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ROSEMARY’S BABY: L’ANTÉCHRIST SELON POLANSKI

1968. A l’heure où le peuple français se soulevait, où les mœurs américaines se libéraient, Rosemary’s Baby sortait en salles. Le film, tout comme le roman publié l’année précédente, semble anachronique: à l’époque où les hippies remettaient en cause l’ordre établi, on découvrait sur les écrans le couple conservateur formé par Mia Farrow et John Cassavetes.
20 ans plus tard, Doris Lessing publiait The Fifth Child (Le Cinquième enfant) et décrivait à son tour un couple traditionnel, qui se mariait pour remplir leur maison d’enfants et d’invités, alors que l’Amérique était en pleine libération sexuelle.

Vous avez dit « classique » ?

Pourquoi des dizaines de films parlent de l’antéchrist sans marquer les mémoires, quand quelques rares élus deviennent des références?
Un classique se reconnaît dès les premières images… et notes de musique.
Ce Manhattan de jour, filmé en travelling lent, pourrait être l’oeuvre de Woody Allen, qui tombera justement sous le charme de Mia Farrow. Lui aurait choisi une musique jazzy, comme à son habitude. 
Ce travelling latéral, de droite à gauche, est mine de rien assez inhabituel. Le travelling balaye généralement le décor dans le sens de la lecture, de gauche à droite. Ainsi, subtilement, Polanski nous invite à l’étrange. La caméra caresse les toits new-yorkais, et termine sur en plongée, arrivant sur le fameux immeuble. La plongée permet de le déformer légèrement, le rendre un rien effrayant avant même le début de la trame. Le spectateur voit les choses du dessus (comme Dieu, peut-être) et témoigne, sans le savoir encore, de l’avènement du diable.

Musique et terreur

La berceuse, la voix féminine, le nom des acteurs sous forme de ruban rose, tout inspire la douceur et la calme, et pourtant le spectateur devine que quelque chose se cache sous l’apparente perfection. En fond sonore, une boîte à musique qui semble rouillée. Surtout, les premières notes, touches de piano les plus aiguës, qui résonnent sur le logo de la Paramount, nous avertissent d’emblée d’un danger, comme les deux notes graves annoncent l’arrivée du requin dans Les Dents de la mer. C’est Mia Farrow elle-même qui chante, et un violon joue la tierce, annonçant déjà le chagrin et le drame.
Le classique se reconnaît aussi à posteriori. La berceuse dans le film d’horreur est devenu un canon, voire un cliché du genre. Ce n’était pas la première fois qu’on usait d’une chanson douce pour effrayer le spectateur.
Fritz Lang lui-même siffla la suite pour orchestre Peer Gynt, de Edvard Grieg, dans M le Maudit (1931)
Sans oublier Robert Mitchum et son terrifiant « Leaning » dans La Nuit du chasseur, de Charles Laughton (1955)
La mélodie de la berceuse reviendra tout le long de Rosemary’s Baby: version enlevée quand le couple s’installera joyeusement dans son appartement,  et en version déformée au synthétiseur quand on approchera du climax, avant reprise de la berceuse originale au générique de fin, où la caméra s’élève pour quitter l’immeuble.
Pendant le film, on entend aussi « La Lettre à Elise » à plusieurs reprises, qui deviendra un accompagnement classique des films d’horreur, y compris la version de Ça de Stephen King en 1990.

Critique subtile de la société de consommation

Ce parfait couple de la classe moyenne  supérieure américaine emménage dans un grand appartement new-yorkais. On entend bientôt la litanie inquiétante des voisins derrière le papier-peint.
Face à Mia Farrow et John Cassavetes, Ruth Gordon, inoubliable vieille sarcastique dans Harold and Maud, est splendide en Minnie Castevet,  voisine excentrique.
Ruth Gordon et Mia Farrow dans Rosemary’s Baby, de Roman Polanski (1968)
Rosemary a tout de la parfaite maîtresse de maison des années 60: des robes enfantines aux couleurs acidulées aux perles en boucles d’oreilles, en passant par la coupe de cheveux au carré, légèrement relevé en bas. En somme, une Bree Van der Kamp 35 ans avant Desperate Housewives.
Mia Farrow dans Rosemary’s Baby, de Roman Polanski (1968)



Publicité des années 60

Marcia Cross (Bree Van der Kamp) dans Desperate Housewives

Le diable est dans les détails

Guy Woodhouse, le mari, joue dans des publicités mais rêve de rôles véritables. Après un coup de téléphone, Guy annonce à sa femme qu’il a décroché un rôle, car l’acteur pressenti s’était réveillé aveugle au matin. Sur un ton anodin, il ajoute « I got the part, it’s a hell of a way to get it, » rendant à l’expression figurée son sens littéral. L’enfer, dans Rosemary’s Baby, n’est pas seulement une façon de parler.

L’ironie dramatique est aussi le signe d’un film d’horreur réussi. On se souvient du plaisir de revoir Sixième Sens, et de remarquer les indices qui préparent la surprise finale.

Polanski a l’intelligence d’insérer juste ce qu’il faut de réalisme dans son film avant de nous plonger dans le fantastique.

Quand elle ressent d’étranges douleurs, Rosemary a peur de souffrir d’une grossesse extra-utérine. Cette idée d’un embryon qui pousserait en-dehors de l’utérus correspond parfaitement à l’image d’une grossesse « monstrueuse. » Dans Alien, en 1979, on assistera carrément à un accouchement monstrueux. 

Par un jeu de piste en anagrammes, un livre guidera Rosemary sur la voie de la vérité.

C’est drôle, des années plus tard, un autre livre aidera un écrivain à percer le sombre secret d’un homme politique dans The Ghost Writer (2010) d’un certain… Polanski.

Les enfants du diable (Attention Spoilers)


On mesure aussi de l’impact d’un film en regardant tous ceux qu’il a inspirés.

Rosemary s’éloignera du cliché de la femme modèle en changeant de coiffure. Dans L’Associé du diable (1997) où il est également question d’antéchrist, Charlize Theron prendra la même décision.

Dans cette scène, Mary-Ann voit, lors d’un cauchemar, un bébé monstrueux. L’image ne vous rappelle rien ? 

Piper Laurie dans le rôle de Margaret White, prenant sa fille pour l’antéchrist dans Carrie de Brian de Palma (1976)

Essie Davis dans Mister Babadook, de Jennifer Kent (2013)


Polanski a la finesse de ne pas nous montrer l’enfant. Dans la scène finale, le réalisateur préfère un gros plan sur les yeux exorbités de la mère découvrant le bébé dans le berceau, sur une musique terrifiante. Avant les dernières secondes, où la chanson initiale résonne quand la mère vient bercer l’enfant. Le regard aimant de Mia Farrow ne s’oublie pas.

Courez voir Rosemary’s Baby en réédition, classique du film d’épouvante, tendre et triste comme une berceuse.

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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Jean-Pascal MatteiPublié le 5:07 - Sep 26, 2014

Bonsoir Marla,
Le film adapte fidèlement le roman de Levin (auquel il donna une suite) et doit beaucoup de son climat sataniste au méconnu et vénéneux "La Septième Victime" de Robson. Avant de composer ce testament, Komeda suivit une autre blonde dans sa folie subjective : Catherine Deneuve dans "Répulsion". Au chapitre 'livres', n'oublions pas "La Neuvième Porte", où le réalisateur s'amusait des grimoires et autres sciences dites occultes. 'Hell' commence (presque) comme 'Hollywood', et le film, même situé à New York, peut se lire comme une satire de la Cité des Anges (déchus), avec ces acteurs prêts à vendre leur âme (et accessoirement le ventre de leur épouse) pour intégrer le miroir (des fantômes) aux alouettes. Polanski ne croit pas au Diable, même s'il le rencontra à deux reprises dans sa vie (enfance polonaise sous le joug nazi et fait divers atroce qui vit un autre démon ravir un autre enfant)…

Sur "Rosemary's Baby" :
http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/le-regard-disparu-apres-le-cinema_14.html?view=magazine
Sur la musique en contrepoint de l'horreur :
http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/requiem-pour-un-massacre-la-musique_7.html?view=magazine

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