Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait

QUAND APPLE ET U2 JOUENT À BIG BROTHER

Ce matin, je trouve dans
ma bibliothèque musicale le nouvel album de U2, apparu là comme par
enchantement. Comme si un mauvais esprit avait piraté mon téléphone
pour me forcer à écouter une musique sans que j’aie rien demandé.

Il ne s’agit pas
seulement d’une opération marketing. Dans la presse, j’avais lu que
l’album de U2 serait disponible gratuitement. Disponible, pas imposé.
Évidemment, il faut télécharger l’album pour l’écouter, mais il
apparaît dans mon téléphone sans que je puisse m’en débarrasser,
sauf en faisant une manipulation spécifique : Réglages >
Musique puis décocher « Afficher toute la musique. »
C’est une première dans
l’industrie musicale. Jay-Z avait au moins eu la décence de proposer
une application séparée (voir l’excellent article des Inrocks.) Pourquoi ne pas poser la question à
l’usager, dans une petite fenêtre, du type : « Le Nouvel
album de U2 est disponible gratuitement. Souhaitez-vous le
télécharger ? » Est-ce si difficile de demander son avis
au client ?
Nous entrons dans une
nouvelle ère de la publicité. À la télé, on peut zapper, sur
internet, fermer la fenêtre pop up ou du moins passer la pub après
5 secondes. Apple fait du spam à grande échelle, un album envoyé
sans l’accord préalable de ses clients, c’est à dire 500 millions
d’individus. Ce genre de méthode mérite un boycott. 

Les fans de U2
seront sans doute ravis. Et si l’on n’est pas fan ? Si l’on
pense que U2 n’a plus rien à dire depuis les années 80 ? Si
l’on n’aime pas le rock ? Quand je dis que les fans de U2 seront
ravis… Seraient-ils ravis de recevoir, de la même manière, le
nouvel album de Rihanna, Justin Bieber, ou Marcel l’accordéoniste ?

Il y a un profond cynisme
caché sous ce matraquage. Le comble de l’hypocrisie, c’est que Bono fait dans le même temps la promotion de son action humanitaire en Afrique.
Ce qui est effrayant,
c’est le boulevard qu’ouvre Apple par ce projet. Aura-t-on bientôt
de la publicité directement intégrée à nos outils technologiques,
sans avoir notre mot à dire ? Nous réveiller, comme lors d’un
matin de Noël, découvrant chez nous des « cadeaux » que
l’on n’a pas demandés ?
Ce matin, je me suis
sentie comme dans le deuxième épisode de Black Mirror, « 15 million merit, » où le héros, Bing, se retrouve forcé de regarder de la publicité
à la télévision. Dans cet épisode, on doit payer pour éviter la
pub, comme à un péage. Les plus pauvres sont gavés de force
d’images commerciales parfois obscènes. On n’a pas le droit d’éteindre l’écran, de changer de chaîne, ou même de fermer les yeux.

Bing contraint de regarder une publicité pornographique dans « 15 million merit », 2ème épisode de la série « Black Mirror »

À l’heure où le monde
entier nous fait la morale d’un téléchargement gratuit qui tuerait
la musique et ses artistes, l’une des plus grandes entreprises au
monde et l’un des groupes les plus écoutés s’allient pour narguer
la musique payante.

Le titre, « Songs of Innocence », reprend par-dessus le marché le titre du recueil classique de William Blake, Songs of Innocence and Experience, qui parlait justement de la perte d’innocence (je vous laisse apprécier l’ironie.)

Quelle sera la prochaine
étape ? Nous faire « liker » une musique sur
Facebook, et la partager sur notre page à notre place ?
Nous obliger à écouter sous peine de pénalité ? Etendre
cette méthode aux films, aux livres, ou à tout objet culturel ?

Pour ce qui est des livres, Amazon a fait mystérieusement disparaître des œuvres de George Orwell, dont 1984, fameux roman mettant en scène big Brother, et où le gouvernement supprimait justement les livres gênants pour le pouvoir en place.

La méthode d’Apple
s’approche de la dictature : profiter de la popularité de
l’iPhone pour imposer un nouveau produit (le fait qu’il soit gratuit
n’a guère d’importance) en injectant de la musique non-voulue dans
des appareils appartenant à la sphère privée des citoyens.
Apple mériterait le Big Brother Award cette année.

Personne n’aime le Spam. Comment Tim Cook a-t-il pu croire que ses clients ne seraient pas offensés par cette invasion ? Apple voulait se faire de la pub. Pas de chance: la mauvaise publicité, ça existe. 

Hier encore fervente admiratrice d’Apple, je sais aujourd’hui que je n’achèterai plus de produits chez eux.

Mon métier n’est pas la musique. C’est le cinéma. Mais voilà un exemple de réalité qui rejoint les films d’anticipation les plus terrifiants.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Postez un commentaire !

À lire aussi: HER DE SPIKE JONZE: DE 1984 À BLACK MIRROR

ZÉRO THEOREM: L’ÉQUATION IMPOSSIBLE DE TERRY GILLIAM

THE GIVER (LE PASSEUR): LA MÉMOIRE DANS LA PEAU




Avatar
Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

Avatar

EschyllePublié le 12:31 - Sep 14, 2014

Ronronnements à lire ce coup de gueule…
Il est bon que les deux-pattes s'insurgent contre ce que cherche à leur imposer certaine pomme (ou autres fruits qui n'en sont pas). Certains essaient de conditionner les deux-pattes pour en faire de bons consommateurs dociles et soumis.
Méfiance !
L'esclavage (ou la soumission) est parfois recherché par les deux-pattes quand ils ont le sentiment que c'est plus confortable…
Chat (siamois de surcroît), je ne peux que m'insurger contre de telles pratiques. C'est comme quand on m'impose des croquettes sous prétexte que j'appartiens à la gent féline. Je hais les croquettes ! Je ne suis pas un numéro. Je suis Eschylle, un personnage conscient.

Laisser un commentaire

shares
Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial