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L’OPÉRA : TOUS À LA BASTILLE !

Mikhail Timoshenko dans L'Opéra
   
 Par Clément

Dans les coulisses de l’Opéra de Paris


Le documentaire L’Opéra commence par un gros fail : deux hommes hissent un
drapeau français au son du Prélude des Maîtres
Chanteurs de Nuremberg
de Wagner, certainement l’opéra exaltant le plus la patrie…
allemande.

Passé
ce moment d’humour involontaire, L’Opéra nous révèle les coulisses de l’Opéra de Paris durant une année (2015-2016) lors du mandat de Stéphane Lissner, son directeur actuel.
Le film adopte une « forme-sonate » (exposition, développement et réexposition des
thèmes) qui est justement l’une des structures possibles d’une ouverture d’opéra. Pardon, je suis musicien.

Le
film commence sur l’arrivée d’un jeune baryton-basse russe venu
continuer sa formation, Mikhail Timoshenko. L’Opéra montre tout : des longues préparations jusqu’au spectacle, en passant par les
rapports tendus entre l’administration et les syndicats. Le documentaire évoque aussi la difficulté de
maintenir une politique culturelle exigeante avec moins de moyens et de
personnel. Le film aborde également la formation d’un orchestre d’enfants de banlieue et les travaux des artistes.

Un documentaire trop
dispersé


Extérieur de l'Opéra Garnier, une des deux salles de l'Opéra de Paris
Extérieur de l’Opéra Garnier, une des deux salles de l’Opéra de Paris
Parce qu’il tient à être exhaustif, Jean-Stéphane Bron ne peut passer beaucoup de temps sur chaque sujet. Le réalisateur est
connu pour ses documentaires politiques (Cleveland
contre Wall Street, L’expérience Blocher
…), aussi est-il logique qu’il
évoque la grève qui plana sur les premiers mois de la
saison, et les tortueuses négociations pour l’éviter. La résolution de ladite grève est pourtant assez
vague.

J’ai personnellement regretté le peu de temps imparti aux
répétitions musicales. Entendre le chef d’orchestre de l’opéra Philippe Jordan lancer au chœur « On n’est pas
assez bourrés, ce matin ! » vaut cependant le détour ! 

Philippe Jordan, chef de l'orchestre de l'opéra de Paris dans L'Opéra de Jean-Stéphane Bron (2017)
Philippe Jordan, chef de l’orchestre de l’opéra de Paris dans L’Opéra de Jean-Stéphane Bron (2017)
Vous remarquerez que Philippe Jordan est un mélange physique entre Valls et Macron.

Dommage aussi que les artistes ne soient pas mis en avant, comme la remarquable soprano Olga Peretyatko, toujours filmée de loin.

la soprano olga peretyatko
La soprano Olga Peretyatko

Les répétitions d’un orchestre d’enfants défavorisés n’est qu’effleuré. La comparaison avec El Sistema (2008), documentaire de Paul Smaczny et Maria Stootmeier sur
l’institution vénézuelienne, vient forcément à l’esprit. 

Les dissensions avec Benjamin Millepied, qui a quitté la direction du
ballet de l’opéra avant même la fin de sa première année, sont aussi traitées à la va-vite.

 

El Sistema, de Paul Smaczny et Maria Stootmeier (2008)

Quelques
afféteries de mise en scène sont gênantes. A plusieurs reprises, la caméra filme
des conflits d’ego  plus bruyants
qu’intéressants, souvent incompréhensibles. 

Des choix courageux


De
tous les sujets traités dans L’Opéra,
les préparations du spectacle sont mises à l’honneur. Bron s’intéresse à Moïse et Aaron, magnifique opéra d’Arnold Schönberg, mais
résolument difficile. 

Bron filme des choix esthétiques étonnants, comme ce taureau amené pour les besoins de la mise en scène. Le chœur, énervé par l’acoustique détestable, demande des bouchons d’oreille. 

 

Extrait d'une scène de Moses und Aron de Schönberg
Extrait d’une scène de Moses und Aron d’Arnold Schönberg, vue dans L’Opéra

Des moments de grâce


Dans
ce film cosmopolite, immersif, certains moments de grâce émaillent le film. On sourit devant des choristes en costumes bariolés, répétant en
roue libre un morceau de Wagner. Mais c’est dans les moments d’émotion
que Bron semble le plus à l’aise.

Mikhail
Timoshenko, le jeune baryton-basse russe de 24 ans, beau comme un dieu, a failli me faire virer ma cuti. Ah oui, il a une belle voix aussi. Son enthousiasme est contagieux. 
Mention spéciale pour ce silence
général avant le spectacle du 14 novembre 2015, en mémoire des victimes du
Bataclan.

Racisme, sexisme et élitisme ?


Dans L’Opéra,
on ne trouve aucun non-blanc, et à peine quelques femmes. L’opéra serait-il un truc d’ »hommes blancs » ?

Le jour où j’ai reçu mon
diplôme de chef d’orchestre, un membre du jury a osé dire à l’une de mes
collègues (d’ailleurs très douée) que chef était « un métier d’homme ».
Aujourd’hui, on voit davantage de femmes dans les orchestres, mais sur les 600 chefs
les plus renommés de la planète, à peine une dizaine sont des femmes.

La
question de l’élitisme se pose également. Tout spectacle d’opéra coûte des
centaines de milliers d’euros, et seule une billetterie onéreuse peut pallier à
ces dépenses. Un fossé se creuse entre
les classes sociales, les médianes et les populaires y allant peu vu les prix affichés (jusqu’à 230 € la soirée, de quoi se payer un weekend à Londres).

Lissner tente d’introduire des mesures moins étouffantes, mais que peut-il face à un budget
serré, un gouvernement distant, et une crise culturelle aiguë ? Lissner défend
l’exception culturelle française, en mettant en scène plus de spectacles qu’on ne lui en demande. A-t-il encore les moyens de ses ambitions ? À force d’élitisme, ne risque-t-il pas de se couper du public ?

Stéphane Lissner, directeur de L'Opéra de Paris dans L'Opéra
Stéphane Lissner, directeur de L’Opéra de Paris dans L’Opéra

Films et musique
classique


À mon sens, aucune
fiction n’a encore rendu justice à ce milieu passionnant qu’est la musique classique.

Infidèlement vôtre (1948) est un bon Preston Sturges, mais qui
peut croire un instant à ce chef envisageant d’assassiner sa femme pendant trois répétitions ? 

Dommage pour le caricatural Prova d’orchestra (1978), pourtant réalisé par le grand Fellini. Il s’agit du récit confus
et anachronique de la révolte de musiciens contre un chef d’orchestre.




Le Concert (2005) de Radu Mihaileanu,
enfermé dans une histoire débile et sirupeuse, est pire encore, mais le public et la critique semblent avoir apprécié. Le thriller Grand
Piano
(2013), scénarisé par Damien Chazelle, démontre que le surdoué réalisateur de Whiplash et La La Land connaît mieux le milieu du jazz que le
classique. Dans son opus de 2013, Chazelle trahit le monde du classique pour servir un suspense intense mais irréaliste.

Grand Piano d'Eugenio Mira (2013)

Plus
récemment, l’agréable série Mozart in the jungle
(2014) a donné un côté plus rock’n’roll à ce milieu faussement sage. Il est cependant difficile de prendre la série au sérieux. Elle ne cherche pas à l’être.

Mozart in the Jungle
 

Ce
sont les stars qui ont le plus de chances d’attirer : Mozart dans le désormais culte Amadeus
réalisé par Milos Forman (1984) ou Florence Foster Jenkins, mise à l’honneur récemment en France et aux USA. Les plus grandes réussites restent des films qui incluent des scènes d’opéra : Diva de
Jean-Jacques Beineix (1981), Opéra de
Dario Argento (1987), Le Parrain III
de Francis Ford Coppola (1990), Le
cinquième élément
de Luc Besson (2001).

Maïwenn (doublée par Inva Mula) dans Le Cinquième Élément de Luc Besson (2001)
Maïwenn (doublée par Inva Mula) dans Le Cinquième Élément de Luc Besson (2001)


Un film morcelé mais instructif



L’Opéra, malgré son éparpillement,
reste instructif sur les
splendeurs et difficultés de l’institution. Le cinéma braque le projecteur sur la musique en ce moment, puisque The Young Lady, sorti cette semaine, est l’adaptation d’un roman devenu un opéra. Critique à venir sur Marla’s Movies !

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Clément
Clément

Docteur en binge watching. Donne les Réponses aux Grandes Questions sur les Séries, les Films, l'Univers et le Reste (mais surtout les Séries et les Films).

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