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REAL : VOYAGE AU COEUR DE L’INCONSCIENT

Dès les premières minutes de Real, le spectateur est plongé dans l’univers fantastique et onirique de Inception : la possibilité est donnée aux individus de visiter l’inconscient d’un autre, et d’interférer avec lui. Koichi va ainsi pénétrer l’inconscient de sa fiancée, Atsumi, qui a tenté de mettre fin à ses jours un an plus tôt. Pour comprendre son geste, il entreprend ce voyage fascinant et dangereux.
Dans ce film futuriste, on ne sait plus bien qui pénètre l’esprit de l’autre. Si ce thème a été récemment exploré dans Inception, il fait aussi référence à une fable philosophique chinoise très ancienne, celle de   Zhuangzi et le papillon. Un sage rêve qu’il est papillon. Au réveil, il se demande s’il n’est pas un papillon qui a rêvé être Zhuangzi.
Real propose une réflexion sur le rêve et la réalité, en brouillant constamment les pistes. Kiyoshi Kurosawa, réalisateur de l’excellent Shokuzai, revient à ses thèmes fétiches de l’enfance et de la culpabilité.
shokuzai.jpg
Il offre un film que l’on pourrait qualifier de très japonais : les voyages fantastiques des deux héros rappellent ceux des Amants du Spoutnik de Haruki Murakami. Les scènes effrayantes évoquent les meilleurs films d’horreur japonais, comme Dark Water. Le cinéaste s’était d’ailleurs essayé aux thrillers teintés d’épouvante dans ses premières œuvres.
Real rend surtout hommage aux mangas. Atsumi est dessinatrice, et l’univers entier du film s’inspire de la bande dessinée. M. Night Shyamalan, dans Incassable, avait déjà choisi une photographie et un décor proches de la BD, grâce à des touches de couleurs primaires dans un univers gris. Kiyoshi Kurosawa adopte la même méthode, et y ajoute des plans et un cadrage inspirés des vignettes de bande dessinée. L’arrière-plan devient une ville futuriste aux contours tracés au crayon ou au fusain. La voiture bleue de Koichi contraste avec le décor, comme celle de Nemo dans Mr Nobody, autre film onirique. Dans les deux cas, le héros se retrouve perdu dans ses propres rêves, et semble perdre contact avec la réalité.
Mr Nobody.jpg
Real effleure avec subtilité la question de la folie. L’île japonaise où les deux amants ont passé leur enfance évoque une autre île, celle de Scorsese dans Shutter Island. Dans le thriller psychologique de Scorsese, un détective était confronté aux paradoxes de la folie, et le spectateur devait composer avec deux niveaux de réalité différents.
Mais le film de Kiyoshi Kurosawa n’est pas aussi sombre. L’appartement du couple, métaphore de l’inconscient, est d’une grande clarté. Le cinéaste démontre un sens magnifique de la lumière, de Tokyo à l’île luxuriante.
Real nous offre une réflexion sur le passé, la culpabilité et la rédemption, dans cette quête au plésiosaure, devenu l’incarnation du monstre à maîtriser pour se pardonner. Je ne connais pas la vie personnelle du réalisateur, mais il est intéressant de noter que son prénom – Kiyoshi – est une anagramme sonore de celui de son héros, Koichi.
Malheureusement, Kiyoshi Kurosawa, sur la fin, semble pris à son propre piège : il peine à sceller le destin de ses personnages. Fin inconnaissable, comme dans Inception ? Drame romantique ? Rédemption ? Absence de pardon ? Le film, qui commençait sur les chapeaux de roue, n’en finit pas de finir. Il touche, et c’est fort dommage, à l’invraisemblable, quand il marchait si joliment sur le fil du rêve.
Malgré cela, Real reste un film magnifique, qu’il faut voir en salles, pour le plaisir de flotter encore longtemps après la projection.

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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