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NOS ÉTOILES CONTRAIRES: LE CIEL PEUT ATTENDRE… LONGTEMPS

Sortie du métro. Nouvelle rom-com adolescente en salles. Shailene Woodley a quitté sa tenue d’Audacieuse, et Ansel Elgort sa tenue d’Erudit: dans ce nouveau film, Tris se tape son frère.
Point de critique de presse sur cette affiche. A la place, trois tweets qui doivent provenir d’adolescentes émotives, ravies de partager leurs effusions féminines sur la toile.
Le film commence mal avant d’avoir commencé.

Inspirez, Shakespearez

On
a lu bon nombre d’âneries sur le titre « The Fault in our
Stars. » Beaucoup y voient, à tort, une référence à Roméo
et Juliette, amants maudits de Shakespeare. Les « étoiles
contraires » seraient ce destin tragique qui empêcha les deux
adolescents de s’aimer. 

Cela correspondrait à la mode du teen movie
actuel : Twilight reprend le mythe du vampire tout comme celui de Roméo et Juliette. Katniss et Peeta dans The
Hunger Games sont appelés « Star-crossed lovers » toujours en référence aux amoureux de Shakespeare et leurs
étoiles contraires, ou plutôt contrariées.

Katniss (Jennifer Lawrence) et Peeta (Josh Hutcherson) dans The Hunger Games, de Gary Ross (2012)
En fait,
le titre du livre de John Green fait référence à une autre
pièce de Shakespeare, Jules César
Les vers originaux sont écrits ainsi :
The fault, dear Brutus, is not in our stars,
But in ourselves, that we are underlings.
La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles,
Mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous-fifres.
C’est Cassius qui
prononce ces mots au début de la pièce. Il tente de convaincre
Brutus de se joindre à une conspiration : l’assassinat de
César.
Cassius
use d’une fine rhétorique pour persuader Brutus de tuer César, qui
n’est autre que son meilleur ami. Dans sa tirade, il joue sur l’orgueil masculin et la soif de gloire de Brutus. 

Sa réplique repose sur une idée que Sartre expliquera,
beaucoup plus tard, dans L’Existentialisme est un humanisme :
l’Homme est responsable de ses actes, il est seul, sans excuse. Il ne
peut reprocher à Dieu, au destin ou aux étoiles, les conséquences de ses propres actes. 

Cassius, dans la pièce, veut faire taire les superstitions de l’époque, et
clame que les hommes seuls sont maîtres de leur destin, pour peu
qu’ils ne se comportent pas en lâches (sous-fifres)
Shakespeare,
cependant, démontre dans la pièce que l’on paie le prix fort à
mépriser la volonté des étoiles. César mourra de ne pas s’être
méfié des ides de mars.

Les liaisons mielleuses

John
Green, en racontant l’histoire de ce couple d’adolescents atteints
d’un cancer, rétablit la notion shakespearienne que les étoiles
choisissent pour nous.
Néanmoins,
à l’heure où Sartre a largement pris le pas sur la superstition
religieuse, le titre semble infantiliser les personnages:
ils sont malades, n’y peuvent rien, et l’on ne peut que les plaindre. 

Le pathos commence ici. On les connaît à peine que déjà le titre
nous invite à pleurer pour eux.

Le film ne sera qu’une série de clichés, de scènes creuses d’une
longueur impossible, mièvres et larmoyantes, quand Hazel nous
promettait pourtant un réalisme cru :
Le livre, apparemment, est meilleur que l’adaptation de Josh Boone. 
Alors
que dire d’un film quand il est vraiment mauvais ? Faire du troll, hurler avec la meute ?
Je
choisis autre chose. Il existe tant de jolis films sur l’amour et la
maladie, sans pathos, emplis d’humanité, de drôlerie, même. Les
cinéastes essaient depuis longtemps de noyer le malheur dans la beauté de l’image… ou de la musique.

La
musique pour noyer le chagrin

Plusieurs
films musicaux ont traité d’amour et de maladie. L’un des plus beaux
sortis récemment est sans conteste Alabama
Monroe
,
où un couple devait faire face au cancer de leur petite fille. Leur
groupe de country bluegrass emportait l’histoire dans un tourbillon
de musique enlevée. La trajectoire, bouleversante, d’un couple qui
se déchire parce que l’enfant manque, est servie par un montage
original, non-chronologique, une histoire triste et belle sous forme
de puzzle musical.
Le
couple de musiciens tentera de faire son deuil par la musique. Dans
une chanson magnifique pour Maybelle, sa fille disparue, Elise
déverse avec pudeur sa tristesse sur scène :
Côté
français, un autre couple affrontait la maladie grave de leur fils
dans une chronique bouleversante et musicale, sortie en 2010.
L’affiche
de La Guerre est
déclarée

montrait l’un des rares moments de joie du couple. Une déclaration de guerre à la mort et la maladie.
Ce
n’était pas la première fois que l’on faisait appel au fantôme de
Jacques Demy pour sublimer un drame.
Son
fils, Mathieu Demy, a joué, en 1997 dans le surprenant Jeanne
et le garçon formidable
. « La Java du séropo » restera le grand moment du film. 


C’est paradoxalement un rythme enjoué qui porte le récit doux-amer du personnage.
Si
vous écoutez attentivement la mélodie, vous retrouverez peut-être
celle d’un tout autre film :
Eh oui, la chanson de Jeanne et le garçon formidable semble calquée sur le rythme et la mélodie de « Chim, Chimney, » écrite par les frères Sherman pour Mary Poppins en 1964. Leur histoire a été contée récemment dans un autre film.
Jeanne et le garçon formidable contient aussi une chanson immensément triste, « La Vie réserve ses surprises » où un homosexuel parle de son
compagnon, emporté lui aussi par le virus du Sida.

L’urgence de vivre

Récemment, deux acteurs ont reçu l’oscar pour leur performance dans
Dallas Buyers Club, où un homophobe notoire ayant contracté le
virus devenait malgré lui une icône de la communauté gay, et
leader de la lutte pour le droit des malades.
Affiche de Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée (2013)
 
Woodroof
s’est battu sept ans.
Romain,
dans Le Temps qui reste, de François Ozon (2005) décide de ne pas se
battre. Il vivra intensément les quelques mois devant lui, et
mettra comme il le peut de l’ordre dans son existence avant de la quitter.

C’est
également la mission que se donne Anne dans Ma Vie sans moi, d’Isabelle Coixet (2003) A 23 ans, Anne apprend qu’il lui reste deux
mois à vivre. Elle tâchera de trouver une nouvelle femme à son
mari et une nouvelle mère pour ses enfants, et vivra ses dernières semaines selon sa propre philosophie.
Et
puis il y a le classique.
L’idée
lumineuse de Love Story est de faire parler Oliver de sa défunte
amie dès le générique. Le destin pèse alors sur le couple, le
spectateur devient témoin du drame amoureux.
La
réplique d’Oliver peut se traduire ainsi : 
Que dire d’une jeune
fille de 25 ans qui vient de mourir ?

Qu’elle
était belle et brillante ? Qu’elle aimait Mozart, Bach, les
Beatles… et moi.



La musique de Francis Lai, devenue mondialement célèbre, raconte déjà la romance et le chagrin. La référence d’Oliver aux Beatles ancre d’emblée son histoire dans sa génération, celles des années 60.

Les
Français savent aussi réaliser de beaux films d’amour qui feraient
pleurer les pierres. C’est le cas de Se Souvenir des belles choses,
de Zabou Breitmann (2001)
 
La performance d’Isabelle Carré en jeune femme de 32 ans atteinte d’Alzheimer, et celle de Bernard Campan qui incarne finement son amoureux, rendent ce drame romantique inoubliable.

Ailleurs qu’au cinéma


Côté
théâtre, Oscar et la dame rose est une très jolie pièce sur un petit
garçon leucémique qui se lie d’amitié avec l’une des dames de l’hôpital. C’est Danielle Darrieux qui interpréta le rôle sur
scène, avant qu’il ne soit repris par Anny Duperey.

réside la grande idée de la pièce : c’est la vieille dame qui raconte, et prend tour à tour la voix d’Oscar et sa propre voix.
Le film adapté de la pièce laisse malheureusement cette idée de côté,
ce qui gâche le projet.
Il
y a tant de beaux films sur l’amour et le malheur. Vous
pouvez éviter Nos
Etoiles Contraires
.
Vous n’aurez pas assez d’une vie pour voir tous les autres.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !



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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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