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Affiche de Mommy, de Xavier Dolan

Mommy : le bloc d’émotions de Xavier Dolan

 

5 out of 5 stars (5 / 5)

Tout commence par un format étonnant: une image carré, 1:1.
 
 
image carré, 1:1 dans Mommy de Xavier Dolan (Anne Dorval)
 
Car cette image, c’est une photo (é)mouvante. Puisque c’est un hommage de Dolan, peut-être, aux films amateurs, à la caméra de papa, ou à son premier caméscope de réalisateur en herbe.
 
Xavier Dolan n’a que 25 ans. Pourtant, il a déjà 5 films marquants à son actif.
 
Et Mommy est un grand film. Car beaucoup de sincérité et de beauté se dégagent de cet hymne d’amour à la mère, fait de violence, de passion et de drame.
 

Tout sur sa mère

 
Dans le cinéma récent, de nombreux réalisateurs se sont penchés sur ce qui reste pour eux un mystère et une fascination: leur mère.
 
Guillaume Gallienne rendait hommage à la sienne dans le film qui lui a valu 5 césars. Quant à Gregg Araki, il pose la question de la disparition d’une mère belle et cruelle dans White Bird. Cronenberg nous peignait dans Maps to the Stars le tableau d’un Hollywood en flammes, où une mère fantôme hantait sa fille. Enfin, Meryl Streep incarnait il y a quelques mois une mère haïssable, dont la propre mère avait donné l’exemple.
 
Pourtant, l’un des films majeurs sur le mystère maternel est Tout sur ma mère, de Pedro Almodovar. En effet, sur fond de Tennessee Williams, un jeune homme mourait trop vite. Alors, il nous racontait, dans sa douce voix d’outre-tombe, le parcours de celle qui lui donna naissance.
 
affiche tout sur ma mère almodovar
 
 
La mère dans Mommy s’appelle Die (diminutif de Diane.) Donc, rien d’étonnant pour le réalisateur de J’ai tué ma mère. En fait, Mommy devrait alimenter le débat entre psychanalystes. Car les cinéphiles rendront grâce au ciel que Dolan n’ait jamais réglé son Œdipe. En réalité, les grands cinéastes règlent souvent leurs névroses par l’intermédiaire de la caméra. Pourtant, ça n’empêche pas Woody Allen d’en être à sa quarantième année sur la divan…

Dolan voue à sa mère une passion immodérée. D’ailleurs, Son personnage et alter-ego, Steve (Antoine Olivier Pilon, extraordinaire) est un enfant brisé victime de sa violence. Alors, Steve est à la fois dangereux et potache, attachant et terrible.

 
 
Antoine Olivier Pilon (Steve) dans Mommy, de Xavier Dolan (2014)

Antoine Olivier Pilon (Steve) dans Mommy, de Xavier Dolan (2014)

 
 

Les enfants terribles au cinéma

 
Toutefois, le cinéma nous a déjà parlé sur tous les tons d’enfants difficiles. Par exemple, la comédie familiale (Denis la malice, Junior le Terrible). Mais aussi les drames oppressants, tels que We Need to Talk about Kevin.
 
Affiche de We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay (2011)

Affiche de We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay (2011)

 
 
Dans Mommy, on retrouve une mère qui s’épuise à aimer son fils (sublime Anne Dorval.)
 
Diane Després (Anne Dorval) dans Mommy

Diane Després (Anne Dorval) dans Mommy

 
 

Par ailleurs, on retrouve le prénom Kevin. Steve est le héros. Mais il blesse gravement au début du film un certain Kevin. D’ailleurs, le héros à la tête blonde en rappelle un autre, dans un plan comique où il utilise de l’après-rasage.

Macaulay Culkin (Kevin Mac Alistair) dans Maman, j'ai raté l'avion, de Chris Columbus (1990) référence Xavier Dolan Mommy

Macaulay Culkin (Kevin Mac Alistair) dans Maman, j’ai raté l’avion, réalisé par Chris Columbus (1990)

 
 

D’ailleurs, vous vous souvenez de Kevin Mac Alistair, ce bon petit diable qui mettait à mal les projets de deux brigands dans Maman, j’ai raté l’avion ? Aussi, le film a bientôt 25 ans (ça fout les jetons, hein ?).

 

Mommy : entre influences du passé et présent

Xavier Dolan fait de multiples clins d’œil aux jeunes de sa génération, qui ont regardé Kevin faire les 400 coups et ont écouté Oasis en boucle. C’est drôle comme les cinéastes d’aujourd’hui aiment s’adresser directement à leur génération, au mépris de toute mode. Et ils le font avec succès. Par exemple, Les Gardiens de la galaxie a fait un carton au box-office. Tandis que Horns plaît, malgré – ou plutôt grâce à – sa dimension carrément geek.

Cependant, Dolan n’oublie pas ses classiques. Les 400 coups, ce sont aussi ceux d’Antoine Doinel. D’ailleurs, Doinel semble parler par la bouche d’Antoine (… Olivier Pilon) quand il crie la mot liberté en pleine rue. Par ailleurs, la séquence à la plage rappelle la fin des 400 coups, qui parlait aussi d’un rapport difficile à la mère. Aussi Antoine va jusqu’à déclarer à son professeur, avec grand naturel, son célèbre mensonge: « C’est ma mère. Elle est morte, M’sieur. »

Jean-Pierre Léaud dans Les 400 coups, de François Truffaut (1959)

Jean-Pierre Léaud dans Les 400 coups, de François Truffaut (1959)

 

Oui, il y a un côté Nouvelle Vague chez Dolan. D’ailleurs, ça doit l’aider, sans doute, à rafler tous les prix. En effet, Mommy lui a valu le prix du jury à Cannes.


Dolan, nouveau Gus Van Sant ?

Dolan a une manière splendide de filmer Steve sur son skate-board (pardon, long-board.) D’ailleurs, cette caméra fluide qui nous fait flotter avec lui dans le décor d’une ville canadienne rappelle celle de Gus Van Sant dans Paranoid Park (2007)

Quant à Steve, petit diable à la gueule d’ange, il rappelle une certaine chevelure blonde dans un autre film de Van Sant.

Affiche de Elephant, de Gus Van Sant (2003)

Affiche de Elephant, de Gus Van Sant (2003)

 

Par ailleurs, l’an dernier, Gia Coppola rendait hommage au même cinéaste dans Palo Alto. Ainsi, elle nous donnait sa version d’une adolescence perdue.


Mommy : une bande… originale

Pour accompagner notre bande d’abîmés la bouleversante Suzanne Clément change le tandem mère-fils en trio. Dolan a également choisi une musique directement liée à son enfance. Aussi, il nous réconcilie avec Céline Dion, et plus généralement avec l’accent québécois. Alors, il nous fait découvrir un argot tout à fait étonnant. Par ailleurs, vous vous rappelez le clip débile de Eiffel 65 pour la chanson hautement intellectuelle « Blue » ? Néanmoins, Dolan parvient à en faire un grand moment de cinéma.

 

Il parvient même à (re)donner un sens à un refrain de Dido:

Well I will go down with this ship

And I won’t put my hands up and surrender

There will be no white flag upon my door

I’m in love and always will be

Diane dit à son fils « on est dans le même bateau. » En effet, les deux s’aiment fort, et la mère n’abandonnera pas son fils. Mais on entend aussi « On ne trouvera pas de drapeau blanc sur ma porte. » La chanson de Dido fait écho dans la trame, tout en douceur.

De même, on entend aussi la chanson « Colorblind » des Counting Crows, qui avait contribué au succès d’une autre B.O., celle de Cruel Intentions. D’ailleurs, ce teen movie assez réussi a peut-être marqué l’adolescence de Dolan. Car cette chanson mélancolique d’un jeune homme jurant aller bien va comme un gant au personnage principal.


Une caméra audacieuse (Attention spoilers)

Ainsi, Dolan filme le malheur et le bonheur d’un trio d’âmes brisées. Les plans vraiment audacieux au cinéma sont rares. Ainsi, celui où Steve élargit l’écran dans un moment de joie restera dans les annales. Sans doute au même titre que le premier plan en couleurs du Magicien d’Oz.
 
Le plan terrible et révélateur du coup de téléphone de Steve à sa mère en fin de film est digne des grands films à chute. Tel le plan final de Train de vie, notamment. Le rêve flou en voiture est d’une force bouleversante. De nouveau, la fugue finale rappelle Truffaut et la soif de liberté d’Antoine dans Les 400 coups. Enfin, ce magnifique rapport mère-fils et la sensation de voir Steve grandir à l’écran raviront les admirateurs de Boyhood de Linklater.

 

Travellings fluides, ralentis magiques, la caméra de ce jeune prodige prouve qu’il a déjà l’œil d’un grand cinéaste.
Au final, Xavier Dolan nous offre avec Mommy rien de moins qu’une expérience inédite au cinéma, dans une déclaration d’amour violente, audacieuse, magnifique.
 
 
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Postez un commentaire !
 
 
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

4 commentaires pour l’instant

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maripierrePublié le 9:22 - Oct 14, 2014

Bonjour,
je l 'ai vu hier soir , je suis encore sous l'émotion d'une rencontre avec ces acteurs ce réalisateur. La violence de "la vie" qui cogne et se cogne ,se renforce contre celle de Steve ..l'amour même maternel n 'est pas tout puissant . je suis sortie éblouie et assez malheureuse.

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    MarlaPublié le 10:02 - Oct 14, 2014

    Quel joli témoignage ! Je suis sûre que l'équipe du film serait ravie…

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    AnonymePublié le 11:09 - Oct 21, 2014

    Pour ma part, je ne partage pas l’avis positif général : un «bloc d’émotions» c’est exactement cela, la facilité du pathos sans servir une réflexion, tout ce que personnellement je déplore dans un film. S'agit-il d'une « mère qui s’épuise à aimer son fils » ou bien plus exactement d'une mère qui épuise son fils en le soumettant à un désir impossible à résoudre ? Le film est truffé de symboles allant dans ce sens, mais en effet, laissons cela aux « psys » et contentons-nous de nous laisser séduire par un réalisateur, certes virtuose, mais qui n’a pas (pas encore ?) le courage d’aller au bout de son propos. A suivre en tout cas…

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dvdripPublié le 9:38 - Oct 18, 2014

merci bcp pour le partage

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