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LES HÉRITIERS: LES ENFANTS DE LA CHANCE

Les élèves de Mme Gueguen sont des enfants de la chance. Ils rencontrent cette prof pas comme les autres que l’on rêve tous d’avoir, qui change leur perception, leur vision du monde, leur vie, en somme. 
Il est difficile de dire du mal des Héritiers. Ses bonnes intentions sont évidentes. Oui, mais voilà. Gide disait « on ne fait pas de bonne littérature avec de bonnes intentions. » Il en est de même pour le cinéma.
À l’heure où les discours immondes de Zemmour sont légion, un film comme Les Héritiers est fort bienvenu, et ses 225.000 entrées font plaisir. En se basant sur une histoire vraie, Marie-Castille Mention-Schaar ne fait pourtant que déréaliser l’histoire de ces jeunes, évangéliser les personnages, pour offrir un conte didactique, démonstratif et longuet.
Les profs fantastiques, qui semblent si rares dans la vie de tous les jours, sont nombreux au cinéma.

La légende du prof idéal

Le film le plus emblématique est sans doute Le Cercle des poètes disparus, où le regretté Robin Williams campait un prof anti-conformiste dans une institution guindée qui étouffait ses étudiants. Mais John Keating n’existe pas. Et si d’autres films, comme Les Héritiers, sont inspirés d’une histoire vraie, ils ont souvent vite fait de caricaturer le tout.
C’est le cas du film Ecrire pour exister, où une jeune prof parvient à créer un esprit de corps au sein d’une classe difficile. 

Hilary Swank dans Ecrire pour exister (2006)

Elle invite en classe celle qui protégea Anne Franck avant son arrestation, comme Mme Gueguen invite – et c’est la meilleure scène du film – le rescapé des camps Léon Zyguel. Ce passage a une valeur documentaire et donne de la hauteur au film.

Léon Zyguel, rescapé des camps, témoigne dans Les Héritiers
Même schéma dans Ecrire pour exister que dans Les Héritiers: une pimbêche s’amende en lisant Le Journal d’Anne Franck, comme Mélanie se découvre, dans le film de Mention-Schaar, une passion pour Simone Veil. 

La peste qui change d’avis se retrouve aussi dans Sister Act 2, où la pétulante Whoopi Goldberg menait une classe agitée à un concours (de chant, celui-là.) La chipie n’était autre que Lauryn Hill, qui réalisa après le film un joli parcours dans la chanson.

En 1996, dans Esprits Rebelles, c’est Michelle Pfeiffer qui menait ses élèves avec une rigueur militaire pour les faire réussir. C’est également la BO que l’on a retenue de ce film mineur.

En somme, si Les Héritiers est basé sur une histoire vraie, le film la rend invraisemblable, et construit un scénario convenu aux scènes courues d’avance. C’est le cas de la victoire finale qui, étrangement, n’en finit pas. Les Héritiers ne cesse d’enfoncer le clou, avec un discours de rentrée de la prof qui apparaît démagogique et superflu. Ariane Ascaride mérite beaucoup mieux.
Il n’est pas évident de faire un bon film sur l’école. Une autre histoire vraie, cependant, a donné un très bon film: La Vague.

Denis Gansel nous prouvait dans son film qu’une nouvelle dictature était possible. Un surveillant prenait en charge une classe pour leur parler du régime dictatorial, et montait malgré lui une dictature véritable, avec des conséquences dramatiques. La Vague montrait sans démontrer, chose rare pour un film qui se déroule au sein d’une école.

Des clichés sur les profs… et les élèves

Tous les profs, bien sûr, ne sont pas comme Mme Gueguen. Pour le contraste, le film montre également une prof de lettres cassante, décourageant les jeunes, caricature de la méchante prof.
Les jeunes ne sont pas exempts des clichés. Olivier, converti à l’Islam depuis deux jours, incarne le fanatique faisant la morale à ses nouveaux frères musulmans. Il est largement ridiculisé, et pas très crédible. Enième film qui prétend montrer la réalité d’une jeunesse mais ne fait que la caricaturer, voire l’insulter. On se demande ce que Marie-Castille Mention-Schaar peut bien connaître de la jeunesse des quartiers, même si elle a été aidée, dans son projet, par Ahmed Drame, co-scénariste qui raconte ici sa propre histoire, et joue le rôle de Malik dans le film.
La preuve que Mention-Schaar ne connaît pas grand-chose de cette génération: les choix musicaux. Kim Chapiron, dans La Crème de la crème, en était resté aux années 90. C’est aussi le cas dans Les Héritiers.
Ahmed Drame chante en duo avec l’un de ses camarades, sauf qu’ils choisissent un titre du groupe I Am qui date… de 1997. Or, en 1997, ces lycéens n’étaient pas nés. Il est peu probable, donc, qu’ils improvisent dans la cour de récré sur ce titre qui est plutôt la référence de trentenaires aujourd’hui. La chanson « Nés sous la même étoile » (d’ailleurs assez bonne) accentue la dimension démonstrative du film.

Un film cliché mais nécessaire

Voilà le nœud du problème: les imbéciles qui critiquent le devoir de mémoire pourront dire aisément: « c’est un film donneur de leçons, démagogique et cliché. » Les Héritiers donnent aux crétins, supporters de Zemmour ou de Marine Le Pen, le bâton pour se faire battre. 
On ne parlera jamais trop du devoir de mémoire, au cinéma ou ailleurs. Mais il est dommage d’en parler si lourdement, et sans ingéniosité du point de vue du scénario ou de la mise en scène. Il fera peut-être un bel outil en classe pour les professeurs d’Histoire, mais les films pédagogiques ne font pas forcément du bon cinéma.
Difficile de conclure sur Les Héritiers.
Didactique ? Oui. 
Démonstratif ? Aussi.
Nécessaire ? Plus que jamais.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Postez un commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

5 commentaires pour l’instant

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Jean-Pascal MatteiPublié le 5:37 - Déc 28, 2014

La Vague, hélas, retombait assez vite…
Mieux vaut donc revoir Zéro de conduite (enfants sauvages par un cinéaste insoumis), Noce blanche (Brisseau, ancien "prof", et "de banlieue") ou même Les Risques du métier, sauvé par la sensibilité de Brel, et le très peu "politiquement correct" 187 code meurtre, avec Samuel L. Jackson affrontant les pires "cailleras" de son lycée…
De mémoire, la phrase exacte de Gide, à propos de Manon Lescaut, s'avère : "C'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature"…

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    MarlaPublié le 8:47 - Déc 28, 2014

    Ah, moi j'ai beaucoup aimé La Vague, film scolaire sous forme d'avertissement, presque une dystopie…
    Je n'ai pas vu Les Risques du métier, pourtant j'adore Jacques Brel (tant comme auteur-compositeur-interprète qu'acteur)

    Merci pour la citation de Gide, je la reprendrai sans doute prochainement (hélas…)

    Bonnes séances !

    Marla

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    Jean-Pascal MatteiPublié le 10:23 - Déc 29, 2014

    Film "scolaire", en effet, au sens péjoratif du terme… Auto-correction (mineure, le sens demeure le même) : "bons" et non "beaux" sentiments. Cela résonne avec une autre phrase célèbre, celle de Hegel dans sa Phénoménologie de l'esprit : "Il n'y a pas de héros pour son valet de chambre ; mais non pas parce que le héros n'est pas un héros, mais parce que le valet de chambre est un valet de chambre, avec lequel le héros n'a pas affaire en tant que héros, mais en tant que mangeant, buvant, s'habillant, en général en tant qu'homme privé dans la singularité du besoin et de la représentation."

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OrnelunePublié le 1:30 - Fév 8, 2015

Je ne reviens pas sur La vague que je n'ai pas aimé non plus.

En revanche, j'aime assez l'ensemble de tes références qui tirent toutes Les héritiers vers la (très) mauvaise fiction (hollywoodienne qui plus est ; Jean-Pascal lancerait aussitôt " un pléonasme !" à propos de pareils films), ce qu'il ne veut certainement pas être. D'où son exergue : le très irritant "d'après une histoire vraie" censé accorder seul tout le crédit au film. Et bien non justement. Et si le film n'avait pas été "d'après une histoire vraie", quid de sa nécessité ?

Nécessité de rappeler des évidences ? Nécessité de jouer avec les sentiments quand il s'agit d'histoire ? Et la réflexion non ? Comprendre l'horreur non ?

Aujourd'hui il vaut mieux verser une larme quand les événements ce sont produits plutôt que de les comprendre avant que d'une manière ou d'une autre ils ne se répètent. Et les héritiers ça veut dire quoi ? Héritiers d'une représentation façonnée par les sentiments ?

Ce genre de film c'est le degré zéro de l'histoire.

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