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MAGIC IN THE MOONLIGHT : LA POUDRE DE PERLIMPINPIN DE WOODY ALLEN

Un film de Woody Allen,
c’est comme le Beaujolais nouveau : on sait qu’il y en sort un
par an, et l’on est toujours curieux de la nouvelle cuvée. Alors on
goûte.
Le cru 2014 de Woody
Allen ressemble davantage à un mélange de vins anciens qu’à
du vin nouveau.


Magie, magie

Dès
Stardust Memories (1980) Woody incarnait un prestidigitateur
dans un film en noir et blanc où il se moquait gentiment du
star-system.
Dans
Le Secret du scorpion de jade, il évoquait déjà le danger
du charlatanisme, avec un illusionniste qui se servait de son
pouvoir à de mauvaises fins. La photographie de Magic in the
Moonlight
est très proche de celle du film de 2001. Woody y
mêlait aussi le mystère de l’amour, aux côtés de Helen Hunt,
habituée des roms-coms dans les années 90.

Scoop, sorti en 2006, mettait
aussi en scène des numéros de magie.
Magic
in the Moonlight
semble démarrer là où Whatever Works
s’arrêtait: l’homme de science cynique se retrouvait en couple avec
une voyante, et nous expliquait dans la dernière scène à quel
point l’amour était illogique.
Cette
fois-ci, Woody trouve un alter ego en Colin Firth, qui incarne un
illusionniste de talent. Comme Boris dans Whatever Works, il
tombe amoureux d’une charmante tête de linotte, à qui il trouve
tous les défauts du monde avant de la qualifier d’adorable.
On
retrouve dans ce nouvel opus amoureux une réplique quasiment à
l’identique, quand le héros s’enorgueillit d’être un génie, et de
savoir réviser son jugement quand il s’aperçoit de son erreur. On
entend également en début de film, pendant le tour de magie, le
même morceau de Wagner que dans la deuxième scène de Whatever
Works
.
Melody (Eva Rachel Wood) et Boris (Larry David) dans Whatever Works, de Woody Allen (2009)



Dans Magic in the Moonlight, Stanley Crawford choisit un pseudo douteux, comme Boris Yolnakoff prend le nom de Muggeridge. Les deux héros préféreront une jeune naïve à leur épouse cultivée et rationnelle.
Woody
se recyclerait-il ? Si c’est le cas, il n’est pas le seul.
L’orgueil,
l’erreur puis la rédemption, Colin Firth connaît bien. Je veux dire
par là qu’il a déjà campé ce type de personnage… deux fois.

Colin Firth, éternel
Darcy

L’un
de ses rôles les plus célèbres était Darcy dans Le Journal de
Bridget Jones
. Il jouait « Mr Right, » vous savez, le
type qu’il faut épouser, face à Hugh Grant, séducteur incorrigible
à éviter à tout prix. Bridget, bien sûr, se laissera prendre au
piège du beau salaud avant de choisir le gentil garçon.
Un
acteur principal n’est jamais choisi au hasard. Colin Firth avait
déjà incarné un gentilhomme nommé Darcy, dans une adaptation
d’Orgueil et préjugés par la BBC.

6
heures d’une mini-série, 1h30 de rom-com à succès, et Colin Firth,
en 2014, incarne une fois de plus un orgueilleux qui s’amende. Sa
performance dans Le Discours d’un roi et A Single Man apparaissent comme une
bouffée d’air frais dans sa filmographie.
Si
Firth a joué dans de nombreuses comédies, ses personnages sont
rarement drôles. Ils peuvent être spirituels, comme George VI dans
Le Discours d’un roi

Dans Magic in the Moonlight, son
accent british devait l’aider à incarner un homme sarcastique, empli
de ce flegme si cher aux Anglais. Mais quelque chose ne fonctionne
pas : les saillies spirituelles, censées être piquantes, sont
attendues et tombent à plat. Dans la salle, le public rit trop peu.
Peut-être que certains acteurs, aussi grandioses soient-ils, ne
parviennent pas à se glisser dans un personnage comique. Faire rire
est un art souvent sous-estimé.

Face
à Mr Right, on trouve bien entendu un fâcheux, ici un jeune richard
benêt (l’adjectif avait justement inspiré Jane Austen le nom
« Bennet, » dans Orgueil et Préjugés) qui chante
la sérénade à sa belle sur un ukulélé.
Tiens.
Un ukulélé. C’est apparemment l’instrument par excellence du
mauvais charmeur selon Woody. On se souvient de l’acteur séduisant
dans La Rose Pourpre du Caire, qui s’avérait être un lâche
imbu de lui-même. 

Mia Farrow et Jeff Daniels (dans sa jeunesse, si si)
dans La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985)

L’homme idéal doit-il nécessairement jouer de la
clarinette ?

Les années folles de
Woody

Woody
est un excellent clarinettiste. Grand amateur de jazz, ce genre
musical revient dans tous ces films, quelle que soit l’époque où
ils se déroulent, et on
l’entend dans tous ses génériques.
Dans
Magic in the Moonlight, le réalisateur s’en donne à cœur
joie : en avant le jazz, qui se chante et se danse, puisque nous
sommes à l’époque de Gatsby le Magnifique. Les années folles, une
excuse pour que les jeunes filles portent de jolies robes, dans un
décor idéalisé du sud de la France, tels que Woody les aime.
C’est
la photographie qui semble le point fort du film : les lieux de
tournage ont justement cette magie qui manque tant à l’ensemble. Les
costumes sont charmants, les robes savamment travaillées, mais guère
plus. Le décor sert le côté désuet du film, qui se veut plaisant
mais finit par agacer. Les clichés sont trop nombreux, sur trois des
thèmes de prédilection du cinéaste : la magie, fausse mais
salvatrice tout de même, l’amour irrationnel et la mort inévitable.

Rom-com
et Ran tan plan

Woody
Allen a fait 50 films. Évidemment qu’il y aura des redites dans
plusieurs d’entre eux, car le cinéaste a ses thèmes fétiches.
Magic in the Moonlight rappelle Comédie érotique d’une
nuit d’été
, dans le choix de
la lumière et des décors naturels.

Mais la fraîcheur et l’humour de ce film de jeunesse a disparu dans ce nouveau chapitre. La
mécanique de la rom-com se met à grincer.

Emma
Stone, pourtant, est pétillante avec sa poussière de fée: Stanley Crawford se laisse enfin aller à des pensées
agréables, et se surprend à flotter dans les airs quand, près
d’elle, il croit enfin à la magie.
Malheureusement, tout est cliché : l’orage et les éclairs, les tourtereaux qui
se rapprochent, la chanteuse à Berlin, et même la fin, qui se
voudrait charmant Cluedo, ne prend pas. Les gags, hélas, tombent à
plat.
Reste le plaisir de revoir à l’écran les excellentes Eileen Atkins dans le rôle de tante Vanessa et Marcia Gay Harden en Mrs Baker.
On
trouvera peut-être mon analyse sévère, mais il n’est pas de pire critique
qu’une admiratrice déçue. Avec Woody, c’est la douche écossaise :
le bonheur avec Blue Jasmine l’an dernier, l’ennui devant To
Rome with Love
, le savoureux Whatever Works et le décevant
Midnight in Paris. En gardant, au fond du crâne, les
répliques d’Annie Hall, les visages de Hannah et ses
sœurs
, la réflexion sur l’amour dans Manhattan, le
suspense et la profondeur de Match Point, la drôlerie de
Meurtre à Manhattan
Woody
fait à ses fans l’effet d’une drogue : à chaque prise, c’est
la sensation première qu’on espère retrouver.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Postez un commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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AnonymePublié le 2:18 - Oct 27, 2014

J'en sors. Vous avez raison à 100%

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AnonymePublié le 8:54 - Oct 28, 2014

C'est sûr qu'il y a bien mieux chez Allen, mais ne boudons quand même pas notre plaisir… j'ai passé un bon moment et j'aurais bien aimé un autre acteur que ce Colin Firth.

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