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LES ANIMAUX FANTASTIQUES 2, LES CRIMES DE GRINDELWALD : TA GUEULE, C’EST MAGIQUE

Il est né, le divin spin off. Le premier volet des Animaux fantastiques m’avait donné espoir, même s’il souffrait déjà des maladresses que l’on retrouve dans le second : plusieurs histoires s’entremêlant sans forcément faire sens, des longueurs fâcheuses, une galerie de personnages que l’on découvre à peine, sans avoir le temps de s’attacher à eux.

Ces personnages se croisent dans le second volet, et un dragon chinois géant le survole, car Norbert Dragonneau – il faut le rappeler – est d’abord un chercheur en zoologie fasciné par les créatures fabuleuses, qui les « collectionne » en les enfermant dans sa mallette magique. 

Sur le papier, tout semble sympathique. Mais une fois à l’écran devant le deuxième opus, on a surtout l’impression d’un grand n’importe quoi. Le film donne une folle envie d’aller prendre un café. Il est rare que j’aie envie de quitter la salle en pleine projection, surtout pour une avant-première aux Champs-Elysées. Et pourtant. J’ai plusieurs fois soufflé à mon compagnon « Si on allait prendre une crêpe ? », « Si on rentrait se taper un épisode de Daria ? », « Si on se tapait Harry Potter et l’ordre du Phénix ou Le Prisonnier d’Azkaban pour se consoler ? »

N’im-Potter quoi

Oui, car dans ce dernier opus potterien, il ne reste de Harry Potter que peau de chagrin. Quelques tours de magie devenus gadgets, quand les sortilèges de la saga d’origine, potions et autres enchantements étaient toujours au service de l’intrigue.

Je suis ce qu’on appelle une Potterhead. De ces gens bizarres qui débarquent aux projos déguisés avec chapeau et écharpe Gryffondor. De ces fans qui se retrouvaient, à chaque sortie d’un nouveau roman de Potter, dans la librairie WH Smith près du Louvre, attendant avec impatience d’avoir son volume dans les mains.


Oui, je suis de ceux-là. Je suis même de ces curieux.ses universitaires qui parcourent l’Europe pour donner des conférences sur Harry Potter au cinéma.

Mais aujourd’hui, JK Rowling a fait de moi une fan con. Comme ces gens qui ne croient plus en Star Wars depuis Jar Jar Binks, mais vont quand même en salle pour les nouveaux volets. Parce qu’ils veulent savoir la suite (et parce qu’on n’est pas l’abri d’une bonne surprise). 

La suite. Je ne suis même pas sûre, après la séance laborieuse d’hier soir, de vouloir la connaître.

Johnny Depp fait le strict minimum en Grindelwald, un peu comme s’il avait pris la mauvaise habitude d’être en pilote automatique après tant de volets de Pirates des Caraïbes. Eddie Redmayne reste charmant, mais paraît de plus en plus transparent. Tina, figure féminine forte du premier épisode, a l’air ici de faire de la figuration. Sa sœur adorable prend une dimension qui pourrait s’avérer intéressante si elle était expliquée, développée, comme Rowling avait su le faire pour ses personnages poterriens d’origine.

Même le boulanger trouillard, qui avait volé la vedette lors du premier opus, ne fait ici que le side kick transparent, avec des gags éculés qui font tout juste sourire.

Jude Law est toujours à tomber, mais ne sert pas à grand chose. « Les crimes » de Grindelwald, qui font pourtant le titre du film, ne trouvent aucune illustration.

Le pire ? Le scénario, ou ce qu’il en reste.

Quand le scénario se fait la malle

Les Animaux fantastiques 2 me fait le même effet que le Valérian de Besson : tant d’argent, de personnes mobilisées, d’acteurs et de figurants, d’artistes pour les décors et effets spéciaux, pour si peu. La montagne accouche d’une souris, le grandiose Poudlard n’accouche que d’un niffleur. 

Tout cela est déprimant.

Non seulement les différentes histoires (Creedence l’enfant malheureux, Lena Lestrange la fausse méchante, le frère vengeur dont on oublie le nom, Nagini la femme-serpent, les rapports conflicuels de Norbert avec son frère, la jeunesse trouble de Dumbledore) s’entremêlent mal, mais JK Rowling, qui connaît pourtant son univers par coeur, commet des erreurs grossières sur la cohérence de l’ensemble.

Exemples : les sorciers ne peuvent pas transplaner à Poudlard. Mais dans ce film-là, oui. Il est fatal pour le monde de la magie que les Moldus (non-sorciers) témoignent de l’existence d’êtres fabuleux, mais dans Les Animaux fantastiques 2, un monstre chinois, le Zou-wu, terrorise Paris sans que cela pose problème.

Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)
Le Zou-wu, dragon chinois géant, fait face à Norbert Dragonneau dans Les Animaux fantastiques, de David Yates (2018)

On se retrouve comme les enfants, à se demander qui est tel personnage, pourquoi il ou elle accomplit telle action. On soulève des paradoxes évidents et on s’entend répondre, de la part des producteurs, et de JK Rowling elle-même, peut-être : « Ta gueule, c’est magique. »

Je ne suis pas de ces puristes qui vont repérer le moindre faux raccord et écrire à JK Rowling une lettre furibarde. Mais là, j’ai tout de même envie de lui écrire une lettre.

Ma lettre ouverte à JK Rowling

Chère Mme Rowling,

Je ne vous dirai pas à quel point je vous admire, cela mettrait votre modestie mal à l’aise. Moi qui suis écrivain dans l’âme mais n’ai encore rien publié, je serai mal placée pour vous envoyer une méchante missive quant à la qualité de vos écrits.

Pourtant je m’interroge.

Vous avez juré, après la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort, que jamais, au grand jamais, vous n’écririez de suite. Et voilà que l’un de vos amis écrit une pièce censée se dérouler 20 ans plus tard. 

Et cette pièce est mauvaise. Je l’ai lue, ce qui n’est pas l’idéal pour une pièce, mais la voir sur scène ne vaut, d’après ce que j’ai entendu, que pour les effets visuels. Cela est vrai aussi, hélas, pour Les Animaux fantastiques. C’est formidable à voir en salle, mais si l’on s’attarde sur le scénario, on reste sur sa faim.

L’écriture scénaristique et celle du roman sont différentes, et peut-être avez-vous souffert de si peu de temps pour écrire et tant d’argent en jeu ? Voulez-vous vraiment écrire 5 films de cette saga-là ? La base de fans est immense, bien sûr, et vous trouverez toujours quelques milliers de gens pour dire du bien de votre œuvre, uniquement parce qu’elle est de vous. Uniquement parce que Harry Potter, c’est l’enfance, la magie, le génie, parfois.

Mais quelques tours de passe-passe et personnages aimés (Dumbledore en tête) ne suffisent pas à faire un bon film, et encore moins une saga entière. En regardant les deux premiers volets des Animaux fantastiques, j’avais plutôt l’impression de regarder un long feuilleton ennuyeux et mal ficelé, de nombreuses promesses et très peu de résultats.

L’ensemble est fouillis, et si j’ai pour habitude de proposer des analyses de films et explications de la fin, je ne le souhaite pas pour celui-là, tant l’intrigue m’a parue inintéressante.

Les effets spéciaux ne feront jamais oublier une histoire bancale ou creuse. Chris Colombus aurait tourné le premier film avec un terrain de Quidditch en carton que cela aurait fonctionné quand-même. Parce que Harry, c’est le petit orphelin mal-aimé de sa tante et son oncle, qui trouve dans l’école un échappatoire magnifique : des amis, des festins, de la magie dans tous les sens du terme. Avec Harry, vous aviez créé un personnage de grand classique, qui nous faisait d’un coup oublier l’austérité d’Oliver Twist et autres héros victoriens malchanceux.

Mais hélas, vous avez rallongé la sauce, et je crois que cela fait du mal à votre œuvre, et aux gens qui l’aiment. Tirer sur la corde ne vaut jamais grand-chose, et de petits clins d’œil pour réveiller notre nostalgie ne suffisent pas.

Non, je n’ai pas envie de voir la suite. Irai-je ? Probablement. C’est ce que vous avez fait de moi. Une fan déçue qui se déplace quand-même, en espérant retrouver la magie des premiers instants.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-nous en commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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