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Osmosis : l’amour à la machine

2 out of 5 stars (2 / 5)
 
Monsieur l’ordinateur, aide-moi à trouver l’amour. À regarder les publicités pour applis de rencontre et autres sites de coeur, on croirait que l’amour est littéralement au coin de la rue, sans que l’on puisse le voir.
 
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Un algorithme nous aiderait alors à tomber amoureux.se du voisin ou de la voisine.
 

Black Mirror, et alors ?

 
Osmosis surfe sur cette mode des applis de rencontre pour en faire une dystopie. Oui, c’est le même thème que l’épisode « Hang The DJ » de Black Mirror. Et alors ? On peut considérer que le sujet est très actuel, voilà tout.
 
Quand Spike Jonze a sorti Her, on lui a aussi demandé s’il connaissait l’épisode « Be Right Back », toujours dans Black Mirror. Il a répondu qu’il n’avait pas vu la série mais que le sujet – l’amour entre un.e humain.e et un OS – devait être dans l’air du temps. On a eu beau demander à Spike Jonze s’il avait vu la série de Brooker, on ne lui a jamais reproché ce thème commun.
 
Pourquoi ? Parce que Her était bon. Même très bon. Voilà le topo : qu’importe que les fictions abordent le même thème. Il y a suffisamment à dire sur l’humain et l’intelligence artificielle pour faire des dizaines de trames de qualité.
 
Or, c’est parce que Osmosis n’est pas formidable que le rapprochement avec Black Mirror se fait sous l’angle négatif.
 
En effet, « Hang The DJ » est l’un des rares épisodes de Black Mirror à bien se terminer. En un mot, la machine incitait les participants à se rebeller contre elle afin d’éprouver leur amour. Pour une fois dans la série britannique, la technologie rendait vraiment service aux humains plutôt que d’agir contre eux.
 
Osmosis est bien différent. Le ton de cette nouvelle série Netflix est ouvertement pessimiste sur l’appli amoureuse. Il s’agit de dénoncer comment elle peut leur faire du mal sous couvert des meilleures intentions : leur trouver l’âme sœur.
 

Osmosis : une interprétation désincarnée

Manque de bol : la série est ratée. C’est un ratage courageux, mais un ratage tout de même. Comme Trepalium, déjà originaire d’Arte, Osmosis crie le manque de budget, avec ses décors spartiates. La série accuse un aussi d’un manque de rythme et surtout d’un scénario clair, construit, fouillé. 
 
Le jeu désincarné des acteurs dans Osmosis ne nous permet pas de nous attacher aux personnages. Celui qui joue Paul, le patron de l’entreprise, est particulièrement mauvais dans la première partie de la série. Il s’agit hélas d’un rôle central. Il n’y a guère que le personnage de Niels pour tirer son épingle du jeu. Le jeu désincarné d’Esther, héroïne de la série, a pourtant du sens : son passé, évoqué trop tard mais passionnant, explique en grande partie son absence d’émotion.
 
Agathe Bonitzer n’est pas mauvaise dans son rôle, mais elle ne sauve hélas pas la série.
 
Agathe Bonitzer joue Esther dans Osmosis

Agathe Bonitzer joue Esther dans Osmosis

 
 
Trepalium bénéficiait de très bons acteurs sur toute la ligne, dont une héroïne qui nous venait de la Comédie-Française, et Pierre Deladonchamps, excellent acteur qui s’est illustré au cinéma.
 

Des robots et des hommes

 
Proposer une galerie de personnages froids et distants permet à Audrey Fouché de les faire contraster avec « l’humanité » de Martin, ordinateur doté d’intelligence émotionnelle. Les scénaristes suivent ainsi les pas d’Isaac Asimov. L’auteur de SF a en effet montré dans Le Robot qui rêvait que les humains pouvaient agir comme des robots et les robots comme des rêveurs. L’excellent Sayonara de Koji Fukada montrait ainsi une humaine qui semble se mécaniser au fur et à mesure, et un robot qui, à l’inverse, s’humanise.
 
Les personnages d’Osmosis manquent de chair : dommage, il aurait suffi de quelques flash-back pour nous les rendre sympathiques. Pire, la série a beau aborder le sujet de l’amour, les moments de bonheur sont quasi absents. Point de comic relief, point de mots tendres au sein des couples.
 

Un scénario décevant

 
C’est surtout côté scénario qu’Osmosis pêche. Il y aurait eu maintes façons de traiter un pareil sujet. Dénoncer par exemple ces programmes pour trouver l’amour qui ressemblent à des supermarchés d’hommes et de femmes. Un site de rencontres n’a d’ailleurs pas hésité à se servir de cette logique consumériste pour sa com. Sous l’humour se cache un cynisme certain.
 
 
Osmosis aurait aussi pu se concentrer sur les données personnelles, devenues le nerf de la guerre du capitalisme. Là encore, la série évoque le problème sans l’exploiter.
 
Surtout, il s’agissait de montrer que l’amour était si complexe qu’un algorithme ne pouvait tout régler à lui seul. Trouver l’âme sœur ne dispense pas des circonvolutions amoureuses habituelles : jalousie des autres, lassitude, routine, problèmes matériels divers, baisse du désir après des années de vie commune.
 

Une mini-série qui manque de rythme

 
Osmosis tente d’aborder certains de ces sujets, sans succès. Ajoutez à cela que la série un problème de rythme évident. Les drames rencontrés par les 12 cobayes de l’algorithme surviennent trop tard : à partir du quatrième épisode seulement sur les huit de la mini-série.
 
Que dire sinon que Charlie Brooker, encore lui, s’avère meilleur y compris dans une mini-série ? Il suffit de regarder Dead Set, mini-série apocalyptique où les zombies ont envahi le monde.
 
 
Un petit studio résiste encore et toujours à l’envahisseur. Il s’agit du plateau de Big Brother au Royaume-Uni.
 

Un air de déjà vu

 
Évidemment, si l’on est comme moi fan de dystopie, on retrouve dans Osmosis plusieurs éléments déjà vus dans des films et séries d’anticipation.
 
L’exemple le plus criant est Martin, l’ordinateur d’Esther, héritier évident de Hal dans 2001 l’odyssée de l’espace. Là aussi, un thème qui aurait valu un film ou une série entière n’est qu’effleuré. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur cet ordinateur un peu trop intelligent pour son propre bien.
 

 
Le système de notation vu dès le premier épisode rappelle, là encore, la série Black Mirror et son fameux épisode Nosedive.
 
La question du souvenir implanté dans des esprits sans le consentement des cobayes rappelle sans aucun doute la version récente de Denis Villeneuve de Blade Runner.
 
Quant au bar où les clients font des expériences virtuelles et souvent sexuelles, il est le copié-collé d’un autre bar : celui de Strange Days, excellent film de Katheryn Bigelow sorti en 1997.
 
Le centre de contrôle des émotions où Niels s’enferme volontairement évoque le traitement par la torture d’Orange Mécanique et les ministères terrifiants de George Orwell dans 1984. Là aussi, Osmosis évoque des thèmes passionnants sans aller plus loin.
 
Billie, membre d’Osmosis, explique à Lucas que l’algorithme comporte une marge d’erreur. Cette exception possible est directement tirée de Minority Report, où Tom Anderton a lui aussi la possibilité d’échapper à un système implacable et choisir son propre destin.
 
 
 

De bons éléments à retenir

 
Quelques bons éléments à retenir cependant dans Osmosis : le passé d’Esther, le couple gay enfin débarrassé des clichés et presque ennuyeux, et Martin, l’ordinateur qui, ironiquement, apparaît comme le personnage le plus humain. Le personnage de Billie, non-binaire sans qu’on en fasse un plat, marque aussi une avancée.
 
La réalisation des épisodes 5 et 6 par Mona Achache, d’abord réalisatrice de cinéma, valent le détour : enfin, la caméra prend son envol.
 

Osmosis : Un résultat frustrant

 
Bref, Osmosis est moins une mauvaise série qu’une série frustrante. J’attendais tant de ce thème riche enfin abordé dans une série française. Trop, peut-être. Cette série sur l’humain manque d’humanité. Cette fiction sur l’amour manque d’amour.
 
À vouloir aborder tous les sujets à travers une douzaine de personnages restés à l’état d’ébauche, Osmosis ne parvient pas à faire l’essentiel : nous raconter une histoire.
 
Et vous, que pensez-vous de la série ? Dites-le en commentaire !
 
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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