la figure du savant et de ce que l’homme peut faire au nom d’une science divinisée. Quelle différence entre le chercheur Henry Wu, incarné par B.D Wong (une figure récurrente de la saga), et Faust ou Frankenstein ? L’amour de l’argent peut-être. Un autre maître exigeant. 

Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Henry Wu (B.D. Wong) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Il peut paraître surprenant de trouver une certaine connotation biblique dans cet opus. On commence avec le titre du film « Fallen Kingdom » ; la traduction littérale serait certes « royaume perdu » mais, de royaume à paradis, il n’y a qu’un pas. Le nouveau monstre de Jurassic World 2 reçoit un nom puisqu’il s’agit d’une nouvelle création, or le pouvoir de nommer les créatures a été explicitement donné à Adam pour en faire le gardien de la Création (Gn 2, 19-20) ou le maître (Gn 1, 28). En se donnant le pouvoir de créer la vie, les savants de la saga se posent en rivaux de Dieu, et tel Lucifer, payent le prix de leur orgueil.
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?
Le livre de la Genèse, inspiration cachée de Jurassic World 2 ?

En outre, le navire chargé du sauvetage s’appelle l’Arcadia, et l’Arcadie était, dans la mythologie grecque, un endroit édénique. Le co-scénariste Derek Connelly avait d’ailleurs co-écrit Kong : Skull Island, qui mettait aussi en scène un Eden primitif. Le sauvetage organisé par Claire et Owen est d’ailleurs limité à un certain nombre d’animaux, ce qui se rapproche de la consigne donnée à Noé. Comparaison renforcée par les caves du manoir qui ont une ressemblance avec les cales d’un navire.

Une autre vision de l’héroïsme

Le couple vedette est toujours aussi attachant et fonctionne aussi bien. Certes, les séparer en début de film fait sourire tellement c’est une ficelle convenue. Tout juste peut-on trouver que Bryce Dallas Howard est un peu moins présente dans l’action que Chris Pratt. Le jeune scientifique, Franklin (Justice Smith), agace assez vite même s’il se montre globalement utile, en tout cas moins que son homologue féminin, Zia (Daniella Pineda).

Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Ken Wheatley (Ted Levine) et Zia Rodriguez (Daniella Pineda) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

On remarque ainsi un dédoublement du couple principal. Jurassic World 2 trouve ainsi un moyen plus pratique pour multiplier les scènes d’action et les morceaux de bravoure, même si cela ne fonctionne pas toujours.

Ainsi, sur l’Isla Nublar, Chris Pratt et Bryce Dallas Howard sont plus gênés par leurs « aides » dont on soupçonne qu’ils sont surtout là pour le « jeune public » ainsi que pour donner de la visibilité aux minorités (Hollywood change, mais ne sait visiblement pas encore comment intégrer les minorités sans paraître artificiel). Intéressantes aussi les interrogations que se posent Owen et Claire sur le sens de leur action, sur les conséquences de leurs actes.
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Owen Grady (Chris Pratt) et Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) dans Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Jurassic World 2 n’est pas un vulgaire film d’action/aventure mais aussi une prolongation réussie de la réflexion sur l’impact de l’homme sur la Nature entamée avec le premier Jurassic Park. Ni Claire, ni Owen – sorte de « nouveau premier couple » – ne se considèrent comme des « maîtres » mais davantage comme des « serviteurs ». Leur humilité foncière, leur altruisme ; voilà ce qui fait d’eux des héros.

Une suite meilleure que le premier



Jurassic World 2 s’impose comme un blockbuster abouti et fin, supérieure au premier volet. Le final est imprévisible en plus d’être riche en révélations et en émotions.

Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom
Juan Antonio Bayona, réalisateur de Jurassic World 2 : Fallen Kingdom

Après cette réussite, il n’y a plus qu’à attendre la suite, et voir si la nouvelle saga confirmera les promesses de ce deuxième volet.

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DEADPOOL 2 : VIVRE POUR SURVIVRE

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2 réalisé par David Leitch (2018)
Par Clément

L’Enfant sauvage

La tragédie s’abat sur Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), super-héros indestructible et totalement cramé du bulbe. Enrôlé comme stagiaire chez les X-Men pour surmonter son chagrin, Deadpool est amené à gérer une négociation avec Russell, alias Firefist (Julian Dennison), un jeune enfant mutant victime de mauvais traitements de la part du directeur sadique de son orphelinat (Eddie Marsan). Russell est en effet en train de péter un câble. Deadpool fait dégénérer la négociation et il est fait prisonnier avec Russell dans une prison de haute sécurité où on leur met des colliers pour annihiler leurs pouvoirs.

Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Russell alias Firefist (Julian Dennison) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)

C’est alors que Cable (Josh Brolin), autre super-héros pas content, revient du futur, il est là pour tuer John Connor, euh pardon Russell, qui va virer psycho dans le futur. Libéré, Deadpool recrute la X-Force, une galerie de super-héros désœuvrés pour affronter à la fois Russell et Cable, dont fait partie Domino (Zazie Beetz) qui a le superpouvoir de bénéficier de coups de chance totalement improbables. Deadpool espère par ce travail oublier son chagrin.


Vous avez dit méta ?

Dans une oeuvre littéraire ou audiovisuelle, la question du méta-récit se pose souvent. L’oeuvre qui s’inscrit dans un ou plusieurs genres peut avoir l’ambition de questionner les codes de ces genres. Ainsi, le lecteur/spectateur est confronté à une réflexion sur son statut, celui des auteur.e.s, sur l’oeuvre qu’il est en train de consommer. C’est le méta-récit.

On peut par exemple casser le quatrième mur, c’est-à-dire s’adresser directement (en paroles ou en actes) au public en suspendant temporairement la fiction ; ou de manière plus virtuose, en intégrant le lecteur à la fiction. Au cinéma, le quatrième mur brisé se retrouve dès le cinéma muet, notamment avec le fameux plan final du Vol du grand rapide où un bandit pointe son révolver face à la caméra face au spectateur, et tire, comme pour sortir le spectateur de sa position de voyeur (effet repris dans l’ultime plan du finale de la saison 3 de Breaking Bad).

Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)
Justus D. Barnes tire sur le spectateur à la fin du Vol du grand rapide, réalisé par Edwin S. Porter et Wallace McCutcheon (1903)

Mais bien d’hommes et de femmes de lettres réfléchissent à d’autres moyens plus sophistiqués. Ainsi, l’idée d’un personnage qui sait qu’il est un personnage, qui vit ses aventures en ne perdant jamais qu’il navigue dans des péripéties et les codes éprouvés d’un genre, qui en interroge la pertinence, est une arme redoutable entre les mains de scénaristes habiles. Dan Harmon, sans doute l’un des meilleurs maîtres du méta-récit contemporain, a livré deux exemples récents avec le Abed de Community, et le Rick de Rick et Morty.

Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)
Abed (Danny Pudi) dans Community, série créée par Dan Harmon (2009-2015)



Deadpool : acteur et critique à la fois

Dans le Marvel Cinematic Universe, cette place est dévolue à Deadpool. Créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, c’est le super-héros le plus givré de l’histoire des comics américains (à égalité avec le trop méconnu The Tick). Deadpool a un cerveau perpétuellement en roue libre, ce qui le rend instable, dangereux, sanglant (le gore juteux est toujours de la partie), et amateur d’humour noir, scato, débile, burlesque. Surtout, il sait qu’il est un personnage, qui vit dans un univers créé de toutes pièces. Aussi, les aventures de Deadpool sont en même temps des aventures de super-héros, et leur propre parodie.

Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.
Deadpool, cela fait combien de temps ? Depuis le tome 16. Le quatrième mur prend cher avec Deadpool.

Deadpool 2 est présenté par son héros comme un film familial. Effectivement, on trouve un enfant à sauver, un héros très attaché à son couple avec Vanessa (Morena Baccarin, toujours somptueuse), une exaltation des valeurs de la famille, celle que forment les amis, l’alliance entre deux ennemis face à un mal plus grand, une morale rassurante… oui, le film coche les cases du film familial, mais c’est mieux pour les ventiler façon puzzle. Les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick l’ont bien compris et s’en donnent à cœur joie. A cette échelle, les peu moralistes Gardiens de la Galaxie sont les seuls chez Marvel à revendiquer ce côté sale gosse.

Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie
Les autres gosses mal élevés de Marvel : les Gardiens de la Galaxie

J’avais été un peu déçu par le premier Deadpool, car le côté déjanté du personnage me semblait être plaqué maladroitement sur un scénario banal : le genre super-héroïque se voyait à peine égratigné, tandis que les personnages étaient tous autant de fantômes derrière le héros. Mais qu’en est-il donc de Deadpool 2 ?


Ça commençait mal

Le premier acte de Deadpool 2 m’a laissé sur ma faim, car j’y voyais tous les défauts du premier film. Passons sur la relative édulcoration du héros par rapport aux comics (disparition de sa schizophrénie, hétéronormativité d’un personnage pansexuel…), plus ou moins indispensable à Hollywood. On retrouve une certaine paresse des scénaristes sur l’originalité du sujet (Deadpool 1 : Deadpool veut se venger et tuer tout le monde ; Deadpool 2 : Cable et Russell veulent se venger et tuer tout le monde), action sacrifiée uniquement pour filmer notre héros sous toutes les coutures, choix narratifs discutables (Vanessa exclue de l’action).

Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2, réalisé par David Leitch (2018)
Vanessa Carlysle alias Copycat (Morena Baccarin) dans Deadpool 2

On trouve en effet chez les films Deadpool une tendance à s’auto-congratuler, et se reposer sur sa couronne de lauriers « je suis anticonformiste, bitch ! » Même le quatrième mur cher à Deadpool, si drôle soit-il, demeure un ornement, il n’a pas l’impertinence d’un Dan Harmon, ou d’un Kurt Vonnegut. Ces défauts sont accentués dans Deadpool 2 car le premier film avait au moins l’excuse de présenter un super-héros qui n’est pas le plus connu du grand public, et de se plier à l’exercice fastidieux de l’Origins Story. Les X-Men reviennent faire de la figuration sinistre (le couple lesbien Negasonic-Yukio se contente de faire acte de présence).

Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2
Shiori Kutsuna (Yukio) et Brianna Hildebrand (Negasonic Teenage Warhead) dans Deadpool 2

Une fois que l’on a dit ça, il est temps de passer à la plus grande réussite de Deadpool 2 : un humour dynamitant les codes du genre en profondeur.


Un humour enfin transgressif

A partir du 2e acte, Deadpool 2 bascule soudain : les codes et le ton de chaque scène à venir (baston, émotion, suspense…) vont être balayés par un humour tornade, typique d’un méta-récit ironique. Si on a souvent critiqué le MCU pour son recours à un humour gentillet venant désamorcer l’intérêt de leurs films (Thor Ragnarok a pris cher), l’humour permanent de Deadpool 2 est au contraire bien inséré dans la trame. Chaque péripétie se voit réarrangée pour le meilleur et pour le fun. La recette de Deadpool 2 est simple : chaque scène va aller d’un point A à un point B pré-identifiés d’avance, sauf que le chemin qui y va, est lui totalement délirant !

Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans Deadpool 2

Comme exemples : le sacrifice normalement progressif d’une équipe partant au combat est expédié en une scène alignant les morts stupides à la Dead Like Me, la réunion des héros au début du 3e acte voit sa solennité joyeusement sabotée par un gag débile qui s’étire juste comme il faut, le super-pouvoir de Domino permet aux auteurs d’enchaîner les raccourcis scénaristiques et autres coïncidences énormes sans être taxé de paresse. La chance de Domino rivalise sans peine avec le Générateur d’Improbabilités de H2G2, le Guide du Voyageur Galactique (Domino à bord du Cœur en Or ferait basculer la Voie Lactée dans une autre dimension).

Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2
Domino (Zazie Beetz) dans Deadpool 2

Même la grande baston finale est mitraillée par une chorégraphie aussi haletante que rigolote. Toutes ces transgressions servent de méta-récit au genre super-héroïque, plus grand que la vie, mais à l’esprit souvent binaire et grandiloquent. La tornade d’humour s’amuse, mais sérieusement, des conventions du genre.



Plus drôle que le premier

Le plus extraordinaire tient en le prodigieux crescendo d’humour de Deadpool 2. Plus le film avance, plus les gags s’accélèrent, dans une mécanique impeccable. Les auteurs n’oublient pas de monter les enjeux à la même vitesse, faisant du 2e et 3e acte de Deadpool 2 une formidable comédie d’action qui casse tous les codes du film d’action. La scène du camion, filmée magistralement par un David Leitch qui renouvelle les exploits visuels d’Atomic Blonde (dont la réalisation était le seul point fort de ce film sans âme), est le clou du film par son adrénaline pure, et ses 15 gags à la minute. Le film est bien plus fou que le premier opus.

Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu'à lui dans Deadpool 2
Deadpool (Ryan Reynolds) dans une situation qui ne pouvait arriver qu’à lui dans Deadpool 2

Le film trouve une double apothéose finale, qui achève de subordonner la narration à l’humour. La mort d’un personnage voit son l’émotion passée à la presse hydraulique. Surtout, les ultimes scènes post-génériques se payent une audace à la Dallas avec une audace narrative du même calibre, avant un ultime plan qui entre directement dans le top 5 des scènes d’autodérision les plus réussies du cinéma (je ne pouvais plus respirer tant j’avais les côtes serrées).

Le petit budget du premier Deadpool avait pénalisé le film, Tim Miller ne pouvait cacher malgré ses efforts une certaine indigence (surtout dans les décors tristes de la scène finale). Grâce à un budget gonflé et la maîtrise d’un réalisateur plus rompu à l’exercice, Deadpool 2 masque une production moins fastueuse que celle des autres super-héros. On a du grand spectacle comme on aime.

Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d'opinion dans Deadpool 2
Cable (Josh Brolin) et Deadpool (Ryan Reynolds) ont une légère divergence d’opinion dans Deadpool 2

Ryan Reynolds survolté

L’atout maître du premier film, Deadpool lui-même, est employé comme il se doit : c’est à dire non-stop. Deadpool est comme le monstre de Frankenstein de la pop culture : référencé en permanence, mais pervertissant sans cesse ces clins d’oeil à seule fin de les désacraliser. Deadpool ne crache pas sur la pop culture, mais sa conscience méta fait qu’il a le recul pour s’en moquer, surtout de la « concurrence » – cela est net dès la toute première image du film. Il multiplie les massacres gores sur des chansons décalées – on n’écoute plus 9 to 5 de Dolly Parton de la même façon – se paye la tête des scénaristes eux-mêmes, et s’amuse plusieurs fois avec le quatrième mur, prétexte à des commentaires ironiques sur l’action en cours (la vanne sur DC est irrésistible).

Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le "Protéger" est optionnel
Deadpool et la X-Force dans Deadpool 2. Leur dicton : Protéger et faire rire. Le « Protéger » est optionnel

Deadpool n’est jamais aussi enthousiasmant que lorsqu’il donne libre cours à son humour cramé et vert. Le one-man-show du premier film continue, avec en prime une plus grande attention accordée aux seconds rôles, notamment la tonique Domino (et son actrice irrésistible) et le minéral Cable (le monolithique Josh Brolin apporte un humour pince-sans-rire en contrepoint au loufoque de Deadpool).

Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2
Le Terminator local : Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2

Reynolds se démultiplie, que ce soit en participant directement à l’écriture (il est crédité comme scénariste à part entière dans ce deuxième volet, ce qui n’était pas le cas du premier), ou par la promotion tapageuse et permanente de « son » film qu’il porte à bout de bras – les promo sur les réseaux sociaux ont été épiques. On sent que l’acteur a trouvé le rôle de sa vie, ce rôle qu’il n’a pas cessé de pousser au cinéma depuis des années, un rôle si régalant à faire. Deadpool est certes souvent sous son masque, mais Reynolds maîtrise à un tel point les modulations de sa voix, et ses expressions corporelles, toujours en surtension, que l’acteur n’en accomplit pas moins une fantastique partition.

Ryan Reynolds, interprète de Deadpool
Ryan Reynolds, interprète de Deadpool

Mais il serait injuste de cantonner Deadpool au rigolard de service, car Deadpool 2 nous offre une nouvelle facette de sa personnalité, plus sombre, plus proche des comics. Son instinct de mort, ses pulsions d’autodestruction, sont bien présentes, ce qui rend les scènes avec Vanessa émouvantes. Ces scènes, où Reynolds joue sans masque ni maquillage, humanisent un personnage plus déchiré qu’il y croirait.


Tout n’est que farce

S’il charrie encore quelques défauts du premier film, avec un récit très conventionnel sur le fond, en dissonance avec un héros aussi méta, Deadpool 2 se rattrape totalement sur la forme. L’humour ne cesse d’enfler jusqu’à la fin, faisant déraper dans le burlesque chaque scène qui tente de se prendre au sérieux.

David Leitch, réalisateur de Deadpool 2
David Leitch, réalisateur de Deadpool 2

L’imprévisibilité de chaque scène rend le film constamment surprenant et hilarant, malgré un premier acte moins fou. Encore meilleur que le premier, Deadpool 2 est un cocktail de fun et d’action trépidante à recommander chaudement, tout en étant une critique maligne des films familiaux et super-héroïques.

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Ready Player One : game over pour Spielberg ?

2 out of 5 stars (2 / 5)
Par Jean-Ludovic

A whole new world

Le roman d’Ernest Cline, Player One, paraît ainsi tombé du ciel quant à la récente trajectoire empruntée par Spielberg : 2045, une Terre régie par le réchauffement, la famine, les conflits armés, la surpopulation…et l’Oasis. Une société virtuelle parallèle, une source d’imaginaire inépuisable, créée par le magnat de l’informatique James Halliday (Mark Rylance), et accessible à tous dans ce qu’il reste des ruines de l’Occident.

Un monde aux promesses infinies où il est également possible de travailler et suivre ses études gratuitement, comme notre héros Wade Watts (Tye Sheridan).

Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l'Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018)
@page { margin: 2cm }
p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120% }Wade ou Parzival (Tye Sheridan) dans l’Oasis, dans Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg (2018). Le regard et son objet au sein d’un même plan.

Une fois son casque VR revêtu, Wade devient Parzival et se joint avec des amis dont la mystérieuse Art3mis (Olivia Cooke) à une quête qui passionne le monde de la réalité véritable. Avant son décès, James Halliday a parsemé trois easter eggs à travers l’Oasis. Quiconque saura les trouver et en interpréter les indices pourra remonter à trois clés, qui lui donneront accès à un fabuleux trésor de guerre : l’immense fortune du Créateur, ainsi que les commandes de l’Oasis. Une quête qui suscite également l’obsession de la multinationale IOI et son PDG Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn).

Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) dans Ready Player One
Il souhaite rendre l’accès à l’Oasis payant et laisser d’autres entreprises remplir les écrans de pubs et autres placements de produits.

Deux obsessions chez Spielberg : l’Ailleurs et le Démiurge

Ready Player One est baigné des deux obsessions premières de Spielberg. L’acmé de la première est visible dès les premières secondes des Dents de la Mer : le bruit sourd et bouillonnant, et les deux notes menaçantes et répétées de la musique sont sur écran noir. Puis on voit l’eau, qui est noire. L’océan semble infini. Mais le monstre est là, en dessous, quelque part, dans un Ailleurs. Le mot est lâché : l’Ailleurs. Le regard, du héros ou du spectateur, vers cet ailleurs se ressent plus qu’il ne s’analyse. C’est celui de Roy Scheider, terrifié par l’eau, qui va devoir aller chercher ce requin invisible au coeur de l’océan.

Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)
Premières images de Les Dents de la mer, réalisé par Steven Spielberg (1975)

Cet ailleurs initiatique, malveillant ou bienfaiteur, meurtrier ou guérisseur, avait une matière, une vérité, dans les premiers films du réalisateur. Mais à partir des évasions aériennes fantasmées de Christian Bale dans L’Empire du Soleil, puis les dinosaures de synthèse de la franchise Jurassic Park, ce même Ailleurs se retrouve falsifié, manipulé, fabriqué. Pour s’y enfermer jusqu’au déni, et ne plus en revenir. On est au coeur même de ce qui va être la force et surtout la limite de Ready Player One.

Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg.
Dinosaure de synthèse de Jurassic Park (1993), réalisé par Steven Spielberg, symbole d’un Ailleurs devenu factice.

La seconde obsession de Spielberg, mais également de bien des romanciers, est la figure du démiurge, qui par sa présence exorcise les angoisses de l’Homme. Chez Spielberg, cette obsession-là est concentrée autour d’un merveilleux dialogue de Jurassic Park :

« – Avec ce parc, je voulais créer quelque chose qui ne soit pas une illusion. Quelque chose de réel. Quelque chose qu’ils puissent…voir et toucher.
– C’est toujours le cirque des puces. Ce n’est qu’une illusion ».

Spielberg n’a en effet jamais cessé de projeter ses angoisses au travers de sorciers fous : de John Hammond au récent BGG, en passant par Tom Cruise dans Minority Report.

Au lendemain du 11 septembre, l’ailleurs fantastique et guérisseur des premiers films de Spielberg a muté vers un désenchantement profond, et généré une défiance nouvelle quant à la puissance évocatrice de ses propres images, projetant « le mensonge 24 fois par seconde » (dixit Brian De Palma). Même le démiurge ne semble plus aussi éclatant. Cette mutation des deux obsessions du cinéaste a atteint un nouveau point culminant avec son Bon Gros Géant.

Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) et le Bon Gros Géant (Mark Rylance) dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Pour se racheter de la mort d’un enfant, le Géant de Roald Dahl guidera la jeune orpheline Sophie à travers le même parcours initiatique que son prédécesseur, afin qu’elle puisse se construire une « vie ». Dans le but de la protéger, le Géant lui fabriquera un rêve, conservé dans un bocal, bien plus beau que sa vie morne. La petite fille se réveillera « enfermée » dans ce même bocal, où la famille royale lui servira de refuge virtuel d’une manière similaire à la Clara du Casse-Noisette de Tchaïkovski, qui demeure dans le Royaume des Jouets.

Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)
Sophie (Ruby Barnhill) serre le bocal contenant son rêve dans BGG, réalisé par Steven Spielberg (2016)

Quand l’ailleurs et l’image qu’il convoque n’ont plus vocation à n’être qu’une étape ou un miroir tendu au spectateur, ils deviennent une finalité, un refuge définitif. Peu importe si cela est vrai ou faux… dehors, il n’y a plus rien, nulle part où aller, comme dans la Terre de Ready Player One.

La place du spectateur

La promesse d’ouverture de Ready Player One est introduite avec brio par la découverte de l’Oasis via un long plan-séquence virtuel qui réintroduit le principe même de n’importe quel jeu vidéo, le déplacement libre du regard et d’un corps dans un espace prédéfini. Mais ce n’est qu’un trompe-l’oeil : Spielberg est avant tout un cinéaste. D’un geste fou, il va replacer notre regard dans la salle de cinéma :

La course de véhicules dans Ready Player One
La course de véhicules dans Ready Player One

Après une course qui restera dans les mémoires en tant que prouesse visuelle et en termes de découpage (George Miller et son Mad Max : Fury Road viennent probablement d’engendrer leur premier descendant après trois longues années), on voit qu’il est impossible de franchir le dernier piège de la course, et c’est là que le cinéaste intervient. Pour résoudre ce piège, Wade va devoir apprendre à réanalyser les images mises à sa disposition au musée consacré à James Halliday, les manipuler à la manière de John Anderton dans Minority Report.

John Anderton (Tom Cruise) dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)
John Anderton (Tom Cruise) réagençant les images du futur dans Minority Report, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Pour avancer, il doit apprendre à redevenir un spectateur dans une salle de cinéma. À recentrer son regard, redéfinir son implication par rapport à un régime d’images. L’engagement cède la place à l’émerveillement. Nous aussi, public de Ready Player One, retrouvons notre place. Devant le spectacle, nous sommes avant tout spectateurs. Wade peut ainsi résoudre la première énigme, de nouveau dans une mise en scène de jeu vidéo, mais augmenté de son expérience de spectateur.

Les références construisent-elles ou détruisent-elles notre identité ?

L’intention de Ready Player One est claire, nette, ambitieuse. Elle ne peut cependant aboutir sans notre implication de spectateur, indispensable au succès de Wade. Les innombrables références aux figures pop-culturelles qui jalonnent le film, quasiment toutes issues de l’almanach personnel de James Halliday, c’est aussi à nous de les retrouver et s’en amuser, en tant que spectateur.

Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One
Quelques-unes des nombreuses références de Ready Player One (extrait du blog dog eared copy)

Leur profusion presque étouffante en dit long sur le rapport orwellien que les personnages de Ready Player One entretiennent avec l’imaginaire. Si leurs goûts et références sont d’abord et quasi-exclusivement axés sur ceux d’Halliday, en quoi les définissent-ils en tant qu’individus en dehors de l’Oasis ? Cette question est au coeur d’un autre Spielberg majeur : Attrape-moi si tu peux.

Avocat, médecin, 007, pilote : Frank trompe son monde pour survivre dans Attrape-moi si tu peux, réalisé par Steven Spielberg (2002)

Frank Abagnale Jr apprend à se fondre dans plusieurs moules grâce à ses propres références de pop-culture (le pseudonyme du Flash, le costume et l’Aston Martin de Goldfinger…). Mais l’effet est pervers, Frank n’est jamais lui-même, il ne se construit pas à partir de sa pop-culture, il ne fait que fuir, d’une manière similaire au protagoniste d’Un Illustre Inconnu, autre film vertigineux sur la fuite de sa propre identité.

Là où Ready Player One se distingue, c’est dans l’utilisation triple de ses références : paraître quelqu’un d’autre (un avatar mieux dans son corps et dans sa peau, aussi factice soit-elle), recréer son imaginaire dans un espace personnel, et décrypter les indices. C’est dans ce dernier domaine que Nolan (oui, comme « No-Lan », littéralement l’absence de connexion) et son équipe se distinguent, maniant ces diverses références comme de la chair à canon destinée à la consommation rapide.

Les employés geeks de l'IOI dans Ready Player One
Les employés geeks de l’IOI dans Ready Player One

L’uniformisation référentielle et le culte de la personnalité selon James Halliday, ou le capitalisme culturel selon IOI : voici les uniques portes de sortie de nos avatars en 2045 selon un Spielberg devenu pessimiste. Le rapport aux images et aux références dans Ready Player One est vidé de tout rapport avec le quotidien, soit le regard opposé de l’ancien comparse de Spielberg, Joe Dante. Chez Dante, l’idée de consommer des images et l’innocence que les enfants entretenaient par rapport à celles-ci, donnaient aussi aux individus la possibilité de se construire (voir Panic on Florida Beach). On retrouve cette optique dans la scène « Kubrickienne » de Ready Player One.

Kubrick ou le contre-champ

Après avoir redéfini la place du spectateur avec la course, Spielberg va, non sans une certaine jubilation, brouiller à nouveau la frontière entre l’écran et la salle de cinéma : car nos héros ne vont pas voir Shining, le grand film d’horreur de Kubrick. Ils vont entrer « dans » Shining dans un dispositif similaire à La Rose pourpre du Caïreou plus récemment Last Action Hero.

Excusez ma tenue, je sors de la douche...
Excusez ma tenue, je sors de la douche…
La réjouissante nouveauté de Spielberg est de nous mettre à la place d’Aech qui n’a jamais vu le film. Même si on connaît ce grand classique du cinéma, nous fusionnons avec Aech qui aura le malheur de s’y perdre, retrouvant ainsi une forme d’émerveillement pure, mais aussi une dangereuse naïveté face à des images qu’il ne connaît pas. Et là, Ready Player One prend la direction opposée des films de McTiernan et Allen car le personnage réel ne connaît pas le film, désamorçant le risque de Déjà Vu).
Grande idée, doublée d’une dimension interactive galvanisante pour le cinéphile connaisseur. De même que pour la course, la prouesse visuelle reste sidérante et quasi inédite aujourd’hui, à un point où discerner la reproduction numérique des plans appartenant au film original semble impossible à l’œil nu.
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Recréation du Shining de Stanley Kubrick (1980) pour Ready Player One
Le revers est que le dernier acte de Ready Player One en deviendra anticlimatique, la bataille finale semblant bien fade à côté. Cette prouesse que Brian De Palma n’avait pu qu’approcher dans Pulsions en 1980, la technologie n’étant pas assez avancée alors pour recréer totalement le Vertigo d’Alfred Hitchcock. En mettant en scène des personnages s’égarant dans l’image iconique jusqu’à s’y enfermer, voir y mourir (idée que l’on retrouve dans le récent USS Callister de l’anthologie Black Mirror), les approches respectives de De Palma et Spielberg semblent se rapprocher plus que jamais quant à l’idée d’un cinéma projetant toujours le mensonge 24 fois par seconde.
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Théoriquement passionnant, essentiellement de par ses prouesses techniques, son idée de départ et son cheminement à travers les trois clés, c’est dans la pratique et dans les interactions entre ses divers protagonistes que le projet Ready Player One va peu à peu basculer vers une profonde désillusion… Car après la place retrouvée du spectateur, le projet de Spielberg s’embarque vers une nouvelle perspective: celle de renouer un contact humain, physique, sentimental avec l’autre par le biais des images. Cette perspective est in fine l’une si ce n’est la plus importante de Ready Player One. Et c’est là que Spielberg et ses scénaristes sombrent…

Error 404 : Human connection cannot be found

Le scénario de Ready Player One est l’archétype même du mythe du « voyage du héros » campbellien (dont Star Wars de George Lucas, vieux pote de Spielberg, est sans doute l’avatar le plus célèbre dans la pop culture, y compris dans le récent huitième volet). Le cœur émotionnel de Ready Player One se tient dans la romance que vivront Wade et Samantha. Face à cet enjeu émotionnel vital pour capter l’attention du spectateur, Ready Player One va littéralement s’effondrer sur lui-même, car cette romance, aussi évidente soit-elle sur le papier, n’existe pas à l’écran.

Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Wade (Tye Sheridan) et Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

Dans le bouquin d’Ernest Cline, l’histoire d’amour se révélait être exclusivement virtuelle tout au long du récit, jusqu’à ce que nos deux héros ne se découvrent l’un et l’autre hors de l’Oasis qu’à la toute dernière page, d’où une romance à la fois comme cœur et aboutissement du livre. L’idée rappelait à merveille la conclusion d’Avatar de James Cameron.

Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)
Jake Sully (Sam Worthington) dans Avatar de James Cameron (2009)

Spielberg fait intervenir cette rencontre au beau milieu du film, désamorçant illico toute tension amoureuse pour ce concentrer sur un spectacle primaire. Même l’éblouissante scène de danse en apesanteur est dénuée de souffle érotique, et la scène du toit est d’une pauvreté narrative et émotionnelle affligeante pour un film de Spielberg. Combats virtuels et « name dropping » mis à part, leur relation ne s’épanouit pas, et ne donne jamais l’impression d’être menacée. La sentencieuse maxime finale « Only the reality is real » annihile d’un claquement de doigts tout le passionnant projet de mise en scène initié par la quête des trois clés…

Le film échoue là où Avatar et La Fille de Ryan (de David Lean), deux films dont l’axe émotionnel est la recherche de l’isolement pour la communion d’un couple (une idée très wagnérienne, tendance Tristan und Isolde), réussissaient.

Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Sarah Miles et Christopher Jones dans La Fille de Ryan, réalisé par David Lean (1970)
Ernest Cline, sans prétendre à une grande œuvre de littérature, nous faisait ressentir ce besoin du réel par une idée toute simple, que Spielberg ne s’est pas donné la peine de transposer: deux baisers. La premier, virtuel, dans l’Oasis, le second, réel, à la fin. Dans Ready Player One, l’absence d’intimité du couple, jamais seul de tout le film, condamne toute romance.  Il aura fallu deux heures vingt vidées de toute substance émotionnelle pour arriver enfin à ce dernier plan venant bien trop tard. Dans un registre identique, Scott Pilgrim d’Edgar Wright se montrait bien plus fin.

Une conclusion trompeuse

Une perspective secondaire de Ready Player One semble donner un bref répit au film, lorsque la clé finale demandera à notre héros de retrouver un rapport ludique quant aux images qu’il manipule, un amusement, une curiosité face au jeu, plutôt que d’y accomplir une performance. Malheureusement, Ready Player One dévoile le film sous un jour réellement détestable quand l’innocence des héros se mue en cynisme avec l’épisode du contrat.

James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One
James Halliday (Mark Rylance) et Wade (Tye Sheridan) dans Ready Player One

Ce happy end forcé, traversé d’une sincérité factice, d’une romance détournée, d’une morale de comptoir et du terrible « Only the reality is real » achève de reléguer Ready Player One au niveau zéro de la réflexion face à l’image. Spielberg n’est pas Verhoeven et ne prétend jamais adopter une forme tendant vers la satire pure comme dans Starship Troopers.

Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One
Samantha (Olivia Cooke) dans Ready Player One

L’image, c’est ce que le spectateur en fait, dans sa double capacité d’émerveillement et de critique, qui lui permettra de comprendre au mieux ce qui l’entoure. Après son mélancolique BGG et la promesse d’un climax émotionnel dévastateur, Spielberg capitule, davantage préoccupé par la prouesse technique jamais vue que par ce qu’elle représente. Il est pourtant l’un des derniers grands anciens, avec Clint Eastwood, James Cameron et Ridley Scott, à pouvoir faire financer un blockbuster sur son seul nom. Au lieu de nous faire redescendre sur Terre par le biais de l’émotion pure, de l’image, comme il savait si bien le faire autrefois, il choisit la morale de proximité.

Scène de bataille dans Ready Player One
Scène de bataille dans Ready Player One

Ready Player One est un gâchis. Monstrueusement ambitieux sur le papier, promettant de redonner un sens à la salle de cinéma et au grand spectacle populaire dix ans après Avatar, cette fresque sur les mondes parallèles offrait au réalisateur l’opportunité de nous livrer son Lawrence d’Arabie du futur. Quelque chose de démesuré, romantique, épique, où le regard aurait retrouvé son axe.

Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One
Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One

Un autre film, plus discret, a récemment tenté d’ouvrir la même brèche : Tomorrowland, de Brad Bird. L’imaginaire s’y ouvrait vers le champs des possibles, la critique y était acerbe, allait au bout de sa démarche, redonnait fois en la Création, au génie de chacun et aux interactions entre les individus. L’image n’y était pas mauvaise par nature, c’est l’apprentissage du regard qui lui redonnait tout son sens. Là où Brad Bird semble être le dernier à croire encore au futur, Spielberg a baissé les bras.

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STAR WARS VIII, LES DERNIERS JEDI : LUKE SKYWALKER FAIT UN RETOUR EN FORCE

3 out of 5 stars (3 / 5)
Par Clément
Alors que le Premier Ordre étend son ombre dans toute la galaxie, La Résistance continue de lutter. Rassemblée dans le vaisseau de son amirale Leia Organa (Carrie Fisher), elle tente d’échapper au Général Hux (Domhnall Gleeson). Hux possède un traqueur qui permet de poursuivre la Résistance partout. Piloté par Leia et sa vice-amirale Holdo (Laura Dern), le vaisseau sera à court de carburant tôt ou tard, synonyme de destruction sous le feu du Suprême Leader Snoke (Andy Serkis).
L'Empereur Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Le Suprême Leader Snoke (Andy Serkis) dans Star Wars 8, Les Derniers Jedi, de Rian Johnson (2017)
Sur une idée du bouillant commandant Poe (Oscar Isaac), Finn (John Boyega), une technicienne du nom de Rose (Kelly Marie Tran), et BB8, partent en mission pour désactiver le traqueur.
Pendant ce temps, Rey (Daisy Ridley) se heurte au refus de Luke Skywalker (Mark Hamill) de l’entraîner, ce dernier ne voulant plus entendre parler des Jedi. Mais le temps presse, et Kylo Ren (Adam Driver) tente d’attirer Rey en pensée vers le côté obscur…

Un Star Wars qui porte la trace de son réalisateur

Quand on travaille pour LucasFilm et Disney, votre marge de manœuvre est limitée. Mais à regarder la filmographie de Rian Johnson, on comprend le choix de la productrice Kathleen Kennedy.

Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi
Rian Johnson, scénariste et réalisateur de Star Wars 8, Les Derniers Jedi

Brick, le premier film de Rian Johnson, s’amusait à reprendre les codes des romans noirs des années 40 et 50. Sur ces bases anciennes, Johnson dynamisait son propos par une mise en scène habile et fastueuse. Dans Looper, il traitait simplement la boucle causale, sujet très rebattu du voyage temporel depuis La Jetée de Chris Marker et son faux remake L’armée des 12 singes (Terry Gilliam). Mais c’est grâce au lien entre le héros et son double vieilli, et une réalisation très riche, que le film marchait.

Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)
Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt dans Looper de Rian Johnson (2012)

Dans Breaking Bad, il transformait un médiocre huis clos (La mouche, 3.10) en démonstration de virtuosité. Et avec le culte Ozymandias (5.13), il élevait à des hauteurs vertigineuses un script qui reprenait les codes de la tragédie antique, scènes-chocs en sus.

Extrait de l’épisode Ozymandias (5.13) de la série Breaking Bad, réalisé par Rian Johnson (2013)

Scénario sans complexités, codes rehaussés par une mise en scène virtuose, attachement aux personnages plus qu’à l’histoire… Rian Johnson était un réalisateur rêvé pour Star Wars 8, les derniers jedi. L’action chez lui s’appuie plus sur les personnages que le scénario.

Star Wars : l’impossible dépassement du mythe

Claude Levi-Strauss, dans La Structure des Mythes, avait démontré qu’il n’existe pas de « bonne » version de mythe, mais que toutes ses versions se valent. Peu importe les différences entre les versions, un mythe donne toujours naissance à des versions similaires dans le fond et la forme. Nous touchons là à la force et la limite de la saga de Lucas, condamnée à chaque trilogie à adopter le même schéma mythologique, car c’est ainsi qu’un mythe se créé et se conserve.

George Lucas, créateur de la saga Star Wars
La première trilogie est une version d’un mythe connu, le récit initiatique de héros imparfaits en quête de pureté. Lucas s’est nourri des lectures de Joseph Campbell et son fameux Héros aux mille visages. La prélogie, bien qu’imparfaite, avait l’idée de raconter un récit d’initiation perverti. Un padawan faible mais pur (l’innocent enfant Anakin) cheminait vers son accomplissement ténébreux (Dark Vador). Mais cela restait le même schéma.
Alors, pourquoi s’étonner que la troisième trilogie reprenne les mêmes codes que les deux suivantes ? Le principal changement réside dans le budget et les avancées technologiques. Ce sera sûrement le cas lors de la quatrième trilogie.
Star Wars X
Est-ce vraiment une bonne nouvelle ?

Un héritage écrasant

Le talent d’auteur de Johnson, pour respecter le mythe, est étouffé par les trilogies précédentes. Pour que le mythe Star Wars perdure, il doit rester fidèle à la même histoire. Si le VII confirmait les thèses de Levi-Strauss en étant une copie conforme du IV, Star Wars 8, les derniers jedi persiste en étant un condensé des histoires du V (l’entraînement padawan-maître sur une planète perdue), du VI (le duel à trois Rey-Kylo-Snoke reprend le duel Luke-Vador-Palpatine), mais aussi de la prélogie avec Kylo, qui suit la même progression qu’Anakin. Snoke et Palpatine sont semblables, la force non maîtrisée de Rey est celle de Luke dans le V…

Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Rogue One était parvenu à se dégager de cet héritage. Son statut de spin-off, et surtout de film de guerre, plus rude et sombre que la saga originale, en faisait une pleine réussite. Émulé par ce succès, Johnson décide donc de reprendre les codes du film de guerre… mais ce n’est pas ce qu’est la saga principale. La création de George Lucas est épique, mais ne s’inscrit pas dans la tonalité plus noire du film de guerre. Cette volonté de Johnson est battue en brèche par la mise en scène qui vient constamment nous rappeler la vraie identité de la saga, d’où un entre-deux frustrant. Pourtant, Poe le commandant rebelle et l’inflexible Hondo sont de bonnes figures guerrières.

La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La vice-amirale Amilyn Holdo (Laura Dern) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Johnson n’a aucune chance d’échapper au prévisible, les trois quarts du film se devinent à l’avance. Jusqu’à un dernier acte, mis sur orbite par trois twists consécutifs (d’une manière très similaire à l’écriture de J.J.Abrams, période Alias), plus un quatrième plus loin. Là, nous voyons enfin la touche personnelle de Johnson dans le scénario. La com’ autour de l’humour du film, soi-disant le plus drôle de la saga, me paraît toutefois exagérée. Par contre, Williams retrouve des couleurs après sa BO assez atone dans le VII.


Le crépuscule d’une idole ?

Si Rey était notre guide dans le VII, Star Wars 8, les derniers jedi est l’heure de gloire de Luke Skywalker. Certes, on l’aime d’amour depuis le IV, mais Luke, héros pur, incarné par un acteur loin d’être marquant, n’était pas la figure la plus intéressante de la saga.

uke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

C’est donc avec une audace époustouflante que Johnson va révéler la part obscure de Luke. Son pêché d’orgueil, son désir de destruction du passé, se reflètent ironiquement dans le comportement de Kylo dans ce film. La confrontation finale est sans doute l’une des plus grandes scènes de la saga, pas en termes d’action mais d’émotion, où Mark Hamill nous sort le grand jeu. Ce zénith émotionnel n’est qu’un des morceaux de bravoure du film. Luke est bien l’atout maître de Star Wars 8, les derniers jedi.

Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un épisode plus centré sur les personnages

Rey est logiquement en retrait (Daisy Ridley n’est d’ailleurs pas aussi marquante que dans le VII). Adam Driver, comédien de cinéma d’auteur, avait des difficultés dans le VII à rentrer dans le costume trop grand de Kylo. L’écriture plus « character-driven » de Johnson lui permet de mieux exprimer les tourments intérieurs de Kylo. Star Wars 8, les derniers jedi développe plus le suspense concernant les actions de Kylo. Il ne réalise qu’au fur et à mesure son destin, en même temps que le spectateur, qui guette ses réactions. Quand Vador était un génie du mal, Kylo est porté par un nihilisme absolu et semble-t-il sans espoir.

Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Kylo Ren (Adam Driver) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Bien sûr, on ne peut oublier l’immortelle Leia, et la fabuleuse Carrie Fisher, qui nous a quittés fin 2016. Leia nous émeut et nous ravit toujours dans Star Wars 8, les derniers jedi. Elle manquera dans le IX. Le générique de fin lui rend hommage.

La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi
La Princesse Leia Organa (Carrie Fisher) dans Star Wars 8, les derniers jedi

BB8 est fidèle au poste, donnant de sa personne comme jamais. Les mignons Porg sont bien partis pour être les successeurs des Ewoks, mais demeurent à la périphérie. Leurs apparitions, soigneusement calculées, provoquent rire et attendrissement. On les a comparés aux Totoros de Mon voisin Totoro de Miyazaki. Ils m’ont surtout rappellé le Chat Potté de Shrek dans leur manière d’ouvrir des grands yeux à faire fondre le coeur de n’importe qui.

Porg dans Star Wars 8
T’as de beaux yeux, tu sais ?
Côté fan service, quelques figures tutélaires apparaissent, sans parasiter le récit. Souvent avec humour.

Morceaux de bravoure

Si le Rian Johnson scénariste ne peut grand-chose, le réalisateur vient à la rescousse, mais pas de la manière attendue. Star Wars 8, les derniers jedi est sans doute le plus sobre des Star Wars côté action. Les combats sont peu présents, tout se joue sur le suspense des trois arcs principaux. Sa réalisation toute en fluidité, son montage tranquille, sont à rebours de la débauche visuelle parfois vaine du VII et de la prélogie, au risque d’être dans l’excès inverse.

Finn (John Boyega) et Captain Phasma (Gwendoline Christie) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Certains plans sont superbes, comme le travelling compensé du gouffre du côté obscur, venant du Vertigo d’Hitchcock, le travelling avant dans la scène du casino, qui rejoint ceux de Panic Room de Fincher, ou les reflets infinis de Rey dans la caverne de l’île. Rian Johnson est un redoutable technicien, aussi virtuose qu’Abrams, tout en renonçant à son emphase visuelle, parfois creuse.

Quand il faut faire des courses-poursuites un poil fêlées ou des missions-suicides, il fait le job. On retiendra certaines séquences-chocs qui sont comme autant de coups d’échecs : coup de desperado, sacrifice de déviation, gambit, voire un swindle en deux temps de Luke (qui a déclenché un immense éclat de rire dans la salle, suivi de deux salves d’applaudissements)… Sur l’échiquier galactique, chaque coup fait pencher la balance. Star Wars 8, les derniers jedi est autant un récit épique qu’un film à suspense, rejoignant les premiers essais de Johnson.

Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi
Finn (John Boyega) et Rose Tico (Kelly Marie Tran) dans Star Wars 8, les derniers jedi

Un huitième volet digne

Star Wars 8, les derniers jedi frappe de plein fouet les limites narratives de la saga. Mais en lui-même, ce blockbuster sobre et en tension constante, est une superbe réussite technique et émotionnelle. Certes loin de la première trilogie, il marque une amélioration évidente par rapport au Réveil de la Force.

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KINGSMAN 2, LE CERCLE D’OR : LA MOORE DU RISQUE

Colin Firth et Taron Egerton dans Kingsman : le cercle d'or, de Matthew Vaughn
      

Par Clément


La vieille anglaise et l’oncle Sam


Eggsy – alias Galahad (Taron Egerton) – vient d’échapper à une tentative d’assassinat par son ancien compagnon d’armes Charlie (Edward Holcroft). Il se retrouve le témoin impuissant de la destruction de l’organisation Kingsman. 

Avec l’agent Merlin (Mark Strong), seul autre survivant, il laisse derrière lui sa fiancée et part à la distillerie Statesman, couverture de l’organisation Kingsman aux États-Unis. Elle est dirigée par Champagne (Jeff Bridges), et par son second Tequila (Channing Tatum). 

Champagne (Jeff Bridges) dans Kingsman, le cercle d'or de Matthew Vaughn (2017)
Champagne (Jeff Bridges) dans Kingsman le cercle d’or de Matthew Vaughn (2017)

Ils y retrouvent Harry Hart (Colin Firth), qui a en fait survécu à sa confrontation avec Valentine.

Avec l’agent Whiskey (le film donne une folle envie d’aller au bar), Galahad, Harry et Ginger Ale (Halle Berry), vont lutter contre Poppy Adams (Julianne Moore), nouvelle patronne de Charlie. 

C’est elle qui a annihilé Kingsman. Cette baronne de la drogue a échafaudé un complot à l’échelle mondiale.

Les séries d’espionnage britanniques des années 60 et 70

Kingsman est à l’origine un comics explosif. Le pari du premier volet était d’allier les codes des fictions britanniques des sixties et un traitement contemporain plus pop, dans un style très Tarantino. 

Or, Tarantino sait équilibrer réalisme et esthétisme de la violence (sauf dans son dernier film en date). Le survolté Matthew Vaughn, lui, parodie la violence : on se souvient de l’hilarant feu d’artifice des têtes qui explosent au son de la célèbre Pump and Circumstance no. 1

Comme dans les Kick-Ass qui se moquaient des super-héros, Vaughn et sa fidèle co-scénariste Jane Goldman (plus à son aise que quand elle écrit pour Burton) rendaient un hommage ironique aux agents britanniques de fiction.

Aaron Taylor-Johnson et Chloë Grace Moretz dans Kick-Ass de Matthew Vaughn (2010)
Aaron Taylor-Johnson et Chloë Grace Moretz dans Kick-Ass de Matthew Vaughn (2010)

L’envol des séries britanniques date des années 60. Elles prospérèrent dans le genre espionnage/aventures dès le succès de la sombre Destination Danger, qui reste moderne aujourd’hui. L’aventurier Simon Templar, de la série Le Saint, ou le so British Harry Rule, de la série Poigne de fer et séduction, sont autant de modèles pour les Kingsmen.

Harry Rule (Robert Vaughn) dans la série Poigne de fer et séduction créée par Gerry Anderson (1972-1974)
Le sommet, c’est Chapeau melon et bottes de cuir, influence directe pour la franchise Kingsman. Son héros, John Steed, après des débuts rudes, devient l’archétype du parfait espion anglais de fiction, l’homme d’action gentleman. Il est clairement le modèle d’Harry Hart.

John Steed (Patrick Macnee) de la série Chapeau melon et bottes de cuirHarry Hart (Colin Firth) dans les Kingsman de Matthew Vaughn

John Steed (Patrick Macnee, à gauche) de la série Chapeau melon et bottes de cuir créée par Sydnew Newman et Leonard White (1961-1969, 1976-1977), modèle d’Harry Hart (Colin Firth, à droite) dans les Kingsman

Un buddy movie à l’ancienne

Dans Kingsman le cercle d’or, on assiste à un choc des cultures entre Britanniques et Américains, ce qui l’oriente vers le buddy movie (deux personnalités opposés doivent faire équipe malgré elles) : la culte Amicalement vôtre, où le sanguin américain Danny Wilde doit faire équipe avec le très oxfordien Lord Sinclair. Leur rivalité complice est la même qui unit les Kingsmen et les Statesmen.

Danny Wilde (Tony Curtis) et Lord Brett Sinclair (Roger Moore) dans Amicalement vôtre, série créée par Robert S. Baker (1971-1972)
Danny Wilde (Tony Curtis) et Lord Brett Sinclair (Sir Roger Moore) dans Amicalement vôtre, série créée par Robert S. Baker (1971-1972)
Vaughn n’a pas caché de même l’influence des premiers James Bond, solaires, décomplexés, ludiques, loin de l’orientation plus torturée des Daniel Craig qu’il n’aime pas. On y retrouve la violence, le dépaysement, l’espionnage fantasmé, le duo cerveau diabolique-homme de main. Sans oublier des clins d’oeil à la pelle : le cache-oeil d’Harry rappelle celui de Largo dans Opération Tonnerre, Halle Berry était James Bond girl de Meurs un autre jour.
Tequila (Channing Tatum) et Ginger Ale (Halle Berry) dans Kingsman, le cercle d'or
Tequila (Channing Tatum) et Ginger Ale (Halle Berry) dans Kingsman le cercle d’or

Si le premier Kingsman trouvait le ton juste entre British touch, action pure, pastiche, et mise en scène déchaînée, qu’en est-il du deuxième ?

Une américanisation de la saga

Kingsman le cercle d’or, déçoit sur pas mal de points : on assiste à une déperdition du charme britannique du premier volet au profit d’une américanisation à marche forcée, fléau qui atteint des séries britanniques très populaires (comme Doctor Who avec le Onzième Docteur). À l’exception de quelques clins d’oeil au premier volet (comme la bagarre dans le bar) Eggsy, Merlin et Harry laissent tomber leurs réflexes britanniques au profit d’une action, d’un drama, plus conventionnels : ceux des blockbusters US.

Eggsy alias Galahad (Taron Egerton) dans Kingsman le cercle d'or
Eggsy alias Galahad (Taron Egerton) dans Kingsman le cercle d’or

Vaughn et Goldman se voient donc contraints de caricaturer pour que le choc fonctionne : cowboy fan de rodéo et de country, rednecks, entrepreneur familial au fort accent. Tout cela rend l’humour du film assez facile. De plus, les agents américains restent en retrait.
Whiskey (Pedro Pascal) dans Kingsman, le cercle d'or
Whiskey (Pedro Pascal) dans Kingsman le cercle d’or
Kingsman le cercle d’or s’éparpille en plusieurs mini-aventures, selon la facture des James Bond, mais se montre bien plus bavard que son modèle, ce qui ne fait que diminuer l’action.

Cette américanisation se retrouve dans une édulcoration de la mise en scène, faite pour attirer un large public. Fini les gros jets de sang ou un jeu de massacre dans une église. A l’exception du climax, Vaughn en reste à des cascades impressionnantes dans le style James Bond. C’est parfaitement exécuté, mais on s’éloigne du côté hardcore du comics original et du premier film.

Eggsy (Taron Egerton) et Merlin (Mark Strong) dans Kingsman le cercle d'or
Eggsy (Taron Egerton) et Merlin (Mark Strong) dans Kingsman le cercle d’or


Les femmes en arrière-plan

Je reprochais au premier film une déficience de l’écriture des personnages féminins, invisibilisés par leurs collègues masculins (Lancelot) ou réduites à l’état d’objet sexuel (Tilde). Logique, étant donné l’hommage aux premiers Bond (très machistes). 


Kingsman le cercle d’or, évacue Lancelot en vitesse, la mise Ginger reste à l’arrière-plan. Tilde est un boulet,. quant à Clara (l’ex de Charlie) elle est vue uniquement comme cible sexuelle. Hit-Girl avait bien plus de gueule.

Clara (Poppy Delevingne, soeur de Cara), dans Kingsman, le cercle d'or
Clara (Poppy Delevingne, soeur de Cara), dans Kingsman le cercle d’or
Seule Julianne Moore s’en sort bien. Goldman et Vaughn ont eu le réflexe salutaire de lui confier le meilleur rôle du film.

Julianne Moore en roue libre

Kingsman le cercle d’or est un One-Julianne Moore-show : l’actrice s’éclate dans son rôle de super-méchante girly, semant les pires horreurs sans se départir de son sourire Colgate. 

Moore confirme son aisance dans les blockbusters. Toutefois, Poppy n’est pas tout à fait satisfaisante : quand Valentine, du premier épisode, était un mégalo vaguement ridicule, Poppy est une méchante au premier degré. Elle fait néanmoins de l’humour pince-sans-rire. On retient sa recette de burgers, manifestement inspirée par Sweeney Todd

Poppy Adams (Julianne Moore) dans Kingsman, le cercle d'or
Poppy Adams (Julianne Moore) dans Kingsman le cercle d’or

Ses revendications sont originales car elles pointent vers l’actualité de la guerre contre la drogue, et les légalisations.

Mais on fermera les yeux sur son plan diabolique, grandiloquent comme on aime, mais peu crédible, même avec une massive suspension d’incrédulité.
Matthew Vaughn survolté

Matthew Vaughn réussit quelques morceaux de bravoure comme l’ouverture, une scène de téléphérique fou, et le final.
Charlie (Edward Holcroft) et Poppy (Julianne Moore) dans Kingsman le cercle d'or
Charlie (Edward Holcroft) et Poppy (Julianne Moore) dans Kingsman le cercle d’or
Alors que la plupart des films ayant des caméos de célébrités se contentent de les faire défiler quelques secondes, Vaughn a l’audace d’inclure Elton John au coeur de l’action.
A noter, un président américain totalement incapable et inquiétant (toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite), des gadgets en folie dont un traqueur très… spécial.

Quel avenir pour la franchise ?


Le casting de Kingsman le cercle d'or
Le casting du film

Kingsman 2, le cercle d’or perd de son originalité en diluant ses deux principes de base : son inspiration vintage et son esthétique pop, mais reste un honnête divertissement grâce à son réalisateur déchaîné, qui retrouve de temps à autre ses délires irrévérencieux. Espérons que le troisième volet abdiquera moins sur ce qui fait la spécificité de la saga.

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