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Les 8 salopards : pas sortis de l’auberge


1 out of 5 stars (1 / 5)


Le voici, le Tarantino. Vous auriez dû me voir, surexcitée au générique comme une gosse à Disneyland. Le plaisir de l’attente, la récompense de la découverte.


Ça ressemble à du Tarantino, mais…

 

L’hiver fait rage dans le Wyoming. Un chasseur de primes, John Ruth, conduit une criminelle, Daisy Domergue, à l’échafaud.

Sur la route, ils rencontrent un ancien officier noir et un shérif. Surpris par une tempête de neige, tous se retrouvent dans une auberge isolée, celle de Minnie, nichée sur une colline. Un vieil homme y est assis, le général Smithers, ancien confédéré.

 

La première partie du film est emplie de dialogues caustiques propres à Tarantino, qui rappellent, en moins loufoque, Le Shérif est en prison de Mel Brooks.

 



Paysages majestueusement filmés, plans magnifiques, montage impeccable, BO extra: oui, Les 8 salopards ressemble à un Tarantino.


On s’ennuie vite devant Les 8 salopards

 

L’esthétique est proche de Django Unchained. Les répliques humoristiques amusent un temps, puis lassent, car une bonne partie d’entre elles tombent à plat. Juste une série d’acteurs charismatiques qui n’ont, semble-t-il, pas grand chose à se dire. L’exposition est fort longue, et Tarantino aurait pu la raccourcir aisément.

 

Une fois que les acteurs ont répété cent fois que le commandant Warren (Samuel L. Jackson) correspondait avec Lincoln, et que la prisonnière était conduite à la pendaison, on s’ennuie vite. Jennifer Jason Leigh se fait régulièrement taper sur la gueule, histoire de réveiller le public. Elle ressemble assez vite à une publicité sur les femmes battues.


Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)
Jennifer Jason Leigh est Daisy Domergue dans Les 8 salopards, de Quentin Tarantino (2015)

Il est rare de voir des femmes se faire tabasser au cinéma. Le premier Sin City, en 2005, avait fait scandale pour cette raison. Or, si on y regarde de près, les femmes se défendent bien.



 
Loin de moi l’idée de blâmer Tarantino. Il est l’un des rares réalisateurs à montrer des personnages féminins forts, qui écrasent leurs ennemis avec brio (Jackie Brown et la mariée de Kill Bill pour n’en citer que deux.)

Casting de choix pour mauvais scénario

Jennifer Jason Leigh, très bonne actrice sous-estimée, est convaincante dans le rôle. Dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur du casting.

Tarantino s’entoure de ses vieux complices (Michael Madsen, Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Zoe Bell et Tim Roth) et s’offre un western.

Le général afro-américain incarné par Samuel L Jackson était pourtant prometteur, surtout lors de son face à face avec l’ancien soldat confédéré dans l’auberge.

 

Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino
Samuel L Jackson est le commandant Marquis Warren dans Les 8 salopards de Quentin Tarantino

Les 8 Salopards se déroule quelques années seulement après la Guerre de Sécession, qui s’est terminée en 1865. Or, il faudra attendre 1940 pour qu’un afro-américain soit promu général dans l’armée américaine: il s’agit de Benjamin O. Davis. Mais qu’importe. Tarantino n’est jamais meilleur que quand il réécrit l’Histoire. On se souvient du jubilatoire Inglorious Basterds, où les chefs nazis finissaient carbonisés dans un cinéma.

Tarantino n’a pas son pareil pour offrir, par le biais de la fiction, une revanche des opprimés sur les oppresseurs. Or, le récit du commandant Warren se résume à une anecdote sadique, qu’il raconte, en jubilant, au soldat confédéré. Le dialogue tourne court. Le film traîne en longueur. Tarantino essaie d’enchaîner des répliques et des scènes cultes, mais ne parvient qu’à une orgie de violence pour masquer l’absence de scénario.


Cluedo loupé

 

Une fois dans l’auberge, le western se change en Cluedo. On assiste à un classique Whodunnit (qui a tué ?) Le huis-clos à l’auberge évoque Les Dix petits nègres d’Agatha Christie.



Hôte absent, série de meurtres et suspicion généralisée, comme dans le roman de 1939. Mais le cluedo de Tarantino, lui aussi, tourne court. Même l’accent britannique de Tim Roth ne parvient pas à créer l’illusion.


Beaucoup de bruit pour rien

 

Le suspense commence donc au bout d’1h37 (à croire que c’est une habitude) on espère une deuxième partie formidable, un final grandiose, mais non. Rien ne vient. Les 8 salopards rappelle une tragédie shakespearienne sans le talent de l’auteur: la trame se termine faute de personnages encore en vie. Jets de sang partout, comme dans Titus Andronicus, Les 8 salopards apparaît comme une mauvaise pièce, un huis-clos sans intérêt. Un autre titre de Shakespeare vient à l’esprit: beaucoup de bruit pour rien.

 

Après la folie Star Wars, vous pouvez être sûrs qu’on va nous bassiner avec le dernier Tarantino. La promotion du film est rondement menée: on en bâtit toute une légende depuis des mois. À tant faire saliver les fans, cependant, le retour de bâton est probable. En même temps, je m’étonne de voir l’excellente note de 8.2/10 sur IMDb. Est-ce que les fans de Tarantino sont inconditionnels au point de ne pas voir que Les 8 Salopards n’est que l’ombre de sa gloire passée ?

 

C’est vrai que c’est cool d’aimer Tarantino, et il surfe sur cette réputation depuis Pulp Fiction, qui date tout de même de 95… Si le film est mauvais, a-t-on le droit de le dire sans passer pour un ringard ou un réac ?


Une parodie de western ratée

 

Le plus dur: le film dure 3 heures. C’est interminable. Inglorious Basterds dure 2h33 et passe en un éclair. Jackie Brown dure 2h30 et tient en haleine de bout en bout. Ce n’est pas le cas des 8 salopards. On attend mollement la résolution du « mystère. » On finit par se foutre de qui a fait le coup. Ce dernier Tarantino donne une furieuse envie d’aller prendre un café (enfin, peut-être pas un café… 🙂 )

 

Quand, à dix-huit ans, je regardais la trilogie du Parrain avec une copine, notre jeu était de deviner qui tirerait en premier. On peut faire la même chose devant ce western caricatural où les acteurs surjouent, et forcent l’accent américain jusqu’au ridicule. On se croirait, en somme, dans une parodie de western ratée. Tarantino aime les références, et on en témoigne à nouveau ici: Sergio Leone, comme d’hab, mais aussi The Thing de Carpenter pour le décor neigeux et la présence de Kurt Russell. Le réalisateur donne aussi dans l’auto-référence (Reservoir Dogs, déjà inspiré de The Thing) mais allez savoir pourquoi, cette fois, il semble juste se répéter. Dommage, il est habituellement doué pour jouer avec les codes des films de genre et nous proposer quelque chose de neuf et personnel (dans Boulevard de la mort, entre autres.)

 

Les 8 salopards donne l’impression d’une suite d’idioties magnifiquement filmées. Pour Noël, Tarantino nous offre un bel emballage. Le cadeau, hélas, est très décevant.


D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

13 commentaires pour l’instant

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AnonymePublié le 10:51 - Déc 31, 2015

Je l'ai vu hier (en 70 mm et tout ça) et j'ai beaucoup aimé même si je comprends parfaitement tes réserves. C'est vrai qu'on peut légitimement se demander si le film ne méritait pas certaines coupures, c'est vrai qu'à la première partie on se méfie un peu (c'est bavard comme tout le temps chez QT) mais pour ma part, la seconde partie est vraiment kiffante, j'ai aimé le côté Agatha Christie, tout le background autour de l'histoire américaine aussi, j'ai trouvé les acteurs très bons, le scénario m'a semblé plus malin qu'il en avait l'air et comme tu le dis c'est magnifiquement bien filmé et la BO est top !

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AnonymePublié le 6:06 - Jan 6, 2016

grande fan de Tarantino, j'ai absolument les mêmes réserves que Marla.On dirait une fade copie de son univers. Le huis clos, qui aurait pu être formidable est assez mièvre. Les dialogues hilarants qu'on aiment: ici d'une grande fadeur. Du grand guignols à la peine.Trés déçue et me suis ennuyée ce qui ne m'arrive pas si facilement au ciné.Sidonie

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AnonymePublié le 8:09 - Jan 9, 2016

film super interressant 3heures je n'ai pas vu passer le temps

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AnonymePublié le 9:03 - Jan 9, 2016

Juste samuel l. jackson joue pas un général dans ce film il joue un soldat ( je sais plus son grade mais c'est genre un officier ) et c'est justement le vieux sudiste du fauteuil qui est un ancien général anti-nègre, je pense que t'as du mal comprendre 😉 sinon je comprends totalement les réticences dont tu parles et je comprends qu'on puisse trouver ça long est répétitif, mais étrangement chaque points négatif de la critique, moi je le vois comme un éléments qui apporte quelque chose au film. Tout dépends des attentes qu'on a de ce film, ce qui est clair et tu l'a souligné c'est que QT rompt avec le dynamisme et le style de ces derniers films pour quelqu'chose de plus old school si on veux, je trouve que ça a son intérêt mais c'est normal que cela ne plaise pas à tout le monde.

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PrintwritePublié le 7:54 - Jan 15, 2016

J'ai éclaté de rire en lisant le titre revisité !

Il faudra qu'on m'explique pourquoi, mais pourquoi tourner un film en 70mm Ultrapanavision anamorphique blablabla, quand 95% du film se déroule… en intérieur.
Film trèèèès long (baîllements), prévoir une intermission comme dans les vieux films type Spartacus ou Ben-Hur (filmé en 70mm d'ailleurs, mais là pour de bonnes raisons.)

Bon, peut-être que dans 10 ans j'aurai une autre approche du film, mais là, j'avais l'impression d'être au théâtre, 1er rang obligatoire…
Jacky Brown reste effectivement ze QT movie, indétrônable pour moi.

Enfin, dans le genre "filmé-dans-un-espace-réduit", j'aimerais recommander "Locke" avec Tom Hardy, tourné quasi entièrement à l'intérieur d'une voiture et absolument bluffant.

Bonne continuation pour ce blog, et merci pour l'humour qu'on y trouve !

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    MarlaPublié le 11:47 - Jan 16, 2016

    Merci pour votre témoignage de lecture. Jackie est aussi mon préféré. C'est drôle, on a eu la même impression de théâtre raté avec ce huis-clos…
    J'ai vu Locke mais je n'ai pas accroché. Les critiques étaient soient très enthousiaste soit très sévères…

    Bonnes séances, Pintwrite, revenez nous voir !

    Marla

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    PrintwritePublié le 3:39 - Jan 16, 2016

    Avec plaisir Marla, site découvert par hasard et mis dans mes favoris illico. Je vais explorer les autres pages…
    #;-)

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    PrintwritePublié le 3:57 - Jan 16, 2016

    P.S. au sujet de Locke

    Au bout d'un moment, j'ai compris comment recevoir ce film : comme une leçon exemplaire sur le comportement. Trop souvent nous nous laissons déborder par nos émotions, ou leur accordons une part trop importante, ce qui entraîne des réactions irrationnelles. Dans ce film, le réalisateur nous donne à voir un homme qui contrôle de bout en bout ses émotions face aux évènements qui lui arrivent, pour pouvoir faire les bons choix, ou en tout cas les moins mauvais. Et tout cela en s'obligeant à rester concentré sur la route !

    Ses émotions sont là, mais son cerveau les domine et leur accorde la place qu'elles méritent, mais pas plus, afin de pouvoir agir efficacement. Et Tom Hardy fait passer cela admirablement.

    J'ai découvert ce jour-là "le nouveau Paul Newman" pour sa puissance de jeu, conforté plus tard dans cette idée par le très beau "The Drop" (Quand vient la nuit).
    Mais je cause, je cause…

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    MarlaPublié le 10:57 - Fév 12, 2016

    D'accord, d'accord, je suis convaincue ! 🙂

    J'essaierai de revoir le film même si, la première fois, il m'a paru d'un ennui mortel…

    Bonnes séances !

    Marla

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Jérôme BODINOPublié le 9:50 - Jan 29, 2016

Bonjour,
Tout l'intérêt du film (qui pour ma part est très grand), réside dans le lien entre le caractère sadique ou masochiste de chacun des personnages (toutes les scènes de la première partie servent exclusivement à illustrer ce caractère), les choix qui seront faits, et la façon dont chacun des personnages va mourir (de la pendaison, ou 4 balles dont les deux premières non mortelles et les deux dernières en plein visage, pour les plus masochistes, à une unique balle mortelle pour les plus sadiques).
Tarantino met en place tous les enjeux (argent, racisme…), pour les classer au rang de simples prétextes face à la puissance du lien sadomasochisme ( seule explication plausible du choix du shérif ),
Espérant vous avoir donné envie de revoir ce film qui est tout sauf raté.

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    MarlaPublié le 10:22 - Fév 12, 2016

    Un film sur le sadisme… pourquoi pas. Ce qui me gêne, c'est que je trouve le film très violent pour le peu qu'il raconte… J'attends avec curiosité le prochain Tarantino tout de même 🙂

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