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Still Alice : se souvenir des belles choses


4 out of 5 stars (4 / 5)

 
Dans Still Alice, une grande linguiste atteinte d’Alzheimer tente de rester la même malgré la maladie. Que reste-t-il si l’on est sans mémoire ? Comme le montrait finement Zabou Breitman dans Se Souvenir des belles choses, la perte de mémoire commence d’abord par la parole. Alice vit donc le cauchemar de tout linguiste: perdre ses mots.

Les mots pour le dire

 
Quand on est défini que par son seul verbe et ses talents académiques, que reste-t-il si les mots manquent ?
 
Richard Glatzer, co-réalisateur du film, souffre de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) handicap qui l’empêche de parler. Il est donc en première ligne pour savoir ce que ressent quelqu’un qui a perdu ses mots. Il a communiqué sur un iPad avec le reste de l’équipe pour tourner le film.

 
Richard Glatzer et Wash Westmoreland, réalisateurs de Still Alice
Richard Glatzer et Wash Westmoreland, réalisateurs de Still Alice
 

Il y a un an paraissait un article concernant une Australienne qui, après un grave accident de la route, s’est mise à parler anglais avec l’accent français. Elle en était très malheureuse, et évoquait la sensation d’avoir perdu un morceau de son identité.
 
Le syndrome de l’accent étranger est fort rare: 62 cas dans le monde seulement ont été recensés.

 

C’est beaucoup moins qu’Alzheimer. Alice, comme beaucoup de malades, a peur de tout oublier. A l’instar du film de Zabou Breitman, on assiste à la descente aux enfers d’une femme atteinte d’Alzheimer beaucoup plus tôt que prévu. 


Isabelle Carré dans Se Souvenir des belles choses, de Zabou Breitman (2001)

 
La scène de la recette de cuisine est similaire dans les deux films. La difficulté de se souvenir des instructions sur enregistrement aussi. De petits mensonges en non-dits, de maladresses en stratagèmes ratés, Alice tente de cacher son handicap le plus longtemps possible.

Un rapport mère-fille conflictuel

 
« Still Alice » signifie à la fois « Rester Alice » et « Alice Immobile. » La réalisation est remarquable: sobre, sans pathos, elle insiste beaucoup sur la mise au point. La caméra joue sur les zones de flou et de non-flou en fonction de l’état d’esprit d’Alice, perdue ou sereine.
 
On croirait aisément que Still Alice parle d’Alzheimer, ou d’une femme qui en souffre. Le film va plus loin. Il met en son cœur une relation mère-fille d’une grande justesse. Comme dans de nombreux films sur la maladie, l’héroïne cherche à s’assurer que tout ira bien quand « elle ne sera plus là. »
 
Lydia, fille d’Alice, rêve de devenir actrice et refuse l’université. Pour une académique comme sa mère, c’est inconcevable. La relation mère-fille est donc conflictuelle.
 
Aborder Alzheimer au cinéma n’a rien d’aisé.

Alzheimer au cinéma

 
Robot and Frank parlait récemment de la maladie sur un ton plus léger. Un vieux grincheux se voyait offrir un robot domestique qui devenait son ami. La question de la mémoire était double: celle du vieil homme et celle du robot, que l’on peut effacer à sa guise.

 

Frank Langella jouait à la perfection cet homme un peu sec et finalement sentimental. Là réside l’intérêt des films sur la maladie: l’interprétation. Eddie Redmayne obtiendra peut-être l’oscar pour avoir incarné si bien Stephen Hawking dans Une Merveilleuse histoire du temps.

 

 

Dans Amour de Michael Haneke, Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ont tous deux été primés, en plus de la fameuse palme d’or qu’obtint le film à Cannes. L’oeuvre de Haneke, cependant, était déprimante, froide, et l’on peut dire, sans mauvais jeu de mots, clinique. 


Une histoire d’amour 

Still Alice sera peut-être récompensé d’un oscar, celui de la meilleure actrice pour Julianne Moore, toujours fine et vibrante dans ce rôle difficile. Elle avait déjà obtenu la palme d’or pour son rôle d’actrice névrosée dans Maps to the Stars, et elle a toutes ses chances cette année. Sans parler d’Alec Baldwin et Kristen Stewart pour leur second rôle.

C’est un plaisir de revoir Baldwin dans un autre rôle nuancé après l’excellent Blue Jasmine de Woody Allen.

Quant à Kristen Stewart en fille cadette, elle prouve une fois de plus qu’elle a sa place dans le cinéma d’auteur.

On voit naître dans Still Alice ce qui manque tant à Amour de Haneke: l’espoir.

Le dernier mot du film de Richard Glatzer et Wash Westmoreland est justement le même que pour le titre du film de 2012. Ce mot prend une dimension méta-filmique quand Lydia fait la lecture à sa mère à la fin de Still Alice :

– De quoi parle cette histoire, Maman ?

– D’amour.


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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

3 commentaires pour l’instant

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OrianePublié le 6:57 - Fév 22, 2015

Merci Marla pour ton analyse, j'ai encore plus envie d'aller le voir. Le fait qu'il comporte des scènes similaires à Se souvenir des belles choses me conforte dans cette idée. J'espère que Julianne Moore aura l'Oscar même si j'ai une préférence pour Rosy Posamund. 🙂

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Luc UngPublié le 2:35 - Mar 24, 2015

Merci Marla pour l'analyse. C'est le film qui m'a le plus touché depuis 8 mois. Entre perdre tout ce que l'on a acquit matériellement dans l'espace d'une vie et perdre tout ce que l'on a acquit spirituellement, je trouve que le second fait bien plus peur…
A ajouter dans ma liste des films qui ont changé ma vision de la vie.

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    MarlaPublié le 7:06 - Mar 24, 2015

    Wow, rien que ça !
    Je crois que c'est parce que je suis linguiste que le film m'a touchée.
    Perdre ses mots, quand on n'aime que cela, et qu'en plus on écrit…
    Et c'est si joliment montré dans le film.
    Bonnes séances, Luc

    Marla

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