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Sully, de Clint Eastwood

Sully, de Clint Eastwood : y a-t-il un pilote dans l’avion ?

1 out of 5 stars (1 / 5)


Il est naturel d’analyser une œuvre via la personnalité de son créateur. C’est d’autant plus vrai dans le cas de Clint Eastwood. Car l’on discerne des constantes dans toute sa filmographie, en tant qu’acteur et réalisateur.

Clint Eastwood : une certaine idée de l’Amérique

L’un de ses thèmes favoris est une certaine idée de l’Amérique, où ses habitants sont des personnalités autonomes, pas forcément cultivées, mais droites. Pour paraphraser Les Mots de Sartre, Eastwood dépasse les séductions de « l’élite » par le travail et la foi. Aussi, cela implique de transgresser les règles établies, quitte à se faire des ennemis.

Citons quelques figures d’Eastwood qui correspondent à cette définition. D’abord, un inspecteur outré que les droits des victimes passent après celles des criminels. Aussi, il envoie balader toutes les procédures pour les coffrer/liquider. Voilà le sujet de L’Inspecteur Harry (1971) et de ses suites.

Clint Eastwood dans L'Inspecteur Harry (1971), réalisé par Don Siegel

Clint Eastwood dans L’Inspecteur Harry, réalisé par Don Siegel (1971)

Le chanteur raté mais prêt à tout pour un ultime baroud d’honneur dans Honkytonk Man (1982). Une boxeuse à l’énergie brute, prête à se plier en seize pour devenir une championne, celle de Million Dollar Baby (2004). Mais l’ex-militaire dur-à-cuire mais humain de Gran Torino (2008) est sans doute le plus bel exemple.

Mais Eastwood parle aussi de personnalités qu’il admire : Charlie Parker qui résiste aux humiliations dans Bird (1988), attitude qui inspira le récent Whiplash. Nelson Mandela, qui galvanise un pays désuni en montant une équipe de rugby dans Invictus (2009).

Morgan Freeman dans Invictus, réalisé par Clint Eastwood (2009)

Morgan Freeman dans Invictus, réalisé par Clint Eastwood (2009)

Eastwood filme des hommes vus comme des héros, alors qu’ils ne font que suivre leur conscience et leurs convictions. Sully s’inscrit dans cette voie.


Sully, nouveau héros de Clint Eastwood

Eastwood n’a pas suivi de grandes études. En effet, il est plus proche d’un self-made-man que d’un intellectuel (qui incarne souvent le méchant de ses scénarios.) Alors, oui, ce mépris est critiquable. Mais il est raccord avec sa foi dans le rêve américain, dont il est un éclatant représentant. De même, ses héros ne font que leur devoir. Aussi, ce n’est pas anodin que Sully se définisse ainsi.

Chesley « Sully » Sullenberger, a 42 ans de vol à son actif. Mais ses nerfs sont mis à rude épreuve quand les deux moteurs de son avion lâchent. Aussi, il choisit d’amerrir en urgence sur la rivière de l’Hudson. Pourtant, les probabilités de survie quasi nulles. D’ailleurs, aucun aviateur n’a accompli cet exploit avant lui. Malgré tout, il réussit l’impossible. Au final, tout le monde est sain et sauf.

Mais en choisissant une manœuvre à haut risque, les officiels de la NTSB (le Conseil National de la Sécurité des Transports aux US) lui reprochent de ne pas avoir pris l’option « plus sûre » d’être retourné à l’aéroport, prétendant que c’était possible. Un point sur lequel Sully est en désaccord.

En jeu : sa carrière, sa pension, sa retraite, son image ! Donc, un héros et un sujet comme Eastwood les adore. Puisque nous avons en toile de fond, le combat juste et oppressant de Sully contre une administration absurde. Harry Callahan n’est pas loin.

Tom Hanks et Clint Eastwood sur le tournage de Sully

Tom Hanks et Clint Eastwood sur le tournage de Sully


Une mise en scène décevante

Et sur la forme ? Il faut l’avouer : l’exécution de Sully déçoit.

Car si le sujet de Sully est typique des films d’Eastwood, on ne trouve nulle part sa « patte » dans une mise en scène informelle. En réalité, cette réalisation rappelle les blockbusters aseptisés et interchangeables qui polluent le cinéma américain depuis des décennies. Sully est le film le plus cher d’Eastwood (60 millions de dollars). Et en effet, le réalisateur cède trop au spectaculaire, jusqu’à reproduire l’intégralité de l’amerrissage une seconde fois. Quant aux simulations, Eastwood en montre quatre similaires dans leur exécution. Le reste du temps, il filme platement des champ/contrechamp lors de dialogues interminables. Car Sully est un film trop bavard.

Pour peu qu’on connaisse le talent habituel du Clint derrière la caméra, il signe ici clairement sa plus mauvaise direction. Il n’est pas aidé par un montage soporifique qui achève d’immobiliser le rythme de Sully, y compris lors des scènes du crash (« amerrissage forcé » corrige Sully). En effet, les plans s’enchaînent mécaniquement. De plus, il y a quelques frivolités, comme des hôtesses en mode enregistreur rayé qui donnent plus à rire qu’à trembler.

Sully (Tom Hanks) dans Sully, réalisé par Clint Eastwood (2016)

Sully (Tom Hanks) dans Sully, réalisé par Clint Eastwood (2016)

Sully : la confusion des genres

Le scénario hésite entre trois genres : action, drame psychologique, procès. Néanmoins, Sully n’arrive pas à se décider. Alors, le film picore au petit bonheur : cela achève d’éparpiller le film. Eastwood, ici, n’est pas un réalisateur d’action. Le film est quasiment un blockbuster, mais ironiquement dépourvu de flamme et d’énergie. On viendrait presque à souhaiter des explosions à la Michael Bay pour agiter tout ça ! Par ailleurs, la partie procès souffre des mêmes défauts. Car on y retrouve les mêmes champs/contrechamps incessants, avec des acteurs récitant mécaniquement leurs répliques. De plus, nous n’avons qu’un seul rebondissement en trente minutes, sans aucune passe d’armes. Sully est bien un film de procès mais sans ses codes.


Même Tom Hanks loupe le coche

Tom Hanks a sans doute bien travaillé pour faire un « Sully » plus vrai que nature (le vrai Sully l’a d’ailleurs félicité), mais ses expressions faciales se comptent sur les doigts d’une main. On se demande s’il ne s’ennuie pas à toujours jouer avec un jeu momifié, sans nuances. Cela entrave le personnage, qui reste un héros parfait, humble, droit, juste, sans zone d’ombre.

Pourtant, les héros d’Eastwood ne sont pas des oies blanches, c’est leur côté subversif (au mieux) ou détestable (au pire), joint à une croisade morale, qui font leur charme. Sully est un pur, un héros de cinéma chiant, mais alors massif ! Sur un sujet similaire (et avec la même NTSB tatillonne), le héros de Flight (2012), réalisé par Robert Zemeckis, était plus ambivalent. De plus, le suspense était bien plus soutenu.

Affiche de Flight, réalisé par Robert Zemeckis (2012)

Affiche de Flight, réalisé par Robert Zemeckis (2012)



Des personnages secondaires creux

L’épouse de Sully n’a aucune utilité à l’intrigue, son faire-valoir de second ne fait que pérorer, les officiels sont interchangeables. Bref, il n’y a aucun personnage mémorable à l’horizon.

On notera que l’une des bureaucrates est incarnée par Anna Gunn, l’excellente interprète de Skyler White dans Breaking Bad. Un choix logique pour une femme glaciale et chicaneuse.

En passant, les fans de la série Younger reconnaîtront Molly Bernard, la rousse excentrique, dans le rôle d’une maquilleuse.

Molly Bernard dans Younger, série créée par Darren Star (2015-)

Molly Bernard dans Younger, série créée par Darren Star (2015-)

Eastwood et son scénariste veulent défendre la vision d’une Amérique solidaire, dont les habitants sont les rouages indispensables d’une réussite. Par exemple, sauver en 24 minutes des passagers piégés par des eaux glacées.

Une bataille positive et vibrante en soi, mais desservie par des clichés énormes : gros crashes fantasmés pour exprimer l’esprit tendu de Sully, révélation miraculeuse, patriotisme pompeux officiels ne cherchant qu’à salir le héros du jour…

Toutefois, exalter le patriotisme ricain sans excès est possible. Qu’on pense au très bon Vol 93 (2006) de Paul Greengrass, et ses passagers qui empêchèrent l’un des avions du 11 septembre de s’écraser sur le Pentagone.

Affiche de Vol 93, de Paul Greengrass (2006)

Affiche de Vol 93, de Paul Greengrass (2006)


Sully : Un film hyper calibré

Sully concentre plusieurs thématiques chères à Eastwood, qui lui ont tant réussi par le passé. Mais leur exécution hyper calibrée, mécanique, coulée dans le moule du film patriotique fait pour plaire au public populaire (le film fait un carton aux USA), ne fonctionne pas. Aussi, on souhaite qu’Eastwood trouve pour son prochain film un scénario qui en vaille la peine, et défende moins grossièrement ses idées les plus humaines.

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Clément
Clément

Docteur en binge watching. Donne les Réponses aux Grandes Questions sur les Séries, les Films, l'Univers et le Reste (mais surtout les Séries et les Films).

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