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MARIE HEURTIN, L’AUTRE HELEN KELLER

C’est l’histoire d’une bonne soeur qui tombe amoureuse. Non pas d’un homme qui la fera renoncer à ses vœux, mais d’une jeune fille aveugle et sourde de naissance. Marie Heurtin est une Helen Keller française, et sœur Marguerite son Anne Sullivan (nous parlions d’elles ici.)
Jean-Pierre Améris a choisi une photographie solaire, loin de l’austérité que l’on suppose à un couvent, pour conter le destin des deux femmes.
Bien sûr, la mère supérieure (finement incarnée par Brigitte Catillon) a l’autorité attendue, et le visage d’ange d’Isabelle Carré convient tout à fait à son rôle.

Des nonnes pas comme les autres au cinéma

Les mères supérieures au cinéma sont toutes autoritaires. Il n’y a guère que la guide spirituelle de Suzanne dans La Religieuse pour rattraper les autres. En effet, la sage femme (dans tous les sens du terme, elle fait accoucher les autres de leur vérité) meurt bien vite, remplacée par une sœur au visage de Madone et aux noires desseins.
Joli rôle à contre-emploi pour Louise Bourgoin dans La Religieuse, de Guillaume Nicloux (2013)
Maltraitance, injustice, la Suzanne de Diderot c’est un peu la Justine de Sade, innocente torturée par des cruels tout le long du roman. D’autant que Louise Bourgoin sera relayée par Isabelle Huppert, mère supérieure qui aimera un peu trop l’héroïne.
Diderot dénonçait en son temps les dévots cruels dans son roman initiatique. Ce thème est aussi récurrent dans la littérature gothique.
Dans Le Moine, chef-d’oeuvre de la littérature anglaise, un moine se laissait troubler par un novice, qui n’était autre que le diable déguisé. Le personnage de Lewis, exemple de rigueur, devenait, au fil du roman, cruel à force de vertu.
Au cinéma, Cassel a interprété le rôle.
Pour contraster avec tant de noirceur, des nonnes ou novices sont la bonté même.
Et souvent, elles chantent.
Dans La Mélodie du bonheur, il s’agit de faire fondre la sévérité d’un certain capitaine, qui tombera sous le charme de Maria, tout juste sortie du couvent pour garder ses sept marmots.
Toujours dans ce même contraste, Maggie Smith jouait une mère supérieure austère face à une Whoopi Goldberg haute en couleurs. C’est aussi par la musique qu’elle réveillera le couvent endormi.
Côté français, une nonne chantante fit un gros succès musical en 1963, qui a inspiré un film également.
On trouve des nonnes chantantes jusque dans les télé-crochets italiens. Ici, Soeur Cristina reprend Like a Virgin, détournement amusant de la chanson gentiment sulfureuse de Madonna (dont le nom même se réfère à la Vierge.)
Marie est vierge au langage, et Sœur Marguerite porte du bleu, couleur traditionnelle de la Vierge. Les deux âmes se sauvent l’une l’autre d’un enfermement spirituel.

De la tasse au couteau


Sœur
Marguerite sort Marie Heurtin d’elle-même et l’aide à communiquer
avec les autres, mais c’est un chemin long et difficile. L’apprentissage, au départ, semble proche du dressage (Marie est littéralement tenue en laisse au début du film) puis de l’apprivoisement. Les mots de Jules Renard jaillissent dans l’esprit du spectateur : « Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé. »
La
question du langage pour une aveugle et sourde est passionnante pour
les linguistes. Le
premier mot d’Helen Keller était « tasse. » Elle
reconnut un jour, grâce à la patience d’Anne Sullivan le lien entre signifiant T.A.S.S.E. Et le signifié,
c’est-à-dire l’objet. Pour Marie Heurtin, c’est le couteau. Le lien
entre l’objet et le signe met longtemps à venir. A partir de là,
c’est le déclic, et l’on assiste, selon les mots de Sœur Marguerite, à « une explosion de langage. »
Le
lac des signes
Puisque
Marie n’a accès qu’au toucher, la rencontre des deux femmes est
aussi un voyage sensoriel.
Jean-Pierre
Améris s’était déjà intéressé à une jeune aveugle dans L’Homme
qui rit
, librement inspiré de l’œuvre hugolienne. Déa (déesse
en latin) était un ange de pureté, et voyait, grâce à sa cécité,
autrement mieux que les autres. C’est Gwynplain qui se laissera
aveugler par la richesse et le pouvoir.
Déa (Christa Theret) embrasse Gwynplaine (Marc-André Grondin) dans L’Homme qui rit, de Jean-Pierre Améris (2012)
Pour
Marie Heurtin, Jean-Pierre Améris retrouve Isabelle Carré, qu’il
avait dirigée dans Les Émotifs anonymes, film mineur mais charmant
où deux timides surmontaient leur handicap (social, cette fois) afin
de s’aimer.
Isabelle
Carré est bouleversante dans les mélodrames (on en parlait ici) et Marie Heurtin est un noble mélodrame, qui n’est pas
sans rappeler les classiques où brillait Bette
Davis.
Ariana Rivoire,
dans le rôle de Marie, est une vraie révélation. Son dernier
discours, en langage des signes, est d’une beauté troublante, sorte de danse en hommage à sa préceptrice, un lac des signes pour ce vilain petit canard devenu
oiseau blanc. Elle a un verbe magnifique qui rappelle une fois encore
Helen Keller, devenue écrivain. L’histoire de Marie Heurtin est elle
aussi basée sur des faits réels.
La
douceur fragile d’Isabelle Carré vous hantera longtemps. Quant à la
personne véritable…
Certaines
femmes prennent le voile parce qu’elles croient en Dieu. Certaines d’entre elles nous feraient presque croire en Lui.
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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